faciliter leur accès à la carrière administrative. C’était là leur objectif initial. Ils luttèrent pour leur lebensraum administratif, jusqu’à ce qu’ils se soient convaincus qu’ils ne pourraient l’atteindre que dans le cadre de l’indépendance.


Jusqu’en 1936, les citoyens britanniques monopolisaient - ou presque - tous les postes-clés de l’administration égyptienne, étouffant les cadres égyptiens dans les postes subalternes. Les chefs de service de tous les ministères étaient de nationalité anglaise. Londres expliquait évidemment cette situation par « l’inexpérience » des cadres autochtones. Or, un exemple récent permet de jauger exactement la valeur de ce prétexte. En août-septembre 1956, la Compagnie du Canal de Suez affirmait qui ses pilotes étaient pratiquement irremplaçables ; que seuls des capitaines au long cours, ayant exercé un commandement effectif, pendant dix ans au moins, en haute mer, pouvaient devenir de bons pilotes, après un entraînement supplémentaire de quatre ans dans le canal même ; que Gamal Abdel Nasser ne disposait que d’une douzaine de capitaines égyptiens éventuellement capables de piloter

des navires entre Suez et Port-Saïd, etc. On sait depuis que des navigateurs étrangers ont pu prendre en charge des bateaux dans le canal après un stage de huit jours seulement, que 84 pilotes égyptiens s’acquittent avec honneur de leur tâche, et que le canal fonctionne normalement, même durant les « brumes d’automne ».


On retrouve encore le même schéma en Jordanie. Au 1er mars 1956 - date de l’expulsion de Glubb - une cinquantaine d’officiers britanniques détenaient les postes-clés de la Légion arabe. Les militaires jordaniens auraient dû être des saints pour ne pas avoir l’ambition de les remplacer. La « lutte contre l’impérialisme » seule pouvait leur en fournir l’occasion...


La situation sur le plan économique, ou tout simplement commercial, n’est pas différente. Jusqu’à ces tout derniers temps, les capitalistes étrangers pratiquaient le système dit des « investissements directs », c’est-à-dire des investissements pour lesquels la gestion accompagne l’apport de capitaux. En d’autres termes, on refusait à l’intelligentsia locale le droit de participer au partage du « gâteau national », en lui faisant une place dans l’exploitation des richesses de son pays. Jusqu’en 1930-1935, tous les chefs de services de la Shell, en Égypte et en Irak, étaient

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