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    2009.



















TRENTE-TROISIÈME ANNÉE - N° 9919



Le contestataire soviétique Vladimir Boukovski va être libéré et expulsé d’U.R.S.S.
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Fondateur : Hubert Beuve-Méry




L’OPEP se divise sur la hausse du pétrole



Onze États majorent leurs prix de 10 %
L’Arabie Saoudite et les Émirats s’en tiennent à 5 %



La conférence des ministres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole s’est achevée à midi, vendredi 17 décembre, à Doha. Pour la première fois depuis la création de l’OPEP, la décision d’augmentation du prix du "brut" n’a pas été prise à l’unanimité : l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis, qui commercialisent à peu près le tiers du pétrole, ont décidé de s’en tenir à une hausse de 5 %, le 1er janvier, le prix du baril passant ainsi de 11,51 dollars à 12,08 dollars ; les onze autres membres de l’OPEP augmenteront leur "brut" de 10 %, cette hausse étant suivie d’une nouvelle majoration de 5 % le 1er juillet (le prix du baril passant à 12,70 dollars puis à 13,30 dollars). Le cheikh Yamani, qui n’a pas assisté, vendredi matin, à la conférence, a déclaré avant de partir pour Djeddah :
"Nous n’avons aucun arrangement avec les Etats-Unis, mais nous espérons que l’Occident appréciera notre geste et que cela se concrétisera dans deux directions, le dialogue Nord-Sud, et le conflit arabo-israélien."



En France, la hausse du "brut" devrait se traduire en 1977 - si le dollar reste à 5 F et si la consommation est équivalente - par une dépense supplémentaire en devises de 4,6 à 4,7 milliards de francs. L’effet déflationniste sur la croissance pourrait être de 0,5 à 0,6 %, selon la Rue de Rivoli : sur les prix, cela provoquerait une augmentation de 0,3 à 0,4 % si les pouvoirs publics parvenaient à empêcher les répercussions en chaîne de la hausse (0,8 à 1 % avec ces répercussions).


De notre envoyé spécial


Doha, - L’incertitude a régné jusqu’au dernier moment à Doha (Qatar), où étaient réunis, depuis le 15 décembre, les représentants des treize pays membres de l’OPEP, qui devaient fixer la hausse du pétrole. Les onze membres de l’OPEP, notamment
l’Iran, qui avaient décidé jeudi d’augmenter leur "brut" en deux temps - 10 % au 1er janvier, 5 % au 1er juillet, ce qui représente une hausse moyenne de 12,7 % pour l’année, - ont tenté de fléchir le cheikh Yamani à son retour à Doha vendredi matin. Celui-ci étant resté sur ses positions (5 % seulement de hausse en janvier, point de vue partagé par les Emirats arabes), les décisions arrêtées vendredi ont finalement été entérinées.


C’est une brêche importante qui s’est ainsi créée dans l’Organisation des pays exportateurs de pétrole. Le prix de référence de l’ "or noir" ne peut plus être celui de l’arabian light, "brut" léger d’Arabie Saoudite. On doit se demander comment le marché va réagir à ce système de double prix, la décision saoudienne apparaissant comme une prime aux compagnies américaines membres de l’Aramco, acheteurs principaux du pétrole saoudien (80 % du total).


Peu avant le retour du cheikh Yamani, qui avait passé l’après-midi du jeudi à Djeddah, la plupart des délégations qui s’étaient ralliées à un chiffre de 15 % comme base de négociation avec l’Arabie Saoudite, étaient persuadées que cette dernière accepterait de transiger à 10 %.



BRUNO DETHOMAS.



(Lire la suite page 44.)






L’épreuve du marché


L’OPEP subit sa crise la plus grave depuis le quadruplement du prix du pétrole en novembre et décembre 1973. Les capitales occidentales doivent s’en réjouir.
Elles n’avaient, il est vrai, pas lésiné sur les moyens : menaces devant une hausse qui apparaîtrait comme un "geste inamical" à l’égard des Etats-Unis, pressions à propos des ventes d’armes, chantage à l’aide au développement du tiers-monde (dont le montant sera effectivement lié à la décision prise à Doha).


L’espoir américain reposait sur ce que l’on appelle par euphémisme la sagesse de l’Arabie Saoudite. Au Qatar, le cheikh Yamani a, en effet, utilisé ses nombreuses cartes, dont la principale est constituée par des réserves gigantesques qui lui donnent le quart de la capacité de production de l’OPEP ; le ministre saoudien aime d’ailleurs répéter, pour imposer ses vues, que son pays pourrait doubler sa production actuelle jusqu’à la fin du siècle, et disposer encore de réserves en l’an 2000.


La reprise économique mondiale marquant le pas, la santé de l’Occident apparaît actuellement nécessaire à de nombreux vendeurs de pétrole. Les assurances américaines ne manquaient pas à l’Arabie Saoudite, pays conservateur, et dont le jeu reposait d’abord sur la désunion possible de ses partenaires.


Si une majorité de pays s’étaient prononcés dès le début de la conférence pour une augmentation de 15 % du "brut", quelques-uns avaient déclaré qu’une hausse de 10 % leur paraissait un chiffre sur lequel pourrait se faire l’unanimité, unanimité de règle jusqu’à présent à l’OPEP.


A force de répéter que nul ne peut augmenter le prix du pétrole sans l’accord de l’Arabie Saoudite, le cheikh Yamani a fini par irriter profondément ses partenaires, qui supportaient de plus en plus mal d’être traités en membres de second ordre. Sans doute cela a-t-il facilité l’unité des "onze" ("les Emirats arabes unis n’existent pas, ils sont une création de l’Arabie Saoudite", ont dit avec mépris plusieurs délégués), décidés à affirmer qu’avec les deux tiers de la production de l’OPEP ils constituaient une force avec laquelle le monde devrait compter.


L’Organisation des pays exportateurs surmontera-t-elle cette crise ? Désireux d’affirmer son hégémonie sur le marché, le cheikh Yamani s’est empressé d’affirmer avec assurance que les "onze" seraient obligés d’aligner le prix de leur pétrole sur celui de l’Arabie Saoudite. C’est pour éviter un désaccord public que ses partenaires avaient retenu le taux de 10 %, évoqué naguère par le ministre saoudien.


Maintenant la fissure existe dans l’OPEP, "Nous ferons tout pour que la brèche soit colmatée aussi vite que possible"
, a affirmé le ministre algérien, M. Abdesselam, ajoutant que ces secousses auraient du moins comme effet bénéfique de renforcer les liens entre membres de l’OPEP.


On peut noter, en tout cas, que le front des "onze" n’est pas politique ; on y retrouve côte à côte conservateurs et progressistes.
Tiendra-t-il ? Cela dépendra largement des conséquences pour le monde de la décision prise à Doha.
Une différence de prix du "brut" de 5 %, telle qu’elle va apparaître à compter du 1er janvier, est supportable. On a vu en 1975 - lorsque la consommation s’est réduite - des pays producteurs pratiquer des rabais qui approchaient ce pourcentage.


Mais qu’arrivera-t-il le 1er juillet si l’Arabie Saoudite refuse d’appliquer la hausse supplémentaire de 5 % prévue par les "onze". L’écart - 10 % - serait alors considérable, trop peut-être pour rendre viable le système des doubles prix. On peut se demander - surtout si l’activité économique mondiale se ralentit - si certains pays ne seront pas alors amenés à s’aligner officiellement sur les prix de l’Arabie Saoudite.
Ce sera l’épreuve du marché.

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