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parachèvera le déclin de la société traditionnelle : la richesse, si elle n’élimine pas le système de castes, donne quand même quelques titres de noblesses. Elle participe désormais à la définition de l’étalon, de l’unité de mesure du statut social de l’individu.
Quelques chiffres illustrent l’ampleur de la manne dont bénéficie les planteurs de Côte d’Ivoire. De 1 040 tonnes en 1913, la production de cacao passe à 50 000 tonnes en 1939. Sur ce total, 45 000 tonnes proviennent des populations autochtones, les planteurs européens fournissant le reliquat, soit 10 %. De même, les exportations de café passent de 70 tonnes en 1904 à 450 tonnes en 1930, et à 36 000 tonnes en 1939, dont les deux tiers proviennent déjà des plantations africaines.
Ces deux cultures spéculatives nécessitaient et nécessitent toujours une main-d’œuvre abondante. Venant s’ajouter aux ponctions effectuées par l’administration pour différentes corvées, et à l’exploitation progressive de la forêt, l’extension de la production devait rendre particulièrement aigu le problème de recrutement, ou, plus crûment, celui du travail forcé.
Tout d’abord, il convient de le préciser, cette recherche d’une main-d’œuvre très mal rétribuée ne représente nullement une caractéristique de l’exploitation de l’homme en Afrique. Il s’agit au contraire d’un processus historique ordinaire ; il constitue, à l’orée de l’économie marchande, une donnée fondamentale de l’accumulation primitive. En Angleterre, au XVe siècle, le mouvement des “enclosures” appuyé sur une législation féroce, voire sanguinaire, tendait précisément à conditionner les paysans expropriés « à l’acceptation de la discipline de fer du travail salarié ». De même, les investissements humains en Chine Populaire - portés aux nues dans certains milieux occidentaux - représentent une forme d’accumulation primitive, en dépit de son contenu “socialiste”.
Donc, le travail forcé, auquel sont astreints les Ivoiriens peut être considéré lui aussi comme une forme d’accumulation primitive, même s’il représente « un des plus sombres moments de l’histoire humaine ».
Mais ce travail forcé, simple disposition coutumière au départ, devait jouer un rôle majeur dans l’histoire de la Côte d’Ivoire, en permettant, dans une première phase, la création d’une bourgeoisie terrienne et son épanouissement ensuite.
Au plan de l’administration, les autorités exigent, « dès 1904, 15 jours de “prestations” par an pour l’ouverture des routes, la construction de bâtiments, diverses

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