
Moins de quinze jours après la réunion de l’OPEP a Doha , qui déboucha sur l’instauration d’un double prix du « brut » , le monde pétrolier est de nouveau en ébullition . Selon Economic Survey (MEES) , éditée a Beyrouth , L’Arabie Saoudite aurait décidé - contrairement aux promesses de M. Yamani - d’augmenter sa production de 10% environ pour la porter à 10 millions de barils par jour contre 9,1 selon nos sources (le Monde du 28 décembre . Plusieurs pays parmi ceux que l’on classe habituellement parmi les « durs » auraient fait a savoir que , dans ce cas , ils réduiraient leur propre production . Au même moment , le secrétaire général de l’OPEP a laisse entendre que l’augmentation supplémentaire de 5% prévue par onze des treize membres de cette Organisation , pour juillet , pourrait ne pas être appliquée .
Interrogé par TF 1 , M. de Guiringaud , ministre des affaires étrangères , a déclaré , le 28 décembre (voir page 22) : « Nous allons vers une augmentation assez raisonnable de l’ensemble des prix , voisin de 5% . »
Plusieurs pays ont annoncé le 27 octobre leur intention de respecter les décisions prises par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole à Doha le 17 décembre . Le Venezuela a faite savoir qu’il augmenterait son pétrole de 10% au 1er janvier 1977 et qu’il ne consentirait pas de rabais aux pays d’Amérique centrale . Quant à la Compagnie nationale des pétroles Iraniens (NIOC), elle relèvera samedi 1er janvier le prix de son « brut » de 1,19 dollar le baril (10%). Un porte-parole de la NIOC a précisé que les prix du « brut » Iranien léger et lourd seraient respectivement de 12,81 et 12,52 dollars le baril .
Mais les difficultés du système actuel de double prix ont été soulignées par le secrétaire général de l’OPEP , M. Feyide , lors d’une conférence de presse tenue à Vienne au siège de l’Organisation : « Si la demande mondiale se maintient au niveau actuel , il n’y aura pas de difficulté . Si elle fléchit , nous pourrons être confrontés à des facteurs nouveaux . Mais c’est quelques que nous ne pouvons prédire. » M. Feyide envisageait même la possibilité de ne pas procéder , en juillet , à l’augmentation supplémentaire de 5% prévue à Doha . « Il sera peut-être nécessaire , a-t-il précisé , de procéder à de nouveaux alignements . »
Alors que le secrétaire général de l’Organisation soulignait que « l’unité , la solidarité et l’existence de l’OPEP demeuraient intactes » et que « L’Arabie Saoudite s’était engagée a ne pas accroître sa production de manière à tirer avantage du système de double prix » , le Middle East Economic Survey , revue hebdomadaire spécialisée dans les affaires pétroliers , écrivait le contraire : « L’Arabie Saoudite accroîtra sa production pétrolière d’un million et demi de barils par jour en moyenne pendant le premier trimestre prochain . »
Citant des « sources saoudiennes autorisées » , l’hebdomadaire , publié à Beyrouth , indique que la production actuelle de 8,5 millions de barils par jour sera portée a environ 10 millions de barils à partir de janvier . Le M.E.E.S. précise également que les prix du « brut » saoudien ont été fixés à 12,09 dollars par baril pour light 12,48 dollars pour l’Arabian berri et 11,37 dollars pour l’Arabian neavy .
Toujours selon le M.E.E.S. , les « onze » de l’OPEP (notamment la Libye , l’Algérie , le Venezuela , le Koweït , le Qatar , l’Irak , la Syrie et le Nigeria ) sont tombés d’accord pour « contrer toute augmentation de production saoudienne par une réduction de leurs productions respectives »
Ces remous déboucheront-ils sur une nouvelle réunion de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) ? De nombreuses rumeurs ont circulé à ce propos . - B.D.
La position saoudienne est délicate : si l’Arabie Saoudite prétend soulager les pays du tiers-monde par la modération de la hausse de son « brut » , elle peut aussi être accusé par eux d’avoir affaibli le premier organisme de pays en voie de développement à avoir fait les pays industrialisés . Elle affirme vouloir obtenir , en paiement de sa compréhension , un geste des Etats-Unis dans le conflit Israélo-arabe : mais , en cas d’échec , cela peut entraîner une scission parmi les pays arabes eau-mêmes . N’est-il pas surprenant que deux des pays qui lui sont le plus proches - Koweït et Qatar - se soient trouvés , à Doha , dans le camp opposé ?
L’évolution du marche lui-même peut n’être pas aussi favorable au royaume saoudien que certains le pensent . Sa rigidité est grande . Les compagnies pétrolières , comme les Etats , ont des contrats d’achat de pétrole qui portent sur plusieurs années et ne peuvent changer rapidement de fournisseurs pour se tourner vers le moins cher.
Au demeurent , l’Arabie Saoudite a déjà largement dépassé les quotas de production de production qu’elle s’était fixés . Ces derniers mois , elle a produit plus de 9 millions de barils par jour : une livraison quotidienne de 10 millions représenterait une augmentation de 10% seulement , et non de 20% . Serait-ce déterminant pour empêcher onze pays de l’OPEP de vendre 10% plus cher ?
On s’attend à une détente de la demande au cours des paiements mois de 1977 , en raison de l’importance des stocks accumulés en prévision de la hausse des prix . Mais il ne manque pas d’experts pour prévoir une reprise importante des l’été . C’est notamment le point de vue de M. Walter Levy , l’un des principaux spécialistes américains ; selon lui , la demande de produits pétroliers du monde non communiste devrait s’accroître en 1977 de 8,5 % , pour atteindre 52,5 millions de barils par jour , ce qui pourrait provoquer des cette année une pénurie . Les compagnies pétrolières Exxon et Socal prévoient , mais la situent tout de même à 5,5 et 5,9 %. Une telle reprise renforcerait la position des pays partisans d’une forte hausse .
L’information du « Middle East Economic Survey » , dans de telles conditions , est-elle autre chose qu’un ballon d’essai destiné a évaluer les réactions des autres membres de l’OPEP , a un moment ou l’évidente difficulté d’appliquer un système de double prix amène certains pays à envisager la tenue d’une nouvelle conférence ? Il semble symptomatique que , au moment même ou était publiée cette information , le secrétaire général de l’Organisation ait évoque , à Vienne , la possibilité de ne pas procéder , le 1er juillet prochain , à la hausse supplémentaire de 5% prévue par les Onze .
Dans l’imbroglio actuel , une seule chose est certaine : l’OPEP serait fortement amoindrie sans le royaume saoudien et les émirats arabes unis . Mais l’Arabie Saoudite elle-même tire une grande partie de sa force et de sa force et de son influence de sa présence modératrice à l’intérieur de l’OPEP . Une rupture semble donc peu probable . C’est à l’intérieur de l’Organisation que se poursuivra ce combat ponctué de déclarations contradictoires . Jusqu’à l’instauration d’un prix unique ?
PIERRE JAKEZ HELIAS
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