U-004-101

  • Recherche textuelle
  • Brèves
  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny
    seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre
    2009.















NOTRE INVITÉ
M. T. Mehdi


Pétrole


Secrétaire générale du Comité d’action pour les relations arabo-américaines ( New York ). Le texte ci-dessous est une réponse à un éditorial du New York Times, adressé à ce journal et publié dans ses colonnes.


Apparemment, on attend des Arabes et des autres producteurs de pétrole qu’ils se conduisent comme les Américains ne sont pratiquement jamais conduits. C’est la conclusion qui s’impose après les menaces adressées aux pays producteurs par le président Ford et M. Henry Kissinger, aux applaudissements du New York Times. En fait, les pays producteurs sont capitalistes, donc soumis à la loi de l’offre et de la demande. Les États-Unis devraient être les derniers à les presser d’agir autrement. Pourquoi ce qui est bon pour les États-Unis ne le serait-il pas pour les pays arabes ? Selon M. Kissinger dans son discours à l’ Onu, alors que les prix des produits alimentaire sont fonction des facteurs économiques, les prix du pétrole ont été fixés artificiellement par des décisions politiques. Mais nous savons et M. Kissinger devrait le savoir, que le Congrès dirige l’agriculture américaine en fonction de décisions politiques. Il y a assez de terre aux États-Unis pour nourrir le monde entier pendant des années mais des décisions politiques limitent la production pour maintenir les prix à un haut niveau. Les Arabes et les autres producteurs font, avec leur pétrole, exactement ce que fait l’ Amérique avec ses produits agricoles et alimentaires.


Bien sûr, la rétention pétrolière et l’augmentation des prix de même que l’embargo de l’an dernier relèvent, de la part des Arabes, d’une décision à la fois économique et politique. Le pétrole est la plus importante ressource naturelle des Arabes : il serait idiot de leur part de produire des quantités plus grandes que celles que demande le marché du même coup, de faire baisser les prix et d’épuiser leurs richesses naturelles. Si les producteurs gardent le pétrole dans leur sous-sol pour satisfaire dans l’avenir la demande du marché mondial, le pétrole prendra davantage de valeur alors que, s’ils produisent pour entasser des dollars, les dollars qu’ils empilent, avec le temps perdront de leur valeur à cause de l’inflation.


Ils ont donc pris des décisions économiques saines et raisonnables. Et pourtant, le président Ford et le secrétaire d’ État Kissinger, qui ont lancé un cri d’alarme prétendant que le maintien des prix élevés implique le risque d’une dépression mondiale, s’attendent que les Arabes et les autres producteurs de pétrole se conduisent de manière déraisonnable ; qu’ils épuisent leurs ressources naturelles et qu’ils accumulent des milliards de dollars dont ils n’ont nul besoin dans le présent et qui perdront de la valeur.


Quant aux prix élevés, le bizarre n’est


AUTO DÉFENSE N’EST PAS CHANTAGE

pas que les pays producteurs aient haussé le prix du pétrole, c’est plutôt qu’ils ne l’aient pas fait il y a vingt ou trente ans ! Pendant cette longue période, et même jusqu’à présent, les compagnies pétrolières, jouant le rôle d’intermédiaires, ont moissonné d’énormes profits qu’ont payés et le pays producteurs et le pays consommateurs. Quand, enfin, l’ Aramco sera propriété exclusive de l’ Arabie Saoudite, le prix du pétrole baissera substantiellement car cet intermédiaire vorace aura disparu.


Politiquement, l’embargo doit être considéré comme une mesure d’autodéfense. En octobre 1973, les États-Unis ont envoyé en Israël, par air et par mer plus de 52 000 tonnes de matériel de guerre pour permettre aux Israéliens de se maintenir sur les terres arabes occupés de Palestine, d’ Égypte et de Syrie et, si nécessaire - conséquence inévitable du processus - de ruer des Arabes. L’ embargo sur le pétrole a été un acte d’autodéfense et non du chantage. ce fut une décision politique pour essayer de convaincre les hommes politiques américains d’approvisionner Israël en armes et de l’obliger ainsi à cesser de tuer des Arabes et d’occuper leurs terres. Les mass média et M. Kissinger, lequel jouit d’une bonne presse, ont fait grand cas des accords de désengagement entre l’ Égypte et Israël et entre la Syrie et Israël mais le problème, ce n’est pas le Sinaï ni les hauteurs du Golan, le problème, c’est la Palestine. Et M. Kissinger n’a pas réussi à reconnaître les Palestiniens comme partie fondamentale dans le conflit.


L’appui de l’ Amérique à Israël résulte de facteurs politiques et non de motivations économiques. En réalité, Israël est un fardeau économique pour le contribuable américain. Cela ne manque pas de sel de voir le Premier ministre Israélien, M. Yitzhak Rabin, solliciter des États-Unis quelque 5 milliards d’aide militaire et économique tandis que le secrétaire américain au Trésor, M. William E. Simon, voyage dans les pays arabes pour leur demander, sans la moindre gêne, d’investir 10 milliards de dollars en Amérique... pour aider les USA à aider Israël !


Si, comme M. Kissinger l’a dit à l’ Onu, les décisions arabes sur le pétrole sont politiques, elles ne le sont que dans la mesure où elles sont une riposte aux décisions américaines d’aider Israël. Les décisions politiques arabes et l’arme politique de l’embargo cesseront dés que les États-Unis renonceront à leur politique déraisonnable de soutien à l’ État juif de Palestine.


Nos lecteurs, nos amis connus ou inconnus, tous ceux qui ont une opinion à formuler inspirée par l’actualité, une thèse à défendre, une idée à présenter peuvent s’exprimer dans cette page qui leur est réservée. Adressez vos envois à la rédaction en chef, en fournissant vous-même les indications nécessaires à votre présentation.


JEUNE AFRIQUE - N° 720 - 26 OCTOBRE 1974

info portfolio

Creative Commons License Fonds d’archives Baulin (http://www.fonds-baulin.org), développé par Résurgences, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.
Plan du site
Site propulsé par l'Atelier du code et du data, chantier d'insertion numérique