M. Houphouët-Boigny à Yamoussoukro [4].

Cette inertie de fait du parti se traduisait par la création d’une atmosphère délétère dans les relations entre les Comités locaux du Parti et les représentants _préfets et sous-préfets_ de l’État. Conséquence encore plus grave, des épreuves de force successives amenaient très souvent le secrétaire du Comité local du PPN à se désister de ses prérogatives, à se retirer de la lice.

Le Président m’a entretenu, pour la première fois, des problèmes du Parti, au mois de juillet 1968. Il ne cachait pas son inquiétude à la veille d’une nouvelle « Conférence nationale des cadres nigériens ». Il se sentait frustré. Il était profondément conscient de l’état léthargique du PPN, des dangers inhérents à cette démission, de la nécessité absolue de disposer d’une force politique organisée, implantée dans la masse de la population et donc susceptible de faire contrepoids à l’armée, unique force structurée du pays.

Il ne comprenait pas que certains de ses camarades s’obstinent dans l’immobilisme, tout en convenant avec lui que « le Parti constitue le soutien essentiel du gouvernement. » Il se lamentait de ne pouvoir les convaincre que seul un Congrès pourrait redonner vie au Parti, en en précisant la doctrine, en modifiant ses statuts et en élisant, pour la première fois, ses dirigeants propres.

De la date de cette entrevue à sa chute, M. Diori Hamani s’attellera à la convocation de ce Congrès qui devait immanquablement déboucher, à son sens, sur la rénovation du Parti et de l’État.

Embûches multiformes, opérations de retardement et résistance obstinée des conservateurs, rendront sa tâche particulièrement malaisée. Il manœuvrera, avancera puis cédera du terrain, essaiera de contourner certains obstacles. Il se battra avec esprit de suite pour faire prévaloir son point de vue, pour l’imposer à ses pairs, dont la plupart étaient ses aînés, et surtout à leur chef de file, M. Boubou Hama.

Certains cadres des générations montantes _pour des raisons évidentes de sécurité on ne peut, hélas, citer de noms_ suivront son combat avec une sympathie grandissante. Mais tout en se montrant conscients du contenu positif de sa stratégie, ils reprocheront à M. Diori Hamani sa tactique. Ignorant le rapport des forces à l’intérieur du Bureau Politique du PPN, ils parleront d’atermoiements, voire de pusillanimité.

Quant à l’éventualité d’un coup de force politique au niveau de la direction du Parti, elle ne pouvait constituer une hypothèse de travail car, de toute évidence, Diori Hamani y était, par tempérament, allergique. Sans compter son esprit de franche camaraderie, son sens de

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