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    2009.
















1974 Pétrole

LE FIGARO


« SANS LA LIBERTE DE BLAMER , IL N’EST PAS D’ÉLOGE FLATTER » BEAUMARCHAIS .

L’homme des tempêtes ?



L’Apocalypse est désormais à la mode . Conscients a juste titre de la gravité de la crise , les commentaires s’irritent de la sérénité qu’affiche le président de la République , mais ils risquent , au train actuel , d’obtenir un résultat contraire à celui qu’ils souhaitent . Peut-être vivons-nous une crise de civilisation ( je ne sait trop ce que ce terme signifie en dehors d’une vision à la Spengler ou à la Toynbee ) : peut-être les jeunes sont-ils révoltés , les adultes déçus , les vieux amers . Peut-être un quart de siècle de progrès économique exceptionnel représente-t-il une aberration et nourrit-il la nostalgie du bon sauvage . Les témoignages d’intellectuels ne suffisent pas à m’en convaincre . Oublions la philosophie et regardons la réalité avec les yeux de l’économiste .


Les Français souffrent ou , plus exactement , souffriront des conséquences des deux crises qui , issues de circonstances différentes , se rejoignent depuis un an : une inflation dont rejoignent depuis un an : une inflation dont rejoignent depuis un an : une inflation dont le taux moyen se situait en 1973 à 15% à travers le monde , un quadruplent du prix du pétrole qui met à la disposition des pays du pétrole qui met à la disposition des pays producteurs , cette année , une cinquantaine de milliards de dollars que ceux-ci ne peuvent pas dépenser . L’inflation , constante depuis vingt-cinq ans , accélérée aux Etats-Unis d’abord à partir de 1965 , puis , après une courte interruption , depuis 1972 impliquait ni ne justifiait le prix actuel , un pur et simple prix de cartel que les porte-parole des Etats producteurs , mais qui résulte d’un décret politique .


L’HYPOTHESE , avancée ici ou la , que les Etats-Unis auraient eux-même provoque ou toléré volontiers le renchérissement des hydrocarbures révèle la persistance d’une conception démoniaque de l’histoire . L’hypothèse me paraît a peu près aussi vraisemblable que l’accusation stalinienne selon laquelle Trotsky étaient un agent de la Gestapo . Au reste si , sur un coup de baguette magique , les Etats-Unis ou les firmes dites multinationales pouvaient provoquer le quadruplent des prix , ils pourraient aussi imposer la baisse . L’effondrement économique , les troubles sociaux qui menacent les pays alliés ou clients de la République américaine devraient ouvrir les yeux des plus aveugles . En vérité , ce genre d’analyse transforme le démon d’abord en super-Machiavel , puis en pauvre Gribouille .


Avec ou sans renchérissements du pétrole , les états-Unis et le reste du monde occidental auraient été contraints , en 1974 , de prendre au sérieux la lutte contre l’inflation . Tant que celle-ci demeurait dans la zoné , désormais modérée , de 3 a 8 % , l’expansion générale continuait ; le pays qui avait fait un peu plus de bêtises que les autres prenait quelques mesures restrictives : celles-ci réduisaient de quelques points la hausse des prix et le taux de la croissance . Une fois ce résultat obtenu , la course reprenait . La Grande-Bretagne restait à la traîne parce qu’au jeu du Stop and go elle manquait de chance ou d’habileté : elle freinait plus fort .


A quoi tient la nouveauté ? Pour freiner une inflation de 15% , il faut appuyer plus fort sur la pédale . Même sans le cartel pétrolier, le freinage ralentirait le mouvement , au-delà des désirs du conducteurs . Parlons un récession était et est inévitable si l’on veut diminuer de moitié , en deux ans , le taux d’inflation . De plus , et c’est la deuxième nouveauté , la housse du prix du pétrole constitué , dans la conjoncture présente , un facteur de récession et de hausse des prix , autrement dit , selon le vocabulaire courant , de récession et d’inflation à la fois . Pour payer , non pas en papier mais en biens et services réels , les dizaines de milliards supplémentaires que coûte l’importation des hydrocarbures , les pays consommateurs devraient consentir à une contraction par l’Allemagne après la Première Guerre . Des maintenant , bien que les pays consommateurs ne payent que partiellement en biens réels , la hausse des prix du brut , plus ou moins répercutée à l’intérieur des économies nationales , renforce les mesures restrictives prises contre l’inflation et conduit irrésistiblement l’économie mondiale tout entière vers la stagflation , vers un mixte de récession et de hausse des prix . Tout se joue , entre les pays , sur la mesure de l’une et de l’autre .


Les opposants , venus de l’U.D.R. du part communiste , du parti socialiste ou de nulle part , peuvent multiplier les voyages et les conférences , les grèves et les invectives , les conseil et les reproches . Personne , ni en Amérique ni en Europe , n’aperçoit de solution au problème tel qu’il est actuellement posé parce qu’il n’en existe pas . Les experts calculent que d’ici a 1985 les pays producteurs auront accumulé des centaines de milliards de dollars : ce rêve ou ce cauchemar ne se réalisera pas . Les gouvernants des pays industrialisés qui savent qu’ils ne se réalisera pas n’osent pas le dire tout haut de crainte d’imposer les possesseurs de l’or noir . Aussi bien , s’ils savent que les transferts gigantesques de ressources qu’exigerait le maintien du prix actuel du brut , indexé sur l’inflation des pays consommateurs , n’auront pas lieu , ils ne savent pas quand les acteurs reconnaîtront l’impossible et quelle stratégie ils choisiront ce jour-la . Chacun imagine divers scénarios de bouleversements économiques , politiques et militaires .


La plus grande erreur commise par M. Giscard d’Estaing il y a un an et par M. Fourcade au printemps dernier fut non pas seulement de prévoir l’avenir mais d’indiquer des dates . Réduction de moitié d du taux d’inflation en un an , rétablissement de l’équilibre commercial (ou de l’équilibre de la balance des payements ?) en deux . Soyons sérieux : lorsque le quadruplement de l’énergie modifie (ou dvrait modifier) tous les producteurs de pétrole , à quelques rares exceptions près , connaissent simultanément un déficit extérieur , lorsque le cartel garde la liberté d’indexer le prix du brut sur l’inflation prévision chiffrée et datée , relève de l’optimisme du boy-scout et non de la science de l’expert .


Les Mezures restrictives , adoptées par M. Fourrecade , prêtent à la critique . Le choix d’autres mesures n’aurait été pas moins exposé à la critique . La stagflation étant un mal commun , la République fédéral allemande se suite à une extrémité , l’Italie et le Grande -Bretagne à l’autre : d’un côte 7% d’inflation et un excédent extérieur , de l’autre 18 à 20% et un déficit extérieur massif . Il faut que la France se rapproche du cas allemand réduise le taux d’inflation et le déficit , modeste et peut-être difficile , que se donnent MM. Giscard d’Estaing et Fourcade pour sauver la Communauté européenne et l’acquis du dernier quart de siècle .


Atteindront-ils ou non cet objectif ? Au milieu du désordre des esprits , du déchaînement de la mauvaise foi et de l’ignorance , parviendront-ils à convaincre les Française que personne ne leur évitera les années d’épreuve et que seule la discipline nationale en atténuera les souffrances ? Je l’ignore . Le succès ne dépend pas tant de la technique que de la psychologie . Il ne s’agit plus de gérer le « changement » ou « l’imprévisible » , mais de tenir la barre au milieu de la tempête . Combiné par la nature et par la fortune , M. Giscard d’Estaing n’imagine guère le malheur ou la tragédie .


Pourtant , nul ne devient un homme , a fortiori un homme d’Etat , sans l’initiation par les épreuves .


RAYMOND ARON

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