contrairement aux espoirs de ses amis parisiens, n’a pas réussi à marquer des points contre le gouvernement fédéral. Les responsables canadiens sont reconnaissants au Président de leur avoir sauvé la mise. Ils savent qu’il lui a fallu beaucoup de courage, qu’il a pris le risque de soulever l’ire du général de Gaulle. Avec leur franchise habituelle, ils nous le disent. Marc Lalonde, alors chef de Cabinet de M. Trudeau, me transmet un double message à travers un ami commun : « Dites à M. Baulin que les portes du Cabinet lui sont ouvertes, il n’a pas besoin d’intermédiaire. » Et aussi : « Dites à M. Baulin : pour le Niger, c’est le moment de demander. » Nous ne nous faisons pas prier.

Mais déjà, au niveau de la bureaucratie canadienne, la résistance s’organise [1]. Connaissant le rapport exact des forces, nous ne nous laisserons pas faire. Je n’hésite pas à protester avec véhémence à la moindre tentative des fonctionnaires, quel que soit leur rang dans la hiérarchie, de nous tenir la dragée haute ou de nous traiter en parents pauvres. Je me heurte ainsi à certains hauts fonctionnaires du ministère des Affaires extérieures et à la Direction de l’Agence Canadienne de Développement International (ACDI).

Le 22 juin, je suis de nouveau à Ottawa. Cette fois avec une lettre du Président à M. Trudeau datée du 18 juin 1969, me donnant d’amples pouvoirs de négociations (Annexe 4). Durant une longue conversation avec son chef de Cabinet, nous constatons que nos analyses de la situation politique en Afrique francophone coïncident ; nous discutons des grandes lignes de la prochaine visite du président Diori _le gouverneur général lui avait fait parvenir, en avril, une lettre l’invitant à visiter le Canada à l’automne_ et nous en arrivons à la coopération économique.

Une fois de plus, je proteste. Je lui fais part de mon impression que l’on cherche à « punir le Niger pour avoir commis le crime de lèse-majesté de passer par-dessus la tête de l’Administration. » Dans un tel contexte, je lui exprime ma crainte qu’à l’issue de sa visite, le Président ne reparte « les mains vides », et détaille les conséquences politiques nocives d’un tel échec. J’insiste donc sur la nécessité de l’accélération des études de la Route... Je prêche, de toute évidence, un convaincu. « Nous-mêmes, me dit M. Marc Lalonde, voulons absolument que sa visite ici soit un succès... Nous sommes

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