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U-005-038

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    seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre
    2009.















LA VIE ÉCONOMIQUE
LA RESTRUCTURATION DE L’ INDUSTRIE NUCLÉAIRE


L’ accord entre le C.E.A. et Westinghouse pourrait inclure
l’ achat d’ uranium naturel par le groupe américain


En août dernier, le gouvernement faisait connaître sa décision de ne conserver qu’ une filière nucléaire, celle du groupe américain Westinghouse, et de faire entrer le Commissariat à l’ énergie atomique (C.E.A.) dans le capital de Framatome, la filiale nucléaire du groupe Creusot-Loire qui exploite la licence américaine.


Depuis, les négociations entre Westinghouse et son partenaire français se poursuivent activement. Elles portent essentiellement sur deux volets ; le prix du rachat par la C.E.A. de 30 des 45% que détient actuellement Westinghouse dans le capital de Framatome : la coopération qui va s’ établr entre le groupe américain, le C.E.A., Electricité de France et Framatome pour améliorer et agrandir les centrales nucléaires mises au point par Westinghouse et construites en France sous licence par Framatome.


A ces deux volets pourrait venir s’ en ajouter un troisième : l’ achat, par Westinghouse, d’ une certaine quantité d’ uranium naturel produite par le C.E.A., pour résoudre des problèmes d’ approvisionnement des centrales que la société a en commande aux Etats-Unis et à l’ étranger.


Les grandes lignes de l’ accord avec Westinghouse ont été fixées en septembre dernier à Pittsburg, mais il reste à en préciser le détail, parfois même l’ essentiel. A commencer par le prix des actions rachetées par le C.E.A. Le gouvernement français ayant d’ emblée annoncé son objectif d’ acquérir 30% du capital de Framatome au début du mois d’ août, la marge de manoeuvre des négociateurs français était étroite. En outre, de part et d’ autre, l’ environnement, laissait à désirer. Les syndicats du personnel du C.E.A. protestèrent contre la transformation du C.E.A. en un holding industriel : les actionnaires de Westinghouse, qui avaient dû s’ accommoder des maigres résultats de la société en 1974, s’ émurent de cette de "nationalisation" à la française.


Entre les toutes premières demandes de Westinghouse, de l’ ordre de 300 millions de francs, et la valeur négative avancée par le C.E.A., le fossé était large. Chaque partenaire a aujourd’hui parcouru presque la moitié du chemin, et le compromis s’ établira sans doute entre 100 et 150 millions de francs (22 et 35 millions de dollars). Pour ce prix, le gouvernement français acquerra une partie de l’ autonomie qu’ il recherche, et les actionnaires de Westinghouse, qui ont vu leur société verser environ 12 millions de dollars à Framatome au titre de leur prise de participation et des augmentations de capital depuis quatre ans, pourront être satisfaits de la rentabilité de l’ opération.


Un fonds commun de recherches


Reste la partie la plus délicate de l’ accord, la coopération qui devra s’ établir entre quatre partenaire, le C.E.A., E.D.F., Framatome et Westinghouse sur les travaux de développement des futurs réacteurs à mener en commun. Pour la France, l’ objectif est de parvenir à "franciser" les centrales de Westinghouse construites sous licence par Framatome, comme la K.W.U., Allemagne fédérale a réussi à "germaniser" les réacteurs américains. Ainsi, aux accords de licence Westinghouse-Framatome, qui expirent en 1982, succéderaient un accord plus équilibré de coopération avec la société américaine.


Westinghouse, qui s’ est vu reconnaître en France le monopole de construction des centrales nucléaires depuis l’ éviction du groupe C.G.E. (Compagnie générale d’ électricité) n’ est pas fondamentalement opposé à cette évolution et y trouve même son intérêt. A puissance industrielle (5,8 milliards de dollars de chiffre d’ affaires en 1974, cent dix-sept centrales vendues dans le monde au 1er janvier 1975 et trente-quatre par les sociétés étrangères licenciées), le C.E.A., en France, peut opposer la puissance de ses laboratoires et de ses moyens d’ essais. Tandis que Westinghouse dépense chaque année 10 millions de dollars dans la recherche et 30 millions si l’ on inclut la mise au point de fabrication des centrales et des éléments combustibles, le C.E.A. affirme dépenser 150 millions de francs (35 millions de dollars) sur le seul développement des centrales à eau légère, et dispose d’ un budget civil de 4 milliards de francs.


Ces moyens peuvent tenter Westinghouse. L’ écueil est que le C.E.A. soit tenté de retomber dans les ornières du passé et veuille concevoir un réacteur nouveau, bien français, quel qu’ en soit le prix, tandis que Westinghouse, Framatome et E.D.F. cherchent beaucoup plus à améliorer les réacteurs existants et à leur conserver toute leur rentabilité. Les partenaires ont prévu de se réunir régulièrement pour établir un programme de recherchers en commun et en contrôler le déroulement. L’ idéal serait de s’ entendre sur les travaux qui seraient utiles aux deux constructeurs ou que demanderait le client, E.D.F., en tout cas insistera pour que le principal critère des recherches soit leur utilité industrielle et fonctionnelle et non le désir des ingénieurs ou des techniciens.


Certains thèmes ont déjà été retenus, comme l’ amélioration des générateurs de vapeur, l’ étude des vibrations de éléments combustibles, le refroidissement d’ urgence du coeur du réacteur. Un fonds commun, qui pourrait être de l’ ordre de 100 millions de francs, et qui serait alimenté pour les deux tiers par le C.E.A., un tiers par Westinghouse et pour une plus faible part par Framatome, servira à financer ces travaux communs. La majeure partie des recherches seront faites en France.


La difficulté est évidement de déterminer quelle part de ses dépenses de rechercher chaque partenaire affectera au fonds commun. Car, de cette distribution, dépend en partie l’ avenir, E.D.F., souhaite en effet éviter que l’ on aboutisse en 1982, date de l’ expiration des accords de licence, à deux filières distinctes de réacteurs, l’ une américaine et l’ autre française. Si tel était le cas, l’ expérience des centrales américaines ne viendrait plus compléter celle des centrales francisées, ce qui ne donnerait pas la même sécurité d’ esprit sur le fonctionnement des réacteurs français. Tel ne devrait pas non plus être l’ intérêt à long terme de Framatome, qui, s’ il veut exporter des centrales après 1982, devra sans doute offrir sur le marché des réacteurs assez proches des réacteurs américains et se recommander de leur bon fonctionnement, tout en soulignant les améliorations françaises.


Et le combustible ?


Westinghouse, de son côté, n’ est pas sans connaître des difficultés commerciales. Pour un tiers, les commandes de centrales ont été annulées aux Etats-Unis, et la société américaine a été contrainte, il y a quelques jours, de dénoncer ses contrats de fourniture de combustible pour ses propres centrales après 1978, et de diminuer ses livraisons d’ ici là.


Avant la crise du pétrole, en effet, l’uranium naturel était abondant sur le marché et se négociait à 6 ou 10 dollars la livre. Aujourd’hui, le prix courant est de 25 dollars certains contrats récents se sont même conclus à 40 dollars et l’ uranium s’ est fan rare avec la multiplication des centrales. La prospection de nouveaux gisements dans le monde, qui était pratiquée au ralenti entre 1960 et 1970, n’ a toujours pas repris. Westinghouse avait promis à ses clients un approvisionnement en combustibles de leurs centrales à l’ ancien prix, sans prendre soin d’ acheter l’ uranium et si abondant. Aujourd’hui, les compagnies d’ électricité américaines se voient seulement garantir 18,5% des livraisons aux-quelles elles auraient droit d’ ici à 1978. Si Westinghouse se voyait contraint par les tribunaux de remplir les contrats, c’ est sans doute 1 milliard de dollars qu’ il lui faudrait débourser pour acquérir l’ uranium au prix actuel du marché.


Le C.E.A., qui, plus prudent, s’ est assuré de quelque 100 000 tonnes de réserves dans le monde, ne paraît pas opposé à conclure avec Westinghouse un contrat de livraison d’ uranium , mais pour une quantité limitée, et à court terme Compte tenu de la situation, la France préfère garder l’ uranium dont elle dispose sur le territoire national et qu’ elle contrôle en Afrique. Peut-être, ultérieurement, la France et Westinghouse entreprendront-ils une prospection ou une exploitation commune de nouveaux gisements.


DOMINIQUE VERGUESE.

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