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    seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre
    2009.



















19/12/76

LA VIE ÉCONOMIQUE


APRÈS L’AUGMENTATION DU PRIX DU PÉTROLE


M. Abdesselam : un accroissement de la production saoudienne serait une agression politique contre l’OPEP


"Si l’Arabie Saoudite n’accroît pas sa production l’écart de 5 % [entre le prix du pétrole saoudien et des Emirats arabes et celui des "onze" ] sera facilement absorbé. Sinon l’Algérie considérera qu’il s’agit d’une agression politique contre l’OPEP", a déclaré, vendredi 17 décembre, M. Abdesselam, ministre algérien du pétrole. "Mais nous ne pensons pas qu’elle puisse prendre une telle mesure, a-t-il dit. Personne ne comprendrait qu’après avoir refusé de gêner les pays en développement elle puisse accepter de gêner le tiers-monde. La porte reste ouverte pour lui permettre de revoir sa position, mais, en fait, tout dépendra du marché. Si la consommation est forte, la différence de 10 % entre les deux prix à partir du 1er juillet 1977 pourra même jouer normalement, sinon les pays membres de l’OPEP devront envisager de réduire leur production."


"C’est en août dernier, précise M. Abdesselam, que l’Algérie a pris la décision d’accroître ses prix de 15 %. L’Iran a donné son accord, l’Arabie Saoudite, la Libye et le Koweït en ont été informés.

Nous considérions alors que le dialogue Nord-Sud avait échoué et que la demande de report était un alibi qui consistait à attendre et à prendre prétexte de la hausse du prix du pétrole pour éliminer toute aide." Cela a amené l’Algérie à proposer à Qatar la hausse de 15 % pour un an, le renouvellement du fonds de l’OPEP auquel plus de 1,5 milliard de dollars devraient être consacrés chaque année pendant quatre ans Le communiqué publié le 17 décembre par l’OPEP indique que "l’assistance aux Etats en développement non producteurs de pétrole" sera accrus "d’une somme de 800 millions de dollars, équivalente à celle attribuée l’année dernière à ce fonds". Le communiqué ajoute :"Les pays de l’OPEP sont prêts à contribuer, à partir de ce fonds, à celui intégré sur les matières premières, comme ils l’avaient exprimé à la quatrième réunion de la CNUCED à Nairobi." et la liaison du taux de hausse du prix du pétrole au taux de l’inflation mondiale "pour obliger les pays industrialisés à lutter réellement contre l’inflation".


LES RÉACTIONS A L’ÉTRANGER


M. Carter adressera un télégramme de félicitations à l’Arabie Saoudite


Les pays industrialisés font leurs comptes après la hausse du pétrole, décidée à Qatar par l’OPEP le 17 décembre.
S’ils s’inquiètent des effets de cette majoration sur les équilibres de leurs économies, ils s’interrogent également sur les conséquences qu’aura pour l’organisation le clivage apparu entre ses membres.


A Washington, le président Ford s’est félicité de la "position modérée" de l’Arabie Saoudite et de la Fédération des émirats.
Mais il a stigmatisé l’attitude de la majorité des membres de l’OPEP qui, "excipant de justifications économiques artificielles et négligeant les conséquences destructrices de leur acte, ont choisi d’adopter une attitude qui ne peut être qualifiée que d’irresponsable". M. Jimmy Carter a fait savoir de son côté qu’il adresserait un message de félicitations à l’Arabie Saoudite et aux Emirats arabes unis. Dans les milieux pétroliers américains on note que les hausses décidées par l’OPEP coûteraient, en première approximation, 7 milliards de dollars aux Etats-Unis et entraîneraient une hausse de 8.5 % du prix du pétrole pour le consommateur américain. On pense également que le système du double prix provoquera de nombreuses difficultés, mais que le volume actuel des stocks dans les pays développés permettra de retarder des achats et ainsi de modérer les hausses de prix.


BRUXELLES : on relève dans les milieux communautaires que la C.E.E. importe plus de pétrole de la zone qui a décidé une hausse de 10 % que de celle qui appliquera une augmentation de 5 %.


TOKYO : bien que le gouvernement japonais semble extrêmement préoccupé par la décision des onze pays de l’OPEP, la hausse envisagée n’aura pas de conséquences graves pour l’économie. Selon M. Sakisaka, directeur de l’institut de l’énergie, le relèvement du prix du "brut" se traduira par une augmentation de la note pétrolière de 2 milliards de dollars, sans pour autant remettre en cause l’excédent de la balance commerciale nippone.



BONN : le gouvernement craint moins les conséquences directes de l’augmentation du prix du pétrole que les répercussions indirectes sur les clients de la R.F.A., les pays industrialisés qui ont des difficultés de balance des paiements et les pays sous-développés. Pour la R.F.A., la note supplémentaire devrait se chiffrer pour 1977 aux environs de 3,8 milliards de D.M.


Cette année la R.F.A. importera pour 36 à 38 milliards de deutschmarks (80 millions de francs environ) de pétrole (136 millions de tonnes). Les fournitures en provenance de l’Arabie Saoudite et des Emirats représentent un quart des importations totales.
L’excédent de la balance des paiements, qui était de 9,4 milliards de deutschemarks en 1975 ne devrait pas dépasser 6 milliards en 1976.


LONDRES. - Si certains commentateurs londoniens ont tout de suite parlé d’un éclatement de l’OPEP, provoquant une remontée de la Bourse, la plupart des experts britanniques manifestent beaucoup plus de prudence et ne comptent pas encore sur un retour au "bon vieux temps" où le marché du pétrole était contrôlé par les acheteurs. La hausse devrait se traduire en 1977 par une aggravation du déficit de la balance des paiements de quelque 500 millions de livres environ (4 milliards de francs) : 30 % seulement des achats de pétrole proviennent de l’Arabie Saoudite et des Emirats.


ROME. - Dans les milieux industriels, on estime que l’Italie bénéficiera, en partie, de la modération de l’Arabie Saoudite puisque ce pays assure le tiers des importations de pétrole. Le gouvernement italien a basé ses prévisions économiques pour 1977 sur une augmentation de 10 % du pétrole, de sorte que les 5 % de l’Arabie Saoudite se présentent comme un bonus inattendu.


LA HAYE : l’exportation de gaz naturel néerlandais compensera, selon le porte-parole du ministère des affaires économiques, en grande partie l’augmentation du prix du pétrole.


BRESIL : le coût supplémentaire des importations de pétrole (4 milliards de dollars en 1976) serait de 300 millions de dollars en 1977. Le Brésil ne couvre que 20 % environ de ses besoins par sa production nationale. L’Arabie Saoudite est son principal fournisseur.


En France
LE P.C.F. : la facture pétrolière présentée par le gouvernement est truquée.


Le bureau politique du P.C.F. a publié, vendredi 17 novembre, une déclaration protestant contre le fait que les décisions de hausse prises par les pays producteurs de pétrole puissent entraîner la hausse de l’essence et du fuel. Le P.C.F. estime : "Il est tout à fait possible de faire face à l’augmentation du prix du pétrole brut sans dommage pour la balance commerciale de la France, pour le niveau des prix intérieurs et pour la consommation des travailleurs.
La population n’a pas à faire de nouveaux sacrifices. Les trusts pétroliers doivent payer, et ils le peuvent."




"En effet, la facture pétrolière que le gouvernement présente au pays est une facture truquée. Les trusts pétroliers à direction américaine camouflent les prix réels auxquels ils achètent le pétrole dans les pays producteurs et celui auquel ils le revendent en France.
En fait, les trusts achètent à prix limités et vendent en France au prix fort, opérant ainsi un véritable détournement de l’argent des Français. Pour notre part, après études sérieuses, nous estimons que ce racket se chiffre actuellement chaque année à au moins 400 milliards d’anciens francs, ce qui correspond d’ailleurs approximativement à l’augmentation du prix des importations du fait de la hausse de prix du pétrole brut qui vient d’être décidée."



Sauver l’OPEP


De notre envoyé spécial


Doha. - "Ceux qui prédisent dans les pays occidentaux que l’OPEP va casser risquent fort de se tromper." Le cheikh Yamani, pas plus que les autres ministres, ne tient à briser le cartel. Aussi, les différentes délégations se sont-elles efforcées le 17 décembre, face à la presse, de présenter leur position comme une simple différence d’évaluation de la situation économique mondiale et une divergence de vues quant à la capacité de générosité des pays industrialisés.


"Nous vivons dans un monde étroit, rappelle le ministre saoudien du pétrole. S’il souffre de la hausse, tout le monde en patira. Or, avec 15 %, la Grande-Bretagne, l’Italie, la France et d’autres pays encore, dont ceux en voie de développement, vont souffrir."


En face, le ministre iranien du pétrole, le Dr Amouzegar, et le ministre algérien Abdesselam se disent tout aussi préoccupés par la situation économique mondiale. "Nous sommes tous sur le même bateau, précise le premier. Croyez-vous que nous proposerions une hausse de 15 % si nous ne pensions pas les pays industrialisés capables de l’absorber."
"Mais, ajoute le second, on ne peut indéfiniment favoriser les pays industrialisés sous prétexte que quelques-uns d’entre eux sont mal portants.
Il existe des organismes internationaux, tel le F.M.I., pour les aider à retrouver la santé."


Les deux camps ont aussi une approche tactique différente.
L’Arabie Saoudite ne cache pas qu’elle espère, en contrepartie de son geste, une plus grande compréhension des pays occidentaux dans le dialogue Nord-Sud et le conflit arabo-israélien.
Au contraire, le Venezuela, l’Iran, l’Algérie et les autres membres du groupe des "onze" ne croient plus dans le dialogue Nord-Sud.


Quand bien même la crise que traverse le cartel ne serait-elle vraiment qu’une simple divergence économique, ses conséquences pourraient être telles qu’elle apparaît beaucoup plus grave que cela. Traditionnel chef de file des "durs", M. Amouzegar peut peut-être se féliciter que "onze Etats membres sur treize aient trouvé plus raisonnable d’augmenter le pétrole de 15 %" et rappeler que "le monde ne peut vivre sans nos vingt millions de barils quotidiens". Il n’en est pas moins vrai qu’il a conscience que c’est le marché qui décidera. Les treize participants ont accepté de reconduire les aménagements apportés à Bali aux différentiels (l’échelle des prix des différentes qualités de pétrole), ce qui permettre à chacun des pays de diminuer ses prix de quelques cents le cas échéant. Mais tous s’interrogent sur la capacité du marché à supporter un système de double prix. Le cheikh Yamani estime qu’inévitablement les autres pays seront obligés de s’aligner sur le prix le plus bas. Ce n’est pas l’avis des Algériens (voir d’autre part).


"Il faut attendre et voir", affirmait de manière très britannique un délégué iranien, qui reconnaissait pourtant que les six mois à venir pourraient être une rude épreuve pour l’OPEP.


BRUNO DETHOMAS.


La Bolivie augmentera le prix de son pétrole à l’exportation de 10 % le 1er janvier comme la majorité des membres de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole), a annoncé le 17 décembre le gouvernement bolivien.


La Bolivie n’est pas membre de l’OPEP mais applique toujours les décisions de l’Organisation. Sa production pétrolière est d’environ 42 000 barils par jour (2 millions de tonnes par an), dont la moitié est exportée.




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