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LE MONDE - 9-10 janvier 1977 - Page 3

DIPLOMATIE


MENACE PAR DES PRESSIONS AMERICAINES


Le programme nucléaire du Brésil reste controversé


De notre correspondant


Rio-de-Janeiro. - Le Brésil commence à s’ interroger sur son avenir atomique. Il y a quelques mois déjà, on s’ était alarmé, à Brasilia, des déclarations de M. Carter pendant la campagne électorale américaine. Le candidat démocrate avait affirmé qu’ il userait de tous les "moyens diplomatiques" possibles pour obtenir une révision de l’ accord de coopération atomique signé en 1975 entre la République fédérale d’ Allemagne et le Brésil. Le ministère des affaires étrangères, ici, avait, alors, refusé de commenter ces déclarations. Mais les inquiétudes ont réapparu lorsque la France a annoncé qu’ elle renonçait à exporter des usines de retraitement nucléaire. Les Brésiliens ont vu dans la décision de Paris le résultat des pressions américaines, et les commentateurs se sont demandé si Bon n’ allait pas y céder à son tour.


Dans la dernière semaine de décembre, les Pays-Bas ont laissé entendre qu’ ils refuseraient de fournir de l’ uranium enrichi pour les deux réacteurs construits à Angrados-Reis, au sud de Rio-de-Janeiro, en coopération avec les allemands, tant que le Brésil n’ aurait pas signé le traité de non-prolifération des armes nucléaires.


Ce coup de semonce a montré que le cercle se refermait autour du Brésil. Il a également rallumé une polémique qui avait éclaté lors de la signature de l’ accord avec Bonn. Les milieux scientifiques avaient alors critiqué le choix technique fait par le régime, lequel, disaient-ils, lie beaucoup trop le développement atomique du pays à la technologie étrangère.


Les Allemands se sont engagés à construire, en quinze ans, huit réacteurs nucléaires fonctionnant à l’ uranium enrichi et à l’ eau légère, d’ une puissance globale d’ un peu plus de 10 millions de kilowatts-heure. Un contrat a été signé pour la construction immédiate de deux réacteurs qui seront alimentés par des combustibles achetés à un consortium européen, l’ URENCO - formé par l’ Allemagne occidentale, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne. Bonn doit livrer ensuite aux Brésiliens les techniques de l’ enrichissement de l’ uranium et du retraitement du combustible irradié.


Un choix
qui date de 1968


La menace d’ embargo des Pays-Bas sur la livraison de 2000 tonnes d’ uranium enrichi incite les savants à réaffirmer, comme il y a un an et demi, que le Brésil aurait dû opter pour la technique de l’ uranium naturel et de l’ eau lourde. "D’ abord parce qu’ elle est plus simple, donc plus adaptée aux possibilités d’ un pays en voie de développement", nous dit M. Luis Pinguelli Rosa, chef du département de physique théorique à l’ université fédérale de Rio-de-Janeiro. "Ensuite, parce qu’ il est moins difficile de se procurer de l’ uranium naturel que de l’ uranium enrichi. Seuls quelques pays, et en premier lieu les Etats-Unis, savent enrichir l’ uranium. Nous avons critiqué l’ accord de 1975 parce qu’ il nous plaçait directement dans la dépendance de ces pays-là."


Les physiciens estiment, en effet, que le Brésil sera longtemps obligé d’ acheter son combustible sur les marchés étrangers, bien qu’ aux termes de l’ accord de coopération il doive se doter d’ une usine pour enrichir son uranium. Ils considèrent que la technique d’ enrichissement retenue - celle du centre nucléaire de Karlsruhe, le procédé étudié à Karlsruhe utilise la déviation d’ un je de gaz par une paroi courbe. Les molécules les plus lourdes sont moins déviées que les plus légères. On sépare ensuite le jet en deux fractions, dont l’ une est enrichie et l’ autre appauvrie en uranium fissile, en est encore au stade expérimental et ne pourra pas être utilisée par les Brésiliens dans un avenir immédiat. Ils admettent que le choix en faveur de l’ uranium enrichi ne date pas du gouvernement Geisel, mais de 1968, lorsque le Brésil a acheté son premier réacteur - clé en main - à la firme américaine Westinghouse.


L’ accord de 1975 a permis un bond en avant. Il a manifesté une volonté d’ indépendance nationale, puisqu’il permet un transfert de technologie auquel les Américains se refusaient. Mais les savants se plaignent de n’ avoir pas été consultés. "Nous ignorons toujours qui a orienté le gouvernement, disent-ils, et qui discute sur une base scientifique avec l’ Allemagne."


A leurs yeux le programme atomique élaboré pour quinze ans est trop ambitieux et n’ est pas vraiment dicté par des considérations énergétiques. "Nous avons assez de ressources hydro-électriques pour couvrir nos besoins jusqu’en l’ an 2000. En revanche, les réserves mondiales d’ uranium connues sont limitées."


Faut-il en conclure que des raisons politiques, plus que techniques, ont commandé les décisions de Brasilia ? Malgré les dénégations officielles, le régime n’ est-il pas décidé à se doter un jour de l’ arme nucléaire, sachant que l’ Inde, puissance comparable, a déjà la sienne, et que l’ Argentine, éternelle rivale, s’ intéresse de près à la question ? N’ a-t-on pas murmuré, un temps, qu’ il s’ agissait là d’ une exigence militaire à laquelle le gouvernement avait dû se plier ?


De telles questions éclairent, une fois de plus, les méthodes adoptées par le pays pour s’ industrialiser. En assujettissant son développement à l’ importation de techniques et de capitaux étrangers, a-t-on répété dans certains milieux, le Brésil s’ expose à de graves déboires. Le régime a fait fi de tels arguments. Les pressions étrangères d’ aujourd’hui ne donnent-elles pas raison à ceux qui recommandaient alors un programme plus modeste, et surtout plus autonome, et qui indiquaient leur préférence pour des réacteurs fonctionnant à l’ uranium naturel - solution retenue par des pays comme le Canada et l’ Argentine ?


CHARLES VANHECKE.

POUR DES RAISONS "ADMINISTRATIVES"


Les livraisons américaines d’ uranium enrichi à l’ Europe
sont suspendues depuis six mois


De notre correspondant


Bonn - Les Etats-Unis n’ ont pas livré d’ uranium enrichi en Europe occidentale, et notamment en République fédérale, depuis six mois, et le Canada attend pour reprendre ses livraisons d’ uranium naturel que les pays de la Communauté souscrivent à des contrôles plus rigoureux.


Ces mesures sont dues à des difficultés plus administratives que politiques, affirme-t-on dans les milieux dirigeants de Bonn.


Elles n’ auraient en tout cas aucun rapport avec l’ opposition des Américains - et en particulier de la nouvelle administration Carter - à l’ exportation d’ installations "sensibles" (usines d’enrichissement de l’ uranium et usines de retraitement de combustibles irradiés) par la France et la République fédérale vers des pays tiers (en l’ occurrence le Pakistan et le Brésil). Le ministère ouest-allemand de la recherche scientifique a rappelé, vendredi 7 janvier, que des difficultés comparables étaient apparues il y a deux ans et qu’ elles étaient la conséquence de changements à la direction de l’ Agence américaine de l’ énergie.


Un porte-parole de la société Nukem, spécialisée dans l’ import-export des combustibles nucléaires, a indiqué que les stocks de la République fédérale en uranium enrichi suffisaient pour cette année . L’ uranium enrichi est destiné aux centres de recherches et d’ essais de Julich (près de Cologne), de Karlsurhe et de Graching (près de Munich). Une commande de 17 kilos d’ uranium enrichi à 93,3% passée au printemps dernier, mais officiellement confirmée seulement à l’ automne, serait sur le point d’ être livrée.


En ce qui concerne l’ uranium naturel, les partenaires européens n’ ont pas encore réussi à s’ entendre sur l’ entrée en vigueur d’ un "accord de vérification" passé entre l’ Euratom et l’ Agence internationale de l’ énergie atomique de Vienne, qui a pour fonction de soumettre l’ utilisation de cet uranium à des contrôles plus stricts.


Selon les Allemands, la France refuserait de ratifier un accord comportant les mêmes obligations que le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires qu’ elle a refusé de signer. On n’ exclut pas, ici, que les sept pays "non nucléaire" de la Communauté se passent de l’ accord de la France et, éventuellement, de la Grande-Bretagne pour permettre la reprise des livraisons canadiennes.


L’ Allemagne fédérale, qui consomme entre 2000 et 3000 tonnes par an d’ uranium naturel, en importe près de 40% du Canada, 40% d’ Afrique du Sud, 20% des Etats-Unis et 1% d’ Australie.


Dans les milieux proches du gouvernement fédéral, on rappelle à cette occasion la position allemande au sujet de l’ exportation d’ installations et de technologies nucléaires : la R.F.A. estime qu’ une coopération internationale étroite, avec les pays du tiers-monde en particulier, pour l’ utilisation pacifique de l’ énergie nucléaire donnera à ces pays "le sens de leurs responsabilités". A condition qu’ ils se soumettent à des contrôles rigoureux, cette coopération devrait éviter le risque d’ un développement "sauvage" de l’ énergie nucléaire et, donc, d’ une prolifération des armes atomiques.


D. V.

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