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    2009.

















11/11/77

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LA CONTESTATION A CRUAS-MEYSSE


Deux jeunes grévistes de la faim sont hospitalisés


Les travaux entrepris par l’ E.D.F. sur le site nucléaire de Cruas-Meysse (Ardèche), alors que le Conseil d’ Etat ne s’ est pas encore prononcé sur l’ "utilisé publique" de la centrale, continue de susciter de vives réactions.


M. Jacques Chauveton, maire de Meysse, a pris, le mercredi 9 novembre, un arrêté interdisant à l’ établissement public de continuer les travaux. La veille, MM. Pierre Saladin et Jean-Jacques Baudinat, qui, depuis dix-sept jours, observant une grève de la faim dans la sacristie de l’ église de Meysse, en compagnie de M. Jean-François Lalfert, étaient hospitalisés à Privas (Ardèche). A leur compagnon se sont jointes trois autres personnes : Mlle Agnès Simon, de Meysse, et deux membres de la communauté de l’ Arche de Moblet-la-Borie (Gard).


Les uns et les autres entendent ainsi protester de manière non violente contre les travaux engagés par l’ E.D.F. Ils nous ont adressé la lettre ouverte qu’ ils ont envoyée au préfet de l’ Ardèche :


Vous êtes le représentant de l’ Etat et censé faire appliquer l’ ordre et la loi. Or vous venez d’ intervenir sur le site de Cruas-Meysse en dehors de toute légalité, et votre action est une incitation au désordre. Vous n’ ignorez pas que, dans leur majorité, les habitants se sont prononcés contre cette centrale. Ce qui signifie que, par votre intervention.., nous ne sommes plus en démocratie. Ne voulant pas tomber dans le piège de la violence, qui ne ferait qu’ accroître lies antagonismes, nous avons décidé de nous dresser contre ce coup de force par la non-violence. Nous avons entamé un jeûne pour que les travaux soient arrêtés, les forces de l’ ordre retirées et que soient démontées les installations déjà effectuées. Nous vous demandons d’ intervenir pour la volonté populaire soit respectée.


Une lettre
d’ un député de l’ Ardèche


D’ autre part, après notre article rendant compte de la manifestation antinucléaire du Creys-Malville, en Ardèche (le Monde du 25 octobre), nous avons reçu de M. Pierre Cornet, député (app. P.R.) de l’ Ardèche et maire de Villeneuve-de-Berg, la mise au point suivante :


Je tiens à faire ressortir la présence active de parlementaires du parti socialiste de la Drôme.


Alors que ces élus nationaux ne se plaignent pas du bénéfice des retombées économiques et sociales du nucléaire dans leur circonscription (usines d’ enrichissement de Pierrelatte et du Tricastin, centrale nucléaire, fabrique d’ éléments combustibles de Romans), ils franchissent le Rhône pour inciter les familles et pousser les jeunes de l’ Ardèche à rejeter l’ implantation d’ une centrale nucléaire. Cet objectif va à l’ encontre du mieux-être de la population ardéchoise rhodanienne gravement touchée par la crise du textile et de l’ emploi. Pour ma part, j’ avais demandé avec insistance au ministre de l’ industrie, l’ implantation d’ une centrale afin de privilégier, pour une fois, cette partie de l’ Ardèche en difficulté.


Les Associations de la Côte d’ Azur. - Dans notre article (le Monde du 9 novembre) relatant la dernière réunion du comité scientifique de l’ Union pour la sauvegarde de la vie, de la nature et de l’ environnement (U.R.V.N.) nous avons omis de signaler que celle-ci avait deux présidents d’ honneur : M. Théodore Monod, qui vient de succéder à Jean Rostand, et M. Louis Leprince-Ringuet, professeur honoraire au Collège de France, membre de l’ Académie française.

L’ E.D.F. ETUDIE SIX SITES
POUR CONSTRUIRE
TROIS CENTRALES NUCLEAIRES


L’ E.D.F. cherche des sites pour construire trois centrales nucléaires autour de Paris. C’ est ce qu’ a indiqué le 9 novembre M. J-P. Milliat, directeur régional de l’ équipement E.D.F. au cours d’ un colloque sur l’ énergie. L’ établissement public estime , en effet, que la consommation d’ électricité des dix millions de personnes peuplant les huit départements de l’ Ile-de-France va croître de 6,5% par an jusqu’en 1985, puis de 5% l’ an jusqu’en l’ an 2000.


En outre, l’ E.D.F. estime qu’ il est souhaitable que la région se suffise à elle-même. Conclusion : il lui faut construire d’ ici à 1985 une centrale nucléaire de quatre réacteurs développant chacun 1 300 mégawatts : puis deux autres centrales semblables d’ ici à l’ an 2 000.


Différents emplacements sont envisagés. L’ un d’ eux situé à Nogent-sur-Seine (Aube) a déjà fait l’ objet d’ une enquête d’ utilité publique et rencontre de vives oppositions. L’ E.D.F. en avance cinq autres. D’ abord Archères, dans les Yvelines, en aval et à proximité de Paris, où la chaleur évacuée par les réacteurs pourrait être récupérée pour l’ industrie et le chauffage urbain, Sur l’ Yonne, l’ E.D.F. envisage de s’ installer à Barbey, en Seine-et-Marne), Villemanoche dans l’ Yonne, respectivement à 10 et 20 kilomètres en amont de Montereau. Sur la Seine le site étudié est celui de Bazoches-lés-Bray en Seine-et-Marne, à 18 kilomètres en amont de Montereau. Enfin, sur la Marne, l’ E.D.F. pense au site d’ Omey dans la Marne, entre Vitry-le-François et Châlons-sur-Marne.



11/11/77

Le Conseil d’ information électronucléaire sera installé
avant la fin de l’ année


L’ information, après les décisions


Comme nous l’ avons indiqué dans nos éditions de mercredi, le conseil des ministres du mercredi 9 novembre a adopté un décret instituant un Conseil de l’ information sur l’ énergie électronucléaire. Au cours d’ une conférence de presse réunie dans l’ après-midi, trois membres du gouvernement : M. Michel d’ Ornano, ministre de la culture et de l’ environnement ; Mme Simone Veil, ministre de la santé et de la sécurité sociale, et M. René Monory, ministre de l’ industrie, du commerce et de l’ artisanat, ont présenté le nouvel organisme.


Le Conseil "proposera au gouvernement les formes et les modalités de la diffusion de l’ information sur le nucléaire". Chaque année il publiera un rapport sur ses activités, Hormis Mme Veil, qui le présidera pendant trois ans, on ne connait encore aucun de ses membres, mais cela sera chose faite avant la fin de l’ année. M. d’ Ornano a qualifié le nouvel organisme d’ "indépendant". Pourra-t-il l’ être ? Mme Simone Veil, bien que nommée "à titre personnel", est ministre de la santé. Son département doit donner un avis sur toute les créations d’ installations nucléaires. L’ un de ses bureaux, le service central de protection contre les radiations ionisantes (S.C.P.R.I.), est chargé de mesurer la radio-activité émanant des centrales et autres installations nucléaires. Quelles que soient ses qualités personnelles, Mme Veil restera donc, comme membre du gouvernement et comme responsable de la santé, l’ une des partie prenantes dans le programme nucléaire.


Ses collègues au sein du Conseil ? Les quatre maires, les six représentants d’ associations et les quatre personnalités qualifiées seront désignés par le premier ministre. Bien que Mme Veil ait indiqué qu’ il lui paraissait souhaitable que des opposants au nucléaire soient nommés, quinze membres du Conseil sur dix-neuf restent à la discrétion du gouvernement. Est-ce là une garantie suffisante d’ indépendance ?


Le Conseil aura-t-il les moyens de travailler ? Selon le décret, il peut consulter à sa guise et se faire communiquer tous les documents. Restent les vastes domaines couverts par le secret militaire ou le secret industriel, et à propos desquels les informations pourront lui être refusées par "décisions motivée". Connaîtra-t-on par exemple, autrement que par des fuites, les plans Orsec des départements abritant une installation nucléaire ? Ce sera au gouvernement d’ en décider puisque - et c’ est là le défaut de l’ institution - le Conseil n’ est pas habilité à communiquer lui-même les informations au public.


En fait, la mission du nouvel organisme semble claire, Comme l’ a expliqué M. d’ Ornano, ce n’ est pas "le fait nucléaire" que craignent les Français, La "confusion et l’ inquiétude" ont été créées, selon lui, par la complexité des techniques, la diversité des informations, la publicité donnée aux débats du monde scientifique. Pour rassurer les citoyens, il leur faut donc une information "claire, objective et suffisante". Le Conseil la leur garantira. Ainsi, a complété M. Monory, le programme électronucléaire deviendra crédible et il pourra se réaliser dans les délais prévus. Dans l’ esprit du gouvernement il s’ agit donc bien de faire accepter, grâce au Conseil, "le fait nucléaire" aux Français.


Certes, comme l’ affirme Mme Veil - qui a accepté sa tâche sans enthousiasme après que d’ autres, comme M. Robert Poujade, ancien ministre de l’ environnement, l’ eurent refusée, l’ information est indispensable au bon fonctionnement de la démocratie. Mais cela suppose que cette information soit faite sans préalable, avant que les décisions soient prises. Tel n’ est pas le cas. Les choix nucléaires ont été faits en mars 1974 et entérinés quelques mois plus tard, à l’ issue d’ un débat avorté à l’ Assemblée nationale. L’ information, elle, vient quatre ans plus tard. Et encore ne sera-t-elle pas faite par un organisme totalement indépendant qui ouvrirait tout grand les dossiers mais par le gouvernement, assisté d’ une sorte de "conseil en relations publiques".


Cette opération a été préparée par des fonctionnaires qui n’ ont consulté aucun de ceux qui, depuis des années, ont vécu l’ expérience du débat nucléaire. Le Conseil est une création typiquement technocratique dont le travail ne pourra que cautionner une caricature de démocratie. Aussi sera-t-il accueilli avec un scepticisme que l’ on sentait déjà mercredi à l’ hôtel Matignon après les explications des trois ministres.


MARC-AMBROISE RENDU.

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