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    2009.

















L’ Unité 4/10/74 Pétrole

Crise
L’ ARNAQUE


Par Jean-Pierre
Chevènement


Les mois se suivent mais ne se ressemblent pas. Août s’ ébaudissait de Giscard. Septembre broie du noir sur la crise.


Rien de nouveau pourtant ni dans les faits ni dans les idées : Depuis un an le mal chemine dans l’ insouciance des gouvernants. Chacun se berce de l’ illusion qu’ on s’ en tirera sans trop de peine. Pas d’ analyse sérieuse des origines d’ une crise qui n’ a pas grand chose à voir avec celle de 1929, si ce n’ est un nouveau progrès du capitalisme dans la voie de la concentration : de même que la crise de 1929 a permis le passage d’ un capitalisme monopoles, à l’ état sauvage, au capitalisme monopoliste d’ Etat, de même aujourd’hui se réalise une nouvelle concentration du pouvoir à l’ échelle mondiale au profit des sociétés multinationales et du Super Etat américain.


Ne prenons pas trop au sérieux les criailleries de Ford et de Kissinger contre les émirs du pétrole. Les Etats du golfe persique sont un peu à l’ Orient des Etats-Unis ce qu’ Hawaï est à leur Occident : des Etats américains sur un autre continent.


En fait l’ augmentation des prix du pétrole s’ est réalisée au moment où elle s’ intégrait dans la stratégie des firmes multinationales. Valorisant d’ immenses gisement aux Etats-Unis même, dégageant partout des marges de profit nouvelles permettant la reconversion énergétique de la planète au bénéfice des sociétés du cartel, ouvrant de nouveaux secteurs et de nouveaux pays (Brésil, Iran, Egypte, Arabie, Indonésie) à la logique du profit, la transformation de son système de prix par le capitalisme peut être comprise comme une réaction d’ anticipation et de survie qui, bien loin de signifier pour lui la catastrophe, peut au contraire lui accorder un nouveau bail de jouvence.


Pourquoi l’ augmentation du prix des matières premières ne jouerait-elle pas aujourd’hui le rôle qu’ a joué la politique des hauts salaires dans le néocapitalisme des trente dernières années ? Dans les deux cas, il s’ agit de rendre les producteurs consommateurs. Quand je lis dans la presse qu’ un système moderne de télécommunications au Moyen-Orient coûterait 100 milliards de dollars et que son installation permettrait aux pays industriels d’ éponger les arabo-dollars, je me dis que cela fera surtout d’ excellentes affaires pour l.t.t.


Comment ne pas voir en outre que la "crise de l’ énergie" a résolu comme par miracle la contraction grandissante tout au long de la période récente (1958-1973) entre, d’ une part, le développement des firmes multinationales à l’ échelle mondiale (les investissements américains dans la C.e.e. ont été multipliés par dix de 1958 à 1970) et d’ autre part l’ affaiblissement de l’ hégémonie américaine sur les autres pays industrialisés du fait de l’ hémorragie de la balance des paiements américaine ?``


La crise du dollar aujourd’hui n’ est plus qu’ une vieille lune. La crise de l’ énergie fait ainsi penser à un film à succès récent : Dans "L’ Arnaque" on voit d’ habiles escrocs s’ entretuer pour rire sous les yeux d’ un gogo qui s’ enfuit et leur laisse le magot.


La gauche française ne doit pas se tromper sur la nature de la crise, comme elle s’ est trompée en 1914 sur la guerre, avant la dernière guerre mondiale sur la nature du fascisme, sous la IVème République sur la décolonisation.


Il ne sera possible de rompre avec la crise qu’ en se soustrayant à la domination du grand capitalisme international, en faisant de l’ Europe une zone de coprospérité échappant aux fluctuations économiques générées à partir de centres extérieurs à elle.


Un tel objectif n’ est pas irréalisable. En effet, la France comme les autres "pauvres pays riches" dont parfait Michel Jobert va supporter une grande partie du poids de la reconversion du capitalisme mondial.


Les conditions politiques d’ un changement fondamental peuvent se mettre en place plus rapidement que d’ aucuns le croient.


Si la "crise" a été largement orchestrée à partir des Etats-Unis, si elle leur profite en priorité, il n’ est pas sûr qu’ ils puissent maîtriser suffisamment les contradictions économiques, sociales et politiques qu’ elle porte en elle.


La montée de la crise dans le proche avenir est inévitable pour trois raisons :


1 - La dégradation du système monétaire international ne peut que s’ aggraver, du fait de l’ accumulation des arabodollars à un pôle , des déficits structures de balances des paiements à un autre et enfin de l’ absence de contrôle des Etats sur la spéculation qui se nourrit d’ elle-même à travers le marché des euro et des arabo-dollars, transforme en un véritable mobile de Calder le régime des parités monétaires et frappe de précarité le développement des échanges internationaux.


2 - La lutte contre l’ inflation dans les grands pays industriels (Etats-Unis, Allemagne notamment), nécessaire pour maîtriser l’ emballement de plus en plus incontrôlé du système économique mondial, risque de conduire à la plus grave récession économique que le monde capitaliste ait connu depuis 1929. Déjà le nombre des chômeurs dépasse cinq millions aux Etats-Unis, le demi-million en Allemagne et en France, le million en Grande-Bretagne et en Italie.


3 - Dans ces trois derniers pays enfin, le déséquilibre extérieur ne peut être contenu dans l’ état actuel du système politique et social qu’ avec l’ aide de Bonn et de Washington, c’est-à-dire à leurs conditions. La transformation de la France au sein d’ une Europe "allemande" en un protectorat, en fait américain, nous ramènerait à une situation pire que celle de la IVème République.


En fait, il n’ est pas sûr que les Etats-Unis puissent secourir Giscard d’ Estaing autant que celui-ci en aurait besoin. Il n’ est que de voir le comportement arrogant de Helmut Schmidt dans l’ affaire des prix agricoles.


Face à la montée des périls la gauche ne doit pas seulement "faire sérieux". Laissons cette expression à Fourcade qui cherche à impressionner favorablement les créanciers. La gauche, elle doit être sérieuse. Elle doit se préparer à réaliser sérieusement son programme car seule une profonde transformation des structures peut maintenant ouvrir une voie nouvelle à notre peuple.

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