mobilisé. Les intellectuels, les membres des professions libérales en particulier, risquent de se voir privés de leur liberté de mouvement.
Mais il y a autre chose, plus grave encore. En effet, toujours selon l’exposé des motifs, « outre la réquisition, certaines personnes dont l’action pourrait s’avérer préjudiciable à la promotion économique ou sociale de la nation, pourront, d’après ce projet de loi, être, par décret, assignées à résidence... Il n’est pas exclu que, dans notre pays, des gens pour lesquels le bien public n’a pas de sens, ne préfèrent un jour l’agitation stérile et nuisible et n’hésitent pas à compromettre l’effort de tout un peuple. C’est en prévention d’une telle éventualité que les articles 7 et 8 instituent des mesures de sauvegarde sous la forme de l’assignation à résidence » [21].
Donc, n’importe qui peut être arrêté.
Les députés - on trouve parmi eux des commerçants, des médecins, des instituteurs, des transporteurs - se sentent menacés dans leurs intérêts, voire leur sécurité. Ils réagissent avec violence. l’Assemblée nationale décide, à l’unanimité, le renvoi du projet de loi à la prochaine session ordinaire.
C’est un échec grave pour le Président. Il lui prouve qu’en dépit de l’élimination de la scène ivoirienne de son principal concurrent potentiel, il ne domine pas encore l’appareil d’État de façon absolue.
L’épreuve de force lui donne en même temps la mesure de la puissance conjuguée des intellectuels et de la bourgeoisie d’affaires naissants. Pire, sa manœuvre avortée les a mis en alerte.
Pour comprendre les deux complots de 1963, il convient de les placer dans le contexte décrit ci-dessus : ne pouvant neutraliser les chefs de file des deux couches concurrentes par les voies légales, le président Houphouët-Boigny les éliminera momentanément par des moyens extra-légaux.
Les intellectuels seront les premières victimes du complot du... président Houphouët-Boigny.
Alors que la moindre allusion à la J.R.D.A.C.I., la mention même du sigle, avaient disparu des colonnes des journaux depuis près de deux ans, on apprend tout à coup la tenue d’une réunion commune, le 9 novembre 1962, du Bureau Politique et du Comité Directeur du P.D.C.I. avec le Bureau Exécutif de la J.R.D.A.C.I., afin de « discuter des nouvelles structures du Parti et de fixer la date du prochain Congrès ».
Abidjan-Matin du lendemain publie un communiqué précisant qu’une seconde

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