
Les crédits de recherche
sur les énergies nouvelles sont doublés
Nommé par décret en avril 1975 , M. Jean-Claude Colli fête le premier anniversaire de la délégation aux énergies nouvelles . L’avenir que vient de proposer pour lui la commission de l’énergie du VII * Plan est plutôt encourageant , et , comme pour les économies d’énergie , appelle un effort délibéré et une politique volontariste de la part du gouvernement ,
Les objectifs fixés par la commission sont en effet assez ambitieux ; en 1985 , la consommation globale d’énergie en France est fixée à 232 millions de tonnes d’équivalent pétrole (Mtep). Ce chiffre suppose 45 Mtep d’économies d’énergie réalisées à cette date . Pour leur part , les énergies 3 à 5 Mtep , soit 1 à 2 % de la consommation énergétique globale , ou encore , de manière plus significative , 4 à 6 % de l’énergie requise par les usages résidentiels et tertiaires . A l’horizon de l’an 2000 , la commission propose comme objectif que les énergies nouvelles représentent 3 à 7 % du bilan énergétique français , soit presque autant que l’énergie nucléaire en 1980 (8%)
Ces ambitions requièrent naturellement des dépenses . Rapportées au montant des investissements retenues pour l’énergie nucléaire d’ici à 1985 (prés de 70 milliards de francs) ou pour le pétrole (23,3 milliards) , les chiffres proposés pour les énergies nouvelles sont modestes : 2,8 milliards de francs seulement , et 10,7 milliards de francs pour les économies d’énergie . Encore ces dépenses apparaissent-elles considérables par rapport aux budgets actuels des deux agences .
Aider les utilisateurs
Le décret de création de la délégation aux énergies nouvelles ne donne au délégué aucun budget propre . M. Colli définit les actions de recherche et de démonstration qu’il intéressantes et doit en chercher financement ailleurs . Pour la recherche et le développement , il s’adresse ainsi aux organismes publics qui font déjà de la recherche et suscitent ou encouragent divers projets , par exemple , au Bureau de recherches géologiques et minières , au Centre national de la recherche scientifique , au Commissariat a l’énergie atomique , à l’E.D.F.
Pour les actions de démonstration , M. Colli doit convaincre les autres ministères et les collectivités locales d’engager et de financer certains projets . Le ministère de la jeunesse et des sports participé , par exemple , à la réalisation de piscines solaires , le ministère de l’équipement à la réalisation de logements chauffés par géothermie . . .
M. Colli travaille , en particulier , de concert avec l’Agence pour les économies d’énergie . Il a ainsi réalisé avec son aide , l’École solaire de Carbonne (Haute-Garonne) , la piscine olympique solaire d’Antibes , des logements solaires à Nyons (Drôme) , ou encore la production d’eau chaude nécessaire à une entreprise de pour le peignage de la laine : au total , l’Agence pour les économies d’énergie aura accordé un million de francs , en 1975 , a ces divers projets .
La délégation aux énergies nouvelles estime , en effet , que le soleil , le vent ou la géothermie ne deviendront des énergies crédibles que dans la mesure où les projets de démonstration se multiplieront . M. Colli explique alors qu’il préfère aider les utilisateurs plutôt que les industriels , et qu’il souhaite laisser les clients choisir leurs fournisseurs . En général , la délégation cherche des crédits lui permettant de financer 50% du surcoût d’investissement requis pour un projet de démonstration par rapport à l’investissement pour une installation classique .
En 1975 , environ 10 millions de francs auront ainsi été consacrés à réalisation de dix mille logements chauffées par géothermie ; quatre mille logements à Creil (Oise) , quatre mille à Melun , avec 60 000 mètres carrés de locaux administratifs et commerciaux , deux mille logements à Monte-de Marsan . En 1976 , l’argent disponible sera d’environ 18 millions de francs , ce qui permettre d’engager l’équipement de quinze à vingt mille logements supplémentaires , et un projet d’utilisation d’eau chaude à la Guadeloupe .
L’objectif de M. Clli est d’aboutir à cinq cent mille logements chauffés par géothermie en 1985 , soit une moyenne de cinquante mille par an . Ceci suppose que l’on fore un double puits pour chacun des deux mille à trois mille logements réalisés . Un double forage coûte environ 7 millions de francs ; l’équipement de cinquante mille logements appelle ainsi une dépense d’environ 175 millions de francs par an . La délégation finance , dans ce cas , 25 % du surcoût du forage .
Les chauffe-eau solaires
compétitifs `
Du côté des maisons solaires , les projets de démonstration sont évidemment moins nombreux ; la demande a même été jusqu’ici si faible qu’elle s’est trouvée , en général , satisfaite . La délégation estime pourtant que le chauffage de l’eau sanitaire par le soleil est , d’ores et déjà , compétitifs en France . Il existe environ douze mille chauffe-eau solaires essentiellement dans le sud du pays , et M. Colli en souhaiterait cent cinquante mille d’ici cinq ans , sur un total de onze millions de maisons individuelles en France . Le prix d’un chauffe-eau solaire a diminué de moitié en quelques années , et s’élève , à l’heure actuelle , a 4 000 francs s’il est doté réserve d’eau d’environ 150 litres . Ce prix , qui comporte le coût du moyen de chauffage annexe et celui de 2 à 3 mètres carrés de capteurs devrait légèrement baisser et tomber à environ 3 000 F d’ici cinq ans .
Pour le chauffage des maisons , le prix actuel des capteurs - 400 à 600 F par mètre carré - est à la limite de la compétitivité , sauf peut-être dans le sud de la France . La délégation estime qu’il faudrait que le coût des capteurs tombe a environ 200 F le mètre carré , et que l’on fabrique chaque année environ 10 000 mètres carrés de capteurs , de quoi équiper environ trois cents maisons individuelles . On estime , généralement , que la rentabilité peut être atteinte si l’investissement ne dépasse pas 10 000 F par tonne de fuel économisé chaque année .
Les fabricants de capteurs sont encore peut nombreux en France , environ une dizaine . Encore seulement quelques-uns d’entre eux fabriquent-ils d’entre eux fabriquent-ils du matériel fiable , par exemple la Sofie a Perpignan . Les sociétés pétrolières Eif et C.F.P. s’intéressent aussi beaucoup aux maisons solaires , et s’apprêtent a fabriquer industriellement les capteurs . En ce qui concerne l’énergie éolienne , le problème n’est pas très différent . L’investissement , aujourd’hui , s’élève de 5 000 a 10 000 F kW installé , ce qui n’est pas encore très compétitif . Une société française , Aérowatt , fabrique , en série , de petites machines de 10 kW ou moins , qui sont exportées ou équipent certaines balises en mer . Comme pour l’énergie solaire , la délégation a l’intention de lancer des projets de démonstration plus ambitieux , et notamment la réalisation d’une éolienne de 100kW en Bretagne et une autre aux Antilles . Ces réalisations devraient être menées en parallèle avec la centrale solaire a miroir de 10 mégawatts , et l’étude de la petite centrale de 500 kW à 1 mégawatt , dont la délégation a lance l’appel d’offre en mars , et dont elle attend les réponses le 15 mai ( le Monde daté 7-8 mars ).
DOMINIQUE VERGUESE
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