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29/11/77

LE MONDE
DE L’ ECONOMIE
Le nucléaire bientôt aussi cher
que le thermique au fuel ?


La remise en cause du nucléaire n’ est pas seulement écologique. Devant le glissement important et continu des coûts du nucléaire depuis 1974, de nombreux économistes se demandent si les sous-évaluations, passées n’ ont pas été volontaires et si elles n’ avaient pas pour objet de faciliter l’ adoption du programme Messmer. Lors du débat budgétaire, il y a une semaine, M. Monory, dans une réponse à un député, précisait que des motifs d’ indépendance plus que de compétitivité économique justifiaient la poursuite du programme nucléaire. L’ argument économique n’ est donc plus mis en avant. Et c’ est compréhensible, car à en croire tant le rapport de M. Schloesing, député (réf) du Lot-et-Garonne, présenté il y a quelques jours à l’ Assemblée, qu’ un article d’ un chercheur de l’ Institut de Grenoble qui doit paraître dans le n°2 de la Revue d’ économie industrielle, la hausse des coûts du nucléaire n’ est pas terminée.


La commission pour la production de l’ électricité d’ origine nucléaire (PEON° avait, dès le mois d’ avril, chiffré à 29% en francs courants et à 20% en francs constants la dérive des coûts du nucléaire de 1976 à 1977. L’ allongement de la durée de construction d’ une centrale - de soixante à soixante-douze mois, - que l’ on attribue un peu trop facilement à l’ action des écologistes, entraîne déjà une augmentation importante des intérêts intercalaires et donc du poids des investissements. Mais ce n’ est pas là la seule raison de hausse. En fait tous les postes se sont accrus : les frais d’ entretien de 15% en monnaie constante, les effectifs d’ une centrale de 11%, les investissements de 14%. Les estimations du prix de l’ uranium sont de 30-35 dollars pour une livre d’ U 308, et le retraitement qui apparaissait pour 1 000F le kilogramme en 1976 compte désormais pour 1 500 à 2 000 F.


Le prix du kilowatt-heure nucléaire de base est ainsi en 1977 de 9,7 à 10 centimes (investissements : 5 charges d’ exploitation : 2 combustible : 2,7 à 3) contre 7,5 centimes en 1976, 4,87 centimes en 1974 et 3,82 centimes en 1970. Pour comparaison, il faut souligner que depuis le lancement du programme Messmer en 1974, alors que le nucléaire a plus que doublé, le thermique fuel n’ a augmenté que de 61%.


M. Schloesing, rapporteur de la commission des finances sur le budget du ministère de l’ industrie, ne cachait pas qu’ "une telle majoration bouleverse les données du problème". D’ autant que M. Monory a précisé : "Les valeurs retenues en 1977, qui ont été estimées à partir du devis de la centrale de Paluel, anticipent certaines hausses prévisibles, mais on ne peut toutefois pas exclure une augmentation des coûts au fur et à mesure que se développent les études d’ exécution, indépendamment de toute nouvelle réglementation de sûreté."


Rappelant que le prix du kWh nucléaire s’ est sensiblement rapproché du kWh charbon (11,6 centimes) et que son écart avec le kWh fuel (13,3 centimes) s’ est notablement amenuisé, M. Schloesing remarque qu’ il n’ est déjà plus question "de substituer le nucléaire aux centrales thermiques existantes".


Le député du Lot-et-Garonne fait aussi quelques reproches au mode de calcul de la commission PEON, composée en trop grand nombre, souligne-t-il, de responsables d’ E.D.F., et du C.E.A. : On suppose, écrit-il, qu’ au cours d’ une année ces centrales fonctionneront au moins trois heures sur quatre. Or, ce taux de disponibilité n’ a pas, jusqu’alors, été vérifié."


Ce taux de disponibilité de 75% apparaît aussi particulièrement élevé à M. Finon, chercheur de l’ Institut économique et juridique de l’ énergie de Grenoble, dans une "Evolution comparée de la production d’ électricité d’ origine nucléaire aux Etats-Unis et en France", qui doit paraître dans le numéro 2 de la Revue d’ économie industrielle. "Le Rapport Comey conclut que le facteur de charge moyen ne dépasse guère 50% sur la durée de vie (...). Westinghouse et l’ Atomic Industrial Forum, dont les estimations font référence dans les milieux nucléaires, avancent de leur côté un facteur de charge moyen de 65%


La comparaison des coûts américains et français amène M. Finon à une estimation corrigée (tenant compte notamment d’ un facteur de charge de 60%) du kilowatts-heure d’ origine nucléaire de 10,56 à 11,32 centimes. Et tant le chercheur de Grenoble que le rapporteur de la commission des finances rappellent que les calculs utilisés ne prennent en compte ni le démantèlement des centrales obsolètes ni le traitement des déchets. Sans parler des coûts sociaux non qualifiables et dont il faudrait sans doute tenir compte.


"La réponse est aux politiques et non aux économistes, qui se sont généralement substitues à eux dans ce domaine", conclut l’ économiste de Grenoble. Et la commission des finances de l’ Assemblée nationale lui répond presque lorsque "elle s’ inquiète du montant des ressources financières qui vont devoir être consacrées à ce programme", et qu’ "elle demande qu’ il soit mieux ajusté aux perspectives économiques des années".


Si la réduction de notre dépendance énergétique passe inévitablement par l’ électricité d’ origine nucléaire, cela peut-il être fait à n’ importe quel prix ?


BRUNO DETHOMAS.

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