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Vu le 8.5.77


LE MONDE - 8-9 mai 1977


ÉCONOMIE LE VENEZUELA

L’art difficile de semer le pétrole


(suite de la page 7 )


Les transferts de fonds effectués dans ce secteur ont, semble-t-il surtout enrichi les plus riches, et financé, en partie, l’exode rural des plus pauvres vers Caracas et les autres grandes villes du pays.


D’un point de vue technique, l’un des plus graves problèmes de ce secteur, la maîtrise de l’eau, n’a pas été résolu - comme le prouvent les successions d’inondations et de sécheresses dont souffre le campo. Retenues d’eau et systèmes d’irrigation ne sont pas construits au rythme qu’on attendrait d’un pays ayant les moyens du Venezuela. Élevage hyper-intensif dans le llanos Les llanos sont les plaines du bassin de l’ Orénoque et de ses affluents, notamment l’ Apure et minuscule polyculture de subsistance dans les zones montagneuses demeurent le deux " mamelles " plutôt sèches de l’agriculture du pays.


Le gouvernement actuel fait un effort pour améliorer les conditions de vie dans les villages, et retenir ainsi à la source les candidats aux ranchitos (bidonvilles) de la capitale. Mais in n’empêche pas la concentration de la propriété. D’un point de vue strictement économique, il semble même placer, à terme, ses meilleurs espoirs sur les progrès d’une agriculture mécanisée et à haut emploi de capital.


L’un des blocages les plus dramatiques, enfin, que connait le Venezuela est le manque d’homme qualifiés. Il se fait se fait sentir dans presque tous les domaines. Le plus visible est évidemment l’administration - un secteur pléthorique, où le recrutement se fait davantage en fonction de critères politiques que de la compétence, et où la corruption est pratique courante. Mais le pays n’a pas, non plus les ingénieurs, les techniciens, les gestionnaires que requiert une économie en expansion.


Cette situation s’explique, évidemment, par le fait que le pays n’est sorti que depuis peu de l’espèce de Moyen-Age où l’ont gardé des régimes autoritaires et obscurantistes. Le Venezuela ne comptait, en 1936, que mille cinq cents étudiants" nous a rappelé M. Salcedo Bastardo, ministre d’ État à la présidence de la République. Le niveau actuel de l’enseignement primaire demeure de l’avis général lamentable. Dans le secondaire, seuls les collèges privés ont un bon niveau. La situation est meilleure dans l’ Université. Le gouvernement de M. Perez a voulu frapper un grand coup dans le domaine de la formation, en lançant le programme " Grand Maréchal d’ Ayacucho" : dix mille bourses d’enseignement supérieur dont une notable partie est destinée à des étudiants en formation à l’étranger.


Ces faiblesses structurelles sont celles de tous les pays en voie de développement. Elles de remarquent au Venezuela plus qu’ailleurs dans la mesure où ce pays est habituellement classé parmi les "riches" en raison de ses ressources pétrolières. Comment celles-ci sont-elles aujourd’hui employées ?


Financement de grands projets industriels ; réalisation d’infrastrutures régionales et nationales ; prêts et subventions à l’industrie et à l’agriculture ; dépenses sociales ; telles seraient les principales têtes de chapitre.


Au titre des grands projets industriels "lourds", c’est évidemment la Corporation vénézuélienne de la Guyanne ( C.V.G. ) qui reçoit la plus grosse part du gâteau.


Ce coin naguère désolé de la terre vénézuélienne, situé au confluent de l’ Orenoque et du rio Caroni, est en train de devenir " la Ruhr " de ce pays. Mettant à profit l’immense potentiel hydro-electrique des fleuves de la région - capté aux barrages de Macagua et surtout, de Guri, les énormes réserve de minéral, de fer a haute teneur d’ El Pao et de Cerro-Bolivar, la priximité des gisements de gaz naturel d’ El Tigre, et enfin, les possibilités d’évacuation facile et bon marché de matériaux pondéreux par l’ Orenoque, les autorités ont décidé de fonder à Ciudad Guyana la grand pôle de l’industrie lourde nationale.


Les deux joyaux de la couronne sont les usines de la Sidor - qui produisent ectuellement 1,2 million Puerto-Ordaz et de San-Felix, est déjà une ville de 250 000 habitants. il y a 16 ans, lorsque fut fondée la V.V.G., elle n’en comptait que 40 000. Elle en aura, croit-on, 400 000 autour de 1980. On y respire le même air de santé et d’enthousiasme que dans tous les " fronts pionniers" de la planète. Ceux qui sont venus là savent pourquoi : meilleurs salaires, espoirs de promotion plus rapide.... Les problèmes sont à la hauteur des espérances. La crise du logement est telle que l’on vient de racheter à l’ Italie le paquebot Christofo Colombo, pour le transfoemer en hôtel.


Les autorités semblent décidées à gardeer au secteur public toute l’industrie lourde. Pour le reste, elles ne ménagent pas leur appui au secteur privé.


Durant les premiers mois de son mandat, M. Carlos Andres Perez, avait surtout paru soucieux de prendre des mesures " sociales " ; augmentation des salaires, obligation faite aux employeurs de créer cer - ler : un quart, au moins, de la population potentiellement active, est en chômage, ou sous-employée. Le pourcentage des jeunes gens oisifs est plus élevé encore. Le paradoxe est que cette situation s’accompagne d’un sérieux déficit de main-d’oeuvre nationale dans de nombreux secteurs. Insuffisance de la formation dans certains cas, des rémunérations dans d’autre, absence de vocation dans d’autres encore : toute ces raisons font que l’économie vénézuélienne repose, largement, sur des étrangers - Latino-Américains ( ingénieurs, techniciens et gestionnaires ), Espagnols, Italiens, Portugais ( notamment dans le commerce, les travaux publics et les services). Colombiens ( dans l’agriculture), etc.


L’actuelle equipe gouvernementale n’entend pas mettre en cause l’entreprise privée - sauf à réserver les secteurs "lourds" à l’État. Son orientation politique social-démocrate la conduit, pourtant à prétendre redistribuer les fruits de l’enrichissement national. Compte tenu de la structure économique et du niveau de développement du pays, cette redistribution ne peut, néanmoins, que très imparfaitement se faire à travers des hausses de salaires ou la multiplication de services publics - comme c’est le cas en Europe, par exemple. Elle prend donc la forme de mesures d’assistance, de subventions à la consommation, ou de créations d’emplois publics, généralement inutiles. Or toutes ces mesures ont certainement un effet nocif, à terme, sur les structures économiques du pays.


Avec un revenu annuel par tête supérieur à 10 000 francs, le Vénézuéliens comptent sans aucun doute parmi les Latino-Américains privilégiés. L’habitant des ranchitos de Caracas est loin de connaitre la vie misérable de ce qui vivent dans les favelas de Rio-Janeiro ou les barriadas de Lima. Mais le problème, pour l’avenir, sera d’empêcher que se creuse d’avantage encore le fossé qui sépare aujourd’hui les plus riches des plus pauvres citoyens de ce pays. Une réforme fiscale serait un des moyens d’y parvenir. Or, les quelques mesures - cependant modestes - récemment proposées en ce sens par le président Perez ont déclenché un véritable tollé parmi les possédants. La voie réformiste est décidément, semée d’embûches.


JEAN-PIERRE CLERC

La ceinture
de
l’ Orenoque :
250 ans
de réserve ?


L’ANNÉE 1977 marquera peut-être une date dans l’histoire du Venezuela ; celle du lancement de l’exploitation de la "ceinture de l’Orenoque" une des plus grandes accumulation d’hydrocarbure de la planète et l’une des dernières " frontières pétrolières " du pays. On s’attend en effet que le pouvoir exécutif donne le feu vert pour la construction d’installations-pilotes, capables de traiter quotidiennement 125 000 barils de "lourd". Ce projet, qui pourrait être achevé dans trois ans, pourrait précéder la construction de douzaines d’autres usines, réparties sur quelque 100 000 kilomètres carrés que couvre la ceinture.


La Corporation vénézuélienne du pétrole (C.V.P.) a lancé, cette année, un projet expérimental de combustion "in situ" . Il s’agit de faire brûler le pétrole sous terre pour le rendre plus fluide et l’extraire plus aisément.


Bien que repérée depuis près de quarante ans, la ceinture pétrolifère de l’Orenoque on a d’abord cru que la ceinture recelait des schistes bitumineux, d’où la première appellation qui lui a été donnée : " ceinture bitumineuse de l’ Orenoque" n’a fait l’objet d’études sérieuses que depuis le début de cette décennie. Chaque année a apporté son lot de découvertes.


Cette accumulation d’hydrocarbures couvre près de 10 % du territoire national - de l’océan Atlantique, à l’est, jusqu’à la frontière Colombienne, à l’ouest - en suivant la rive nord de l’Orenoque, sur une largeur moyenne de 70 kilomètres. On avait estimé, d’abord, que les sables pétrolifères devaient avoir une épaisseur de 12 mètres environ. On évalue, à présent, cette épaisseur à une quarantaine de mètres en moyenne. Les premiers calculs faisaient état de 700 milliards de barils. On multiplie, désormais, ce chiffre par trois ou quatre.


L’extraction et le traitement des bruts de la ceinture de l’Orenoque posent de redoutables problèmes technologiques. Le ministère estime, néanmoins, que ceux-ci sont parfaitement solubles, et que le pétrole de l’Orenoque sera vendu sur les marchés internationaux dans cinq ou sept ans. Une méthode employée jusqu’à présent à petite échelle consiste à injecter un diluant - du diesel - ce qui permet, tout à la fois, au brut de s’écouler plus facilement et d’en améliorer la qualité. Il ne parait pas, néanmoins, que ce procédé puisse être utilisé intensivement. Non plus, d’ailleurs, que la combustion "in situ" dont la technologie est encore très mal maitrisée. Aussi s’oriente-t-on vers la technique de l’injection de vapeur.


Il y a un autre problème à résoudre : l’élimination des impuretés - le soufre, et surtout les métaux pour l’essentiel, du vanadium et du nickel . Le ministère parait avoir opté pour la méthode de décomposition des bruts par un procédé thermique, et l’élimination consécutive du charbon. Cette technique permettrais de transformer les 125 000 barils-jour de brut en 107 000 barils de brut amélioré et 3 500 tonnes de coke.


Malgré tous les progrès technologiques attendus, on estime que les coûts d’extraction et de traitement des pétroles de l’ Orenoque seront plus élevés que ceux des bruts vénézuéliens conventionnels : environ 4 dollars par baril, au lieu de 2. Mais, alors que les réserves conventionnelles prouvées jusqu’à présent ne permettent - au rythme actuel d’extraction de 2,2 millions de barils-jour - d’assurer au pays qu’une vingtaine d’années de production, la ceinture de l’ Orenoque lui permettrait de "tenir", au même rythme, deux cent cinquante ans.


KIM FUAD

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