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  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny
    seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre
    2009.
















A L’ENTERREMENT DE CARRERO BLANCO
dur à tuer


" Si je lui en parle, il va faire sa tête. "
En attendant la mort du commandeur - âgé de 82 ans - l’extrême droite rameute ses troupes. La semaine dernière, trois dirigeants phalangistes ont rappelé à grand renforts de publicité la valeur des principes de la révolution nationale du 18 juillet 1936.


A gauche aussi se prépare la succession. Un dirigeant du Parti communiste espagnol clandestin affirme : " Ni le mouvement ouvrier ni le parti peuvent liquider, seuls, le régime. Avant de penser au socialisme, il faut obtenir les libertés démocratiques en s’alliant avec la fraction la plus libérale de la bourgeoisie. " Il s’agir donc, pour les communistes, de ne pas l’effrayer par des actions violentes. Et de la mobiliser sur des thèmes qui la sensibilisent, au même titre que les ouvriers, comme, par exemple, la cherté de la vie.


L’ Espagne est en pleine crise économique : l’inflation atteint le rythme annuel de 34 %. Les prix ont déjà augmenté de 15 % en trois mois. les salaires sont bloqués. Le prix de l’essence a presque doublé en un an. Le temps du miracle espagnol est révolu. Les touristes porteurs de devises sont moins nombreux. La récession paraît inévitable. La population risque de se rebiffer, à l’heure du chômage.


Il faudrait jouer " vite " la carte de l’ Europe. Les chefs d’entreprise, ceux qui possèdent des bribes de pouvoir économique mais aucune responsabilité économique, savent que le passeport pour la C.E.E. ne leur sera délivré qu’au prix d’une libéralisation de leur pays... Beaucoup de ces patrons, les plus jeunes surtout, condamnent l’attitude d’ Arias Navarro, qui n’a pas parlé une seule fois du Marché commun depuis sa nomination comme chef du gouvernement. Le successeur de Carrero Blanco préfère traiter avec les Américains et les Japonais.


Pour protéger ses intérêts économiques, le nouveau patronat espagnol accepterait volontiers un changement de régime si le système capitaliste n’est pas menacé... Reste à s’assurer la neutralité de l’armée. Après la mort de Franco, peut-être.


HERVÉ CHABALIER

EUROPE
Les frontières fermées


Le " coup de Rome " peut faire perdre son pari à Giscard


C’est un coup dur pour la France. Un coup très dur et qui arrive au mauvais moment. Notre pays a peu de chances désormais de relever le défi que lui a lancé Valéry Giscars d’ Estaing à la fin de 1973 : vendre de plus en plus à l’étranger, accroître nos exportations de l’équivalent d’un treizième mois de production pour être en mesure de payer la facture de nos importation dramatiquement enflée par la hausse du pétrole et des matières premières. Pari perdu ? Notre second client par ordre d’importance, l’ Italie ( 11,7 % de nos exportations en 1973 contre 19,3 % à l’ Allemagne ), vient de décider de fermer ses frontières, de sortir en quelque sorte du Marché commun.


L’ Italie, elle aussi, cherche à rétablir l’équilibre de la balance commerciale. Elle a essayé de le faire seule. Elle s’y est épuisée. Son déficit commercial était de 415,2 milliards de lires en 1972. Il est passé à 3.247,4 milliards en 1973. Environ 26 milliards de nos francs ! Et le déficit de la balance des paiements, lui a atteint 490 milliards de lires pour le seul mois de janvier 1974 ! Le gouvernement de Rome a donc décidé de frapper un grand coup. Ce sera le retour au protectionnisme. L’ Italie s’enfermera un peu plus dans sa solitude. " Italia fara da se ! "


Deux articles violés


Officiellement, pas question d’abandonner le Marché commun. D’ailleurs, c’est à ses partenaires européens que le gouvernement de Rome décide de réserver le primeur de ce coup de théâtre. Les Huit n’auront pas été consultés mais auront-ils été informés... Dés le lundi 29, Françous-Xavier Ortoli sait. Ortoli, c’est le président de la Commission des Communautés européennes. Il se taira. Et ce n’est que le lendemain, à Luxembourg, que l’information filtrera après que l’ Italien Bisaglia l’eut délivrée très officiellement aux ministres de l’Agriculture des huit autres pays avec lesquels il était occupé à débattre de la meilleure façon de soutenir le prix du boeuf. Interdiction allait être faite aux négociants italiens d’importer quoi que ce soit sans avoir au préalable déposé à la Banque d’ Italie 50 % de la valeur de l’achat projeté. Les sommes ainsi déposées seraient bloquées pendant six mois et elles ne rapporteraient pas le moindre intérêt. Autant dire que les importateurs allaient être invités à payer comptant au Trésor italien la moitié de leurs achats à l’étranger ! A une époque où le commerce est de plus en plus fondé sur l’échelonnement des paiements et où l’argent se déprécie vite ( la hausse des prix atteint actuellement en Italie un rythme qui correspond à... 30 % l’an ), il y a là un moyen très efficace de fermer les frontières sans les fermer.


A Genève, au siège de l’Organisation des nations unies, que est censée arbitrer les litiges du commerce international, le G.A.T.T., on s’indigne. La décision italienne viole deux articles de l’accord général sur le commerce et les droits de douane : le 12 et le 24. Il est vrai, soupire-t-on, que ce n’est pas l’ Italie qui a donné le signal ! Les surtaxes à l’importation prélevées ces dernières années par le États-Unis et la Grande-Bretagne n’étaient pas plus " légales " que la caution bancaire. A Bruxelles aussi on s’agite. Les fonctionnaires de la Commission ont retrouvé la joie de vivre qu’ils avaient perdue au lendemain de la conférence énergétique de Washington, le 11 février dernier. La joie de vivre des grandes crises. C’est qu’à défaut de faire revenir les italiens sur leurs décisions il leur incombe de sauver les apparences. A eux de donner un " habillage européen " au coup de force de Rome.


Notre second client


Lorsqu’en 1968, au lendemain de la tourmente de mai, la France elle aussi avait crié " pouce " et refermé un peu ses frontières pour que ses concurrents industriels ne s’engouffrent pas sur un marché laissé vide, elle s’était engagée à revenir progressivement à " la normale ". Sa décision avait été bien " encadrée " au niveau européen. Rien de tel cette fois. Les Italiens ont agi seuls. Ils n’ont fixé aucun rendez-vous pour leur " retour en Europe ". Pis. leur décision aboutit à reverser le principe de base de la Communauté européenne fondé sur la préférence accordée aux produits des pays partenaires. Car les matières premières et l’énergie ne sont pas touchées par le plan d’autarcie. Les matières premières et l’énergie ? C’est-à-dire ce que l’ Europe des Neuf ne produit pas. L’exemple italien peut être contagieux. Il peut fournir un alibi à tous ceux qui pourraient être tentés, si la crise internationale s’aggravait, de se réfugier eux aussi dans le protectionnisme, abandonnant cette fameuse libération des échanges qui a fait la fortune des pays capitalistes depuis la guerre.


L’ Italie, certes, n’est que notre second client mais s’est un client qui prend de plus en plus d’importance dans nos exportations. En 1969, nous vendions pour 8 milliards de francs de marchandises au-delà des Alpes. En 1973, le chiffre atteignait 18,7 milliards. Principaux postes : l’automobile, le matériel électrique, le textile et les vêtements, le lait et les produits laitiers, les céréales, le sucre et la viande. Les industriels et les agriculteurs français commencent à mesurer le risque qu’il peut y avoir à trop dépendre pour sa prospérité d’acheteurs étrangers. Surtout ces acheteurs vivent dans des pays malades de la monnaie.


FRANCOIS-HENRI DE VIRIEU
Le Nouvel Observateur

FINANCES
La manne des arabo-dollars


Cette fois, les milliards du pétrole sont prêts à conquérir l’ Occident


La vague des arabo-dollars commence à déferler sur les grandes places internationales. Grâce au quadruplement du prix du pétrole, les États producteurs disposeront, en 1974, d’environ quatre-vingt milliards de dollars contre une quinzaine seulement en 1973. Comment sera utilisé ce pactole ? C’est la question que se posent, avec inquiétude, les ministres des Finances et les banquiers du monde entier.


En effet, les marchés monétaires sont soumis à des mouvements de capitaux anarchiques provoqués par l’inflation galopante. Les spéculateurs jouent à la baisse sur le Dollar, la Lire, le Franc français et à la hausse sur le Mark ou le franc suisse. La vulnérabilité du système est telle que l’action massive des arabo-dollars pourrait maintenant provoquer une nouvelle crise.


Au début de l’année, les arabo-dollars n’ont fait qu’une apparition assez discrète sur le marché. C’est, d’une part, qu’ils n’étaient pas encore disponibles en grande quantité ; les Etats producteurs perçoivent en effet leurs redevances avec un certain retard, les paiements de compagnies exploitantes étant effectués traditionnellement avec des délais de plusieurs semaines, parfois même de plusieurs mois. D’autres part, les grands pourvoyeurs de fonds comme l’ Arabie Saoudite et le émirats du golf Persique ont utilisé leurs premières rentrées de 1974 pour éponger les dettes contractées par l’ Égypte et la Syrie au titre des fournitures d’armement de la guerre du Kippour. Quelque cinq milliards de dollars ont ainsi été versés à l’ Union soviétique, qui les a utilisés pour regonfler ses réserves de devises et financer ses importations de céréales américaines. En outre, plusieurs milliards de dollars de commandes d’armements ont été passées par l’ Iran et d’autres pays du golfe Persique aux États-Unis.


Des financiers circonspects


Aujourd’hui, les premiers placements d’arabo-dollars sont en cours en Amérique. Dans le Kentucky, deux cent cinquante millions de dollars de capitaux libanais et koweitiens seront investis dans le secteur foncier. A Saint Louis ( Missouri ), deux cents millions de dollars de fonds du Moyen-Orient sont destinés à un projet immobilier. A New York, le Shah d’ Iran fait construire un building de trente-quatre étages. Selon le financier américain Benjamin Lambert, cité par " The New York Times " un milliard de dollars va être consacré à des investissements fonciers au cours de la prochaine période.
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Pour drainer ces fonds, la Chase Manhattan Bank de David Rockefeller, la First National City Bank de New York, la Bank of Illinois, la Bank of America multiplient les implantations de filiales au Liban, à Bahrein, Dubaï, Abou-Dhabi, Qatar, en Arabie Saoudite ou en Égypte. Plusieurs banques américaines ont pris des participations dans des consortiums bancaires du Moyen-Orient. Lehman Brothers, de Wall Street, cherche à associer des capitaux arabes et américains dans de vastes projets agricoles, immobiliers ou technologiques qui bénéficieraient de l’aide officielle du gouvernement de Washington.


Cependant, les États du golfe Persique n’accueillent les propositions financières qui leur sont faites qu’avec circonspection. Ils redoutent de faire de mauvais placements. Ils ont été assez avisés pour ne pas s’aventurer sur le marché boursier de New York, où la cote baisse depuis le début de l’année. Ils sont prudents dans leurs investissements en dollars, craignant que la devise américaine ne se déprécie du fait du déficit de la balance commerciale des États-Unis ( pour la première fois depuis neuf mois, elle a été en déficit de cent soixante et onze millions de dollars ).


Peu pour la France


Les pays arabes se consacrent surtout à des opérations à court terme sur l’euro-dollar et les devises européennes sur lesquels ils obtiennent des taux d’intérêt exceptionnels. A Londres, ils prêtent contre livres sterling mais avec une garantie de change contre toute dévaluation et à des taux qui dépassent 15 % par an. Surtout, ils participent activement à la spéculation à la hausse sur le Mark et le Franc suisse, où il y a gros à gagner.


En revanche, les fonds arabes ne s’intéressent guère aux placements en francs français. Les liens privilégiés que la France entretient avec la plupart des pays arabes n’ont pas suffi à y attirer leurs capitaux. Ceux-ci sont rebutés par la dévalorisation persistante de notre monnaie qui a dépassé 10 % depuis sa mise en flottement, à la fin janvier. Les banques et les fonds de placements franco-arabes ont donc une activité limitée. Les principaux investissements arabes en France sont hérités du passé. Ce sont ceux qui ont fait suite à la déconfiture de l’ Intra Bank de Beyrouth, il y a quelques années. Ils concernent surtout un gros chantier naval en Méditerranée et un terrain de grande valeur situé au rond-point des Champs-Élysées.


C’est aujourd’hui que les États producteurs de pétrole ont la pleine disposition d’une masse de manoeuvre de plusieurs dizaines de milliards de dollars, qui grossira de cinq à dix milliards de dollars chaque mois. A Wall Street, dans la City, à Francfort, à Zurich, les financiers vont se disputer cette manne pour l’utiliser au profit de leurs pays respectifs. Mais les financiers de Riyad, Beyrouth ou Koweit ne leur feront pas de cadeau.


JAQUES MORNAND

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