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LE MONDE - 8-9 mai 1977

LETTRES LE VENEZUELA
DES
ROMANCIERS
A L’ÉCOUTE
DU PAYS
PROFOND


Plus, peut-être, que dans n’importe quel autre pays latino-américain, la littérature du Venezuela a été, et est encore, sensible aux bouleversements et aux blocages du " contexte national "


Longtemps, l’écrivain vénézuélien a constitué une sorte d’incarnation de l’intellectuel latino-américain : ses activités littéraires ou journalistiques le projetaient directement dans la vie politique, ce qui lui attirait alternativement honneurs et déboires. Le meilleur exemple en est le grand romancier Romulo Gallegos ; lorsque la publication, en 1929, de Dona Barbara, en Espagne, connait un immense succès, le directeur Juan Vicente Gomez tente d’acheter l’adhésion de l’écrivain au régime, Gallegos refusera, et devra s’expatrier. Après la mort de Gomez (1935), il rentre, et devient président du conseil municipal de Caracas, député, ministre de l’éducation et, en 1948, président de la République. Il ne restera que quelques mois au pouvoir ; destitué par les militaires, il devra, à nouveau, partir pour l’étranger.


Mais gallegos continuera, jusqu’à sa mort, en 1968, à faire planer sur la littérature vénézuélienne l’ombre tutélaire de son oeuvre, et bien des écrivains, par la suite, se définiront par rapport à lui. C’est que Gallegos gardait, pour reprendre une de ses expressions, " l’oreille collée sur le coeur de son pays ", transportant son lecteur à travers l’espace national - de l’immensité des Ilanos (Dona Barbara) aux profondeurs de la forêt amzonienne (Canaima) - et le confrontant aux problèmes des différentes communautés, des Noirs (Pobre negro) aux Indiens (Sobre la misma tierra).


La structure de chacun de ses livres est pratiquement identique. Elle repose sur le conflit entre un milieu, physique et humain, hostile, et un personnage rebelle qui n’admet pas l’inculture, la violence, la "barbarie", et lui oppose l’idéologie de "civilisation" que l’auteur véhicule et développe d’un roman à l’autre ; l’éducation comme fondement de l’essor économique et de l’harmonie sociale ; la modernisation de l’agriculture ; l’implantation d’industries ; l’immigration et le métissage ; la démocratie parlementaire et le développement des communications.


Le roman de Gallegos est un roman à thèse ; c’est une démonstration, un message, une leçon dans laquelle viennent s’insérer de longs chapitres parcourus par un profond frémissement de lyrisme tellurique. Gallegos excelle à évoquer cette atmosphère de "premier matin du monde " dans laquelle baigne l’embouchure de l’ Orenoque, ou le défi mythique de l’homme à une nature tantôt écrasante tantôt régénérante ; au réalisme de l’observation se substitue, par rafales, un romantisme de l’expression, parfois aux limites du déclamatoire ; et sur ce fond d’exubérance et de violence se déroulent les grands conflits entre le bien et le mal, la "civilisation" et la "barbarie", le progrès et la stagnation.


A cette littérature à la fois mythique et extravertie succède, au début de la décennie 1930-1940, une série de romans où l’homme est privilégié par rapport au paysage. Dans les livres d’ Arturo Uslar Pietri, de Guillermo Meneses et de Miguel Otero Silva, les personnages sont moins manichéens, plus représentatifs de groupes sociaux précis. Dans le Lances rouges, Ulsar Pietri - qui, par ailleurs, a une oeuvre d’essayiste et de conteur extrêmement importante - retrace les luttes sanglantes autour de l’indépendance. Mais Uslar Pietri, l’histoire n’est qu’un prétexte, le chroniqueur devient un des acteurs du drame qu’il rapporte ; animés par un souffle hugolien, certains de ses personnages acquièrent la stature fabuleuse des héros des ballades populaires.


Sans passer par le biais de l’histoire, Miguel Otero Silva tente, lui aussi, de mettre en lumière les ressorts secrets du Venezuela profond. Son premier roman, Fièvre (1939), semi-autobiographique, a été élaboré en deux temps : la première partie, composé alors que l’auteur avait à peine vingt ans, est le témoignage spontané des luttes étudiantes contre la dictature de Juan Vicente Gomez ; mais l’ensemble dégage une sorte de "fièvre" paroxystique et poétique, qu’une refonte postérieure a quelque peu amoindrie et édulcorée.


Pour son second roman, Maisons mortes, publié seize ans plus tard, Miguel Otero Silva avait accumulé une énorme quantité de matériel (il est également journaliste et fondateur d’un des plus grands quotidiens du pays, El Nacional). Son objectif était de mettre en parallèle la lente et irrémédiable décadence de la province agricole et l’irrésistible ascension de l’exploitation pétrolière. Finalement, Otero Silva publira deux romans sur ce thème : Maisons mortes (1955) et Bureau n°1 (1961). Dans l’atmosphère putride et chaotique de la dictature de Gomez, une ville de l’intérieur, Ortiz, jadis prospère et active, se vide peu à peu de sa substance ; les épidémies, la violence, l’exode l’anéantissement. Miguel Otero s’applique à dépeindre avec une simplicité nos dénuée de tendresse pour ses personnages, cette inexorable agonie. Face à cette décrépitude, à ces "maisons mortes", se dressent les "maisons vivantes" du monde du pétrole , qui sert de cadre à Bureau n°1. Otero Silva, qui retrouve ici l’humour corrosif et souriant de Fièvre, suit dans leurs réussites et leurs déroutes ceux qui se sont laissés prendre au piège de l’or noir.


Romancier pondéré, Miguel Otéro Silva refuse de se laisser enfermer dans les limites de la narration linéaire chère à Gallegos. D’un livre à l’autre, il expérimente de nouvelles techniques d’écriture, tout en gardant les yeux braqués sur la réalité nationale. Avec la Mort d’ Honorio (1968), le lecteur est replogé dans les horreurs de la répression, mais les personnages - cinq prisonniers politiques enfermés dans un pénitencier de province après avoir été torturés - prennent directement la parole pour justifier leur opposition à la dictature et pour revenir sur leur jeunesse enfuie. L’existence fictive d’un enfant - Honorio - leur redonnera l’espoir et des raisons de survivre.


Cette même construction, à quelques variantes près, est aussi celle du dernier raman de Miguel Otero Silva, Et retenez vos larmes (1970), qui sur un surprenant et magistral prologue où l’humour et la verve de l’auteur se donnent libre cours. Quatre jeunes soldats romains sont mis à mort, sous le règne de Dioclétien, pour avoir embrassé la foi chrétienne. C’est là un thème qui sous-tend toute l’oeuvre du romancier ; la jeunesse est massacrée en défendant des idées qui ne triompheront que longtemps après sa mort. De la Rome de Dioclétien, Otero Silva passe à la Caracas des années 60-70, où évoluent trois adolescents prénommés Vitorino, née le même jour, mais issus de milieux sociaux différents : l’un a grandi dans le ranchitos qui encerclent la ville d’une couronne de misère ; l’autre est étudiant révolutionnaire ; le troisième est le fils d’une famille de la haute bourgeoisie. La mort les réunira, au terme d’un récit violent, ironique et tendre.


Cette violence, qui semble être une des composantes essentielles de la vie vénézuélienne, revêt, dans les années 60, la forme de la guérilla urbaine et de la répression militaire et policière qui s’ensuit.


A son tour le roman enregistrera cette nouvelle réalité. Le meilleur exemple - avec les romans de José Vicente Abreu : On l’appelait S.N (sécurité nationale) et les quatre lettres ( F.A.L.N. : Force armées de libération nationale), respectivement de 1964 et 1969 - en est le livre d’Adriano Gonzales Leon, Pays portatif, récompensé, en 1968, par l’important prix espagnol Seix-Barral. Adrès Barazarte, le personnage central, a lui aussi, quitté une campagne à la fois figée et décadente pour plonger dans la jungle asphaltée de Caracas, il n’y est plus qu’ " un homme fuyant la sécheresse, entrainé par de grandes causes, solidaire par horreur du vide, solidaire par simple issue personnelle"


Au plus près des êtres


Adriano Gonzales Leon établit une filiation profonde entre la guérilla urbaine et Caracas et la lutte sécuritaire qui oppose depuis toujours les paysans et les grands propriétaires des Ilanos. Cette double violence correspond à des systèmes sociaux représentatifs d’époques historiques différentes, mais qui coexistent dans le Venezuela d’aujourd’hui où, comme le disait Alejo Carpentier : " Un homme du vingtième siècle peut encore serrer la main d’un homme de l’âge de pierre"


Au-delà de cette expérience exceptionnelle qu’était la guérilla urbaine, la réflexion sur l’homme vénézuélien ( et plus particulièrement sur l’habitant de Caracas) et, parallèlement celle sur l’écriture romanesque se sont peu à peu approfondies dans le roman contemporain : essentiellement dans l’oeuvre de celui qui peut être considéré, à l’heure actuelle, comme le meilleur romancier de son pays, Salvador Garmendia. Avec lui, la littérature Vénézuélienne a dfinitivement quitté les grands espaces, la lutte mythique du bien et du mal, les vastes fresques, pour se tenir au plus près des êtres et des choses.


Au-delà de cette expérience exceptionnelle qu’était la guérilla urbaine, la réflexion sur l’homme vénézuélien ( et plus particulièrement sur l’habitant de Caracas) et, parallèlement, celle sur l’écriture romanesque se sont peu à peu approfondies dans le roman contemporain : essentiellement dans l’oeuvre de celui qui peut être considéré, à l’heure actuelle, comme le meilleur romancier de son pays, Salvador Garmandia. Avec lui, la littérature vénézuélienne a définitivement quitté les grands espaces, la lutte mythique du bien et du mal, les vastes fresques, pour se tenir au plus près des êtres et des choses.


Les romans de Garmandia ( cinq à ce jour ) se situent dans une Caracas étrange, à mi-chemin entre la décrépitude et l’hallucination, où les personnages sont entraînés dans un véritable processus de réification. C’est à ces bouleversements, touchant indissolublement la ville et les hommes, que Garmandia s’attache dans un de ses meilleurs livres, Jour des cendres (1963).


Le titre est ambigu : Caracas est plongée dans le carnaval annuel, mais la joie a laissé la place au tragique et au sordide. Dans cet univers plein de vapeurs et de martèlements, le lecteur débouche constamment sur la laideur, l’hostilité ou plus simplement sur ce que Garmandia appelle " l’illusion de la réalité " . Deux paysages urbains se complètent pour donner une impression d’absurde et de " burlesque ". D’un côté, le centre de la ville, avec ses lumières, ses vitrines et leurs mannequins parfois étrangement écaillés ; de l’autre, les quartiers périphériques avec leur " lumières billeuse " , leurs couleurs délavées, leurs corridors malodorants ; c’est la ville morte, l’oasis pétrifié, le sordide édifié.


Ce voyage au coeur de l’indifférence des objets, à la fois conventionnelle et angoissante, sert de support aux pulsions affectives des personnages. Il vient confirmer leur incohérence intérieure. Le personnage central, Miguel Antunez, avocat plus ou moins marron, poète tari, vit partagé entre sa femme, un groupe d’amis et sa maîtresse. La banalité de sa vie fait ressortir le tragique de son existence : sans en avoir le substrait mythique, " jour des cendres " est une manière de tragédie antique à la façon des Gommes d’ Alain Robbe-Grillet. Mais l’angoisse existentielle qui se dégage peu à peu des errements de Miguel Antunez est fondée sur des éléments ancrés dans la réalité vénézuélienne : nostalgie de l’amitié entre hommes, rompue par la mort ; agonie de la culture, coupée de ses racines traditionnelles - " l’ Europe s’écroule ", pourrit dans son propre jus "  ; refuge dans l’alcoolisme ou dans une sensualité agressive et frustrante ; inadéquation de la littérature à la réalité ; mobilité inquiétante et aliénante du paysage urbain.


Les pieds d’argile , publié en 1973 par Garmandia, est également un " livre bilan ", Miguel Angel, qui travaille à la radio nationale, revient sur sa vie : " je suis un jeune homme malade, prématurément vieilli, qui a tout oublié ou qui a tout oublié ou qui n’a rien à se rappeler, puisque sa mémoire a péri dans chacun des personnages que nous avons vus en traversant le pont." C’est un roman dru, dense, parfois cruel, où le corporel et le mental sont décomposés, puis restitués dans une prose tantôt impassible, tantôt bouillonnante, mais toujours contrôlée.


En l’opposant à la banalité des objets familliers, en le faisant revenir sur lui-même, en le plaçant dans des situations de paroxysme, dont il ne perçoit pas l’acuité. Garmandia matérialise ce qu’il considère comme le néant intérieur du Vénézuélien moyen.


Une même dissolution volontaire des règles rigides du genre romanesque, une poésie à la fois véhémente et attendrie, une révolte qui se traduit par une prise de parole et par une agitation fébrile et vaine des personnages, un érotisme affirmé, caractérisent le jeune roman vénézuélien ( le Venezuela est un des dernier pays d’ Amérique latine, avec le Mexique et Cuba, où les jeunes écrivains ont encore la possibilité d’^etre édités ) ; celui de Renato Rodriguez, de Francisco Massiani, de Laura Antiliano, de Argenis Rodriguez, de David Alizo, de Carlos Noguera, ici, ce qui compte, c’est le langage, spontané, irrévérent, éclaté, parodique,. Le grand Gallegos ne se reconnaitrait peut-être pas dans ces " jeunes gens en colère " narquois et détachés. Mais la relève est assurée.


CLAUDE FELL

VÉNÉZUÉLIEN


A ce jour nous traitons seulement 8 % de notre minerai de fer au Venezuela. La nationalisation nous donnera la possibilité de traitement complet.


Jusqu’en 1960, tout le minerai de fe extrait en Guayana était traité à l’extérieur. la création de la Corporation Vénézuélienne de Guayana ( C.V.G. ) - une agence régionale de développement - a attiré consciemment notre attention, entre autres choses, sur cette situation.


Maintenant, les compagnies minières nationalisées groupées dans la C.V.G. - " Ferrominera Orinoco C.A. "- opèrent comme filiales de la C.V.G.


Il est prévu qu’en 1985 tout notre minerai de fer qui était exporté auparavant comme matière première sera traité chez nous.


Depuis 1967 la production d’aluminium a également quintuplé. En 1979 la capacité de production sera huit fois plus grande


La réduction d’alumine est un processus qui requiert d’énormes quantité d’énergie électrique. Profitant de la production énergétique massive et peu onéreuse du barrage de Guri, la C.V.G. a développé Alumino del Caroni S.A. (ALCASA), un consortium privé, dans lequel le gouvernement vénézuélien possède 50 % d’actions. ALCASA a commencé ses opérations en 1967 avec une production de 10 000 tonnes d’aluminium. En 1975 cette production s’est élevée à 50 000 tonnes, et en 1979 elle atteindra 120 000 tonnes. Une nouvelle usine en construction, VENALUM, soit 80 % du capital national, produira 280 000 tonnes. Ainsi, la capacité totale installée de 400 000 tonnes placera le Venezuela en position de leader dans la production de l’aluminium en Amérique latine.


Depuis 1962 nous avons multiplié par six notre production d’acier. En 1979 elle sera cinq fois plus importante qu’en 1975.


SIDOR, une filiale de la C.V.G. a commencé son exploitation en 1961. Sa production, à l’origine, était de 162 000 tonnes métriques. En 1975 la production atteignait un million de tonnes ... et en 1979 celle-ci s’élèvera à 5 millions. Ce volume couvrira non seulement les besoins du pays, mais permettre au Venezuela d’entrer dans le marché international de l’acier.


Le barrage hydro-électrique Raùl Leoni, à Guri, un des plus importants du monde, atteindra, vers 1987, une capacité de production de 9 millions de kilowatts.


La puissance hydro-électrique du fleuve Caroni s’élève à 13 millions de kilowatts et son exploitation a été confié à la Corporation Vénézuélienne de Guayana, par sa filiale C.V.G., Électrification du Caroni C.A. : ( ADELCA ). On espère que la production du barrage Raùl Leoni, à Guri, atteindra en 1977, 2 065 000 kilowatts.


Il sera agrandi et l’on prévoit d’élever, vers 1987 sa capacité de production à 9 000 000 de kilowatts.


CORPORACION VENEZOLANA DE GUAYANA
C.V. G. FERROMINERA ORINOCO, C.A.


C.V.G SIDERURGICA DEL ORINOCO, C.A.
C.V.G. ELECTRIFICACION DEL CARONI, C.A.

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