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    2009.















Moi

ENERGIE

M 14/3/76

APRES DEUX ANS DE NEGOCIATIONS

L’Arabian American Oil Co
passe sous le contrôle total de l’Arabie saoudite


"un accord général sur les principaux problèmes" liés à la prise du contrôle total des actifs de l’ARAMCO (Arabian American Oil Compagnie) a été conclu, vendredi 12 mars, à Panama-City (Floride, Etats-Unis), entre l’Arabie saoudite et les anciennes sociétés actionnaires (Exxon, Texaco, Stancal, Mobil), après cinq jours de négociations. Une autre rencontre sera nécessaire pour régler certains détails techniques. Le communiqué publié par l’Aramco à New-York n’en dit pas plus. Il ne confirme même pas les déclarations antérieures selon lesquelles l’accord serait rétroactif au 1er janvier 1976.


"Inch Allah, les Arabes prendront le contrôle total de leur pétrole avant la fin de l’année", avait déclaré M. Yamani, ministre saoudien du pétrole, à la fin de 1974. Nul n’est prophète en son pays : l’année 1975 s’était passée sans qu’aucun accord n’ait pu être conclu en ce sens. Et il a fallu encore cinq jours de négociations secrètes pour parvenir à cet accord général dont on parle aujourd’hui.


Pourquoi ce retard ? Qu’y a-t-il dans le nouvel accord ? Autant de questions auxquelles il est impossible de répondre aujourd’hui et qui sont pourtant, étant donné le poids gigantesque de l’ARAMCO (voir encadré ci-joint) d’une importance primordiale pour l’avenir de l’économie pétrolière, voir énergétique, du monde.


Les principaux points d’interrogation sont en effet les suivants :


1) Quel volume de pétrole brut les anciennes sociétés actionnaires auront-elles le droit d’acheter ? Autrement dit, y aura-t-il place pour d’autres ? On se souvient de l’essai tenté, en 1974, par la diplomatie française pour conclure un accord à long terme avec les Saoudiens, et son échec ;


2) A quel prix les anciennes sociétés actionnaires pourront-elles acheter ce pétrole ? Depuis la prise de participation partielle de l’Arabie Saoudite, les sociétés avaient un certain privilège par rapport à leurs actionnaires - privilège dont on ne connaissait pas l’ampleur exacte. Le conserveront-elles ? Le niveau du prix international du pétrole dépend en partie de la réponse à cette question ;


3) Quelles sont les intentions d’investissement des anciens actionnaires en Arabie Saoudite et quelles garantie ont-ils obtenu à ce sujet ? Ici aussi la question intéresse l’économie internationale du pétrole. Car les réserves potentielles de l’Arabie Saoudite sont fabuleuses. Selon certaines estimations, elles pourraient permettre à l’Arabie Saoudite de produire 1 milliard de tonnes par an (contre environ 400 millions de tonnes aujourd’hui) pendant une longue période.


D’autres questions sont d’une importance plus "locale" si l’on peut dire, tels le prix auquel l’Arabie Saoudite va payer le capital dont elle prend le contrôle et la façon dont seront réparties la propriété de l’oléoduc stratégique de la Tapeline et celle de la gigantesque raffinerie de Ras-Tanouras. Mais leur solution a évidemment une incidence sur le règlement des trois grands problèmes énoncés ci-dessus.


Ces trois problèmes posent une question de fond : l’Arabie Saoudite va-t-elle continuer à se comporter comme une "chasse gardée" des pétroliers américains ? Les Etats-Unis ont jusqu’à maintenant renoncé à toute politique d’indépendance énergétique, au moins au niveau de la production sur le territoire américain. Si un tournant vigoureux n’est pas pris après les élections présidentielles, les Américains continueront à considérer le premier producteur du Proche-Orient comme faisant partie de leur "hinterland" et à s’y tailler la part du lion. Ce sera tant pis pour l’Europe.


On peut se demander si la mollesse de la politique pétrolière intérieure des Etats-Unis ne s’explique pas par l’espoir de continuer à disposer en partie et quasi-librement des énormes réserves saoudiennes. Reste à savoir si cet espoir a été confirmé ou non par l’accord de Panama-City...

PHILIPPE SIMONNOT.

LE GEANT DU PETROLE


L’ARAMCO, qui contrôle la quasi-totalité des champs pétrolifères d’Arabie Saoudite, est capable de produire, dans l’état actuel de ses installations, quelques 10 millions de barils par jour, c’est-à-dire 500 millions de tonnes par an - plus du quart du potentiel total de l’OPEP, un peu plus que la capacité de production des Etats-Unis. Avec de nouveaux investissements relativement peu coûteux, l’ARAMCO serait capable d’augmenter encore cette formidable puissance.



Avant les prises de participation de l’Etat saoudien dans le capital de l’ARAMCO, celui-ci était réparti de la façon suivante : 30% pour Exxon (ex ESSO), 30% pour Texaco, 30% pour Standard Oil of California, et 10% pour Mobil.


Après le quadruplement du prix du pétrole d’octobre-décembre 1973, l’Arabie Saoudite décidait de brusquer le cours de l’histoire en prenant une participation de 60% dans le capital de l’ARAMCO, alors que l’accord de New-York, conclu à la fin de 1972 prévoyait une augmentation progressive de cette participation.


Depuis, malgré l’intention affichée à plusieurs reprises de porter cette participation à 100%, les négociations traînaient en longueur, et l’on en était venu à s’interroger sur la volonté réelle des Saoudiens de contrôler la totalité du capital de l’ARAMCO.


Le géant du pétrole recèle l’une des inconnues majeures de l’économie pétrolière internationale : le prix auquel elle vend son pétrole à ses quatre actionnaires privés. Ce secret sera-t-il levé par le nouvel accord ?

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