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    seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre
    2009.
















Interview


13.4.74.


Pétrole

le chef de l’entreprise Iran répond aux questions de jeune afrique


de notre envoyé spécial Renaud de Rochebrune


Bien que relativement avare d’interviews de fond, le Shah d’ Iran a longuement reçu l’envoyé spécial de Jeune Afrique à Téhéran. Il a accepté sans la moindre réticence de répondre à toutes nos questions, sur le pétrole, la réforme agraire, les choix économiques et sociaux, la politique internationale, l’armement et la situation intérieure du pays. Même sur des sujets aussi délicats que la faiblesse de l’opposition et, ce qui n’est pas sans rapport, la répression, il n’a pas esquivé la moindre question.


A tel point avouons-le, que la facilité avec laquelle s’est déroulé cet entretien, dans une atmosphère des plus détendues, nous a surpris. De même que la facilité avec laquelle nous avons pénétré, sans aucune entrave ni aucune fouille, jusqu’au coeur du palais impérial où travaille le souverain. Certes, divers détails, comme par exemple le thé qui nous a été offert dans une vaisselle d’or, ou le luxe du bureau du shah, qui est à lui seul un véritable palais, nous rappelaient à tout moment que nous étions en présence d’un empereur. Le ton de la conversation et la teneur des réponses s’apparentaient pourtant plus à ceux que l’on retrouve lors de conversations avec les chefs d’entreprise. Mais n’est-ce d’ailleurs pas comme le chef de l’entreprise Iran, comme un expert en économie, qu’aime à se présenter le souverain persan ? Ce qui n’empêche pas ses propos ou ses justifications de prendre parfois une tournure, sinon inquiétante, du moins étonnante. Le lecteur jugera.


Pourquoi ne parler que du Pétrole ?


- Nous commencerons, vous n’en serez pas étonné, avec le problème du pétrole. Estimez-vous qu’au point de vue du prix on est désormais arrivé à un niveau satisfaisant, les problèmes d’inflation mis à part ?


- A vrai dire, non, puisque, vous le savez, nous avons fait adopté un prix minimum lors de la dernière hausse, en décembre à Téhéran. On avait fait un rapport et les prix proposés variaient de 9 dollars environ jusqu’à 22 ou 23 dollars pour les prix affichés. Nous avons choisi en fait le prix minimum qui correspondait à celui des autres sources d’énergie à peu près comparables. Rien n’est il est vrai, comparable au pétrole : il y aurait, paraît-il, 70 000 dérivés du pétrole. Or les dérivés des autres sources d’énergie, y compris ceux de l’énergie atomique, n’ont ni la même valeur ni le même intérêt. Nous avons pourtant choisi de nous tenir à 7 dollars le baril en considérant qu’à ce prix le pétrole est payé au même prix que les autres sources d’énergie.


- Ce qui veut dire qu’il faut s’attendre à d’autres augmentations importantes du prix du pétrole, même en dehors de celles qui seraient destinées à compenser l’inflation qui sévit dans les pays industrialisés et renchérit le coût des importations des pays producteurs.


- Cela pourrait se défendre très facilement.


- Il ne s’agit donc que de rapports de forces ?


Oui... Cela peut dépendre aussi du degré de condescendance que nous pourrions avoir vis-à-vis des pays consommateurs pour les aider à remettre leur maison en ordre.


- Est-il nécessaire de faire preuve de condescendance envers les pays riches ? Par contre, vous savez que la hausse rapide des prix du brut à constitué un véritable drame économique pour les pays pauvres démunis de pétrole. Or vous vous êtes fortement opposé à l’idée d’instituer un double prix du pétrole pour favoriser ces pays pauvres. Pourquoi ?


Pour plusieurs raisons. D’abord ces pays ne sont pas de gros consommateurs. Pour la plupart, ils ne consomment guère - annuellement - qu’un million de tonnes. Et, de leur côté, ces pays ne sont-il pas des producteurs ou des consommateurs de blé, lequel a augmenté récemment de plus de 300 %, d’huiles végétales qui ont augmenté de 300 à 400 %, de sucre, dont le prix a été multiplié par 16 au cours de six dernières années, de ciment qui a augmenté de plus de 300 %... et qui est introuvable même à ce prix, etc. ? Or, les pays pauvres n’ont pas seulement besoin de pétrole, mais aussi de tous ces produits. Alors, il est un peu facile de ne parler que du pétrole !


Vous savez ce que j’ai proposé au monde entier : avec 32 millions d’habitants, nous avons quand même proposé de prêter au total 1 milliard de dollars aux pays consommateurs. Cela, pour permettre tout d’abord de rééquilibrer la balance des paiements de tous les pays, y compris les pays avancés touchés par les hausses du prix du pétrole. Pour permettre ensuite de constituer un fonds d’aide aux pays pauvres. Ce fonds, auquel nous participerions pour 150 ou 200 millions de dollars, pourrait gérer au total quelque 3 milliards de dollars mis à la disposition des pays pauvres si les autres pays producteurs suivent notre exemple. Il s’agirait de prêts à long terme, disons quinze ou vingt ans, à un taux d’intérêt tout à fait symbolique, 2,5 % par exemple. Ces prêts ne seraient accordés qu’à des projets précis, afin d’éviter le gaspillage souvent constaté dans le cadre des programmes d’aide. De plus, nous avons signé des accords bilatéraux avec des pays comme l’ Inde ou, plus récemment encore, avec le Sénégal puis le Soudan. Et ces accords portent sur des sommes très importantes.


Nous allons entrer dans le club des pays industrialisés.


- On ne vous reproche certes pas de ne pas être préoccupé du sort des pays consommateurs. Cela dit, il semble que vous ayez décidé d’aider tous les pays, y compris les pays riches - en accord avec le Fonds monétaire international incontestablement dominé par les pays riches - qui ne sont pas les plus à plaindre.


- C’est vrai. Mais, vous savez, une désorganisation du monde industriel n’aiderait personne. Et à quoi cela nous avancerait-il - nous qui somme d’ailleurs en train de devenir un membre du club des pays industrialisés, mais sans les visées disons... " extorsionistes " de la plupart de ces pays - de les précipiter dans une catastrophe économique ?


Tout cela n’explique pas pourquoi vous vous refusez à accorder un prix préférentiel pour le pétrole aux pays pauvres. Est-ce parce que vous avez peur de voir apparaître un immense marché noir ou...


- Certainement. Un immense marché noir à l’échelle mondiale se constituerait immédiatement. Plus encore, ce serait utiliser l’arme du pétrole pour intimider et pour influencer. Ce serait choisir ses amis... en fonction de l’ardeur avec laquelle ils nous lèches les pieds. L’expression est peut-être un peu rude mais elle traduit bien la situation d’une nouvelle forme d’impérialisme.
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- Votre proposition de créer un fonds d’aide ne semble pas avoir reçu un accueil très enthousiaste ou suscité des réactions empressées chez les autres pays producteurs...


- Le Venezuela a l’air favorable à cette idée dans une certaine mesure... mais les autres n’ont, il est vrai, guère réagi. le Venezuela et nous, en effet, sommes tellement plus émancipés que les autres pays producteurs...


- Le cas du pétrole est-il un cas particulier ou pensez-vous que les autres matières premières peuvent servir d’armes pour le combat économique des pays possesseurs de produits de base ? Accordez-vous à cet égard une grande importance à la prochaine conférence des Nations unies sur le problème des matières premières ?


- Une grande importance, naturellement. Mais l’ ONU est-elle le cadre idéal ?


Vous pensez donc que les pays producteurs de diverses matières premières feraient mieux de créer des organismes comme l’ OPEP dans chaque cas ?


- Ou bien cela... ou bien ils devraient trouver un système d’indexation les mettant à l’abri de toute perte de pouvoir d’achat entraînée par l’inflation. Il vaut mieux éviter les confrontations dans toute la mesure du possible et rechercher au contraire des accords fondés sur une sorte de coopération entre toutes les parties.


Nous serions heureux de ne pas vendre notre pétrole.


- Et pourtant, l’OPEP elle-même, qui avait accepté de négocier avec les compagnies un accord mettant les pays producteurs à l’abri de l’inflation, n’a pas appliqué l’accord qu’elle avait mis au point. Est-il possible de trouver une formule satisfaisante garantissant aux pays producteurs qu’ils ne souffriront pas de l’inflation ?


- Vous savez que j’avais proposé une réunion avec les membres de l’ OCDE sur ce problème. Je crois d’ailleurs qu’au cours de la dernière réunion des pays consommateurs le principe d’une prise de contact avec les pays producteurs a été admis, ce qui rejoint notre proposition.


- Est-ce que ce front des pays consommateurs que vous évoquez, et qui s’est formé récemment, vous paraît constituer une menace pour les pays producteurs ?


Menaçant, ce front ? Pas pour le moment en tout cas. Peut-être dans quelques années. Mais de toute façon, il ne nous gêne pas car nous serions très heureux, s’il le fallait, de ne pas vendre notre pétrole, de la garder sous terre et de nous en servir que pour faire de la pétrochimie. l y a donc une parade contre tout acte hostile de la part des pays consommateurs.


Vous ne pensez pas qu’il existe aujourd’hui encore la possibilité de vous inciter fortement, voir de vous obliger, à le sortir de terre en cas de crise ?


- Je ne crois pas. Aller occuper un pays simplement pour extraire son pétrole, ce n’est plus possible. La Gun-boat Diplomacy est aujourd’hui révolue.


Aujourd’hui les paysans iraniens sont des hommes libres.


Depuis 1963, date du lancement de la Révolution blanche, vous avez voulu rapidement accélérer le développement de l’ Iran par l’adoption de certaines mesures importantes, en particulier d’une réforme agraire radicale. Dix ans après, quel bilan pouvez-vous dresser ?


- Je suis entièrement satisfait des résultats de la réforme agraire. Notre but, s’était de redonner aux paysans la propriété de la terre qu’ils travaillaient. C’est fait. On voulait ainsi combattre le féodalisme qui régnait dans le pays. Hommes libres théoriquement, les paysans iraniens vivaient en fait quasiment comme des cerfs. Aujourd’hui, ce n’est pas vrai et, non seulement ils sont libres, mais ils vivent beaucoup mieux. Car nous ne pensons pas, comme certains, que la justice, dans un pays, c’est la misère égale. Pour nous, la justice, c’est le bien-être égal. Vraiment égal, bien sûr, c’est impossible, mais on peut tendre vers cela.


C’est pourquoi, après leur avoir rendu la terre, on veut regrouper les paysans dans des coopératives où ils mettent e commun les terres, les machines, etc. En revanche, ils peuvent recevoir des actions de ces coopératives. Ce qui leurs permet, s’ils le veulent, de revendre leurs actions. Ainsi la terre reste intacte, productive. La réussite de cette réforme agraire est, je crois, si évidente que beaucoup de pays vont nous imiter.


- Vous paraît-il cependant normal que, dix ans après la mise en oeuvre de la réforme agraire, l’ Iran ne produise pas assez de produits agricoles pour nourrir sa population ?


L’ Union soviétique non plus ne peut pas nourrir sa population. Cela ne veut rien dire. Tant qu’une agriculture n’est pas fondée sur l’irrigation, on peut toujours avoir des surprises. Nous en avons eu, les années sèches, et il nous est arrivé d’importer jusqu’à un million de tonnes de céréales. Mais il y a trois ans, nous en avons exporté 200 00 tonnes. Et si, cette année, il y a encore trois pluies pendant le printemps, cela ira. C’est un problème non de réforme agraire mais de climat.


Au moins nous n’avons pas de préoccupations électorales.


De plus, depuis dix ans, la population de l’ Iran a augmenté de plus de 10 millions d’habitants et le revenu par habitant s’est accru de plus de 600 %. Nous arrivons ces jours-ci à un revenu moyen par habitant de 1000 dollars, contre 150 à 200 il y a un peu plus de dix ans. Alors, on consomme d’avantage, bien sûr.


C’est d’ailleurs pour cela que nous nous sommes orientés vers l’agriculture intensive irriguée. Nous allons adopter les systèmes les plus modernes, y compris l’irrigation par le système du goutte par goutte. C’est d’ailleurs à cause de se problèmes d’irrigation sue nous voulons changer, quand il le faut, la localisation des pôles d’agriculture. Certains paysans sont aujourd’hui sur des terres de troisième ou quatrième catégorie et disposent d’une eau abondante. C’est du gaspillage. Il faut envoyer l’eau ailleurs et, pour cela peut-être, raser des villages et envoyer leurs habitants dans de nouvelles fermes où ils pourront produire et vivre mieux. Il le faut, sinon on ne pourra jamais assurer aux paysans un niveau de vie équivalent à celui des autres citoyens.


- Dans tous les pays où l’on a essayé de déplacer de force des paysans, vous savez que cela a posé d’énormes problèmes...


- Ah ! ce n’est pas facile, Mais c’est possible car, maintenant, tous le Iraniens ont confiance en L’ ÉTAT. En effet, tout ce que nous avons fait, grâce à Dieu, a réussi... et nous ne l’avons pas fait, comme souvent ailleurs, pour gagner des voix aux élections. Je ne veux pas minimiser les systèmes démocratiques, que nous nous proposons d’ailleurs d’appliquer au niveau des villages, des coopératives et des provinces, où les habitants voteront librement. Mais, avant d’arriver à cela, il faut d’abord combattre l’analphabétisme pour que les gens puissent savoir ce qu’ils veulent avant de pouvoir voter. C’est pour cela que nous voulons développer très rapidement l’éducation, notamment à l’aide de la télévision, afin que tous le Iraniens puissent recevoir une éducation équivalente, qu’ils soient riches ou pauvres.


- On a dit que la réforme agraire, ayant permis aux propriétaires d’être indemnisés, a entraîné indirectement toute une vague de spéculations immobilières et a recréé une nouvelle classe de propriétaire, urbains cette fois.


- D’abord, ce n’est pas vrai. car on a indemnisé les propriétaires en fonction des impôts qu’ils avaient payés... C’était malin de notre part ! Il y a peut-être eu des exceptions, mais ce n’était que des exceptions. De plus, vous savez que nous n’avons pas hésité à nationaliser les terres même quand les propriétaires n’étaient pas d’accord. Et cela continuera, même si les propriétaires ne le veulent pas. Rien ne peut plus résister à l’ État aujourd’hui.


- N’y a-t-il pas une contradiction entre cette primauté de l’ État, ces nationalisations, et le fait que vous semblez avoir choisi délibérément un mode de développement économique " à l’occidentale ", en particulier pour l’industrie.


- Au point de vue technique et industriel, il serait idiot d’agir autrement. Avec cette différence, si l’on compare avec les pays occidentaux, que le pétrole, l’acier, toute les grandes industries, sont et resteront entre les mains de l’ État. Il n’est en revanche pas question de nationaliser des industries légères qui fonctionnent mieux de façon plus rentable en restant au secteur privé.


Une participation offerte aux ouvriers sans aller à l’autogestion


- Il est vrai que le secteur privé rentabilise souvent mieux certaines activités. Mais l’inconvénient c’est, en général, on le voit bien dans les pays occidentaux, d’aboutir à une forte inégalité des revenus, à un écart grandissant entre le niveau de vie des différentes classes sociales.


- Oui... Mais vous savez que la loi iranienne prévoit déjà que les ouvriers recevront 20 % des bénéfices nets de l’entreprise. Depuis deux ans, j’ai demandé aux industriels iraniens, qui ont accepté, de proposer 49 % des actions des entreprises aux ouvriers. Ceux-ci auront cinq ans pour se décider ou non à les acheter. Après, ces actions seront offertes au public. Il y aura donc une participation totale du pays à sa richesse industrielle.


- 49 %, c’est juste 1 % de moins que la majorité...


- Ah oui ! je suis tout à fait contre la cogestion. Et d’ailleurs, ce n’est pas un problème de pourcentage. Je pense également vendre dans le public 99 % des actions des entreprises pétrochimiques et de toutes les usines appartenant à l’ État. Et aucun souscripteur ne pourra posséder un pourcentage important d’actions. Cela afin que tout le pays en profite. L’ État gardera seulement 1 %, mais avec un pouvoir de décision complet et entier. Un PDG doit prendre des décisions en quelques secondes.


- Si la prise de décisions se partage difficilement, le contrôle des décisions peut-être plus facilement accordé aux ouvriers.


- Peut-être. Nous avons le temps !


Nul ne peut accaparer par la force les territoires d’autrui...


- Sur le plan des affaires étrangères, peut-on vous demander pourquoi vous avez annulé le voyage que vous deviez faire récemment en Afrique ?


- Tout simplement parce que je n’ai pas eu le temps. Pendant toute la durée des événements pétroliers, je ne voulais pas être trop éloigné de mon propre pays. De Saint-Moritz, en Suisse, on regagne facilement Téhéran, pas de l4 Afrique.


- Vous comptez faire néanmoins ce voyage à l’avenir ?


- Je l’espère bien. Notez cependant que j’ai déjà envoyé mon Premier Ministre et d’importants accords ont ainsi été signé avec le Sénégal.


- Pensez-vous que l’Iran puisse faire beaucoup avec l’ Afrique ?


- J’en suis persuadé. Et tout se présente favorablement. Les pays africains peuvent nous faire entièrement confiance puisque nous n’avons aucun contentieux avec eux, aucun passé négatif. D’ailleurs nous venons de signer d’importants accords avec le Soudan. Et le président Mobutu, qui vient de nous rendre visite, a été enthousiasmé par les Possibilités de coopération que nous avons envisagées. Les pays africains sont souvent riches, ils possèdent de nombreux produits de base qui nous manquent. Il y a donc matière à de nombreux accords.


- Envisagez-vous de fournir, si elle vous est demandée, une aide technique aux pays africains pour les aider à dé


M. Mamadou Dia en 1963 à l’époque du procès


mais n’a pas rompu. Ce n’est pourtant qu’à l’abri d’un puissant système hydraulique reposant sur un véritable chapelet de barrages qu’elle pourra trouver son véritable aplomb. Le gouvernement du président Senghor en est bien conscient. D’importantes études ont été menées dans ce sens dans le cadre de l’ OMVS ( Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal, qui associe le pays du même nom au Mali et à la Mauritanie ). Et les décisions définitives quant à la construction des barrages du Delta et de Manantal doivent intervenir sous peu. Le financement du premier est en partie trouvé.


De même, la politique de reconversion des structures industrielles se poursuit. Certes, quelques industries continuent de traverser de sérieuses difficultés. Cas des huileries pour les raisons déjà évoqués. Cas, également, des unités qui n’utilisent que partiellement leur capacité de production. Ce qui est dû essentiellement à l’amenuisement des débouchés consécutifs à l’éclatement de l’ancienne fédération du Mali. Mais, depuis, un secteur est en pleine expansion, celui des industries nouvelles conçues, dés le départ, à l’échelle du marché national et protégées par une politique douanière de lourde fiscalité. Il s’agit essentiellement des industries chimiques ( pétrole, matières plastiques ) qui n’ont guère de concurrents en Afrique de l’ Ouest ; des industries textiles qui malgré une concurrence sévère de pays comme la Côte d’ Ivoire, le Ghana et le Nigeria (via la Gambie pour ces deux derniers pays), constituent la plus belle réussite industrielle du Sénégal depuis une vingtaine d’années.


Ces progrès, alliés à ceux enregistrés dans le domaine de la pêche que le gouvernement voudrait " protéger férocement des pirates de la civilisation de l’acier ", pourront être consolidés à l’avenir par la mise en oeuvre de grands projets : foire internationale de Dakar, zone franche et Dakar-Marine. A quoi il convient d’ajouter le développement des infrastructures touristiques et hôtelières, qui pourrait bien devenir, dans les prochaines années, une pièce essentielle de l’expansion économique du pays.


ces résultats, fruits d’une politique persévérante de restructuration de l’appareil de production hérité de la puissance coloniale, joints aux éclaircies qui se dessinent à l’horizon, expliquent sans doute le retour du baromètre au beau fixe. Certes, une conjoncture internationale rudement inflationniste ne pouvait épargner le Sénégal, vu la structure même de son commerce extérieur. D’où les récentes augmentation de prix en cascades touchant des produits aussi courant que le riz, le sucre, l’huile, etc.


Mais, si dure que soit cette vérité des prix, " notre conviction, remarquait le Premier ministre Abdou Diouf, est que, dans la grisaille générale qui caractérise la situation économique internationale, notre sort n’est pas loin de là, le sort le plus triste ". Avec l’augmentation du prix des phosphates et les perspectives d’exploitation d’un gisement d’huile lourde découvert en Casamance, le Sénégal paraît d’ailleurs bien placé.


La conjonction de ces différents facteurs explique sans doute le sérénité des esprits qui est à l’origine des récentes initiatives politiques prises à Dakar. La libération de Mamadou Dia aussi bien que le repli des troupes françaises, inimaginables dans l’atmosphère chargée d’électricité des années 1967-1968, paraissent aujourd’hui parfaitement justifiés. La remise en liberté inconditionnelle des dix-sept détenus politiques constitue une indéniable source d’apaisement. Un instrument destiné aussi, bien sûr, à désarmer l’opposition, tout comme le dégagement du système militaire français.


L’ancien Premier ministre, qui continue d’incarner aux yeux d’une frange non négligeable de l’opinion sénégalaise le nationalisme pur et dur, est en tout cas moins dangereux libre qu’en prison. Ne serait-ce que parce qu’il cesse d’être un martyr. Il reste à savoir si, aux yeux de certains, l’allègement du dispositif militaire français ne sera pas interprété comme une demi-mesure.

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