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La propulsion nucléaire des navires civils


(suite de la page 19.)


La situation apparaît aujourd’hui comme gelée, car aucune décision de construction n’ a encore été rendue publique. On ne peut citer que deux faits positifs :



- le lancement par le Canada d’ un appel d’ offre international pour un brise-glace de 90 000 CV au moins ;


- l’ envoi d’ une lettre d’ intention au chantier américain Newport, News par l’ armateur britannique Tikkoo, portant sur trois pétroliers d’ environ 500 000 tonnes de port en lourd (500 000 tonnes de capacité), mais assortie de restrictions qui en réduisent la portée


Néanmoins, le marché potentiel n’ est pas négligeable puisque le nombre de navires susceptibles de recevoir une propulsion nucléaire au cours de la décennie 1980-1990 est évalué à une cinquantaine par an.


Malgré l’ ampleur de ce marché potentiel, et l’ enjeu pour la collectivité en termes d’ économies d’ hydrocarbures, on peut craindre que le développement d’ une flotte nucléaire française ne soit tributaire d’ une impulsion publique, puisque la relative faiblesse de sa rentabilité pour un armateur privé n’ est guère de nature à l’ inciter. surtout dans le contexte économique actuel. L’ octroi récent par la Délégation générale à la recherche scientifique et technique (D.G.R.S.T.) d’ une somme importante à Alsthom-Atlantique consacrée aux chaufferies de moyenne puissance destinées à la propulsion nucléaire ou à la fourniture d’ énergie électrique dans les pays en voie de développement est un fait positif Est-ce suffisant ?


Encore une aide de l’ Etat à un programme industriel insuffisamment justifié, dira-t-on peut-être, et de penser au supersonique, malgré son récent succès devant la Cour suprême


Ce serait à tort pour deux raisons .La première est que la situation de la France au plan industriel, en ce domaine, est particulièrement favorable. La seconde est que les aspects commerciaux en sont fondamentalement différent.


La France serait en mesure de faire bonne figure : sa construction navale, déjà plutôt axée sur des navires sophistiqués, à haute valeur ajoutée, se trouve dans une situation globalement favorable pour promouvoir cette application de l’ énergie nucléaire.


En effet, l’ expérience acquise en France dans la mise au point et la réalisation du programme naval militaire par Technicatome - filiale du Commissariat à l’ énergie atomique - profiterait à sont licencié, Alsthom-Atlantique, de même que le savoir-faire de l’ établissement de la marine d’ Indret qui en a réalisé les chaufferies. C’ est là un atout propre à garantir contre toute surprise technique et à permettre des gains de temps au cours de la réalisation et de la mise en service. Seul inconvénient potentiel, d’ autres chantiers français s’ intéressent à la propulsion nucléaire. L’ accord de licence étant pour l’ instant exclusif, quelle politique devraient-ils adopter pour satisfaire une éventuelle commande ?


Le point essentiel est celui-ci : l’ effort de recherche-développement supplémentaire en faveur de la réorganisation de la construction navale française, que rendent indispensable tant les difficultés à court terme devant lesquelles elle se trouve que son coût budgétaire actuel dans le cadre de la garantie contre les risques économiques à l’ exportation.


Mais l’ important, c’ est que l’ essentiel de l’ effort de recherche-développement a déjà été financé par le budget militaire sur les crédits de la force nucléaire stratégique. Ce n’ est pas le cas ni des Etats-Unis où la Navy a refusé que soit communiquée tout information, ni du Japon ou de la R.F.A. qui ne disposaient d’ aucune expérience militaire ; ces trois pays ont déjà chacun consacré plusieurs centaines de millions de francs à leurs études et réalisations-pilotes civiles. Aussi l’ effort restant à consentir par le budget français pourrait-il être plus restreint : il ne s’ agit que de valoriser dans de bonnes conditions la retombée de dépenses importantes déjà effectuées.


Enfin, le marché se présente duifféremment : il ne s’ agit pas, comme pour Concorde, de heurter de front une nation au protectionnisme exacerbé derrière sa façade libre-échangiste, en situation de quasi-monople sur le marché mondial de l’ aéronautique, ayant au surplus renoncé à construire son propre supersonique. Il s’ agit de défricher un marché ouvert, sur lequel n’ existe aucune protection douanière, en concurrence avec les industries de trois autres nations qui ne sont pas mieux placées.


Et il ne s’ agit pas tant de vendre des navires que des chaufferies.


Si le retard éventuel de l’ indispensable accord juridique constitue un risque commun, la marge n’ est pas nulle car la mise en service ne saurait intervenir moins de cinq à six ans après la décision, en raison de la longueur du délai de réalisation de la chaufferie nucléaire.


L’ enjeu n’ est pas mince, et il ne sera jamais trop tôt pour prendre une décision positive.


SERGE RUEL.


Page - LE MONDE - 25 octobre 1977

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