ministres "économiques". D’origine "étrangère", il connaissait ses limites tout comme A. Sawadogo qui, lui, était d’origine voltaïque. Les deux collaboraient de façon normale, en camarades, sans questions majeures de primauté ou de préséance. Imperturbable, le ministre du Plan semblait vouloir ignorer les chausse-trappes et autres pièges de son collègue de l’Economie. Mais il n’en sous-estimait nullement l’extrême nocivité. De plus, il paraissait le plus conscient des trois quant à la nécessité de créer un organisme de coordination entre les trois ministères, et avait entrepris une étude tendant à la mise sur pied d’un Organisme de Promotion et de Concrétisation de Projets Industriels (OPCPI). Il m’avait demandé - comme à certains de ses collaborateurs - une courte note sur


ma conception de cette cellule. Je la lui faisais parvenir le 3 avril 1968 et en remettais une copie le lendemain à M. Houphouët-Boigny. L’OPCPI ne verra jamais le jour.


Est-il nécessaire de préciser que ces escarmouches se déroulaient avec, comme arrière-plan, un malaise patent des milieux d’affaires parisiens et de leurs représentants sur place. Habitués à considérer la Côte-d’Ivoire comme une chasse gardée, ils s’offusquaient des allées et venues d’intrus entreprenants ou d’hommes d’affaires étrangers.
Le président Houpouët-Boigny n’y était pas insensible, surtout dans le contexte de la collaboration franco-ivoirienne dans la guerre civile au Nigeria ; la sécession biafraise soulevait à ce moment précis beaucoup d’espoirs à Abidjan et à Paris quant à la possibilité d’une victoire d’Ojukwu et la prochaine balkanisation du Nigeria.


A ce stade, je considérais, une fois de plus, qu’une mise au point était devenue indispensable. Je décidais donc de préciser les choses et les responsabilités de chacun par écrit. Le 21 mai 1968, j’adressais à
M. Bédié une lettre dans laquelle je clarifiais ma propre position, à savoir que "si mes efforts - même pour des raisons indépendantes de moi - ne s’avèrent pas fructueux, je suis décidé à me retirer de l’arène, à présenter ma démission au Président, en octobre prochain, c’est-à-dire au terme de deux ans d’activités stériles dans le domaine de la promotion économique. Car, ajoutais-je, il faudra se rendre à l’évidence alors qu’une action telle que la mienne est incompatible avec les structures administratives actuelles".


Moins de deux mois plus tard, dans une lettre recommandée datée du

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