U-004-075

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Le 20.9.74


Pétrole

Une arme
peu efficace


Ce n’est pas la première fois que les Etats-Unis évoquent la possibilité de riposter à l’offensive pétrolière des pays producteurs des pays producteurs d’« or noir » par une diminution de l’aide alimentaire qu’ils distribuent de par le monde . Mais cette fois la menace est proférée par le président lui-même , devant l’Assemblée générale des Nations unies .


Une telle menace n’est pas faite pour rehausser l’image morale que la « généreuse Amérique » veut donner d’elle-même . Mais il est vrai que , d’un certain point de vue , le monde est dans un état de « guerre économique »


Au demeurant , l’arme que brandit M. Ford parait inoffensive . Il suffit pour s’en convaincre d’examiner comment l’aide alimentaire américaine est répartie .


En 1973 - dernière année pour laquelle on connaît les chiffres dans le détail - les quelque 900 millions de dollars distribués à ce titre ont profité surtout au Vietnam du Sud (190 millions) , à la Corée du Sud (160 millions) , à l’Indonésie (120 millions) , au Pakistan (80 millions) , au Bangladesh et Israël (60 millions chacun) . Des pays arabes ont reçu quelques miettes : le Maroc et la Tunisie , 15 à 20 millions chacun : la Jordanie , moins de 10 millions : la Syrie, 200 000 à 300 000 dollars , L’Egypte n’a rien reçu de 1968 à 1973 , puis l’aide américaine a repris à un rythme annuel de . . ., 1 million de dollars . En 1974 , la part du Vietnam du Sud dans le total est encore plus importante , de l’ordre du tiers .


Ainsi , sauf l’Indonésie , aucun pays exportateur de pétrole ne reçoit d’aide alimentaire des Etats-Unis , et les richissimes rentiers du golfe Persique pourraient aisément se substituer à l’Oncle Sam s’il le fallait .


Cela dit , M. Ford a peut-être une autre idée en tête , celle même qu’il avait exprimée le 8 janvier dernier , alors qu’il n’était que vice -président , et qui revient a mettre l’embargo sur les livraisons ordinaires de produits alimentaires américains à destination des pays producteurs de pétrole. Mais l’Amérique ne pourrait se livrer à une telle opération qu’en enfreignant ouvertement les règles libérales du Commerce internationale dont elle a fait la loi du « monde libre » depuis 1945 . La « guerre économique » franchirait un nouveau stade sans que l’on soit assuré pour autant de réduire a merci l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Celle-ci dispose maintenant en effet d’une puissance financière telle qu’elle serait en mesure de subvenir aux besoins des plus pauvres de ses membres .


Il n’en reste pas moins que l’équilibre du monde est menacé par le niveau actuel des prix du « brut » , qui , après avoir quadruplé en octobre-décembre 1973 , ont encore augmenté d’environ 30% depuis de l’année , du fait de l’emprise croissante des Etats producteurs . Mais le problème ne pourra être réglé en agitant une « arme alimentaire » qui ne peut avoir pour objectif — si l’on ose employer ce terme dans son sens militaire - que d’affamer un peu plus les damnés de la Terre . On ne commencera a entrevoir un début de solution que le jour ou les ministres des finances des grands pays condescendront a inviter leurs collègues de l’OPEP a partager leur week-end dans l’un de ces châteaux qu’ils affectionnent pour leurs réunions secrètes .

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