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U-006-123-001

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  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny
    seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre
    2009.
















MERCREDI 1er DÉCEMBRE 1976

Le Monde
> L’EUROPE OCCIDENTALE ENTRE L’INFLATION ET LA RÉCESSION
DE L’ÉCHEC AU RÊVE


Incapables de respecter simplement les objectifs énergétiques qu’ils s’étaient fixés en décembre 1974, les Neuf, poussés par une conjoncture qu’ils jugent hostile, vont-ils serrer les rangs ? En prônant un programme commun d’économie d’énergie et la fixation d’un plafond global des achats de pétrole de la Communauté, M. Giscard d’ Estaing n’a pas tenu des propos très différents de ceux de M. Kissinger lors de la conférence de Washington sur l’énergie en février 1974. Mais les circonstances ont changé.


Le secrétaire d’ État avait pour double objectif de réinsérer dans une certaine conception de l’ Organisation atlantique les pays européens et le Japon. Tout en brisant l’ OPEP. Le président français a maintenant beau jeu de démonter l’échec de cette politique. En trois ans, les pays industrialisés n’ont rien fait.


L’ Agence Internationale de l’énergie, piètre machine de guerre, n’a pas eu l’ombre d’une efficacité. En maintenant des prix intérieurs bas pour l’énergie, les États-Unis n’ont pu freiner leur consommation de pétrole ni accroître leurs ressources énergétiques de remplacement. La dépendance américaine vis-à-vis de l’extérieur n’a au contraire cessé d’augmenter, alors que l’objectif officiel était inverse. Quant à l’ Europe, malgré les mises en garde de M. Simonet, le vice-président de la C.E.E., elle s’est montrée incapable de mettre sur pied une politique commune d’économies importantes de pétrole.


Plus personne ne songe aujourd’hui à " casser " l’ OPEP. Dans les pays industrialisés, on estime désormais comme le disait encore récemment M. Kissinger, que " la hausse continue du prix du pétrole est inéluctable.


Fort de la seule politique nationale de substitution d’énergie conforme au programme tracé - grâce au recours à l’énergie nucléaire - le président français peut affirmer qu’il est temps de passer des fausses intentions aux véritables réalisations. Les pays de l’ OPEP ne devraient pas en prendre ombrage. N’ont-ils pas, à de multiples reprises, poussé les pays consommateurs à la lutte contre le gaspillage et à la discipline dans l’utilisation du " brut ", source d’énergie rare à terme. dans une conjoncture de reprise économique timide, la limitation de l’accroissement des importations des pays industrialisés ne signifierait d’ailleurs nullement une amputation des revenus des pays exportateurs.


M. Giscard d’ Estaing risque cependant de se heurter à des critiques multiples. Sur la responsabilité française dans l’échec de la politique communautaire d’abord : n’est-ce pas paris qui en refusant un prix-plancher du pétrole, aujourd’hui dérisoire - 7 dollars, - a fait ajourner toute autre proposition ? Sur le manque de réalisme de sa proposition ensuite : ce qui n’a pas été possible en 1974, l’est-il aujourd’hui, alors que la dérive entre les économies européennes s’est considérablement accentuée ? Comment espérer bâtir un plan énergétique européen, alors que le taux de croissance varient d’un pays à l’autre ? le chancelier Schmidt n’a pas dit autre chose lorsque à la Haye, il a posé comme préalable à toute politique européenne la " consolidation des économies nationales ".

L’EUROPE OCCIDENTALE ENTRE L’INFLATION ET LA RÉCESSION
M. Giscard d’ Estaing presse la C.E.E. de plafonner ses importations de pétrole


Le conseil européen de la La Haye a achevé ses travaux vers 13 heures, ce mardi 30 novembre. Une déclaration devait être publié dans l’après-midi.


" Quelles que soient les difficultés, il y a un désir évident de protéger et de maintenir la Communauté européenne dans la période difficile que nous traversons ", a dit M. Giscard d’ Estaing en quittant La Haye. En ce qui concerne le dialogue Nord-Sud, M. Giscard d’ Estaing a insisté sur la nécessité pour la communauté de " poursuivre activement sa participation " à la conférence de Paris sur le dialogue Nord-Sud avec les pays du tiers-monde et " d’être à même de proposer des formules contribuant à la solution des problèmes ".


Comme l’indique ci-dessous nos envoyés spéciaux, les débats ont fait apparaître que les neuf chefs de gouvernement ne veulent pas prendre l’initiative d’un ajournement de la session qui devait se tenir avec tous les pays en voie de développement, le 15 décembre, à Paris. Toutefois, un certain nombre d’entre eux considèrent un tel ajournement comme probable et même souhaitable.


Au cour de la première journée du Conseil européen, lundi, M. Giscard d’ Estaing avait présenté des propositions en trois points pour " préserver, rétablir et développer " la Communauté. le président de la République a surtout plaidé en faveur d’un programme commun d’économie d’énergie, par la fixation d’un plafond commun, en valeur, pour les achats de pétrole par les pays de la Communauté.


Enfin, les Neuf ont estimé qu’un dialogue devra être ouvert des que possible entre la Communauté économique européenne et l’administration Carter, aussitôt après l’entrée en fonction du nouveau président américain, le 20 janvier prochain.


De nos envoyés spéciaux


la Haye. - " Prudence mais ouverture " ; c’est ainsi qu’une haute personnalité de la Communauté caractérisait, lundi, la position qu’ont décidé d’adopter les Neuf dans le débat complexe engagé avec le tiers-monde. Un esprit plus simple, plus sceptique, pourrait la résumer autrement : " Nous ne pouvons ni ne voulons donner grand-chose, mais nous ne voulons pas le dire. "


Le conseil européen se tenait à un moment crucial du dialogue Nord-Sud : les pays du tiers-monde, sans paraître il est vrai très convaincus, ont demandé que la session ministérielle appelée à faire le point de la négociation se tienne comme prévu les 15 et 16 décembre. Les États-Uns ( par lettre adressée par M. Kissinger à M. Mac Eachen, le co-président canadien de la conférence ) se sont prononcés en faveur d’un report de quelques mois de cette session et ont exprimé un grand scepticisme sur l’ensemble de l’opération. Les pays de l’ OPEP doivent fixer, fin décembre les nouveaux prix du pétrole et sont susceptibles d’être influencés par l’attitude de la C.E.E.


MAURICE DELARUE ET PHILIPPE LEMAITRE.


( Lire la suite page 2 ).

M. Barre n’envisage pas de relance globale de l’économie pour remédier au chômage


Les difficultés de l’économie française demeurent le principal souci de M. Raymond Barre. " la grande affaire et la seule à l’heure actuelle est le redressement de la situation économique ", a déclaré lundi soir le premier ministre. s’élevant contre ceux " qui s’étonnent qu’en deux mois la politique engagée... n’ait pas encore réussi à réduire sensiblement le taux d’inflation ni le déficit du commerce extérieur ", M. Barre s’est déclaré " attentif à porter remède au chômage ". Mais in a précisé qu’il n’agirait " par une relance globale de l’économie, qui ne pourrait qu’aggraver la hausse des prix et le déséquilibre de la balance commerciale ".


Il s’en tiendra, le moment venu, à des mesures sélectives. L’objectif est, pour lui, d’atteindre " une croissance compatible avec le maintien de la stabilité intérieure et de l’équilibre des paiements extérieurs ". Pour " assainir " la situation des entreprises en difficulté parce qu’elles ont " une main-d’oeuvre excédentaire ", M. Barre juge " nécessaire un certain allégement de leur main-d’oeuvre ".


M. Beullac, ministre du travail avait d’ailleurs déclaré la veille à " Sud-Ouest " que le gouvernement savait que le cap du million de chômeurs serait dépassé et que la situation de l’emploi se dégraderait encore en novembre. Simultanément, les coûts de production des entreprises vont être renchéris par la hausse de 2,03 % du SMIC à partir de mercredi 1er décembre, due à l’augmentation rapide des prix en septembre et en octobre.


La dégradation de l’emploi n’est pas sans conséquences financières. Le déficit de la Sécurité sociale, colmaté en 1976, s’annonce considérable pour l’an prochain. " Le rééquilibrage sera très difficile ", a déclaré vendredi le premier ministre.


M. Beullac a indiqué, pour sa part, qu’il n’était pas question de toucher à l’indemnisation à 90 % des chômeurs licenciés pour cause économique, ce qui parait signifier l’abandon des projets de M. Chirac, en la matière, l’été dernier. Mais il n’est pas non plus question d’entreprendre une relance rapide et globale de l’économie. " il n’y aura ni premier, ni second, ni troisième plan Barre, a déclaré le premier ministre, mais une politique que je conduirai sans dévier tant que j’aurai la responsabilité de la conduire ". Il n’y a pas, selon lui, à rechercher " une croissance à tout prix, qui détruirait les efforts faits pour réduire l’inflation... Le gouvernement ne se laissera pas détourner de la voie qu’il a choisie. "


( Lire nos informations page 35. )

Le conseil des ministres se réunit à Lille
M. Giscard d’ Estaing sera accueilli par M. Mauroy


M. Valéry Giscard d’ Estaing était attendu, ce mardi en fin d’après-midi, à Lille, où il serait accueilli par de nombreuses personnalités, notamment M. Mauroy, maire, député, président du conseil régional, membre du secrétariat national du parti socialiste.


Mercredi, avant le conseil des ministres, qui exceptionnellement se réunira à Lille, comme il l’avait fait en septembre à Lyon et en février à Évry dans l’ Essonne, M. Raymond Barre recevra une délégation du conseil régional, conduit par M. Mauroy qui présentera au gouvernement les doléances des élus et de la population. M. Mauroy ne veut pas donner un caractère politique à cette démarche, mais on sait que les grands dossiers régionaux ( infrastructures, conversion industrielle et minière, cadre de vie...) revêtent une importance et impliquent des décisions nationales.


Dans l’émission de France-Inter 13-14, le ^résident de la République commentera en direct de Lille mercredi le conseil des ministres.

Diversion provinciale ?


par FRANCOIS GROSRICHARD


L’automne déclinant est une saison propice aux initiatives provinciales du pouvoir. L’an dernier, le 24 novembre à Dijon, le chef de l’ État faisait sortir du mythe le grand projet Rhin-Rhône, rappelait son attachement à l’aménagement du territoire et chargeait M. Olivier Guichard de transformer par une " révolution tranquille " la vie communale. Douze mois après, jour pour jour, et à la veille de son voyage dans l’ Est, M. Giscard d’ Estaing a annoncé en bloc que le prochain conseil des ministres se tiendrait à Lille et que ce serait au début de 1977, le tour de Rennes d’être pour quelques heure la capitale politique de la France.


Pour qu’aucune des régions ne soit en reste, le président a rendu publique son intention de faire chaque mois un déplacement en province. Les grandes métropoles régionales sont en effet désireuses d’accueillir le gouvernement pour ses réunions au plus haut niveau. " La province, disait La Bruyère, c’est l’endroit d’où la Cour parait une chose admirable."


Tant de sollicitude à l’égard de la France profonde, et parfois silencieuse, rassure : la série de discours jacobins selon lesquels les régions risquaient de dresser des écrans bureaucratiques entre l’ État et la démocratie vivantes des communes, avaient été perçus à Lille , en Alsace, en Bretagne, en Corse, en Aquitaine, comme d’injustes accusations. Ils ont même encouragé des mouvements d’humeur et de foule irrédentistes.


( Lire la suite page 11. )

AU JOUR LE JOUR
POTION MAGIQUE


M. Raymond Barre a peut-être redécouvert le secret de la potion magique, ou du moins il est sur la voie.


Notant que l’indice des prix d’octobre était mauvais, il a fait remarquer qu’il eût sans doute été pire si les effets de son plan ne s’étaient fait sentir. Il n’y a de meilleure recette pour être invincible que de comparer la défaite qu’on a subie à la déroute qui aurait pu se produire.


Moyennant quoi, les allégements de main-d’oeuvre sont des victoires contre le chômage.


ROBERT ESCARPIT


page 2 - LE MONDE - 1er décembre 1976

EUROPE
La " guerre de la morue " va-t-elle prendre fin ?


C’est le 1er décembre que doit expirer l’accord provisoire sur la pêche qui, mettant fin provisoirement à la " guerre de la morue ", autorisait la Grande-Bretagne à maintenir quelque vingt-cinq chalutiers dans les eaux islandaises. Les derniers navires britanniques se trouvant encore au large de l’ Islande ont déjà ou vont regagner mercredi les ports de Hull et de Grimsby. Les dirigeants islandais ont refusé d’accorder à M. Finn Olav Gundelach, commissaire danois chargé des négociations entre les deux pays, la prolongation de l’accord qu’il était venu solliciter. Tout en jugeant insuffisantes les offres qui lui sont faites, l’ Islande a néanmoins accepté d’ouvrir, en décembre, des négociation avec la Communauté européenne, qui prend en charge les intérêts de chacun des pays membres.

Reykjavik : une souveraineté qui n’est plus contestée


De notre correspondant


Reykjavik - La communauté européenne est chargé de défendre les intérêts britanniques auprès de l’ Islande. M. Gundelach s’est rendu dans la capitale islandaise les 25 et 26 novembre. Il s’est entretenu avec le ministre islandais des affaires étrangères, M. Agustsson et avec le premier ministre, M. Hallgrimsson. De simples conversations à l’issue desquelles il a été annoncé que les négociations commenceraient avant Noël.


Il n’y aura plus de " guerre de la morue ". Le conflit, qui opposait les deux nations est devenu un cas particulier dans le cadre d’un règlement européen. La souveraineté islandaise sur ses eaux n’est plus contesté depuis que les pays du Marché commun ont décidé, eux aussi, de porter, à dater du 1er janvier, la limite de leurs zones de pêche à 200 milles marins.


Aux yeux des Islandais, les données du problèmes sont simples : quels avantages la Communauté peut-elle fournir à Reykjavik en échange d’un nouvel accord ? Bruxelles est disposé à accorder aux chalutiers islandais le droit de pêcher au large du Groenland et en mer du Nord.


Maigre réciprocité pour un pays qui a bâti sa fortune sur la pêche côtière, surtout lorsqu’on connaît le niveau des stocks en mer du Nord. La pêche dans les eaux Groenlandaises représente un certain intérêt pour les Islandais qui poursuivent le capelan au-delà de leurs propres eaux. Mais le Groenland, possession danoise, sera peut-être, dans un avenir plus ou moins proche, tout comme les Iles Feroes, maître de ses propres eaux.


M. Gundelach a vraisemblablement fait valoir au x Islandais l’intérêt pour les Européens de contrôler ensemble l’état des stocks et les mouvements migratoires du poisson. Que deviendrait la cabillaud islandais si les eaux groenlandaises où il naît pour une bonne part, étaient complètement écumées ?


" Je ne suis pas optimiste quant à la possibilité d’un accord avec le Marché commun, a déclaré M. Agustsson, nous attendons des propositions plus substantielles " Le fait que M. Gundelach ait rencontré le premier ministre Islandais témoigne cependant d’une réelle volonté de négocier.


GÉRARD LEMARQUIS

LONDRES : dix mille emplois menacés


De notre correspondant


Londres. - dans les pourparlers qui vont s’ouvrir au sujet de la " guerre de la morue ", Londres jouira d’une position un peu plus solide, maintenant que les Neuf entendent adopter un front uni pour défendre les intérêts de leurs flottes de pêche. Mais on se rend compte, ici, que la Communauté européenne n’a pas grand chose à offrir aux islandais pour les inciter à assouplir leur position.


M. Gundelach a fait allusion à une assistance économique que les Neuf pourraient éventuellement envisager en faveur de Reykjavik. Mais il ne semble pas que, dans l’immédiat au moins, il soit question de fermer le marché européen au poisson venant d’ Islande.


Le secrétaire au Foreign Office, M. Crosland, s’est déclaré confiant, estimant qu’un accord à long terme interviendrait entre les Neuf et l’ Islande. A Bruxelles, on ne désespère pas d’aboutir à un règlement qui autoriserait une douzaine de navires britanniques à pêcher la morue dans les eaux islandaises.


Mais pour l’instant, le sort de quelque quatre-vingts chalutiers britanniques reste en suspens. Déjà on parle d’en diriger une quarantaine vers les chantiers de démolition. Dix mille emplois, à bord et à terre, sont menacés dans les ports de l’estuaire de la Humbert et deux mille autre à Fleetwood, dans le Lancashire.


La commission européenne a, d’autre part, fait savoir à tous les membres du bloc socialiste que leurs navires ne seront plus autorisés à se rendre dans la zone protégée des 200 milles s’ils n’ont pas ouvert, d’ici là, des négociations avec les Neuf. Pour l’instant Moscou, Varsovie et Berlin-Est refuse de reconnaître le rôle de la C.E.E. et menacent de poursuivre leurs activités de pêche en mer du Nord.


Le problème n’est pas limité aux pays du bloc socialiste. L’une des plus grandes difficultés de la nouvelle réglementation sera en effet d’assurer la police dans un domaine de pêche envahi par les navires cubains, portugais et canadiens, sans parler des islandais. le gouvernement de Dublin a suggéré que les Neuf combinent leurs ressources navales pour assurer cette tâche. Mais on ne croit guère à Londres que le moment est venu d’établir une " communauté de défense " fût-elle limitée à la protection des pêcheries.


JEAN WETZ.

LA RÉUNION DU CONSEIL DES " NEUF " A LA HAYE
Les propositions de M. Giscard d’ Estaing


Un programme en trois points


De notre envoyé spécial


La Haye. - Parlant le premier au cours de la réunion du conseil européen, lundi 28 novembre, le président Giscard d’ Estaing a d’abord tracé un tableau des difficultés internes et externes de la Communauté. les gouvernements doivent prendre les mesures qu’ils jugent appropriées, mais ils donneraient plus d’efficacité à leurs actions en les plaçant dans une perspective européenne - a dit en substance le président de la République. La situation actuelle est préoccupante, a-t-il ajouté : en 1977, le taux moyen de croissance ne dépassera pas 4,75 % et on ne peut évaluer à plus de 0,5 % la diminution probable du t^t de chômage. On assiste au glissement des taux de change, la politique agricole commune subit l’épreuve la plus rude de son histoire. Les montants compensatoires ( qui rectifient pour les échanges agricoles les distorsions de change ) sont difficiles à supporter. Enfin la Communauté doit faire face à des facteurs de perturbation : le prix du pétrole et le dynamisme commercial de certains pays.


Le président à alors énuméré un programme en trois points : il faut, dit-il, " préserver, rétablir et développer " la Communauté.


1) On doit préserver l’acquis communautaire, s’interdire tout protectionnisme portant atteinte à la libre circulation des marchandises. Cela s’applique notamment ç la politique agricole. Il faut donc rechercher des moyens flexibles et peut coûteux pour rétablir l’unité du marché.


2) Il faut rétablir l’équilibre interne et externe des économies des pays membres. Étant donnée la disparité des situations, les dispositions à prendre ne peuvent être identiques ; des mesures contre l’inflation et le chômage seront combinées selon des dosages variables. En ce qui concerne les mesures contre les menaces externes, il s’agit de définir une politique commune commençant par un programme européen d’économie d’énergie. le président de la République a suggéré que les Européens fixent un plafond commun en valeur pour leurs achats de pétrole. Il attend que les partenaires commerciaux de l’ Europe apportent leur contribution à cette lutte. Il attend notamment de l’ Amérique une politique d’indépendance énergétique et du Japon qu’il accepte de modérer ses exportations vers l’ Europe dans les " secteurs sensibles ".


3) Enfin, pour développer la Communauté, le président de la République a souhaité que l’union économique monétaire reprenne sa marche en avant dés que les circonstances le permettront " et que les Neuf fassent le point avant la fin 1977.

Les parlementaires communiste français et italiens ont constitué un groupe


L’assemble de l’ Union de l’ Europe occidentale réunie à Paris au palais d’ Iéna s’est félicitée lundi 29 novembre de la décision prise par le Conseil européen de faire procéder dès 1978 à l’élection du Parlement européen au suffrage universel direct.


Une résolution en ce sens qui se prononce par ailleurs pour une accélération des efforts de coordination des industries européennes d’armement a été adoptée par 46 voix contre 2, celles des deux députés communistes français, et sept abstentions. les six députés communistes Italiens, qu assistent pour la première fois à l’assemblée de l’ U.E.O. avaient annoncé dès le début de la séance que, n’ayant pas pu prendre part à l’élaboration des textes soumis au vote, ils s’abstiendraient.


Les parlementaires communistes ont, pour la première fois, constitué un groupe composé de quinze membres : six sénateurs, tous italiens et neuf députés ( trois français et six italiens ). Le président du groupe, M. Picchioli, sénateur italien, a déclaré que les parlementaires communistes d’ Italie avaient considéré que les préjugés de l’époque de la guerre froide ayant disparu, ils pouvaient dorénavant collaborer à la construction d’ " une Europe occidentale unie pour des objectifs de paix et de démocratie "


" Notre présence ici, a-t-il ajouté, correspond à notre volonté de parvenir à une connaissance réciproque et d’élaborer un dialogue constructif avec les forces démocratiques des autres pays. "


Auparavant le président de l’ Assemblée de l’ U.E.O., M. Nessler ( U.D.R. France ) avait insisté dans son discours inaugural sur le fait que la construction européenne est " plus nécessaire que jamais ". Il a estimé que l’ Europe a les moyens institutionnels, y compris en matière de défense, à travers l’ U.E.O., pour y parvenir, mais " la volonté lui fait défaut "

Danemark
L’opposition met le gouvernement en demeure de faire cesser les grèves sauvages


De notre correspondante


Copenhague. - Le sort du gouvernement danois se jouera vraisemblablement cette semaine. La crise qui a éclaté à Copenhague peu avant le dernier week-end est en effet loin d’être dénoué ( Le Monde du 27 et 28 novembre ). Elle connaît seulement un temps d’arrêt en raison de l’absence du premier ministre, M. Joergensen, qui assiste à La Haye au Conseil européen.


Les quatre partis ( radicaux, chrétiens populaires, Centre démocratique et conservateurs ), interlocuteurs actuels du gouvernement minoritaire social-démocrate, ont mis celui-ci en demeure de prendre des mesures énergiques pour faire cesser les grèves sauvages qui se sont multipliées menaçant la vie économique et le plan de redressement adopté en août par la Chambre unique. Rien qu’au mois de novembre, on a recensé deux cents débrayages illégaux.


Le projet visant à infliger des amendes aux travailleurs qui auraient obtenu des augmentations de salaires à la suite de grèves sauvages sera sans doute abandonné. Mais les quatre partis exigent un blocage total des salaires et des prix jusqu’au 1er mars 1977, date à laquelle de nouvelles conventions collectives entreront en principe en vigueur.


Pour l’instant, il n’est pas certain qu’une majorité se forme pour renverser le cabinet Jorgensen. La plupart des partis qui siègent au Folketing - plus particulièrement les conservateurs et les radicaux - craignent qu’un scrutin anticipé ne leur soit défavorable et que le part du progrès de Glistrup ( partisan de l’abolition de l’impôt sur le revenu ) ne conquière de nouveaux sièges, comme peuvent le faire craindre les sondages récents. Cependant M. Jorgensen, en cas d’échec au Parlement, peut, le cas échéant, espérer affronter sans trop de risques les électeurs puisque d’autres sondages accordent à son propre parti plus de voix qu’il n’en avait obtenu en 1975.


CAMILLE OLSEN.

Les exhortations du président de la République


( Suite de première page )


Compte tenu de ces données, la position des neuf telle qu’elle se dégageait à l’issue des conversations de lundi peut se décrire de la manière suivante :


- En principe la Communauté ne veut pas prendre la responsabilité de demander le report de la session ministérielle. Si ses interlocuteurs persistent à souhaite qu’elle se tienne aux dates prévues, elle sera prête à y participer activement. mais, en fait, les Neuf croient ( et souhaitent ) que les deux coprésidents décideront finalement, dans les jours qui viennent, de l’ajourner. Le chancelier Schmidt l’a déclaré sans détour. M. Andreoti, premier ministre italien, s’est prononcé en faveur d’un armistice de six mois, la session ministérielle ainsi que les décisions sur le prix du pétrole seraient reportées à l’été 1977.


- La Communauté veut faire savoir, mais sans s’engager de façon précise, quelle est décidée à faire des efforts pour que le dialogue aboutisse. La majorité des délégations ont plaidé en faveur d’une formulation prudente.


Plusieurs États membres considèrent qu’il serait peu opportun d’arrêter dans le détail " le plan de concession " de la C.E.E. sans avoir eu au préalable la possibilité d’une concertation avec le Américains. D’autres, enfin - c’est surtout le cas de M. Schimdt - crient que la C.E.E., compte tenu de ses difficultés, doit franchement mettre en relief l’étroitesse de sa marge de manoeuvre ; le propos du chancelier fédéral est net : l’ampleur de ce que pourra donner la C.E.E. dépendra du montant de la facture pétrolière.


Ces considérations n’empêchent pas que les Neuf, s’ils veulent être entendus par les pays du tiers-monde, doivent au moins en partie annoncer la couleur. Quel terrain choisir pour le faire ? Les négociations techniques ayant repris à la CNUCED ( Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement), l’idée lundi soir, était de manifester une attitude positive lors des discussions, chère au tiers-monde, touchant à la gestion du marché des matières premières ( programme intégré et création d’un fonds commun de régularisation des coûts ). Mais l’ Allemagne continue d’éprouver peu de sympathie pour les solutions " dirigistes " conçues par la CNUCED.


La situation économique dans la Communauté


Le débat sur la tactique à suivre dans la négociation Nord-Sud avait été précédé et préparé par un échange de vues sur la situation économique dans la C.E.E. C’est un tableau sombre qu’ont dressé les chefs de gouvernement, y compris M. Schmidt, qui a évoqué la " fragilité du modèle allemand ". Retrouvant leur démonstration favorite du début 1974, les Neuf mettent l’accent sur les conséquences dramatiques d’une hausse du prix du pétrole, quitte à se montrer plus discrets sur l’état de déshérence déjà atteint par leurs économies. Est-ce là une utilisation abusive d’un événement extérieur prévisible et, somme toute normal ? " pas du tout, " nous explique un haut fonctionnaire de la Commission ; " pourquoi ne pas dire, et même souligner, qu’aujourd’hui la moindre chiquenaude peut ébranler nos économies ? ... "


Cependant les suggestions faites, notamment par M. Giscard d’ Estaing, ou encore par M. Jorgensen, premier ministre danois, en faveur d’une convergence des politique économiques n’ont guère trouve d’écho.


L’idée d’un plan européen des économies d’énergie, suggérée par M. Giscard d’ Estaing, n’a pas rencontré plus de succès. Et le projet de texte préparé lundi soir, s’il faisait référence à la nécessité de rendre les économies plus convergentes et d’écarter toute mesure protectionniste ( engagement dont M. Callaghan pourra se prévaloir dans les débats aux Commune ou au sein de son parti ), observe qu’il revient à chaque pays d’assurer de redresser son économie.


A l’égard du Japon, les Neuf avaient l’intention d’exprimer sur un ton courtois, et en cherchant à éviter la confrontation, leur inquiétude à l’égard des pratiques commerciales de ce pays. Des efforts résolus doivent être faits - estiment-ils - pour accroître rapidement les ventes de la Communauté au Japon.


Les Neuf ont entendu M. Van Der Stoël, ministre des affaires étrangères des Pays-bas, parler de l’examen, par ses collègues, du rapport de M. Tindemans sur l’ Union européenne.


Le conseil déclare notamment qu’il " a partagé les voeux exprimé par le premier ministre de Belgique sur a nécessité de construire l’ Union européenne par un renforcement de la solidarité concrète des neuf États membres et de leurs peuples ".


Le conseil estime également que " l’ Union européenne devrait se traduire effectivement dans la vie quotidienne des individus en concourant à la protection de leurs droits et à l’amélioration de leur cadre de vie ".


Le conseil ajoute : " La construction européenne doit aussi tirer le meilleur parti des possibilités de coopération entre les neuf gouvernements dans les domaines où les États sont prêts à exercer progressivement leur souveraineté d’une manière convergente ". Il semble que le président de la République française tenait beaucoup à ce passage qui n’est pas du tout conforme aux idées de M. Tindemans, et qui met l’accent sur la nécessité d’une coopération inter-gouvernementale entre les États - ce qui a toujours été le fondement de la politique européenne gaulliste. Dans le même esprit les Neuf " confirment le rôle directeur du conseil européen " ( la réunion tri-annuelle des chefs de gouvernement ).


Le Conseil européen a arrêté la composition de la commission qui entrera en fonction le 1er janvier. Elle sera, comme prévu, présidée par M. Roy Jenkns ( ancien ministre de l’intérieur britannique, travailliste ) et comprendra en outre, pour la Grande-Bretagne, M. Dugenhat ( jeune député conservateur ) : pour la France, les commissaires sortants, MM. Ortoli ( qui quitte le présidence, mais recevra une vice-présidence ) et Claude Cheysson ; Pour l’ Allemagne fédérale les commissaires sortant, MM Haferkamp et Brunner ; pour l’ Italie MM. Giolitti ( député socialiste et Natali ( député démocrate chrétien ) ; pour les Pays-Bas, M. Vredeling, actuellement ministre de la défense, socialiste ; pour la Belgique, M. Davignon ( directeur des affaires politiques au ministère des affaires étrangères belge et président de l’agence internationale de l’énergie, poste qu’il devra bien entendu abandonner ) ; pour l’ Irlande , M. richard Burke ( jusqu’ici ministre de l’éducation ) ; et enfin, pour le Danemark et le Luxembourg, les commissaires sortants, MM. Gundelach et Vouel.


La répartition des " portefeuilles " à fait l’objet d’une discussion serrée qui, selon le porte parole français, a abouti à un accord. Elle n’a cependant pas été annoncée car, en droit cette commission qui doit y procéder elle-même.


MAURICE DELARUE ET PHILIPPE LEMAITRE.

Espagne
LA PRÉPARATION DU RÉFÉRENDUM
M. Suarez autorise l’ " opposition démocratique " à s’exprimer à la radio et à la télévision


De notre correspondant


Madrid. - M. Adolfo Suarez, président du gouvernement espagnol, a rencontré lundi 29 novembre, une délégation de six dirigeants démocrates-chrétiens comportant MM, Joaquin Ruiz Gimenez ( Gauche démocratique ), ainsi que les responsables des partis démocrates-chrétiens du Pays basque et du Pays Valencien. M. Gimenez a estimé que le gouvernement espagnol semblait prêt à négocier avec une commission représentant l’ensemble de l’opposition.


Avant cette entrevue M. Suarez avait déjà accepté l’une des conditions posées par l’opposition, le 27 novembre. Il a en effet donné des instructions à la radiotélévision espagnole pou que, à partir de ce mardi 30 novembre, les représentants de partis politiques " légaux " et les personnalités politiques d’autres partis puissent exposer sur les ondes et sur le petit écran leur position à l’égard du prochain référendum.


la rencontre de lundi facilite la tâche de l’opposition démocratique qui se réunira à nouveau le 1er décembre afin de désigner les personnalités qui devront former la commission chargée de négocier avec le gouvernement.


Il est probable que les négociations entre cette commission et le gouvernement se prolongeront au-delà du 15 décembre, date du référendum sur la réforme politique. Il est même possible, d’après des sources officieuses, qu’une fois passé le référendum l’on assiste au démantèlement de l’appareil politique du " Mouvement " et que, vers le mois de février, une formule soit trouvée pour la législation du parti communiste espagnol, qui fait déjà l’objet d’une large tolérance. -J.-A. N.

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