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    2009.


















DE LA RÉPUBLIQUE AU GABON


7/8/76


Les investissements français sont importants dans tous les secteurs de l’économie


LE Gabon fait affluer chaque année 20 milliards de francs C.F.A. (400 millions de francs) dans les banques françaises. Cette somme représente près du double du montant total des subventions et des crédits accordés à Libreville par la France en 1975. Ces liquidités proviennent des vingt mille Français résidant au Gabon (1976) : rémunération des capitaux et des services, traitements et salaires - dont certains sont ceux de citoyens gabonais préférant placer leurs fonds dans l’immobilier européen à l’investissement dans l’industrie de leur pays.


Le Gabon se classe aujourd’hui au troisième rang en Afrique pour le revenu annuel moyen par habitant (1 000 dollars), un revenu qui a multiplié par cinq le budget de l’Etat entre 1973 et 1976, tandis que le pays devenait le quatrième producteur pétrolier d’Afrique (10 millions de tonnes en 1975), le troisième producteur mondial de manganèse (2,4 millions de tonnes), producteur d’uranium (900 tonnes d’uranium métal en 1975) et de bois (1,2 million de tonnes). Les pétrodollars ont enfiévré l’économie et, dans ce pays où la colonie ne laissa guère l’infrastructures, le gouvernement de M. Bongo veut tout mener de front.
Son budget, alimenté par la vente de matières premières aux cours solides, lui permet de couvrir le Gabon de chantiers, mais la main-d’oeuvre qualifiée fait cruellement défaut à ce pays sous-peuplé, et les capitaux privés sont très insuffisants pour développer les activités industrielles et commerciales. Pour mettre en valeur ses richesses naturelles, le Gabon s’est donc doté d’un code des investissements dont les dispositions généreuses attirent les hommes d’affaires.


Des relations privilégiées


Si le gouvernement semble vouloir désormais treiner l’immigration étrangère, la stabilité du régime politique et la liberté d’exportation des plus-values demeurent très attrayantes pour les industriels et commerçants étrangers. La France l’a bien compris, dont les investisseurs sont présents depuis quinze ans dans tous les secteurs vitaux de l’économie gabonaise. Soucieux de préserver ces intérêts, le général de Gaulle, puis Georges Pompidou - qui visita le Gabon en 1971 - et enfin M. Giscard d’Estaing - ami personnel de M. Bongo, - entretinrent des relations privilégiées avec le Gabon : ce sont d’ailleurs les parachutistes français qui permirent à Léon Mba de reprendre le pouvoir après le putsch manqué de 1964. Les accords de coopération franco-gabonais signés en 1960 et réaménagés en 1975 (le Gabon ne veut pas parler de révision) ont provoqué l’afflux à Libreville de centaines d’enseignants, de techniciens et de médecins dont ce pays a tant besoin. Elf, Rothschild, le Commissariat à l’énergie atomique, la SCOA et une cinquantaine d’autres sociétés françaises apportent les capitaux, la technologie et le personnel qualifié pour faire tourner l’économie gabonaise.


Le rôle d’Elf-Gabon


L’exploitation des gisements pétroliers découverts au Gabon depuis vingt ans fournit, depuis 1973, plus la moitié des recettes budgétaires de l’Etat. La France a pris une large part dans la recherche pétrolière au Gabon, et le groupe Elf-Erap est à l’origine de la création de la société Elf-Gabon, dont l’Etat gabonais possède 25 %, et les pétroliers français 60 %.


Elf-Gabon est donc pour plus de la moitié financée par des capitaux français et l’Etat gabonais affirme ne pas avoir l’intention d’augmenter sa participation. De 1949 à 1975, Elf-Gabon a investi 150 milliards de francs C.F.A. dans la mise en exploitation des gisements marins et terrestres de Port-Gentil. Seule ou en association avec Shell, la société a produit les quatre cinquièmes du pétrole gabonais en 1975.


Elle opère (seule ou en association avec Shell ou d’autres sociétés américaines ou japonaises) sur 85 % du total des permis de recherche accordés par l’Etat. En 1975, Elf-Gabon a apporté à l’Etat gabonais 1,64 milliards de francs (82 milliards C.F.A.), soit plus de la moitié du budget du Gabon (151 milliards). Le chiffre d’affaires de la société est passé de 22,2 milliards de francs C.F.A. en 1972 à 178 milliards en 1975. C’est sur lui que repose en grande partie l’économie gabonaise. En vertu d’un accord signé en 1974, Elf-Gabon est tenue de réinvestir jusqu’à 10 % de ses bénéfices. Cette somme est versée à une "provision pour investissements diversifiés", gérée conjointement par l’Etat et Elf-Gabon.
Les pétroliers ont ainsi injecté 12 milliards C.F.A. en 1975 dans divers projets, tels qu’une seconde raffinerie de pétrole, une usine de peintures, une pêcherie, un institut de médecine tropicale, etc. Environ cent cinquante Français travaillent à Elf-Gabon, et le directeur général, M. Portal, est un ami personnel du président Bongo.


Jusqu’en 1966, la France achetait la quasi-totalité de la production pétrolière gabonaise : ces achats se sont stabilisés autour de 2 millions de tonnes de brut par an, alimentant, en 1974, 1,6 % du marché français de raffinage.


" La chasse gardée de personne "


Le capital français est également présent dans les exploitations minières gabonaises : pour 64 % dans la Compagnie des mines d’uranium de Franceville (Comuf), et 37 % dans la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), qui exploite le gisement de manganèse de Moanda.


Ces deux grandes activités minières lancées en 1961-1962 sont, comme l’exploitation pétrolière, dirigées par des cadres français.


La France est étroitement associée à la production de l’uranium gabonais. Le gouvernement du président Bongo a remis en cause en 1974 la tutelle du Commissariat français à l’énergie atomique (C.E.A.), qui considérait le mineral comme un "produit stratégique" et en achetait toute la production. A Paris, en 1975, le Gabon - qui possède 25 % du capital de la Comuf - a renégocié le prix pratiqué. Le kilo d’uranium métal est alors passé de 20 francs à 100 francs et la France a versé 24 millions de francs à la Comuf pour ses achats d’uranium gabonais en 1974. L’Etat gabonais a signé une nouvelle convention d’établissement avec le Comuf en janvier 1976, et l’extension des installations de Mounana pour 1978 permettra au Gabon de produire à cette époque un uranium plus riche, exportable dans le monde entier. Pour M. Bongo, Paris doit être un client " comme les autres ", acceptant les lois de la concurrence. C’est ce que le chef de l’Etat gabonais rappelle dans ses discours, en répétant que " le Gabon n’est la chasse gardée de personne ".


Une ordonnance de 1972 oblige d’ailleurs toute société à céder 10 % de son capital à l’Etat, et le Gabon prend des participations de plus en plus importantes dans les sociétés de la place.


La France fournit 58 % des importations


Le commerce de gros et de détail (S.C.O.A., S.H.O.), l’immobilier, l’hôtellerie, la restauration, la banque et les services profitent du climat d’euphorie qui règne depuis le quadruplement des prix du pétrole en 1973. Si l’inflation au Gabon a dépassé 20 % en 1975, les affaires demeurent florissantes, et les Français - présents partout - le savent bien, puisqu’ils sont de plus en plus nombreux à Libreville et dans l’intérieur du pays. Les grandes sociétés de bâtiments et de travaux publics sont françaises (Socobs, Soaco, Razel, Entreprise routière, Dragages, etc.), les commandes affluent et la main-d’oeuvre française occupe même des emplois subalternes.


En mars dernier, en " gabonisant " les postes d’employés de commerce, le gouvernement a voulu remédier à cette situation, mais la main-d’oeuvre locale ne peut pas suivre la progression de la demande des entreprises. Une étude des Nations unies prévoit d’ailleurs que le recours à la main-d’oeuvre étrangère au Gabon atteindra 32 % des besoins en personnel pour la période 1976-1980. Dans un tel contexte, la coopération française, qui entretient au Gabon un millier de personnes, satisfait à un besoin permanent de main-d’oeuvre étrangère sans assurer vraiment la formation de la relève.


Si la France n’est plus le " partenaire privilégié " dont parlait Léon Mba, elle est toujours le meilleur client du Gabon et absorbe chaque année 34 à 37 % des exportations gabonaises, achetant du pétrole, du manganèse, de l’uranium et du bois, tandis que le Gabon achète en France 57 à 58 % de ses importations : matériaux de construction, automobiles, biens d’équipement divers, produits alimentaires, etc.
En valeur, le commerce franco-gabonais est excédentaire au profit du Gabon.


Après seize années d’indépendance, le Gabon semble donc poursuivre avec la France les relations que commande un mariage d’intérêt, et M. Bongo est conscient qu’il tuerait la poule aux oeufs d’or en se passant des Français qui travaillent chez lui.


L’omniprésence française dans les affaires du Gabon semble toutefois indisposer de plus en plus le Gabonais moyen, qui voyait jadis en l’expatrié un concitoyen " d’adoption ". Peut-être cette dégradation des rapports humains - Inversement proportionnelle à la belle santé des affaires franco-gabonaises - est-elle due au sentiment de frustration d’un peuple encore tenu en partie à l’écart de la prospérité.


JEAN-NOEL CADOUX.

UN MILLIER DE COOPÉRANTS


LE montant de l’aide française à Libreville est passé de 68,9 millions de francs en 1970 à 221,8 millions de francs en 1975. la France intervient sous forme de subventions accordées en Afrique par le Fonds d’aide et de coopération (FAC) : 144 millions de francs pour le Gabon entre 1970 et 1975, finançant les infrastructures (routes, ponts, barrages, chemin de fer, studio de télévision couleur Secam). Avec
58 millions en 1975, le FAC a apporté au Gabon un concours exceptionnel pour le financement du chemin de fer transgabonais.


Le crédit est la seconde forme d’intervention financière française au Gabon. C’est la Caisse centrale de coopération économique qui prête les fonds : 261 millions de francs entre 1970 et 1975.


La Coface garantit, par ailleurs des créances gabonaises à moyen terme pour environ 4 milliards de francs.

Enfin, la France apporte au Gabon une assistance en personnel qui se chiffrait à 29,5 millions de francs en 1970, et à 58 millions de francs en 1975. Le nombre des coopérants français est passé en cinq ans de cinq cent quatre-vingt-un à sept cent quarante-huit, chiffre auquel s’ajoutent environ trois cents assistants techniques.


Les accords de coopération signés en 1960 ont été revus en juin 1975. La France est disposé à accroître dans les prochaines années le nombre de ses coopérants au Gabon, mais Libreville s’est engagé à participer au paiement de leurs traitements.

La coopération franco-gabonaise en 1976 portera surtout sur le développement d’une agriculture nettement insuffisante, et Gabon voudrait obtenir des Français une participation au financement d’un deuxième complexe hydro-électrique, à Franceville, d’une usine de ferro-manganès à Moanda.

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