à Abidjan où l’atmosphère à la présidence restait tendue à l’extrême. « Cette fois-ci le sang doit couler », m’avait dit le Président. Une fois de plus, j’avais essayé de le calmer en mettant en relief la nécessité, pour tout chef d’État, d’éviter l’irréparable, de préserver l’avenir, de ne pas déclencher la spirale de la haine, de la vengeance, etc. Je lui avais fait valoir le gaspillage de cadres, rares donc précieux pour un pays sous-développé, que représentait en soi l’emprisonnement de dizaines d’individus appartenant aux élites du pays. La nécessité de penser à sa place dans l’histoire. Le déséquilibre flagrant entre la peine capitale et le crime de complot d’autant plus qu’il n’y avait pas eu mort d’homme… En vain. J’en retirais l’impression qu’il était décidé à recourir aux mesures extrêmes.
Je réponds donc à Paraiso : « Attends que les choses se tassent… » « Je ne veux pas lui donner le plaisir de croire à ma lâcheté, me répond-il brutalement. Je rentre. Je veux savoir ce qu’il a à me reprocher. Qui sont mes accusateurs » [48].
Effectivement, il rentrait quelques jours plus tard à Abidjan, était arrêté, longuement interrogé, puis libéré et expulsé vers le Dahomey, son pays d’origine.

Kacou Aoulou, jadis violemment opposé au R.D.A. -« collaborateur sans courage du colonialisme, il avait conservé son âme de traître », précisera, en 1965, un communiqué du Bureau Politique du P.D.C.I. [49] - instituteur d’origine, il avait été, en 1950, le directeur de « la première banque entièrement africaine » créée à Treichville [50]. Ministre, démissionné, il sera condamné à mort [51].
Jean Banny, lui, est avocat. Membre du Bureau Exécutif de la J.R.D.A.C.I., il n’avait pas été impliqué dans le complot précédent, sans doute à cause de son origine baoulée. Ministre de la Défense, il fera donc partie de la seconde fournée et sera condamné à mort. De sa prison de Yamoussoukro, il adressera, le 7

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