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12-6-74

LE VOYAGE DE M. NIXON


L’ Oncle Sam au Proche-Orient


(Suite de la première page.)


A l’ appui de ces thèses, les mass media n’ ont pas manqué de faire valoir que l’ Etat juif est presque exclusivement tributaire, pour son armement et son économie, de l’ Amérique ; que M. Nixon a accordé à Jérusalem en cinq ans près de vingt fois plus de crédits militaires que ses prédécesseurs en vingt ans Deux Cents millions de dollars de 1948 à 1968, contre 3,7 milliards entre janvier 1969 et décembre 1973.  ; que le Congrès réservera à Israël près de la moitié de la somme globale de l’ aide destinée aux pays étrangers en 1974 Sur les 5,8 milliards prévus, 2,6 milliards reviendront à Israël.  ; qu’ au total l’ actuel chef de la Maison Blanche a fourni davantage d’ assistance financière à l’ Etat juif que celui-ci n’ en avait reçu depuis sa création jusqu’à l’ avènement au pouvoir de m. Nixon.


Malgré tout, l’ influence américaine dans le monde arabe a pris un nouveau départ. Le moins paradoxal n’ est pas que la guerre d’ octobre, menée en principe contre Israël et son puissant allié, se soit soldée, à plus d’ un égard, par un avantage pour Washington. Les restrictions pétrolières, la hausse vertigineuse des prix du brut, ont frappé davantage l’ Europe et le Japon, dont le ravitaillement dépend presque entièrement de leurs importations, que l’ Amérique, qui produit les trois quarts de ses besoins, et qui a d’ ailleurs réussi à tourner largement la mesure d’ embargo.


Le renchérissement des produits européens et japonais rend ceux d’ outre-Altantique plus compétitifs et favorise donc le développement des ventes américaines au Proche-Orient. L’ augmentation du prix de l’ énergie n’ a pas seulement accru les bénéfices des compagnies opérant aux Etats-Unis et stimulé les recherches sur le territoire national même, elle a aussi engendré des gains sans précédent pour les exploitants américains au Proche-Orient. Les profits nets réalisés par les cinq principales sociétés (Exxon, Mobil-Oil, Gulf-Oil, Texaco et Occidental) au cours du premier trimestre de 1974 (2,136 milliards de dollars) ont été neuf fois supérieurs à la moyenne enregistrée au cours de la période 1958-1972 Pétrole et gaz arabes, 1er mai 1974 .


Le plus grand
"marchand de canons"


Les capitaux arabes affluent en Amérique à un rythme accéléré depuis le redressement du cours du dollar (on a cité, ce printemps, le chiffre de 200 millions de dollars par jour). Les princes du pétrole raflent (surtout en Californie) biens immobiliers, établissements bancaires, hôtels, paquets d’ actions de firmes industrielles, etc. Il n’ est pas étonnant, dès lors, que, contrairement à la plupart des pays industrialisés, pénalisés par la hausse du brut, les Etats-Unis aient enregistré l’ année dernière - pour la première fois depuis 1970 - un excédent dans leur balance des paiements.


Le bilan pourrait être positif cette année encore si, entre autres, les ventes d’ armements aux pays du Proche-Orient devaient se poursuivre avec le même ampleur, ventes qui contribuent à éponger le surplus des devises consacrées à l’ acquisition du pétrole arabe. L’ Oncle Sam bénéficie du double "privilège" d’ être à la fois le plus grand des "marchands de canons" dans la région et le principal fournisseur attiré à la fois d’ Israël et de plusieurs pays arabes. Les livraisons, notamment de bombardiers Phantom et de systèmes de défense aérienne simultanément à l’ Etat juif et à l’ Arabie Saoudite, de char à Jérusalem et de missiles antichars à Amman, de fusées sol-air et air-sol à tous les "clients" sans distinction, de matériel militaire aux émirats du golfe Persique, sans compter les fournitures impressionnantes à l’ Iran, permettent de rapatrier aux Etats-Unis des milliards de dollars.


Washington ne voit aucun inconvénient à équiper les armées arabes du "champ de bataille", y compris celles qui ont attaqué Israël à l’ automne dernier. Le secrétaire d’ Etat à la défense, M. James Schlesinger, n’ a-t-il pas déclaré, le 21 mars dernier, que la Pentagone considérait "avec sympathie" toute demande égyptienne d’ achat d’ armement ?


Supplanter l’ U.R.S.S. dans les pays où elle exerce encore une certaine influence ; conquérir de nouvelles positions politiques et économiques ; évincer éventuellement les concurrents européens, eux aussi à la recherche de marchés pour équilibrer leur balance du commerce et des paiements : aucun objectif ne paraît désormais trop ambitieux aux stratèges américains. La conjoncture née de la guerre d’ octobre, il est vrai, les encourage. Les échanges commerciaux entre les Etats-Unis et le Proche-Orient ont repris leur courbe ascendante. L’ Egypte et la Syrie ont assoupli leurs législations pour attirer les capitaux étrangers ; le gouvernement du Caire accorde généreusement des contrats d’ exploitation pétrolière à des sociétés d’ outre-Atlantique. Et, en attendant de recevoir les 250 millions de dollars promis par M. Nixon pour reconstruire les villes du canal de Suez, des techniciens américains contribuent à déblayer la voie d’ eau.


Un climat politique
favorable


Jamais, sans doute, depuis la guerre de six jours, le climat politique dans la région n’ a été aussi favorable à un rapprochement avec les Etats-Unis. Les campagnes anti-américaines ont pratiquement cessé dans la plupart des pays arabes. Au contraire, articles et commentaires, souvent inspirés par les pouvoirs publics, tendent à réhabiliter l’ Oncle Sam aux yeux de l’ opinion. Et si le sénateur Henry Jackson est l’ un des hommes politiques les plus populaires en Israël, M. Henry Kissinger paraît avoir séduit les Arabes, qui fondent sur lui les plus grands espoirs. A Jérusalem, à Damas et au Caire, ses "bonnes histoires" juives font les délices de ses interlocuteurs, en les induisant parfois à prendre les choses du bon côté, le sien. Reçu chaleureusement en Arabie Saoudite, bien que le vieux monarque ne cache pas ses sentiments antisémites, par la Syrie bassiste, dont l’ idéologie résolument anti-impérialiste ne l’ empêchera pas d’ accepter une aide financière de Washington couvert d’ éloges à la fois par Mme Meïr et le président Sadate, lequel le désigne comme étant "son ami et son frère", et lui manifeste son affection à la manière arabe, en l’ embrassant avec effusion, le secrétaire d’ Etat a pu s’ imposer comme l’ unique médiateur dans le conflit israëlo-arabe.


Bien que M. Kissinger n’ ait pu obtenir "l’ évacuation totale des territoires occupés et le respect des droits nationaux du peuple palestinien" ni même une vague promesse dans ce sens de la part d’ Israël, l’ embargo imposé aux livraisons de brut à destination des Etats-Unis a été levé inconditionnellement. Le marine de guerre américaine converse sa base à Bahrein, malgré l’ abrogation, lors de la guerre d’ octobre, de l’ accord qui liait cette principauté du golfe Persique à Washington. L’ exemple du Caire, qui a rétabli ses relations diplomatiques avec Washington, sera bientôt suivi par Damas. Il ne restera plus alors au Proche-Orient que deux pays - l’ Irak et la République démocratique du Yémen - qui refusent encore de renouer avec l’ Oncle Sam.


Mieux qu’ une normalisation, une étroite coopération s’ instaure entre Washington et plusieurs capitales arabes. Elle est d’ ores et déjà institutionnalisée en Egypte et en Arabie Saoudite, où des commissions mixtes ont été constituées pour favoriser les échanges avec les Etats-Unis dans tous les domaines.


Ces spectaculaires retrouvailles ne sont pas imputables au charme personnel de M. Kissinger, ou même encore à la seule puissance économique, financière et militaire des Etats-Unis. Elles découlent aussi d’ une conjoncture locale qui a sensiblement évolué ces dernières années ainsi que d’ une profonde transformation du rapport des forces entre le monde arabe et l’ univers industrialisé transformation que la guerre d’ octobre a contribué à mettre en évidence en l’ accentuant.


ERIC ROULEAU.


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UNE CONJONCTION <br/
D’ INTERETS

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