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  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny
    seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre
    2009.
























AFFAIRES


18.2.74

Les comptes des mille et une usines



Les industriels français pourront-ils tenir les promesses des diplomates ?



525 5100


" Oui... Bien sûr, monsieur. Une excursion est prévue dans une oasis. Mais le vendredi. Parce que, -bas, vous savez, le jour férié, c’est le vendredi..." L’interlocuteur raccroche. décidé. Il ira "là-bas". Neuf jours 3 880 francs tout compris : , la journée de séminaire préalable, les rendez-vous sur place et le dossier complet.
Depuis quelques semaines, Chantal Lajat (25-51-00) est très sollicitée : c’est elle , au sein du C.F.C.E. (Centre français Commerce extérieur), organise les voyages destinés aux hommes d’affaires qui aller "là-bas", au Moyen-Orient.
Prochain départ le 17 mars. Destination : Koweït et Abou Dhabi. Entre-temps, Jobert, notre vendeur numéro un, sera en ligne une nouvelle fois. Objectifs : l’Egypte et le Liban. Départ le mars.


L’intendance suivra-t-elle ? Les industriels et les commerçants donnent des signes d’intérêts, se documentent, vont sur place.
"Personne n’est écarté a priori de la course, fait remarquer Pierre Baumann, du service des renseignements commerciaux du C.F.C.E. Ils offrent des marchés accessibles aux petites et moyennes entreprises." Bien sûr, on peut espérer vendre de tout aux pays non socialistes comme l’Arabie saoudite, l’Iran ou le Koweît. Des téléviseurs, des chaussures, des vêtements... Mais là n’est pas le véritable enjeu.


Les pays arabes cherchent moins, dans leur ensemble, à attirer des marchands que des investisseurs et des partenaires. Le Proche-Orient est moins un marché pour nos produits de consommation qu’un marché pour nos bâtisseurs d’usines, pour nos producteurs de biens d’équipements. Et ceux qui vont en définitive tirer parti de la situation actuelle, ceux auquels "la crise" va profiter n’ont nul besoin de téléphoner au 525-51-00. le Moyen-Orient, ils le connaissent déjà. Ils y sont installés. Et c’est dans les bureaux de Creusot-Loire Entreprises (C.L.E.) ou de la filiale internationale de la compagnie générale d’Electricité (C.G.E.) que se font aujourd’hui les comptes importants, les comptes des mille et une usines que la France peut espérer installer dans les sables.


Les milieux patronaux français n’avaient pas attendu la crise pétrolière ni les initiatives de Michel Jobert pour échafauder le grand plan qu’ils se préparent à appliquer maintenant. Il y a un an, François Ceyrac, président du C.N.P.F., déclarait, dans une interview à l’hebdomadaire "les Informations", que le temps était venu pour les industriels d’investir hors des frontières de France. Car, expliquait-il, il y a danger pour notre pays à devenir un simple socle à usines, à importer de plus en plus d’énergie, de plus en plus de travailleurs aussi, et cela pour fabriquer des produits de plus en plus destinés à l’exportation. Le raisonnement de Ceyrac était qu’il fallait construire des usines françaises à l’étranger, là où se trouvaient la main d’oeuvre d’aujourd’hui, et donc la clientèle de demain. En agissant de la sorte, la France ferait d’une pierre deux coups : elle se mettrait à l’abri des ces tempêtes monétaires qui peuvent balayer en quelques semaines les fragiles contrats d’exportation et elle réduirait sa population immigrée, et donc les risques de tension raciale.


A l’époque, il s’agissait encore d’un débat académique. "Aujourd’hui, dit Paul Bancherit, président de C.G.E. International, nous n’avons plus le choix. De nombreux pays du tiers monde vont fermer leurs frontières à nos produits, si nous n’acceptons pas de fabrique ces produits chez eux et même d’exporter à partir de chez eux..." Il ne s’agit pas de se lamenter parce que le prix du pétrole est aujourd’hui quatre fois plus élevé qu’il y a un an. Pas question de changer de modèle de développement, d’imaginer "autre chose". On va faire la même chose. Mais autrement : en intégrant les pays arabes dans notre système de développement. La France changera de rôle, simplement. Elle deviendra un pays d’ingénieurs et de banquiers. Elle vivra de la vente de son know-how, de son savoir-faire. "Venez polluer chez nous !", supplièrent les dépliants du Brésil, quémandeur d’investissements industriels. Encore un peu de patience et ce sera fait.


Passer l’éponge


Sur ce raisonnement patronal se greffe la conviction intime de Michel Jobert que la France peut espérer grignoter les positions politiques et commerciales acquises par les Soviétiques au Moyen-Orient. Dans
leur ensemble, les pays arabes deviennent antisoviétiques. Prenons l’exemple de l’Irak, pays auquel Jobert accorde une grande importance, bien qu’il s’y soit rendu avec moins de pompe journalistique qu’en Arabie saoudite. Les Soviétiques semblaient devoir rester longtemps encore les principaux fournisseurs de la République bassiste. La France n’était-elle pas vouée à jouer les seconds rôles ? 376 millions de francs d’exportations en 1972, 373 millions en 1973 (contre 2,1 milliards de francs d’importations, essentiellement pétrolières). Mais voilà qu’en novembre dernier l’Irak a acheté une usine sidérurgique à Creusot-Loire. Paiement comptant. Jobert n’y est pour rien mais, dès 1974, les premières livraisons d’équipements vont doubler la valeur de nos exportations vers l’Irak. Les Soviétiques vont perdre leur première place.


" La France a une carte considérable à jouer dans les payer arabes, dit François Mayer, P.D.G. de Creusot-Loire Entreprises, l’homme qui a réussi à vendre cette aciérie aux Irakiens. Tous ces pays n’ont pas certes les mêmes besoins. Mais dans l’ensemble ils sont désireux d’investir. Ils veulent préparer l’époque où le pétrole viendra à manquer, ne plus le brûler mais l’utiliser comme matière première pour
fabriquer des produits chimiques. D’où le désir, apparemment insolite, de l’Arabie saoudite et de l’Iran de nous acheter des centrales nucléaires.
Nous assistons actuel-


Le Nouvel Observateur



lement à la redistribution de toutes les cartes industrielles ! ..."


Les jeux sont loin d’être faits dans cette gigantesque partie de poker franco-arabe. Et certains se demandent déjà si Michel Jobert n’est pas allé trop vite alors qu’il n’a pas, loin s’en s’en faut, toutes les cartes en main. Certaines de ces cartes sont dans la manche du ministre des Finances, qui reste, grâce notamment au crédit, le grand maître du commerce extérieur.


Prenons l’exemple de l’Egypte, où Jobert fera escale le 6 mars. Que pouvons-nous espérer vendre à un pays qui s’est acquis depuis quelques années une réputation de mauvais payeur ? La C.O.F.A.C.E., la compagnie d’assurance pour le commerce extérieur, refuse sa garantie aux exportations. Les achats du Caire doivent donc être payés comptant avant livraison !
D’autres pays ont eu des ennuis comparables avec l’Egypte, l’Allemagne notamment. Ils ont passé l’éponge. Giscard, lui, refuse. La tâche de Jobert va s’en trouver compliquée. "Il est logique que" le Quai" ait des préoccupations politiques.
Mais nous ne sommes pas un ministère politique, dit-on rue de Rivoli. L’Egypte n’est pas un bon risque. La C.O.F.A.C.E. la traite comme telle."


L’engin "Hot"


Faut-il voir derrière ces divergences de vues administratives la rivalité de deux hommes à la poursuite du même "destin national" ? "Il fut un temps où Giscard n’aurait jamais accepté qu’un ministre des Affaires étrangères se mêle de commerce !...", constate un industriel. "C’est vrai, admet-on au Quai-d’Orsay, que nous avons un peu piétiné ses plates-bandes. Mais c’était pour l’obliger à s’intéresser aux pays arabes, à l’égard desquels il manifestait une indifférence dangereuse. Il serait tout de même trop bête qu’à cause des choix politiques personnels de Giscard nous perdions des clients dans des pays où notre potentiel de sympathie est aussi fort !..."


La France sera-t-elle, pour assurer le succès du pari de Jobert, obligée de réviser sa doctrine en matière de vente d’armes ? Depuis la guerre du Kippour, les Etats arabes sont fascinés par le pouvoir destructeur des missiles et ils voudraient notamment nous acheter l’engin ultra-secret "Hot" (antichar), fabriqué par l’Aérospatiale et Messerschmidt. Mais cet engin n’équipe pas encore l’armée française et nos généraux préféreraient qu’il ne soit pas manié et démonté par des "ennemis potentiels" avant que de l’être par nos soldats.


Autre demande arabe essentielle : que le pétrole brut, livré dans le cadre des accords à long terme d’Etat à Etat, soit payé sur la base de 10,80 dollars le baril, c’est-à-dire à deux dollars de plus que le "brut" appartenant aux compagnies.
Exigence fondée dans la mesure où le prix que les Etats producteurs pourraient obtenir s’ils vendaient leur part aux compagnies.
Mais exigence incompatible avec le barème actuel des prix de vente au détail des produits pétroliers. Un barème signé Giscard d’Estaing...


FRANÇOIS-HENRI DE VIRIEU


OPPOSITION
Un certain soulagement


Le bannissement de Siljenitsyne est pris comme un "moindre mal" par la gauche française


La polémique est-elle terminée ? En présentant les trois documents Sur les questions monétaires, les sociétés multinationales et le commerce international. qui complètent le "Programme commun", mardi dernier, Paul Laurent, Membre du secrétariat du P.C., n’a pas stigmatisé, au détour d’une phrase, "l’anti-soviétisme et l’anticommunisme" du "Nouvel Observateur" qu’il dénonce le jour même dans "l’Humanité". Il n’a pas non plus, même en filigrane, de controverse avec François Mitterrand après l’interview parue ici même la semaine dernière et dans laquelle le premier du P.S. condamnait les attaques communistes contre "le Nouvel Observateur". "Il nous a donné l’accolade comme si Mitterrand ne vous avait pas soutenus dit-on cité Malesherbes.


Deux hypothèses


Les plaidoyers sans nuances pour l’Union soviétique vont peut-être cependant se poursuivre. Après l’expulsion d’Alexandre Soljenitsyne d’U.R.S.S., René Andrieu dénonce, vendredi dernier, dans "l’Humanité", cet "adversaire haineux du socialisme". C’est que le P.C., qui craignait un procès de l’écrivain, considère comme un "moindre mal" son bannissement qu’il est maintenant rassuré : l’homme qui vient du froid n’a pas fait frissonner gauche française. Même si, après son , un petit vent frais a soufflé le Parti socialiste et sur les radicaux gauche, l’émoi fut éphémère.


A la réunion du bureau exécutif


OPINION
U.R.S.S. :
le système B.


par K.S.Karol


En expulsant Soljenitsyne,
Brejnev justifie le réquisitoire de l’écrivain


" Déporté - mais ce n’est pas au Goulag" : le titre du "Guardian", quotidien libéral de Manchester, équivaut à un cri de soulagement devant "l’heureux dénouement" de l’affaire Soljenitsyne. Pendant vingt-quatre heures-entre l’arrestation de l’écrivain à Moscou et son arrivée à Francfort -, les chancelleries occidentales ont redouté le pire : une nouvelle déportation du rebelle dans ces camps sibériens qu’il a si magistralement décrits dans ses livres-réquisitoires.


Les gouvernements, bien entendu, étaient essentiellement préoccupés par les conséquences qu’une telle décision, de la part de Brejnev, pourrait avoir sur "la détente" et la coopération Est-Ouest, dont chacun espère des avantages considérables. Certes, ces craintes prouvent à elles seules que nos hommes d’Etat ne croient guère que l’U.R.S.S. ait beaucoup changé ni qu’elle soit à l’abri d’une nouvelle escalade dans l’arbitraire. Ce qu’ils souhaitent ardemment, eu égard à leur propre opinion publique, c’est que le partenaire soviétique mette plus de soin à sauver les apparences et qu’il ne viole pas d’une manière trop flagrante les "droits de l’homme et du citoyen".


Leonid Brejnev leur a donné, sur ce point, une demi-satisfaction. Il a trouve une solution presque "civilisée" au conflit qui l’opposait à Soljenitsyne, en se bornant à priver ce dernier de sa patrie et de l’environnement, qui était jusque-là la source de sa créativité. L’Occident officiel ne s’en scandalisera pas. Hier encore muets, Premiers ministres et secrétaires d’Etat multiplient aujourd’hui les voeux de bienvenue à Soljenitsyne : et chacun de l’inviter dans son pays. En attendant, à Paris, c’est Andréi Gromyko qu’on reçoit avec tous les égards et, le mois prochain, Henry Kissiger se rendra à Moscou pour préparer la voie au président Nixon, attendu à la fin du printemps ? Le chancelier Brandt le suivra de peu, bien entendu, et il aura sans doute droit à des attentions particulières, étant donné qu’il a, fort adroitement, aidé le Kremlin à se débarrasser de Soljenitsyne en facilitant à ce dernier le départ pour la Norvège, pays hospitalier s’il en fut, comme le chancelier le sait par expérience.


Tout cela vaut mieux que la guerre froide et nous serions les derniers à souhaiter qu’on y revienne. Soljenitsyne d’ailleurs jamais demandé-malgré insinuations de ses détracteurs - chaque bloc s’isole de nouveau derrière rideau de fer. Mais, de grâce, que ceriseurs prosoviétiques cessent dans leurs accusations, d’invoquer une tendue "grande campagne du capital en crise contre l’U.R.S.S.". Le capital occidental ne se livre en fait, actuellement qu’à une grande campagne de



Lundi 18 février 1974

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