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    2009.















L’INVITER DU MOIS


Économic - Avril 74

Mahdi Malek Voir notre encadré ci-après la bataille du pétrole : des erreurs, donc des leçons à tirer


La bataille que les Arabes ont déclenchée à propos du pétrole n’est que la préfiguration d’une autre, plus vaste, qui portera sur l’ensemble des matières premières de base et qui opposera les pays industrialisés membres de l’ OCDE et de l’ Alliance atlantique aux pays en voie de développement. La façon dont les pays consommateurs ont réagi à la bataille du pétrole, tant au niveau de leurs gouvernements qu’à celui de leurs mass media laisse prévoir que la

seconde bataille à laquelle ces pays s’attendent et se préparent sera encore plus acharnée. Elle ne pourra être gagnée par les pays producteurs de matières premières que si ces pays savent tirer la leçon des erreurs commise par les Arabes lors de la bataille du pétrole. ces erreurs sont à mon avis, schématiquement les suivantes :


La bataille du pétrole n’a pas été engagée en tant que bataille du pétrole proprement dite, mais en tant que moyen de pression temporaire utilisé pour faire appliquer une résolution des Nations Unies. Si les négociations de Genève entre Israéliens et Arabes aboutissaient à une mise en oeuvre de cette résolution d’une façon jugée acceptable par les parties en présence, la justification politique et morale de cette bataille risque de ne plus apparaître. D’autant qu’aucune des parties présentes à Genève ou susceptibles de l’être n’est exportateur de pétrole ! Il est vrai que le problème pétrolier a fini par être posé en tant que tel, sauf pour l’ Arabie Saoudite dont les objectifs restent, semble t-il, avant tout politiques.


Nous somme en présence actuellement de trois objectifs, et aucun pays de l’ OPEP engagé dans la bataille n’a adhéré au trois, 1er objectif : faire appliquer la résolution 242 du Conseil de sécurité. L’ Iran, le Nigeria, et le Venezuela n’y adhèrent pas. 2e objectif : rendre aux Arabes l’ensemble de la ville de Jérusalem. C’est l’objectif principal de l’ Arabie saoudite, auquel se rallient, sans trop y croire, que les pays Arabes. 3e objectif : faire payer le pétrole son juste prix. C’est l’objectif de l’Iran, auquel les autres partenaires ne peuvent que souscrire. Mais l’ Arabie Saoudite estime d’ores et déjà qu’on est allé un peu trop loin dans cette voie. Donc on se bat, mais il n’y a pas d’objectif commun à atteindre par la bataille.


Le déclenchement de la bataille a été improvisé. Depuis trois ans au moins, les économistes des pays consommateurs signalaient l’imminence d’une crise du pétrole. Pour pallier les effets prévisibles de cette crise, trois solutions ont été avancées :

- développer les énergies de substitution notamment nucléaires ;

- arrêter la croissance ;

- accélérer l’extraction du pétrole, surtout en Arabie saoudite qui possède des réserves permettant de combler le déficit mondial.

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Devant ces alternatives, les pays producteurs gardaient le silence, comme s’ils n’étaient pas concernés. Aucun plan n’a été élaboré. Il y a donc eu déclenchement d’une bataille sur un problème dont les données n’ont été étudiées que par un partenaire. Il est vrai aussi que les pays producteurs avaient dans leur main tellement d’atouts qu’ils pouvaient penser se dispenser de fignoler leur jeu...


La bataille n’a été déclenchée que par les états arabes. Or cette bataille concerne tous les pays producteurs. L’ Iran, le Nigeria, le Venezuela, l’ Indonésie ont été mis devant un fait accompli. D’où leurs tentatives, couronnées de succès, de "récupérer" cette bataille pour lui assigner de nouveaux objectifs. Au fil des jours, on a parlé de plus en plus du prix du pétrole et de moins en moins de récupération des territoires occupés. Seule l’ Arabie Saoudite a persisté dans ses objectifs initiaux, mais en accordant apparemment plus d’importance à Jérusalem et à la Cisjordanie qu’au Sinaï et au Golan. Il est probable d’ailleurs, du moins à mon avis, que l’échec prévisible des discussions de Genève sur le problème des droits du peuple palestinien maintiendra l’occupation israélienne de la majorité des territoires arabes conquis en 1967 et que l’arme du pétrole n’aura servi qu’à en augmenter le prix.


les déclarations du sommet d’ Alger n’ont pas été appliquées par ceux-là mêmes qui les avaient prises. L’ Irak notamment a dés le début fait savoir qu’il n’appliquerait les décisions arabes que dans la mesure où il le jugerait utile. Les Américains ont acheté du pétrole Libyen, raffiné aux Caraïbes. Et les Hollandais, que la presse française nous montrait grelottants de froid, ont reçu en décembre 1973 des quantités de pétrole supérieures à celles de décembre 1972. Dons, même au niveau des Arabes, le front uni n’existe pas.


La stratégie pétrolière arabe implique des discussions avec les pays neutres et les pays amis. Or à ce jour, aucun interlocuteur n’a été choisi. Faut-il discuter avec les sociétés multinationales ( il semble que c’est la thèse de M. Yamani ) ? Fait-il passer par-dessus la t^ete de ces sociétés et discuter d’ État à État ( cette thèse serait celle de M. Abdesselam ) ? Faut-il discuter aussi bien avec les sociétés que les États-Unis ( il semble qu’il s’agit de la thèse du roi Fayçal ) ? Faut-il discuter globalement, OPEP d’un côté, OCDE de l’autre ( c’est la thèse qui a la préférence des Iraniens est des Américains ) ? Chaque pays producteur a ses préférences. Il est vrai que les mêmes incertitudes existaient chez les pays consommateurs jusqu’au message de M. Nixon du 10 décembre qui a mis de l’ordre dans ses troupes et qui veut opposer au pays producteurs divisés un front uni de pays consommateurs. le front uni des producteurs pourrait mettre en échec la tentative américaine en choisissant la façon de discuter et les interlocuteurs valables.


Si l’on exclut les objectifs politiques, la stratégie développée pour la bataille économique ne semble pas, a priori, très bien élaborée. Celle-ci aurait dû avoir trois volets au moins : les quantités, les prix, la monnaie de paiement.


Sur le premier point, on a d’abord adopté une politique de restrictions quantitatives, différenciée selon que le pays de destination était ennemi, neutre ou ami. Une deuxième idée a été ensuite développée : les quantités produites seront déterminées en fonction des montants de ressources monétaires nécessaires au développement économique des pays producteurs. Cela impliquait l’abandon de toute référence aux besoins énergétiques des pays consommateurs. Or il semble qu’aujourd’hui l’objectif de restrictions quantitatives est en voie d’être abandonné. En effet, on parle de plus en plus du prix.


Celui qi vient d’être retenu par l’ OPEP lie le prix du pétrole à celui des énergies de substitution, en vue d’éviter le développement de ces ressources marginales. Cela signifie qu’à ce prix, le pétrole ne doit pas manquer aux utilisateurs. Donc que les restrictions quantitatives doivent être levées. Sinon les énergies de substitution se développeront, à n’importe quel prix, au moins pour fournir le complément d’énergie que le pétrole ne peut donner.


En fin en matière monétaire, c’est la confusion totale. Or c’est là l’essentiel du problème. En quelle monnaie le pétrole sera t-il payé ? Le choix de la monnaie de paiement doit garantir que les hausses de prix obtenues ne seront pas récupérées par la dépréciation de cette monnaie. les pays de l’ OCDE proposent d’ores et déjà

une monnaie de papier, analogue à celle émise par le FMI ( les droits de tirages spéciaux ). Les pays producteurs accepteront-ils cette monnaie de songe ? Pourquoi ne font-ils pas un effort d’imagination pour imposer un étalon pétrole qui servira d’index aux monnaies de paiement, ou créer une unité monétaire nouvelle qui servirait de monnaie de réserve aux banques centrales tout comme l’on été la livre sterling ? Et n’est-il pas curieux de constater qu’au moment où la Banque mondiale émet des emprunts libellés en dinars koweïtiens, le gouvernement du Koweit accepte d’être payé, par les USA tout particulièrement, en jeux d’écritures qui viennent gonfler des comptes dont il n’a pas la capacité de consommer les disponibilités et dont la seule utilisation possible est le déplacement d’une place financière à l’autre à la recherche des meilleurs taux d’intérêts ?


La véritable solution réside dans un système monétaire international qui ne permette pas aux pays industrialisés de se développer en payant en monnaie de singe.


Il faut que les pays producteurs imposent un système inspiré du plan Keynes rejeté par la conférence de Bretton-Woods, ou inspiré de celui présenté il y a une dizaine d’années par M. Mendès France et basé sur l’étalon matière première.


Toutes les discussions ne portent que sur les prix du brut. Or, tant que le pétrole se vendra brut, les sociétés multinationales continueront d’avoir la haute main sur l’approvisionnement du monde . Seul le raffinage dans les pays de production pourra les réduire au rôle de distributeurs grossistes. Telle est la politique du shah d’ Iran qui logiquement s’intéresse au rachat de réseaux de distribution. Mais la CEE, et c’est l’un de ses principaux conflits avec l’ Algérie, a toujours refusé l’entrée de produits raffinés dans les mêmes conditions douanières que le brut ( à part de petits contingents de principe ). Cela malgré les écologistes qui voulaient éviter les pollutions engendrées par le raffinage. Il semble donc qu’il y ait une négociation à mener avec la CEE.


Le même problème se pose sur le transport, et ce qui a été fait par l’ Algérie pour son gaz devrait être généralisé à l’ensemble des produits pétroliers. Cela pourrait réduire la part des pavillons de complaisance et fournir un moyen de lutte supplémentaire contre les dépréciations monétaires : les prix du transport peuvent être plus facilement réévalués que les prix du brut. Ajoutons qu’en 1973 la part des transporteurs dans le prix de revient des produits pétroliers était supérieure aux redevances perçues par les pays producteurs !


Pourquoi ne pas parler de pétrochimie ? N’oublions pas que se sont les dérivés du pétrole qui ont " stabilisé " les cours de la laine, du coton, du bois, du jute, etx, en offrant des produits synthétiques et artificiels de substitution à bas prix ( lorsque le prix du brut était lui-même très bas ).


La hausse de prix du brut va être durement ressentie par les pays en voie de développement. Si rien n’est fait par les pays producteurs, le timide développement économique des pays du Tiers monde risque d’être compromis. Il faut donc faire bénéficier ces pays de prix préférentiels et cela a été l’une des préoccupations du sommet d’ Alger. Ces décisions sont elles acceptées par les pays producteurs non arabes ? il semble que non. Mais, de toute façon, cette préférence pourrait facilement " récupérée " par les pays industriels s’ils continuent de dicter aux pays du Tiers monde le prix de leurs produits. Donc la bataille engagée par les Arabes en matière de pétrole ne peut réussir que si elle est étendue aux autres matières premières et si elle aboutit à un système monétaire international qui évite de reprendre par la monnaie ce que l’on accorde sur les prix.


Il faut que le Tiers monde organise sa force, c’est-à-dire son développement économique. Il faut que cesse la poursuite du développement économique des pays industriels grâce aux bas prix des matières premières et de l’énergie, tout comme doivent cesser les résolutions votées régulièrement aux Nations Unies sur " la nécessaire stabilisation des prix des produits de base " qui donnent à nos diplomates l’occasion de déployer leur éloquence et l’illusion d’avoir remporté de grandes victoires. Le Tiers monde doit donc se doter d’institutions adéquates qui ne le mèneront pas à la bataille en ordre dispersé, sur le terrain choisi par l’adversaire.


Ces institutions, une fois en place, pourront mettre sur pied une coopération avec les pays industrialisés qui ne sera ni une spoliation, ni la résultante d’un rapport de forces. Elles doivent être ouvertes uniquement aux pays du Tiers monde et ne pas comporter d’observateurs. Elles seront fermées à la fois aux pays qui ne sont pas membres du Fonds monétaire international, aux États colonialistes ( Israël, Portugal, Rhodésie, Afrique du Sud ) et aux États membres de l’ OCDE. Elles devront élaborer la stratégie nécessaire dans le domaine des matières premières : quantités, prix, monnaies de paiement, stade d’élaboration des produits vendus, préférences entre pays membres, etc.


Cette organisation devra se réunir pour définir une stratégie commune vis-à-vis de l’ OCDE et de l’ Alliance atlantique et devra également avoir des porte-parole aux instances de la CNUCED, du GATT, du FMI et de la Banque mondiale.


Elle devra mettre sur pied des mécanismes des règlements internationaux. Elle devra forcément avoir des fonds de soutien des prix, une banque de développement et un mécanisme d’aide à la balance des paiements.


Si nous n’avons pas la volonté de le faire, et maintenant, parce que la situation actuelle risque de ne pas se représenter une autre fois, alors continuons à solliciter l’aide des pays riches pour notre développement, aide qui n’est que la ristourne des miettes provenant du gâteau que nous leur offrons.


M. M. 

Qui est Mahdi Malek ?


Mahdi Malek est le pseudonyme d’un haut fonctionnaire africain actuellement en poste et dont nous ne pouvons, pour des raisons évidentes, donner l’identité. Il va de soi que ses jugements dur la " bataille du pétrole " que l’on peut considérer comme un peu sévères et parfois injustifiés, n’engagent que lui. Mais il nous a semblé qu’ils constituaient sans aucun doute un élément fort intéressant de réflexion pour nos lecteurs, et en particulier pour les dirigeants arabes à la veille de l’assemblée de l’ ONU sur les matières premières. Les critiques même outrées sont toujours plus utiles que les louanges. Les récentes difficultés qu’a connues l’ OAPEP pour décider de la suite à donner à cette " bataille du pétrole ", après les initiatives de M. Kissinger, prouvent en tout cas que le sujet se prête à la controverse.

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