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Page 8 - LE MONDE - 15-16 mai 1977

LES NOUVELLES SOURCES D’ ENERGIE
Libres opinions


Une machine devenue folle
par ALFRED KASTLER Prix Nobel.


Le développement actuel des centrales d’ énergie nucléaire dans de nombreux pays pose avec une acuité sans précédent le problème de la prolifération des armes nucléaires. Car ces centrales, créatrices d’ énergie utile et indispensable, sont aussi des usines fabriquant du plutonium, matière première des bombes. C’ est l’ apprentissage des mêmes techniques qui donne accés au développement d’ une énergie bienfaisante et au potentiel d’ armement.


Pour parer à ce danger, le traité de non-prolifération des armes nucléaires, dû à une initiative des Nations unies, est entré en vigueur en 1970 après avoir été ratifié par trois puissances nucléaires - les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’ U.R.S.S. - et quarante autres Etats. En 1975 quatre-vingt-quatorze Etats non-nucléaires l’ avaient contresigné.


Comme ce traité impliqué pour les pays signataires non nucléaires un renoncement volontaire, il a fallu en compensation leur offrir un avantage. L’ avantage essentiel est énoncé dans l’ article IV du traité. Celui-ci exprime l’ engagement suivant, de la part des puissances nucléaires : "Toutes les parties au traité s’ engagent à faciliter un échange aussi large que possible d’ équipement de matières et de renseignements scientifiques et technologiques en vue de l’ utilisation de l’ énergie nucléaire à des fins pacifiques."


Il y a aussi l’ article VI. Il est très bref. Voici son énoncé : "Chacune des parties au traité s’ engage à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire, et sur un traité de désarmement général et complet sous un contrôle international strict et efficace."


Voici donc un texte approuvé et signé en 1970. Ce texte constituait pour les deux grandes puissances nucléaires, les Etats-Unis et l’ U.R.S.S., l’ engagement moral d’ arrêter la course aux armements et d’ aborder le désarmement à une date rapprochée. Nous sommes aujourd’hui en 1977. Sept années se sont écoulées. Les puissances nucléaires signataires ont-elles tenu parole ?


Absolument pas. Au cours des années qui viennent de s’ écouler depuis la signature du traité, les Deux Grande ont fait l’ un et l’ autre exactement le contraire de ce à quoi. Ils s’ étaient engagés par leur signature. Au lieu de chercher à amorcer le désarmement, ils ont poursuivi et intensifié la course aux armements à un rythme devenu aujourd’hui - je pèse mes mois - monstrueux et démentiel. Par le terme "monstrueux", j’ entends caractériser un défi à l’ intelligence humaine.


En effet, possédant l’ une et l’ autre déjà en 1970 un armement nucléaire suffisant et les secteurs appropriés en nombre surabondant pour se détruire mutuellement, les deux grandes puissances développent depuis cette date les missiles à têtes multiples, appelées MIRV. Ils se sont adjugé le droit mutuel, par l’ accord de Viadivostok en 1974, de se doter chacune de mille trois cent vingt missiles stratégiques intercontinentaux à têtes multiples. Un missile américain. Poséidon peut être muni d’ une dizaine de têtes. Les Soviétiques construisent des missiles à huit têtes. Chacune de ces têtes est constituée par une bombe à hydrogène dont la puissance destructrice est variable et peut aller d’ une quarantaine de kilotonnes à 1 à 2 mégatonnes de T.N.T., c’est-à-dire à cent fois celle de la bombe d’ Hiroshima (qui était de 18 kilotonnes T.N.T.).


A la place d’ une centaine de ces têtes nucléaires, les Deux Grands se sont donc attribué mutuellement le droit de fabriquer plus d’ une dizaine de mille chacun. Nous savons, de source sûre, que les Etats-Unis disposaient au début de 1976 d’ un stock de plus de neuf mille de ces engins de la mégamort, l’ U.R.S.S., de plus de quatre mille ; et qu’ ils avaient fabriqué également chacun un nombre de missiles intercontinentaux surabondants capables d’ être transformés en MIRV (deux mille quatre cents en U.R.S.S., deux mille deux cents aux Etats-Unis). En vertu même des accords conclus, cette course insensée se poursuit actuellement.


Quant aux armes nucléaires dites "tactiques" à courte portée, aucun accord n’ a été conclu jusqu’à présent pour limiter leur nombre.


Le "deuxième appel de Stockholm", proposé en 1975, dénonce avec force "le stockage des armes aux mains des impérialistes". Il reste muet sur le stockage "aux mains des socialistes". Naïveté ou hypocrisie ?


Jimmy Carter et Walter Mondale sont certainement de bonne volonté pour tenter d’ arrêter cette course insensée. Mais le complexe militaro-industriel veille. Il fera tout pour faire échouer leur tentative et pour maintenir et intensifier la course. La recette est d’ une simplicité enfantine : elle est efficace. Il suffit de proclamer avec force que la partenaire d’ en face surarme pour justifier son propre surarmement. C’ est ainsi que le conseil de l’ OTAN, réuni à Bruxelles en décembre 1976, a pris les devants en proclament que l’ U.R.S.S. consacrait 13% de son produit national brut à son budget militaire alors que les Etats-Unis se contentaient de 6%. Cette assertion est exagérée. D’ après les estimations recueillies par SIPRI, le budget militaire des pays du pacte de Varsovie est de l’ ordre de la moitié de celui des nations du pacte atlantique (OTAN plus la France).


Les Deux Grands portent la responsabilité non seulement de leur propre prolifération verticale mais aussi de l’ inévitable prolifération horizontale qui commence à s’ étendre sur le globe. Leur comportement leur enlève tout crédit moral pour s’ opposer à cette prolifération. Les chances de survie de l’ espèce humaine se réduisent ainsi d’ année en année. Y a-t-il le moindre espoir de rompre le cercle infernal et de renverser la vapeur ? Certes, on ne demande pas aux Etats-Unis et à U.R.S.S. de désarmer totalement du jour au lendemain. On leur demande d’ arrêter cette course stupide et de s’ entendre sur les premières mesures à adopter pour transformer la méfiance en confiance et pour permettre d’ amorcer le désarmement. L’ une de ces mesures est l’ arrêt total des explosions nucléaire. Elle est réalisable.


En attendant, pendant que ce gaspillage insensé de potentiel humain se poursuit, une partie de plus en plus grande du tiers-monde, faut d’ être aidée efficacement par les pays industrialisés, s’ enfonce dans la misère et dans la famine.


Du rapport de McNamara, président de la Banque mondiale, présenté en octobre dernier, nous nous bornons à citer le passage suivant : "Pour des millions d’ enfants en bas âge, l’ alimentation est si pauvre en protéine que leur cerveau en est endommagé. Voilà ce qu’ est la pauvreté absolue pour quelque sept cent cinquante millions d’ être humains."


Une réduction de 5% des frais d’ armement des nations du globe et l’ affectation des crédits correspondants à l’ aide au développement, permettraient déjà de changer radicalement cette évolution.


En décembre 1975, devant quatre-vingts prix Nobel réunis à Stockholm pour célébrer le soixante-quinzième anniversaire du prix, Olof Palme, alors premier ministre de Suède, s’ écrirait : "La course aux armements accroît l’ insécurité. Et, qui plus est, cet énorme potentiel de créativité humaine et de ressources matérielles pourrait être orienté vers la lutte contre la pauvreté et le sous-développement dans les pays pauvres du monde. Ainsi ces ressources énormes seraient mises au service de la paix et de la raison."


Faisant écho à cette affirmation d’ un ministre socialiste, le Saint-Siège, dans son message aux Nations unies de juin 1976, déclarait : "(...) La course aux armements a sa dynamique propre qui échappe au contrôle des Etats. C’ est une machine devenue folle. (...) La contradiction évidente entre le gaspillage de surproduction des engins militaires et la somme des besoins vitaux non satisfaits (pays en voie de développement ; marginaux et pauvres des sociétés riches) constituent déjà une agression à l’ égard de ceux qui en sont victimes. Agression allant jusqu’au crime ; même lorsqu’ils ne sont pas employés, par leur seul coût, les armements tuent les pauvres en les faisant mourir de faim."


Espérons que ces voix seront un jour entendues.

LA COURSE AU NUCLEAIRE


IV. - La Suède fait la pause
par MARC AMBROISE-RENDU et ALIN DEBOVE



15/5/77


Tous les programmes nucléaires subissent actuellement le contrecoup de difficultés techniques, économiques et politiques. Aux Etats-Unis, après avoir, contrainte et forcée, observé une pause dans la construction de nouvelles centrales, l’ industrie ne désespère pas de reprendre son rythme de croissance. En Grande-Bretagne, on semble peu pressé de prendre des décisions, alors qu’ en Allemagne fédérale, comme nous le rapporte notre correspondant Daniel Vernet, une contestation "écologique" de plus en plus vigoureuse remet en cause un programme nucléaire très ambitieux ("le Monde" des 11,12 et 13 mai).


La Suède a en effet délimité quatre sites sur ses rivages - deux sur la Baltique, à Forsmark et Oskarshamn, deux autres sur la mer du Nord, à Ringhals et édifié depuis 1972 six réacteurs d’ une puissance totale de 3762 MWe. Six autres y sont en chantier, qui s’ ils achevés, porteront la capacité nucléaire suédoise à 10 000 MWe en 1983. L’ ensemble fournirait alors 30% de l’ électricité et 8% de l’ énergie totale consommée dans le pays. Trois de ces chaudières sont des Westinghouse à eau pressurisée de conception américaine, neuf autres, à eau bouillante, ont été mises au point par les Suédois eux-mêmes.


Ainsi, en 1977, les citoyens suédois (au nombre de 8 millions) disposent-ils d’ un parc de six réacteurs homogènes, bien groupés, qui ont une puissance et une production équivalentes à celles des dix réacteurs de quatre modèles différents que les Français (au nombre de 53 millions) ont disséminés en huit points de l’ Hexagone. Pourtant, la Suède ne possède ni bombe atomique ni sous-marin nucléaire, ni laboratoire géant, ni usine de retraitement, ni cimetière à déchets, ni surrégénérateur. La maîtrise de l’ atome n’ y est point considérée comme le terrain privilégié des exploits scientifiques. Elle ne sert pas non plus à nourrir des rêves de grandeur. On lui demande du courant tout de suite et aux meilleures conditions.


Cette approche très pratique du problème nucléaire a permis aux Suédois, partis très tôt dans la compétition avec tout leur savoir-faire de "grande puissance industrielle", de se placer en tête des nations avec 470 watts atomiques installés par tête d’ habitant. Cette avance ne les grise pas : elle incite, au contraire, à faire la pause et à réfléchir. A la suédoise, c’est-à-dire collectivement, démocratiquement, et calmement. Hommes politiques en tête, tout le pays, sans s’ abandonner aux phobies des écologistes ni céder aux pressions du lobby nucléaire, se pose les vraies questions "Avons-nous besoin de davantage d’ énergie ? Où la trouverons-nous ? Faut-il encore compte tenu de ses dangers, parier sur le nucléaire ?"


Certaines de ces interrogations agitaient déjà les Suédois il y a trente ans. Cinq ans d’ isolement entre les belligérants leur avait montré l’ extrême dépendance énergétique du pays. Sans charbon, sans pétrole et sans gaz, il avait fallu faire tourner au maximum les turbines des barrages, brûler du bois et même de la tourbe. En 1947, une société privée. Atoménergi, se lançait donc dans la recherche. Elle n’ est passée sous le contrôle de l’ Etat que vingt-deux ans plus tard. Dans ses laboratoires de Studsvik, sur un rivage planté de conifères, neuf cents personnes travaillent autour de trois réacteurs. C’ est l’ équivalent, en beaucoup moins ambitieux de notre Commissariat à l’ énergie atomique.


Atoménergi vit des subventions de l’ >Etat et à 50% des contrats de recherche passés avec les constructeurs de centrales. Car, dans le nucléaire comme ailleurs, la social-démocratie suédoise est restée fidèle à son grand principe : chacun est libre d’ entreprendre. L’ Etat n’ intervient qu’ a posteriori pour encadrer, contrôler, soutenir les initiatives et si nécessaire, corriger leurs excès. Exemple : la direction nationale de l’ énergie électrique appelée là-bas Vattenfall (l’ E.D.F. suédoise), pourtant fondée en 1909, n’ exploite que le réseau de haute tension et ne produit que 45% des tensions et ne produit que 45% des besoins électriques. Le reste est entre les mains d’ une vingtaine de grosses sociétés communales ou privées et de deux cents petits producteurs. Vattenfall construit pour son propre compte une centrale à quatre réacteurs (Ringhais) et a pris une participation de 75% dans une autre centrale (Forsmark), qui comptera trois tranches. Les deux autres centrales suédoises et leurs cinq réacteurs ont été ou sont édifiés par des sociétés mixtes où l’ on trouve pèle-mêle des communes, des intérêts privés et même des coopératives. Ainsi point de monopole ni de lobby s’ abritant derrière la raison d’ Etat.


En revanche, les conditions du développement de l’ énergie atomique ont été définies dès 1965 par une loi. Un second texte complétant le premier a été adopté le 14 avril dernier. C’ est encore le Parlement qui, après débat, a autorisé l’ ouverture des quatre sites nucléaires et a décidé qu’ il n’ y en aurait pas d’ autres.


Finie la belle époque


Le développement des centrales a démarré en Suède avec l’ assentiment général et, au pire, dans l’ indifférence. En 1964, commençait à fonctionner dans la banlieue de Stockholm le petit réacteur d’ Agesta fournissant à la fois de l’ électricité et de l’ eau chaude. Jugé peu rentable et peu sûr, il a été stoppé en 1974 et muré dans son cercueil de granit.


Au début des années 70,c’ était l’ euphorie nucléaire. En additionnant les intentions des différents promoteurs, on arrivait, pour 1990, à un total de vingt-quatre réacteurs concentrés sur une demi-douzaine de sites. Le "programme" sans doute le plus ambitieux du monde. Mais, en 1971, eut lieu le premier incident de parcours. Vattenfall annonça son intention de construire un réacteur à Haninge, à 35 kilomètres au sud de la capitale. La section suédoise des Amis de la Terre (mouvement écologiste international) venait de se fonder. Elle fit immédiatement campagne contre ce projet et, à la surprise générale, retourna l’ opinion des populations et des élus locaux. Vattenfall retira son projet, persuadé qu’ il s’ agissait là d’ un accident, presque d’ une bizarrerie locale. En fait, la belle époque était finie : rien ne serait plus comme avant.


Car, devant la marée nucléaire, les digues allaient se dresser les unes après les autres. En 1972, c’ est à Stockholm que se tient la première conférence des Nations unies sur l’ environnement. Au forum parallèle où se retrouvent tous les contestataires, la "pollution nucléaire" est vigoureusement condamnée. Cette même année, le Parlement réduit à quatre le nombre des sites. L’ année suivante, quelques parlementaires du parti centriste (dans l’ opposition) réclament un supplément d’ information sur les dangers de l’ atome civil et, en attendant, la suspension de son développement. Surprise ; ce moratoire est voté. Il paraît d’ autant moins opportun que, frappés des illuminations traditionnelles, les Suédois passent un Noël 1973 assez lugubre.


Le nucléaire retrouve-t-il toutes ses chances ? En 1974 et 1975, le premier ministre, M Olof Palme lance un vaste débit sur l’ énergie. Partis, syndicats, associations, organisent des cercles d’ études. Aux cours du soir, dont raffolent les Suédois, on ne parle que de cela. Près de 80 000 personnes, estime-t-on, ont participé à ce remue-ménage. Les quatre grandes associations d’ écologistes - les Amis de la terre, l’ Association de protection de la nature, les Biologistes de terrain et la Confédération des comités locaux - prennent position pour la croissance énergétique zéro et l’ arrêt définitif du programme nucléaire. Pour la première fois, leurs militants les plus résolus, au nombre de cinq mille, défilent dans les rues de la capitale. Dans les rangs mêmes du parti social-démocrate (au pouvoir), on enregistre avec étonnement 30% de réactions défavorables à la poursuite du développement de l’ atome civil.


Croissance énergétique zéro


Au printemps 1975, M. Olof Palme présente au Parlement un programme "énergie" valable pour dix ans et tout à fait révolutionnaire. Les Suédois, dont la consommation d’ énergie augmentait de 4,5% par an jusque-là, sont invités à réduire cette boulimie à 2% par an jusqu’en 1985. Ensuite, on leur propose la croissance énergétique zéro vers 1990. Conséquence : les économies d’ énergie doivent devenir le souci numéro un à la maison comme à l’ usine. Un programme de recherches assorti de 366 millions de couronnes pour trois ans est lancé Seconde retombée : pour le programme nucléaire on en reste à treize réacteurs. Sociaux-démocrates et conservateurs approuvent, mais les partis d’ opposition (libéraux, centristes et communistes) trouvent que c’ est encore trop.


Sur le terrain, la contestation se développe. A Baresbäck, en face de la côte danoise, une manifestation réunit pendant plusieurs jours, en avril 1976, cinq mille jeunes, dont certains venus de Norvège et du Danemark.


A l’ automne, voici les élections législatives. Pour la première fois au monde, une campagne se fait pour ou contre le nucléaire. On gratte la corde sentimentale des Suédois, profondément amoureux de la nature. L’ opposition va profiter de ce levier pour chasser la social-démocratie, au pouvoir depuis quarante-quatre ans. Pour cela, il suffira d’ un déplacement de 4% des voix, M. Fälldin, leader du parti centriste, qui ne promettait rien moins que ce démanteler les centrales en fonctionnement, se retrouve premier ministre... et bien embarrassé. Par quoi remplacer les 15 milliards de kilowatt-heure qu’ elles ont fourni en 1976 ? Peut-on stopper les chantiers en cours ? Quinze des plus grandes entreprises suédoises participent à la construction des réacteurs ; plusieurs d’ entre elles exportent la technologie qu’ elles ont mis au point à cette occasion ; deux centrales "clés en main" ont été vendues à la Finlande ; quatorze mille travailleurs et techniciens seraient menacés de chômage. Aussi M. Fälldin est-il comburstible le second réacteur de Barsebäck et d’ accorder 266 millions à Vattenfall pour continuer l’ édification de Forsmark.


En revanche,il reprend le plan d’ économie de son prédécesseur et l’ une de ses idées : créer une commission "énergie", Mission : préparer pour l’ automne 1978 plusieurs scénarios de politique énergétique parmi lesquels le gouvernement et le Parlement feront leur choix, Moyens, cinq groupes de travail mobilisant tout ce que la Suède compte d’ experts publics et privés. Détail typiquement suédois : les fonctionnaires du ministère de l’ industrie ne figurent pas dans la commission. Ils seront entendus comme experts au même titre que certains membres des Amis de la terre.


Deuxième coup de frein du premier ministre : il fait voter, le 14 avril 1977, une loi conférant aux constructeurs de centrales nucléaires la responsabilité du retraitement des barreaux d’ uranium usagés, de leur stockage s’ ils ne sont pas retraités et du stockage des déchets de haute activité. Toute autorisation sera suspendue à la présentation de contrats en bonne et due forme garantissant de manière satisfaisante la réalisation de ces opérations. >Les Suédois restent dans la logique du système libéral. Les "résidus" de l’ électricité nucléaire ne seront pas à la charge de l’ Etat.


Les industriels dans l’ incertitude


L’ industrie nucléaire suédois se trouve maintenant en position d’ attente. D’ un bout à l’ autre de la chaîne, tout peut changer selon les croissances et la volonté du nouveau gouvernement.


Approvisionnement en combustible. - Jusqu’à présent, la Suède achetait l’ uranium à la France. Atoménergi possède à Ranstad, dans le centre du pays, un gisement à faible teneur (0,03%) qui n’ a été exploité qu’ à titre expérimental parce que, jusqu’ici, non rentable. Mais les ingénieurs ont imaginé de tirer parti de tous les composants du schiste uranifère. Oxydes d’ aluminium et de fer, engrais, sulfates de , phosphore, chaux, soufre, métaux lourds et charbon seraient extraits du minéral en même temps que l’ uranium. L’ exploitation respecterait scrupuleusement l’ environnement : talus antibruit, reconstitution du sol, récupération des eaux usées, etc.. S’ il était réalisé, ce projet, extrêmement sophistique, permettrais à la Suède de couvrir ses besoins en uranium et probablement d’ exporter de nouvelles technologies.


Enrichissement du combustible. Il a été assuré jusqu’à présent par les Etats-Unis, mais des contrats ont été signés avec l’ Union soviétique "pour ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier".


Centrales. - Six produisent de l’ électricité, quatre sont en construction, deux en projet avancé, une seule paraît abandonnée. Mais le gouvernement ne délivrera les autorisations qu’ au coup par coup. Tout est suspendu au choix d’ une nouvelle politique énergétique à l’ automne 1978, Philosophes, les industriels affirment qu’ ils s’ adapteront. "Le pire, disent-ils, serait de tout stopper, puis de repartir."


Retraitement des barreaux usagés. - Tous les partis sont d’ accord pour renoncer à construire une usine de retraitement. Les premiers barreaux usagés sont à Windscale attendant que l’ usine britannique redémarre. La Suède vient de signer un nouveau contrat avec la France pour faire retraiter d’ autres combustibles jusqu’en 1985. Des négociations sont en cours pour faire traiter à la Hague tous les combustibles suédois jusqu’en 1990. Le plutonium revenant de France et de Grande-Bretagne pourrait être brûlé dans les centrales ordinaires, car il n’ est pas question que les Suédois se lancent dans l’ aventure jugée trop périlleuse du surgénérateur.


Déchets. - Les déchets de faible et de moyenne activité sont stockés sur le site même des centrales. Les déchets de haute activité retour de Windscale et de la Hague seront traités selon une technique mise au point par les Suédois. On les confinera dans une double enveloppe de céramique et d’ acier inoxydable. Puis ils seront enfouis dans des terrains stables à plusieurs centaines de mètres de profondeur. Les Suédois envisagent même de ne pas faire retraiter les combustibles irradiés et de les considérer comme des déchets. En ne produisant plus un gramme de plutonium. Ils s’ aligneraient sur les Américains, qui redoutent la dissémination de cet explosif.


Partis en tête dans la course au nucléaire, les Suédois freinent donc de plus en plus fort depuis deux ans. Avec pragmatisme, démocratiquement, ils cherchent une voie raisonnable, originale, entre le nucléaire "à tout va" et la nénurie de kilowatts. Bien avant le président Carter ils ont déjà donné aux nations industrialisées une leçon de sagesse en stoppant la course à l’ énergie. L’ an prochain, ils proposeront peut-être - et une fois de plus - un nouveau "modèle suédois" de politique énergétique.


L’ EQUIPEMENT NUCLEAIRE
PAR RAPPORT
A LA POPULATION

(en MW par million d’ habitants en 1976)



Allemagne démocratique


Allemagne fédérale


Argentine


Belgique


Bulgarie


Canada


Espagne


Etats-Unis


France


Inde


Italie


Japon


Pakistan


Pays-Bas


Royaume-Uni


Suède


Suisse


Tchécoslovaquie


Union soviétique



57


103


13


178


100


134


31


219


37


1


11


66


2


39


149


400


160


10


27


Cet indicateur du développement nucléaire relève la position respective des compétiteurs. Les Suédois viennent largement en tête, suivis d’ un peloton où l’ on trouve les Américains, les Canadiens, les Belges, les Suisses et les Britanniques. Puis vient un second groupe composé des Allemands de l’ Ouest et, curieusement, des Bulgares. Enfin, loin derrière, viennent les Japonais, les Français et les Allemands de l’ Est (coude à coude), les Hollandais, etc.. Les Soviétiques traînent en quatorzième position. Quant aux "grands" du tiers-monde, rattraperont -ils jamais une course qui a démarré sans eux ?

LA COMMISSION DES LOIS
DE L’ ASSEMBLEE REPOUSSE
LA DEMANDE D’ UNE ENQUETE
PARLEMENTAIRE
SUR SUPER-PHENIX


La commission des lois de l’ Assemblée nationale, présidée par M. Jean Foyer (R.P.R), a repoussé la demande de création d’ une commission d’ enquête parlementaire sur le projet de surgénérateur Super-Phénix, présentée, au nom des membres du groupe du parti socialiste et des radicaux de gauche, par MM. Mermaz, Besson, Fillioud, Darinot, Gau, Michel et Poperen. La commission a suivi les conclusions du rapporteur, M. Limouzy (R.P.R), jugeant, compte tenu notamment des débats publics et parlementaires, que la création d’ une telle commission d’ enquête "n’ apporterait aucun élément d’ information nouveau".


M. Louis de Guiringaud, qui rendait compte le 12 mai des différentes réunions du "sommet" de Londres devant la commission des affaires étrangères de l’ Assemblée, a rappelé la position de la France dans le domaine nucléaire. Interrogé sur les préoccupations que pourrait susciter la politique nucléaire de l’ Allemagne fédérale, il a précisé que ce pays avait souscrit au traité de non prolifération qui lui interdit l’ accès à l’ atome militaire ; Bonn s’ est engagé à ne prendre aucune mesure qui pourrait laisser penser qu’ il a l’ intention de se doter d’ armements nucléaires.


Le président de la commission, M. Couve de Murville, ayant fait observer que la prolifération des installations en matière d’ électricité nucléaire représentant un danger réel dont on ne voyait pas comment le prévenir, M. de Guiringaud a répondu que le gouvernement, conscient de ce risque, était disposé à participer à toute discussion compatible avec les intérêts nationaux.

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