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    2009.
















LE MONDE DIPLOMATIQUE - SEPTEMBRE 1975 - 7

L’ OPEP FACE A LA CONFISCATION
DE LA NOUVELLE RENTE PÉTROLIÈRE


L’ OPEP se retrouvera confrontée à Vienne ce mois-ci au redoutable problème du maintien de la valeur du pétrole en termes de pouvoir d’ achat réel. Les décision de la dernière réunion de Libreville concernant la fixation des prix pétroliers en droits de tirage spéciaux (D.T.S.) devront être confirmées ou infirmées : le choix sera rendu difficile par l’ instabilité de cette unité de compte qui avait pourtant donné, un moment, l’ illusion d’ être le remède au détraquement du système monétaire international. Par ailleurs, les pays membres seront confrontés une nouvelle fois au dilemme concernant la proportion dans laquelle le prix de l’ or noir peut être relevé.


En réalité, c’ est tout le fonctionnement actuel du système monétaire international qui joue systématiquement contre le tiers-monde, et notamment les producteurs de pétrole, car il aboutit à une véritable confiscation, au profit des pays industrialisés, de la nouvelle rente pétrolière (N.R.P) obtenue par les producteurs depuis la fin 1973. A la limite, et si nous systématisions sur le plan financier la thèse de certains experts pétroliers Notamment Michaël Tanzer, The Energy Grisis : World struggie for Power and Weath, Monthly review preas, New-York 1974, et Jean-Marie Chevalier, le Nouvel Enjeu pétrolier, Calmann-Levy, Paris, 1973. suggérant que la hausse des prix du pétrole a été recherchée et encouragée par les sociétés du cartel pétrolier pour assurer leur mainmise sur le développement des autres sources d’ énergie, on pourrait affirmer que la confiscation de la N.R.P. par le fonctionnement actuel du système monétaire international au profit des centres financiers du monde industrialisé est indispensable à ce dernier pour financer les énormes investissements requis pour le passage de l’ énergie pétrolière - trop longtemps et irresponsablement à bon marché - à d’ autres formes d’ énergie.


Ce n’ est sans doute pas à tort que le quotidien algérien El Moudjahid intitulait, au début de cette année, un de ses éditoriaux : "Le recyclage des pétrodollars ou le "hold-up" du siècle" El Moudjahid, 10 janvier 1975. . De même, les vives protestations d’ Alger et de Téhéran contre la mesure françaises-or de la Banque de France dénotent bien un net ressentiment contre les pays industrialisés qui emploient le détraquement du système monétaire international à leur avantage et au détriment des plus faibles dans l’ ordre économique mondial.


Malheureusement, dans le même temps que le monde occidental industrialisé, sous la houlette de M. Kissinger, achevait de mettre en place son système anti-OPEP en complétant le dispositif de coordination et de sécurité pétrolières (l’ Agence internationale de l’ énergie) par un dispositif de sécurité financière (le fonds Kissinger de 25 milliards de dollars), le "sommet" pétrolier des producteurs tenu à Alger en mars 1975 négligeait une proposition du gouvernement algérien pour la mise sur pied d’ un "Fond des pays de l’ OPEP pour le développement et la coopération internationale" On peut consulter les détails de ce projet dans le document préparé par l’ Algérie pour le "sommet" de l’ OPEP : Mémoire présenté par l’ Algérie à la conférence des souverains et chefs d’ Etat des pays membres de l’ OPEP, Alger, mars 1975. .


Pourtant, c’ est de plus en plus à des problèmes financiers et monétaires que les experts de l’ OPEP devront faire face si l’ Organisation veut se renouveler et approfondir sa vocation. Avec la disparition progressive de l’ ancien système des concessions et les problèmes fiscaux complexes qui en découlaient disparaît, en effet, le domaine le plus important qui, jusqu’à l’ an dernier, alimentait les recherches, les débats et les mesures d’ harmonisation des membres de l’ OPEP. Mais sitôt la rente augmentée, d’ abord par la fiscalité puis par sa combinaison avec les hausses de prix, la voici confisquée par différents mécanismes pervers d’ ordre monétaire et financier.


Ces mécanismes de confiscation peuvent être regroupés sous deux rubriques : l’ inflation et le recyclage.


Si le second phénomène concerne peu certains pays producteurs à forte démographie (Irak, Algérie) qui ne dégagent pas de surplus importants de balance de paiements (mais ce n’ est pas le cas du Venezuela et du Nigeria), en revanche, les pays à faible démographie, et donc ceux de la péninsule Arabique, sont atteints par les deux phénomènes à la fois, dont les effets se cumulent et se renforcent. Dans l’ euphorie économique et financière déclenchée par la N.R.P., Il n’ est pas toujours facile de se rendre compte de la gravité de la situation à long terme.


Les effets de l’ inflation


L’ INFLATION confisque, en réalité, une partie beaucoup plus importante de la rente pétrolière qu’ on ne l’ imagine en général. En effet lorsqu’on parle de taux d’ inflation international, il s’ agit toujours des taux intérieurs des différents pays industrialisés. Mais, en réalité, les pays en voie de développement sont frappés de façon beaucoup plus violente et à des taux bien plus élevés. Les taux d’ inflation intérieure des pays industrialisés qui sont pris comme critère de perte de pouvoir d’ achat des monnaies internationales, sont la résultante de la pondération de nombreux prix des biens les plus divers, dont beaucoup sont contrôlés ou subventionnés. Ces prix sont très différents des prix pratiqués dans le commerce international pour les quantités disponibles, notamment dans les périodes de crise et d’ inflation où les phénomènes d’ accaparement et de stockage par les opérateurs internationaux - qui sont le plus souvent les multinationales - déforment les prix. C’ est ainsi, pour ne citer que deux exemples frappants, que les quantités d’ acier et de blé disponibles sur le marché international ont augmenté, pendant certaines périodes, de 300%, celles du sucre de 600%.


Dans les pays pétroliers à forte démographie, mettant en oeuvre des plans d’ industrialisation et ayant de vastes besoins en produits alimentaires, la nouvelle rente pétrolière est donc très fortement rognée par l’ inflation. Récemment, le Financial Times donnait des pourcentages éloquents d’ inflation importée pour les Emirats arabes unis dont pourtant les besoins économiques sont loin d’ atteindre, dans leur diversité, ceux de pays comme l’ Irak et l’ Algérie : ainsi, pour un même tonnage, le coût des importations des Emirats arabes unis de 1973 à 1974 a augmenté de 75% en provenance d’ Allemagne de l’ Ouest, de 234% en provenance d’ Italie, de 124% en provenance d’ Iran, etc. Supplément du Financial Times du 22 mai 1975, sur les Emirats arabes unis, page 27. .


Si les années 1969 à 1971 devraient être prises comme base de référence pour calculer l’ évolution du pouvoir d’ achat d’ un baril de pétrole en 1975 en termes de produits alimentaires, d’ équipements lourds et de produits semi-finis, les résultats seraient surprenants, et l’ on s’ apercevrait que si le prix nominal du pétrole a bien été multiplié par quatre, en revanche, le pouvoir d’ achat réel d’ un baril n’ a certainement pas suivi une augmentation parallèle. Il faut, en effet, tenir compte de deux facteurs additionnels importants dans les calculs des taux d’ inflation subis par les pays en voie de développement :


D’ une part, la traditionnelle majoration des factures des grandes sociétés industrielles exportant des usines "clés en main" dès qu’ il s’ agit de montage en milieu dit sous-développé :


D’ autre part, depuis 1972, une hausse vertigineuse du pris des services fournis par les pays industrialisés aux pays en voie de développement.


Déjà, en temps normal, un ingénieur "exporté" par une société industrielle ou de génie dans le tiers-monde coûte à l’ importateur entre deux et trois fois le salaire que touche l’ ingénieur ou le spécialiste dans son pays d’ origine ; ce qui revient à dire que toute la hausse de salaire dans le domaine des services techniques fournis par les pays industrialisés parvient dans les pays en voie de développement très fortement amplifiée.


A ceci, il faut encore ajouter la hausse des prix affectant les redevances payées par le tiers-monde sur les brevets et licences dont l’ aspect scandaleux a récemment été dénoncé Voir Abdallah Khodja : "Mutation de l’ industrie mondiale : nouvelle vision du transfert des techniques", le Monde diplomatique, mars 1975.


Recyclage et dépréciation des pétrodollars


Le recyclage, quant à lui, signifie que les excédents de balance des paiements des pays pétroliers pris individuellement retournent dans les économies des pays industrialisés de façon quasi automatique, par le jeu de la domination exercée sur beaucoup de pays du tiers-monde par les circuits financiers internationaux où règnent en maîtres ces autres multinationales - dont on parle trop peu - que sont les grandes banques des pays industrialisés avec, à leur tête, les banques anglo-saxonnes.


Par un mécanisme classique de néo-colonialisme, si certains pays producteurs ont réussi à récupérer la souveraineté juridique sur leurs puits, en revanche, l’ aliénation économique s’ est approfondie, en ce sens que l’ espace financier leur échappe dans une large mesure. La nouvelle rente pétrolière de certains pays n’ irrigue pas les économies locales et leur environnement régional, mais reste prisonnière des circuits bancaires internationaux qui les orientent, suivant les besoins des économies industrialisées, notamment les besoins financiers dus au développement des sources d’ énergie de substitution Voir Georges Corm" "Pétrole finances arabes : les trusts anglo- le jeu", le Monde diplomatique août 1974. .


En réalité, s’ il existe un problème de recyclage, il est exactement l’ inverse de ce que les financiers des pays industrialisés conçoivent, car l’ anomalie est bien ce mécanisme pervers du néocolonialisme (ou du sous-développement, tant les deux termes sont synonymes) par lequel, au sens ricardien du terme, une juste rente d’ un produit du sous-sol se faisant rare est transférée hors de la région productrice par le jeu de l’ inégalité des forces productives dans deux régions du monde. Il est d’ ailleurs effectivement aberrant de songer à recycler des milliards de dollars dans les pays industrialisés alors que le revenu moyen par tête d’ habitant en Arabie Saoudite (en dollars constants de 1972) dépasse à peine les 500 dollars, cependant que dans l’ ensemble de la péninsule arabique, exception faite de Koweït et des émirats, 10 millions d’ Arabes vivent avec un revenu individuel moyen annuel varient entre 200 et 300 dollars de 1972. La constatation pourrait être généralisée aux 120 millions d’ Arabes et au milliards d’ Asiatiques (Inde, Bangladesh, Pakistan, Afghanistan...) dont les pays avant la période coloniale constituaient une aire naturelle de complémentarité économique et d’ échanges commerciaux intenses avec les pays de la péninsule arabique.


Mais, sur le plan strictement financier, on notera un fait beaucoup plus grave. Si certains pays producteurs se dessaisissent aujourd’hui au profit du monde industrialisé d’ un produit énergétique de base épuisable, au-delà de leurs besoins actuels en produits industriels, le système monétaire international les empêche, dans son fonctionnement actuel, de recevoir en contrepartie des avoirs financiers extérieurs ayant une valeur certaine. Du temps du bon vieil étalon-or même de l’ étalon de change-or, ces pays, exportant au-delà de leurs besoins, auraient reçu en contrepartie du monde extérieur de l’ or ou des balances devises convertibles en or à taux fixe et stable : en d’ autres termes, se dessaisissant d’ une valeur certaine et réelle (le pétrole). Ils auraient reçu en échange une autre valeur certaine et réelle (l’ or). Actuellement, au contraire, les balances dollars qu’ accumulent certains producteurs n’ ont aucune valeur déterminable. Aux fluctuations continues dans le sens de la baisse depuis 1971 du seul étalon de valeur et moyen de paiement international, vis-à-vis des autres devises nationales, s’ ajoute l’ érosion du pouvoir d’ achat de cet étalon par l’ inflation, dont nous avons déjà signalé l’ amplification du taux au niveau du tiers-monde.


En prenant en compte les intérêts perçus sur le placement des balances dollars par les pays producteurs, mais, en actualisant, en contrepartie, la valeur de ces balances (juste logique du capitalisme), après avoir procède à leur déflatement (calculs en dollars constants suivant le taux d’ inflation), on s’ aperçoit bien vite que les centaines de milliards de dollars projetés à l’ horizon 1980 à titre d’ accumulation de revenus pétroliers non dépensés redeviennent quelques dizaines de milliards qui comptent toujours aussi peu face aux milliers de milliards des produits nationaux des pays industrialisés, des chiffres d’ affaires des multinationales ou des bilans des grandes banques des pays industrialisés.


Dans le fonds, le détraquement du système monétaire international et l’ impérialisme du dollar qui soulevaient autrefois les protestations de certains pays européens, notamment la France, semble aujourd’hui arranger l’ ensemble des pays industrialisés. Quoi de plus pratique, en effet, que d’ annuler le bénéfice, pour le tiers-monde, de la revalorisation des matières premières par le maintien d’ un véhicule de paiement international qui n’ est qu’ une monnaie de singe, se démultipliant à toute allure et entretenant les mécanismes inflationnistes internationaux. Il en est d’ ailleurs dans l’ ordre international comme à l’ intérieur des frontières nationales : l’ inflation rabote les classes moyennes et pauvres au profit du patronat industriel. C’ est pourquoi, sans être prophète, si les mécanismes actuels de fonctionnement de l’ ordre économique international restent les mêmes, on peut prévoir que les nations riches sortiront de la phase actuelle plus riches, cependant que les autres seront écrasées.


Le recyclage, s’ il est une confiscation automatique à laquelle certains producteurs pris isolément dans leurs structures politico-économiques actuelles ne peuvent qu’ être consentants, est aussi, du fait de l’ inflation, une spoliation très. Les balances accumulés ne vaudront plus grand-chose en pouvoir d’ achat réel dans la décennie suivante.


Qu’ il s’ agisse des pays à faible démographie ou des pays à forte démographie, la N.R.P. des producteurs est presque entièrement confisquée au profit des grands centres industriels et au détriment des producteurs et du tiers-monde, Tel est le problème auquel, à Vienne, devra faire face l’ OPEP pour être fidèle à sa vocation de défenseur des intérêts de ses membres mais aussi du tiers-monde.


Nous ne pouvons pas ici rentrer dans le détail de ce qui pourrait être fait au niveau des producteurs dégageant des excédents importants de balance des paiements, quasi automatiquement recyclés dans les circuits financiers des pays industrialisés. Il s’ agit évidement pour eux de construire un espace financier local et régional qui permettre de poser les bases d’ une cohérence économique inexistante pour certains producteurs - pris isolément - dans le contexte actuel de déséquilibre économique international au profit des centres industriels Sur ce point, voir Georges Corm : "Eléments d’ une stratégie financière pour les pays arabes destinée à donner au relèvement des prix du pétrole sa portée économique véritable", Proche-Orient, études économiques, mal-décembre 1975, université Saint-Joseph, Beyrouth. . Ce que nous voudrions, en revanche, c’ est essentiellement examiner les possiblités, pour l’ OPEP, au niveau collectif d’ échapper à la confiscation de la N.R.P.


Chargé d’ enseignement à la faculté de droit et de sciences économiques de Beyrouth.


La première remarque qui s’ impose est que le problème ne saurait être traite que dans le cadre de négociations globales avec les pays industrialisés. Aucun pays producteur seul n’ est en position d’ obtenir, par négociations bilatérales, une protection efficace de la valeur réelle aussi bien du "surplus" annuel de revenus pétroliers que de l’ accumulation d’ avoirs extérieurs. Pourtant, si l’ indexation des revenus par le biais de l’ indexation des prix soulève tant d’ hostilité dans les milieux des pays industrialisés, Etats-Unis en tête, qu’ en serait-il de la revendication logique et justifiée, de l’ indexation des avoirs extérieurs sur les prix des biens d’ équipement industriels ? En effet, la protection du seul revenu est tout à fait insuffisante si elle n’ est pas accompagnée de la protection de l’ épargne, qui est, en l’ occurrence pour les pays exportateurs de pétrole, la protection du patrimoine national. Actuellement, et pour le bien-être des pays industrialisés, ces pays se dessaisissent de ce patrimoine contre des actifs financiers sans valeur certaine ou déterminable. Ceci sans parler de l’ existence de garanties de change contre les fluctuations du dollar et du sterling, monnaie dans lesquelles sont libellées, à concurrence de 70% et de 20% environ, les avoirs extérieurs des pays de l’ OPEP Les dernières garanties sur les balances sterling accordées par la Trésorerie britannique ont été supprimées à la fin de l’ année 1974 en vertus de la loi budgétaire britannique de 1974. .


De même, l’ anomalie très grave que constitue l’ accaparement de l’ or par quelques pays industrialisée devrait être abordée. Il ne devrait pas paraître irraisonnable, en prévision du futur, d’ envisager un transfert d’ une partie de l’ or détenue par les banques centrales des pays industrialisés au profit de l’ OPEP et du tiers-monde. Ainsi, par exemple, un pourcentage de l’ ordre de 5 à 10% du solde des échanges entre pays pétroliers, actuellement structurellement excédentaires dans leur commerce extérieur avec les pays industrialisés, pourrait être réglé en or. Une pondération de ce pourcentage pourrait, de plus, être opérée en fonction de la proportion d’ or, évalué au prix du marché, dans les réserves des pays industrialisés. A titre d’ illustration pour un pourcentage de base de 10%, et si les réserves du pays à déficit sont composées d’ or à hauteur de 70%, 7% seulement du déficit serait réglé en or à un prix qui pourrait être le prix moyen du marché au cours des trois derniers mois. Il n’ y aurait là qu’ une très saine mesure d’ incitation supplémentaire au rétablissement de l’ équilibre des balances de paiements. Du temps de l’ étalon-or ou de change-or, la totalité des soldes des transactions avec l’ étranger étaient bien réglées en métal jaune sans que cela suscite des cris d’ indignation.


Aux côtés de la revendication en faveur de l’ indexation qui devrait être étendue aux avoirs extérieurs avec garantie de change, et de la revendication en faveur d’ une au problème de fond du système monétaire international que les pays de l’ OPEP devraient s’ attaque. A l’ intérieur du tiers-monde, ils disposent, seuls, dans le contexte actuel, d’ un pouvoir de négociations suffisant pour amener les pays développés à mettre fin aux mécanismes pervers sécrétés par le système tel qu’ il fonctionne depuis 1971.


Des monnaies régionales contre l’ impérialisme du dollar


A Notre sens, et c’ est la deuxième remarque raisonnable qui nous paraît s’ imposer, un dialogue dans ce domaine doit d’ abord commencer par un tête-à-tête des pays de l’ OPEP avec l’ Europe.


En réalité, la seule alternative à l’ impérialisme du dollar en tant que véhicule de paiement international serait l’ émergence de deux ou trois monnaies-clés régionales, reflétant d’ ailleurs le nouveau poids de ces régions dans le commerce international et qui seraient utilisées de pair échange internationaux. Ainsi pourrait-on très bien concevoir l’ émergence d’ une monnaie européenne, d’ une monnaie COMECON (il a récemment été question d’ une convertibilité partielle du rouble) et d’ une monnaie arabe, liées entre elles et au dollar par des parités fixes, et qui serviraient également aux règlements internationaux. Evidemment, ces nouvelles monnaies régionales ne supplanteraient pas les monnaies nationales mais seraient exclusivement des monnaies de paiement internationales et des réservoirs de valeur internationale. Des organismes financiers régionaux de type B.R.I. (Banque des règlements internationaux), Banque du COMECON et Fonds monétaire arabe (en voie de création) pourraient émettre ces nouvelles monnaies.


Dans le même temps, afin d’ assainir la situation actuelle, et dans un processus de négociation globale, les balances dollars accumulées par l’ Europe, le Japon, le tiers-monde et les pays de l’ Est feraient l’ objet d’ un remboursement progressif de la part des Etats-Unis dans les nouvelles monnaies clés. Ce remboursement serait échelonné sur de nombreuses années à un taux d’ intérêt raisonnable et couvrirait la quasi-totalité de ces balances, le solde restant conservé à titre de liquidité internationale. Ainsi disparaîtrait le marché de l’ eurodollar, extension pure et simple de l’ aire financière américaine, qui a permis aux multinationales de financer avec l’ épargne des autres l’ extension de la domination américaine sur l’ Europe et le tiers-monde, de même qu’ il a été source d’ inflation et de dévalorisation du dollar en permettant aux Etats-Unis de continuer à être en déficit extérieur, tout en élargissant sans cesse le champ de leurs activités économiques et militaires dans le monde.


Si l’ on veut mettre fin aux hégémonies économiques, il est important de mettre fin aux impérialismes monétaires dont les systèmes d’ étalon de change sterling-or puis dollar-or ont été la traduction dans l’ ordre économique international. C’ est évidement de volonté politique qu’ il s’ agit ici avant tout, et non de l’ ésotérisme des spécialistes monétaires internationaux qui cache la pauvreté de la pensée dans ce domaine et son absence de contact avec la réalité des phénomènes d’ hégémonie économique.


Il est certain que le dialogue euro-arabe serait une plate-forme de départ idéale pour une telle négociation, et il n’ est pas trop tard ; mais on peut être sceptique devant la lenteur avec laquelle ce dialogue se met en place et l’ acharnement des Etats-Unis - soit directement, soit indirectement par le truchement de ses alliés politiques - à empêcher tout rapprochement économique véritable entre l’ Europe et le monde arabe qui pourrait menacer leur hégémonie sur le monde occidental.


Que resterait-il à faire à l’ OPEP si la concertation entre ses membres et d’ éventuelles négociations monétaires et financières avec les pays industrialisés échouaient ? Des mesures monétaires pures pourraient toujours être envisagées, comme par exemple la fixation du prix en D.T.S. (mesure éventuellement à double tranchant), le paiement des transactions pétrolières en plusieurs devises internationales de façon à pondérer les risques de change, ou l’ indexation, etc. En réalité, une seule voie est ouverte, la seule qui pourrait donner à l’ OPEP un pouvoir de négociation efficace face au monde industrialisé : c’ est la coordination des programmes de production des pays membres de l’ OPEP.


Cette coordination - comme la conjoncture pétrolière actuelle l’ a bien démontré - est toujours faite au profit des pays industrialisés et au détriment des exportateurs par le cartel pétrolier international qui domine les circuits de commercialisation et de distribution du pétrole dans le monde. Le plus paradoxal est que la furieuse propagande anti-OPEP - et notamment anti-arabe - des milieux industrialisés a réussi à convaincre l’ opinion occidentale que l’ OPEP était un cartel, cherchant notamment à asphyxier le monde industrialisé. Pourtant, jamais l’ OPEP n’ a exercé les fonctions d’ un cartel, à savoir la coordination des programmes de production en vue de dominer le marché et de maîtriser les prix dans le seul intérêt des membres du cartel qui se partagent entre eux, les bénéfices de leur action Voir R. Mabro, "Can OPEP hold the line ?" (conférence donnée au cours du séminaire pétrolier tenu le 13 février 1975 à la London School of Oriental and African Studies et reproduite dans Middle East Economic Survey. Vol. XVIII, no 19, 28 février 1975. . L’ embargo d’ octobre 1973 n’ a été qu’ une mesure sélective, partielle et temporaire, à but exclusivement politique.


Certes, l’ embargo a démontré l’ efficacité que pourraient avoir les seuls membres arabes de l’ OPEP au cas où ils agiraient vraiment comme un cartel. Alors, puisque de toute façon l’ OPEP est considérée quasi unanimement comme un cartel et traitée comme telle dans les relations économiques internationales, pourquoi ne recueillir que les inconvénients de la situation sans aucun de ses avantages ? Contrairement à ce qui se passe dans les ententes au sein du capitalisme industriel développé, ceci ne pourrait que favoriser l’ instauration d’ un nouvel ordre économique international davantage fondé sur la justice.

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