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    2009.















LE MONDE

5 novembre 1974

DIPLOMATIE
Libres opinions


Utopie pétrolière


par JACQUE RIBIÈRE Administrateur , directeur général de la Compagnie générale transatlantique .


NOMBRE d’intellectuels occidentaux éprouvent manifestement une certaine délectation à considérer l’écroulement accéléré d’un ordre économique mondial qu’ils considéraient comme un désordre . Il est que même sans être atteint de masochisme , on ne pouvait facilement prendre son parti du gaspillage des ressources de la planète au profil d’une petite minorité de ses habitants et de l’écart croissant des niveaux de vie entre cette minorité et le reste de l’humaniste , qui caractérisaient l’évolution du monde depuis plus d’un demi-siècle . Mais le quadruplèrent (ou davantage ) du prix du pétrole ne semble guère de nature à introduire plus de justice dans la répartition internationale des richesses .


Certes . Il y a des pays producteurs de pétrole qui étaient (ou sont encore) des pays pauvres . L’Algérie , l’Irak , en sont des exemples. pour ceux-la . Le pactole du pétrole est une juste revanche . Ils ne posent guère d’ailleurs de problèmes graves à l’Occident , car leurs ressources sont , ou seront vite , utilisées au développement de leurs importations . Dans le cas de ces pays , on doit admettre que les effets de la guerre du Kippour vont dans le sens d’une plus grande justice . Mais il est d’autres pays , tels l’Arabie Saoudite et leur population et l’énormité de leurs ressources crée une injustice tellement excessive qu’elle crée pour eux-mêmes et pour l’ensemble du monde une situation dangereuse . Seul l’équilibre
de la terreur entre les deux Super-Grands peut expliquer que la véritable agression économique à laquelle ils se livrent , contre plus de la moitié de l’humanité , n’ait par encore entraîne une riposte militaire il est peu probable qu’une elle situation durs longtemps . Son issue peut être l’apocalypse .


Dans un monde utopique ou les dirigeants de tous les Etats seraient réalistes , modérés et sages , il y aurait pourtant une solution pacifique . Elle consisterait à fractionner un marché qui n’obéit déjà plus , de toute évidence , eux règles normales de l’économie politique et à pratiques des prix variables selon les besoins des pays exportateurs . Il faudrait d’abord créer une solide organisation des Etats consommateurs . Cette O.P.C.P. garantirait aux membres pauvres de l’OPEP l’achat de quantités annuelles , qu’elle négocierait avec eux , a un prix élevé , le prix actuel indexé sur les prix industriels , par exemple . A l’inverse , les nouveau Crésus de la péninsule arabique devraient pratiquer des prix beaucoup plus normaux (même la moitié de leurs ressources actuelles leur donnerait encore , en peu d’années , une richesse fabuleuse ). Un fonds de péréquation entre pays consommateurs permettrait d’arriver pour chacun a un prix moyen , quelle que soit l’origine géographiques de leurs approvisionnements . Les pays les plus pauvres et démunis de matières premières pourraient bénéficier d’un traitement plus avantageux que les autres dans la répartition de ces charges de péréquation .


On pourrait compléter ce schéma en imaginant un troisième prix , intermédiaire entre les deux premiers , qui serait applicable a un groupe de pays qui , tels l’Iran ou le Venezuela , ont de grands besoins mais des ressources plus grandes encore au prix actuel du baril .


Au fond , il en va des prix du pétrole comme de ceux des produits agricoles en France . Les « gros » se cachent derrière les « petits » . Ce qui permet aux uns tout juste de vivre procure aux autres l’aisance ou la fortune . Seuls des prix différents permettraient de réduire cette injustice . Mais il faudrait , évidemment , organiser le marché de façon telle que ceux vendraient cher bénéficient d’une garantie d’achat .


En revenant du monde utopie au monde réel , l’idées esquissée ci-dessus (trop légère ) réduction de prix dont certains de ses ministres se déclarent partisans sans nuire a l’Algérie qui , non sans raisons , ne veut rien perdre de son revenu actuel .

LES VISITES


M. Kissinger a confirmé dimanche 3 novembre qu’il terminerait la tournée qui l’a déjà conduit en U.R.S.S., en Asie et en Europe par une importante série de visites au Proche-Orient . Bien que le calendrier précis du secrétaire d’Etat soit encore secret , on sait qu’il doit rencontrer , mardi 5 novembre , au Caire , le président Sadate et qu’il doit également se rendre en Arabie Saoudite , en Jordanie , en Syrie et en Israël — où il se trouverait le jeudi 7.


Venant de Téhéran , M. Kissinger était à Bucarest dimanche ; arrivé a Belgrade ce lundi matin , il sera dans la soirée à Rome où il sera reçu par les dirigeants italiens et par le pape Paul VI (mardi matin) , avant de prendre la parole dans l’après-midi devant la conférence mondiale de l’alimentation . Après le Proche - Orient , il poursuivra son voyage par Ankara (vendredi 8) et Athènes , mais il


A Téhéran : le chah propose un prix unique du pétrole
nettement inférieur au prix actuel


Téhéran . (A.F.P. , Reuter ). --- « Le prix unique du pétrole que nous proposerons d’instituer à la prochaine réunion de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) à Vienne se situera nettement au-dessous des prix affichés actuellement en vigueur pour le golfe Persique  » , a déclaré le chan d’Iran, au cours d’une conférence de presse tenue samedi après-midi au palais de Saadabad , après les entretiens qu’il a entretiens qu’il a eus vendredi avec le secrétaire d’Etat américain M. Henry Kissinger . Pour le souverain iranien , un tel système de «  prix de base uniforme pour le pétrole  » éliminera les les possibilités de « manipulations  » , et permettra au contraire aux pays utilisateurs de savoir exactement la part qui revient au producteur . Le souverain Iranien également rappelé sa proposition d’indexer ultérieurement les prix du pétrole sur un ensemble de vingt a trente produits , «  de façon à préserver le pouvoir d’achat des pays producteurs  » . Cette relation nouvelle entre biens de consommation et prix du pétrole « aura , pour conséquence , a dit le chah , d des contacts plus étroits entre les pays de l’O.C.D.E. , représentant les pays industriellement avances , et l’O.P.E.P.  »


Interrogé a nouveau sur la proposition de l’Iran d’établir un prix unique pour le pétrole , et sur l’effet que cette mesure aura sur les prix , le chah a assuré que le nouveau système « entrainerait une baisse considérable d’environ 1,60 dollar par baril .  » «  Les prix devront baisser pour le consommateur a ajouté le chah , car nous souhaitons limiter à 50 cents par baril le profit des compagnies .  » «  Pourquoi ces compagnies devraient -elles faire un profit de 2 dollars par baril ?  » , a demande le souverain iranien .


Le chef de l’Etat Iranien à qualifié de «  propos en l’air  » les allusions a une éventuelle intervention militaire des pays industrialisés pour contrôler les puits de pétrole . « Allez-vous occuper le Venezuela , le Mexique , l’Arabie Saoudite , l’Iran et le reste des pays de l’OPEP ?  » a-t-il demande.


A propos du conflit israélo-arabe , le chah a déclaré : « Si Israël continue de refuser toutes négociation avec l’O.L.P. , encore un peu plus la situation .  »


Le communiqué américano-iranien


Téhéran ( A.F.P.) — « La partie américaine , déclare le communique publié à l’issue de la visite à Téhéran de M. Kissinger, exprime son appui constant aux plans de l’Iran pour se renforcer et travailler dans un esprit coopératif avec ses voisins du golfe Persique et les régimes plus éloignés de l’océan Indien.  » Le communiqué mentionne « les efforts iraniens pour promouvoir des solutions pacifiques dans les différends existant entre ses voisins  » et souligne que «  les deux parties ont réaffirmé leur appui au pacte du CENTO  » Le CENTO , ou organisation du Traité central , est le chaînon central entre l’OTAN et l’OTASE de traités « occidentaux » conclue pendant la « guerre froide » . Il a pour origine le pacte de Bagdad signé par le Turquie et l’Irak en 1955 , auquel adhérèrent la Grande-Bretagne , l’Iran et le Pakistan . Après le renversement de la monarchie irakienne en 1958 , l’Irak se retira du pacte , qui prit le nom de CENTO . C’est alors que les Etats-Unis , sans adhérer au pacte , passèrent avec ses membres des accords de coopération . Ils participent pratiquement a toutes les activités du CENTO . La partie iranienne « réaffirme son appui aux efforts déployés par les Etats-Unis en faveur de la paix au Proche -Orient  »


En ce qui concerne les questions économiques , «  les deux parties se sont mises d’accord sur la nécessité d’efforts concertés pour faire obstacle à l’inflation et échapper au désastre général qu’entraînerait une crise économique majeure  » .


D’autre part , le communiqué la création d’une commission économique mixte « destinée à intensifier la coopération existant déjà entre deux pays.  » La première réunion s’est tenue samedi a Téhéran , la seconde se tiendra en 1975 à Washington .


Les deux pays expriment à cette occasion leur intention de développer leur collaboration dans le domaine nucléaire , «  qui constituera un des éléments majeurs du travail de la commission  » . S’ajoutant aux fournitures déjà prévues de combustible enrichi destiné a deux réacteurs nucléaires , « des contrats seront signes dans un proche avenir signés dans un proche avenir pour la fourniture de combustible destiné a alimenter six réacteurs supplémentaires . L’Iran négociera la construction de ces réacteurs avec des firmes américaine  » , précise le communiqué .


Il indique que « l’Iran s’intéresse a une participation dans une entreprise qui serait construite aux Etats-Unis en vue de la production d’uranium enrichi sur une base commerciale  » . Le texte souligne que «  les deux parties ont exprimé leur plein accord sur la nécessité de contrôles renforcés nationaux sur les matériaux nucléaires afin d’éviter qu’ils ne tombent en des mains irresponsables  » .

ATTIRER L’ATTENTION


La présence a Téhéran des nombreux journalistes accompagnant M. Kissinger a donner au chah l’occasion d’attirer une fois de plus l’attention sur lui et de donner l’impression que « la loi et les prophètes » en matière pétrolière , c’est lui . Déjà , le 23 décembre 1973 , quand l’OPEP avait décidé de doubler une seconde fois le prix du « brut » , le souverain avait annoncé , urbi et orbi (devant la presse iranienne et étrangère ), la nouvelle , avant même que l’accord avec les autres pays membres de l’Organisation fût officiellement connu .


Cette fois encore , la tactique parait la même . Voici des mois les membres de l’OPEP discutent de la manière dont ils pourraient simplifier le système des prix pétroliers . Et , alors qu’ils sont sur le point d’arriver a un accord , le chah propose spectaculairement un prix unique « nettement au-dessous des prix affiches actuels » . De même , il reprend à son compte un des refrains de l’OPEP , a savoir qu’il s’agit non pas de relever encore les prix payés par les consommateurs , mais de réduire le « superprofits » des grandes compagnies . Cependant , les propos du souverain Iranien ne sont pas assez précis (volontairement ?) pour que l’on paisse dire aujourd’hui ce qu’il en sera exactement .


La seule indication chiffrée que le souverain ait que le nouveau prix unique du pétrole serait intérieur de 1,60 dollar environ au prix affiché actuel de 11,65 dollars par baril d’« arabe léger » . Le nouveau prix serait donc de 10 dollars. Bien naïf serait d’en déduire une baisse du prix du pétrole . Les deux chiffres ne sont en effet pas comparables. L’un est un prix « affiche » , qui sert de base au calcul des impôts et des redevances : autrement dit , s’est une une fiction . L’autre - si la réforme en cours a un sens - devrait être un prix réel .


Il faut comparer ce qui est comparable . La réalité actuelle , c’est que le prix moyen du brut est , depuis les dernières décisions de l’OPEP , de 9,74 dollars . On n’en sait pas assez sur le contenu exact du nouveau prix unique , mais rien ne permet de conclure à une baisse .


Selon l’Associated Press , le chah aurait dit : « En décembre 1973 , l’ai demande 7 dollars pour le brut du golfe Persique ; les sociétés pétrolières ont porté le prix à 9,74 dollars . Je n’ai pas fait cela . Ce sont les sociétés qui l’ont fait . elle est le vérité .  » La réalité est passablement différente . Si , après, avoir quadruple en octobre-décembre 1973 , le prix du pétrole a encore augmenté de 30% environ en 1974 , c’est a cause des prises de participation des Etats du Golfe dans le capital des compagnies , prisés qui leur ont permis d’avoir leur propre pétrole et de le vendre au prix fort .


Une seule est certaine : ce qui reste de la rente de situation des grandes compagnies , qui disposent encore de concessions dans le golfe Persique , va être éliminé des prix . Mais on le savait déjà . . . Ph. S.

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