U-003-149

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  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny
    seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre
    2009.



















5/8/77

ÉNERGIE
La nomination de M. Chalandon à la tête de l’ERAP
La logique de la privatisation


La nomination, par le conseil des ministres du 3 août, de M. Albin Chalandon à la présidence de l’Entreprise de recherches et d’activités pétrolières (ERAP), qui devrait être suivie prochainement de sa désignation à la tête de la Société nationale Elf-Aquitaine (S.N.E.A.), manifeste pour beaucoup la volonté du président de la République de tenir ses promesses. Le 13 février 1976, l’ancien ministre de l’équipement s’était vu confier, sur le conseil de M. Giscard d’Estaing, une mission sur l’approvisionnement pétrolier de la France. Et, lorsqu’il eut abandonné en août son siège de député pour poursuivre cette mission, M. Chalandon reçut confirmation écrite de sa future nomination à la tête d’Elf-Aquitaine par M. Chirac. Le premier ministre d’alors était sans doute trop content d’éloigner ainsi un de ses rivaux à l’U.D.R...


Un choix
très controversé


Ce choix, le président de la République n’a effectivement cessé de le défendre. Contre l’équipe dirigeante d’Elf-Aquitaine, peu satisfaite de voir un inspecteur des finances néophyte dans le domaine énergétique faire une intrusion dans un secteur jusqu’alors réservé au corps des Mines. Mais aussi contre M. Barre, puis contre le nouveau ministre de l’industrie, M. Monory, qui estimaient inopportune cette nomination peu désireux qu’ils étaient de voir rappeler le passé "privé" de M. Chalandon dans le groupe Dassault et "l’affaire" Aranda il y a moins de deux mois,
M. Monory fit une dernière demande auprès de l’Elysée pour plaider en faveur d’un "gel" de toute décision, ce qui aurait eu pour conséquence le maintien pour quelques mois de M. Guillaumat à la tête du groupe. Il lui fut répondu que l’on reparlerait de tout cela au début du mois d’août.
Mais le décret constitutif de l’ERAP fut modifié au début de juillet, pour supprimer la clause exigeant que le président de l’entreprise appartienne à la fonction publique, et le 28 de ce mois une simple note de la présidence demandait au ministère de la rue de Grenelle de préparer le décret de nomination de M. Chalandon, puisque cette décision est censée être prise "sur proposition du ministre de l’industrie, du commerce et de l’artisanat".


Il ne faudrait pourtant pas voir dans la fermeté de M. Giscard d’Estaing la seule volonté de récompenser le plus giscardien des U.D.R. La désignation d’un homme politique là où a régné douze ans durant un pouvoir technocratique est significative : elle s’inscrit dans une privatisation progressive du groupe pétrolier d’Etat.


Comme si l’ERAP
n’existait plus ...


Peu avant la fusion des actifs d’Elf-ERAP, société entièrement contrôlée par l’Etat, et de la Société nationale des pétroles d’Aquitaine, entreprise de droit privé où l’Etat est majoritaire, un haut fonctionnaire du ministère de l’économie et des finances prévoyait : " Le centre de décision du groupe sera le conseil de la S.N.E.A. et non celui de l’ERAP, qui ne parait avoir été maintenu que pour des raisons d’opportunité."
Aujourd’hui, cela est parfaitement vérifié. Tout se passe comme si l’ERAP n’existait plus. On envisage d’en faire un simple organisme de gestion des participations publiques dans les entreprises pétrolières (70% dans la S.N.E.A. et 35% dans la C.F.P.). L’Etat, manifestement, ne veut pas inquiéter les actionnaires privés de cette société cotée en Bourse. C’est dans ce but qu’il a gelé 18% des actions qu’il détient pour n’utiliser ses droits de vote qu’à concurrence de 52%. Et la société n’a jamais caché qu’ "aucune activité ne sera décidée dont la rentabilité ne soit assurée à des conditions normales pour une entreprise faisant appel à l’épargne privée".


Dans un tel contexte, la nomination de M. Chalandon paraît parfaitement logique, même si l’on peut s’interroger sur les conséquences de la gestion "privée" d’une entreprise qu’on dit encore publique.


BRUNO DETHOMAS.


Le Koweït ne diminuera pas le prix de son pétrole lourd, malgré la requête des compagnies pétrolières étrangères, a annoncé , mercredi 3 août, M. Ali Nasser, vice-ministre koweïtien du pétrole chargé des affaires économiques. Il confirme ainsi l’attitude hostile qu’avait eu ce pays lors de la conférence de l’OPEP à Stocholm, en juillet dernier, concernant une baisse possible des prix du brut lourd.


M. Nasser a fait cette déclaration à l’issue du quatrième jour des négociations entre les responsables koweïtiens et les représentants de plusieurs sociétés pétrolières, parmi lesquelles Shell, Pont Ariel et Gaz Océan. -
(A.F.P.).


Le conseiller des princes


" Oui, le capital doit être domestiqué " : tel était le thème, résumé par l’orateur en ces termes mêmes, du discours de M. Albin Chalandon devant les assises du mouvement gaulliste, qui se nommait alors l’U.N.R., réunies à la fin de 1960 pour décider que 1961 serait une "année sociale". Gaulliste de gauche et banquier, homme politique promis aux emplois délicats et homme d’affaires fort avisé, le "bel Albin", sportif, séduisant et distingué, la quarantaine très britannique, paraissait alors au faite de sa puissance, au sommet de sa double et brillante carrière. Pourtant, ce n’était encore pour lui qu’une étape.


Sa biographie est éblouissante. Né dans une vieille famille lyonnaise, licencié en philosophie, il commande à vingt-trois ans, en 1943, cinq cents maquisards près d’Orléans, rejoint en août 1944 la 2e D.B. à Etampes, participe à la libération de Paris. L’année suivante, il entre à l’inspection des finances, appartient successivement aux cabinets de Léon Blum, Paul Ramadier et René Mayer, prend la direction de la B.N.C.I.- Afrique à Alger en 1950 et se retrouve deux années plus tard, à trente-deux ans, dans le privé, directeur général de la Banque commerciale de Paris, qui décuplera en cinq ans son chiffre d’affaires et deviendra notamment la banque du groupe Dassault.


Parallèlement, il a milité au premier parti gaulliste, le R.P.F., comme délégué général adjoint à l’action ouvrière et professionnelle, participé au "comité d’études" du Rassemblement aux côtés de MM. Debré, Pompidou, Raymond Aron, Gaston Palewski, Louis Vallon, et établi le premier "rapport Chalandon" plaidant la réorganisation complète de l’industrie aéronautique nationale.


C’est à cet administrateur efficace, à ce financier habile qui a pris rang parmi les barons du gaullisme que sont tout naturellement confiés, dès le retour du général au pouvoir en 1958, la charge des finances de l’U.N.R., puis en février 1959 le poste-ciel de secrétaire général du mouvement gaulliste, pierre angulaire du nouveau régime. Il se heurte bientôt durement à M.Jacques Soustelle, dont l’un des fidèles du moment, M. Dronne, exige qu’on "déchalendonnise l’U.N.R." et obtient gain de cause.


Le banquier renoue alors le fil de sa carrière dans les affaires, président de sa banque, membre du Conseil économique et social, tout en préparant les voies d’un nouveau bond en avant dans la politique. Elu député U.N.R. d’Asnières en mars 1967, il entre, au lendemain de mai 1968, dans le gouvernement où il siégera sans interruption pendant quatre ans, à l’industrie, puis à l’équipement et au logement, retrouvant son mandat de député en 1968, puis en 1973. S’il fallait caractériser en quelques mots sa politique, on pourrait dire qu’elle consiste à restaurer l’initiative privés et à réduire le champ des interventions publiques, qu’il s’agisse d’alléger les formalités qui freinent la construction, de lancer des concours pour le logement à bon marché - les "chalandonnettes", - de financer par les capitaux privés l’édification des autoroutes.


Cependant, de façon plus discrète, il continue d’être le conseiller écouté des princes, M. Pompidou d’abord. M. Giscard d’Estaing ensuite, en même temps qu’il exerce un rôle de mentor auprès de la direction de l’U.D.R. Il explore dans de nombreux articles, notamment dans les colonnes du Monde, les voies d’un dirigisme librement consenti, à égale distance du libéralisme et de l’étatisme Depuis dix-huit mois, parlementaire en mission, il se prépare, en contribuant à orienter et à organiser les approvisionnements pétroliers de la France, à remplir le nouveau rôle, à la fois considérable et mystérieux, qui lui échoit officiellement à présent


P. V.-P.

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