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LE MONDE
23 février 1977
Page 19

DES SCIENCES
ET DES TECHNIQUES>


TÊTE DE FILE DES CENTRALES NUCLÉAIRES D’ E.D.F.


Fessenheim-1 devrait entrer en service
au milieu du mois de mars


La première tranche de la centrale nucléaire de Fessenheim (Fessenheim-1), située dans le département du Haut-Rhin, devrait entrer prochainement en service. Le combustible nucléaire a été chargé à la fin de 1976, et le service des mines a donné son "feu vert" le 14 janvier dernier. Le circuit primaire d’eau est maintenant à la pression et à la température de fonctionnement nominale (155 bars, environ 300° C). les techniciens de la centrale procèdent actuellement aux essais des barres de contrôle destinées à contrôler l’activité du coeur nucléaire. Si les dernières prévisions sont respectées, le réacteur devrait diverger ( c’est-à-dire commencer à produire de l’énergie) dans les premiers jours de mars, la centrale pourrait être couplé au réseau E.D.F. vers le milieu du mois.


La mise en service de Fessenheim aura finalement quelque vingt-deux mois de retard sur les échéances initialement prévues. Ce retard s’explique notamment par des difficultés techniques, mais aussi par les dispositions qu’il a fallu prendre pour donner à cette centrale son rôle aujourd’hui reconnu de prototype des futures centrales nucléo-électrique de même puissance (900 MW électriques) destinées à être construites en France

COMMENT " FRANCISER " UNE TECHNIQUE AMÉRICAINE


La centrale nucléaire de Fessenheim devait initialement, suivant la "filière" française être ç uranium naturel. Fin 1969, après la décision d’abandonner cette filière, développée par le Commissariat à l’énergie atomique (C.E.A.), on opta pour l’utilisation des techniques américaines à uranium enrichi et eau légère. En septembre 1970, Framatome obtenait la commande d’un réacteur à eau pressurisée (P.W.R.) destiné à équiper la première tranche, d’une puissance électrique nominale de 588 méga-watts. La seconde commande, destinée à la seconde tranche, lui était accordé en novembre de l’année suivante.


fessenheim n’est pas la première centrale de ce type que construit Framatome, qui travaille avec la licence du groupe Creusot-Loire, en a déjà réalisé une semblable en Bemgique à Tihange.


Mais les conceptions qui on présidé à la construction de la première centrale française à eau légère de grande puissance ont évolué au cours des années. Au départ, il s’agissait simplement de reproduire en France ce que la société américaine réalisait outre-Atlantique. Fessenheim, comme l’habitude en a été prise pour toutes les centrales construites à l’étranger sous le contrôle de Wwestinghouse, devait ainsi être une copie de centrale américaine de Beaver Valley, sa -centrale de référence- . Cette astreinte a d’ailleurs été une des premières causes du retard de sa réalisation : Westinghouse ayant décidé, pour accroitre la sureté, de modifier la structure des éléments combustibles de Beaver Valley, la même modification dut être réalisée en France.


Il ne s’agissait pas d’ailleurs de copier servilement ce qui était réalisé aux États-Unis par exemple, le fait que la période du courant électrique en Europe soit de 50 cycles par seconde (50 hertz), au lieu de 60 outre-Atlantique, imposait de toute façon soient complètement réétudiés les régimes de vibrations à l’intérieur des circuits d’eau, où la circulation est assurée par des pompes électriques.


peu à peu, après notamment la décision prise en 1974, de lancer un grand programme d’équipement nucléo-électrique, basé sur la filière eau pressurisée la centrale de Fessenheim devint ce qu’elle est aujourd’hui ; le prototype de cette filière le numéro un d’une série qui devrait dépasser les vingt unités. Et ce changement de philosophie fut encore renforcé lorsque parut le 26 février 1974, un arrêté fixant les normes de sécurité désormais applicable aux chaudières nucléaire et auquel les constructeurs de Fessenheim durent, pas toujours facilement se plier.


Jusque-là, en effet la réalisation de Fessenheim s’était scrupuleusement accordés aux normes américaines, ou plus exactement aux règles de construction - aux recettes, disent certains - en vigueur outre-Atlantique. Ainsi que l’explique M. Servant, qui dirige au ministère de l’industrie et de la recherche le service central de sureté des installations nucléaires, la - philosophie française - et la philosophie américaine - diffèrent quelque peu. "On s’efforçait d’être le plus fidèle possible à la référence américaine" indique-t-on chez Framatome "et quand on ne savait pas pourquoi telle chose était faite de telle manière, on copiait".


Sous l’impulsion en particulier de la direction générale des Mines, les choses ont dû changer : il fallut non seulement respecter les nouvelles règles fixées par l’arrêté de 1974, mais surtout prouver, par le calcul, qu’on les respectait. L’effort intellectuel que durent fournir l’ E.D.F. et surtout Framatome, fut considérable, demanda des centaines d’heures de travail des bureaux d’études et se traduisit par un énorme travail administratif.


La vigilance de la direction des Mines ne s’arrêta pas là. Pour suivre de plus près les problèmes spécifiques que peut poser la réalisation des centrales nucléaires, elle créa dès octobre 1973, un bureau spécial de contrôle des constructions nucléaires, qui est implanté à Dijon et emploie six ingénieurs. Au lieu de se présenter à la mise en service de l’installation, comme il est de règle pour les chaudières classiques, le service des Mines exiges qu’avant toute fabrication le constructeur lui soumette des dossiers présentant ses intention.


Des défauts de soudure


Rien n’est laissé au hasard dans la construction d’une centrale, en particulier dans sa partie chaudière nucléaire. La moindre opération, la moindre soudure fait l’objet d’une procédure parfaitement détaillée et est soumise à plusieurs contrôles, tant du constructeur que de l’acheteur, l’ E.D.F. De même la moindre modification impose de nouvelles études, pas toujours simples quand on sait par exemple que toute conduite sous pression doit être réalisée de telle façon que en cas de rupture, elle puisse, dans un mouvement désordonné, venir frapper aucune autre installation.


L’ensemble de ces contrôles et de ces dispositions ne sont pas toujours facilement acceptés, comme en témoigne, avec un rien d’amertume, cet ingénieur qui regrette d’être contraint de construire "une usine à gaz autour de chaque soudure"


La centrale de Fessenheim est-elle " certifier conforme " ? A la direction des Mines on est très confiant. On regrette, bien sûr, de n’avoir pu intervenir que relativement tard, alors que Framatome avait déjà beaucoup travaillé. On souligne que - "des progrès restent à faire" , en particulier pour ce qui concerne l’accessibilité de certaines parties de la centrale en fonctionnement. Et on affirme que pas mal reste à accomplir pour habituer l’industrie française à travailler avec un "contrôle de qualité" permanent. Certaines difficultés ont paru notamment surgir au niveau des entreprises sous-traitantes " il a fallu raconte-t-on chez Framatome, que nous nous déplacions chez tel ou tel sous-traitant pour le contraindre à ressortir des dossiers de matériels réalisés il y a quelques années."


Les difficultés ont encore été renforcées par les grands progrès réalisés dans le domaine du contrôle des matériels utilisant aujourd’hui des techniques de plus en plus perfectionnées, à base notamment de rayon X ou d’ultra-sons. La sûreté s’en trouve souvent renforcée mais n’est-ce pas agaçant pour un constructeur , de se voir reprocher un "micro-défaut" qui il y a peu encore serait passé inaperçu mais qu’on a découvert grâce a un nouveau procédé de contrôle qu’il a parfois contribué à mettre au point ? De plusieurs côtés, on souligne les problèmes de conscience qui ont pu surgir à propos de tel ou tel résultat qu’on ne sait pas encore interpréter...


Ainsi en a-t-il été de défauts mineurs de soudure sur les coudes des tuyauteries de Fessenheim, qu’il a fallu entièrement démonter, ce qui a encore accru de six mois de retard déjà important. Et aujourd’hui, chez Framatome on affirme avoir démontré que en fait, les micro-fissures détectées n’étaient pas évolutives, et donc et donc qu’on aurait pu tout laisser en état...


Personne au total, ne semble estimer que le retard de Fessenheim soir excessif. Au-delà des problèmes techniques et de règlementation, on veut aussi bien chez le constructeur et l’acheteur que dans l’administration, y voir la preuve des efforts accomplis pour que le prototype des futures centrales de l’ E.D.F. soit aussi réussi que possible "Westinghouse était un électricien pas un chaudronnier" , souligne t-on ici, "Fessenheim n’est pas totalement satisfaisant" affirme t-on ailleurs, "il a fallu faire quelques fois des modifications destinées non pas à améliorer quoi que ce soit, mais simplement pour être capables de faire les calculs", ironise t-on encore.


Seul cependant, l’avenir et en particulier la "disponibilité" de la centrale, permettra vraiment de juger de la réussite de cette francisation obtenue à grand frais.


XAVIER WEEGER


Attention au maris des autres

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