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    2009.
















LE MONDE - 31 juillet - 1er août 1977

SUR LA POLITIQUE NUCLÉAIRE


La visite de M. Giscard d’Estaing à Pierrelatte


C’est sous une pluie fine que le chef de l’ État , accompagné de M. Monory, ministre de l’industrie, du commerce et de l’artisanat, et de M. André Giraud, administrateur général délégué du commissariat à l’énergie atomique ( C.E.A. ) est arrivé à 14 h 30 sur le site de Pierrelatte, venant par hélicoptère de la base militaire d’ Orange. il a été notamment accueilli par MM Jean Teillac, haut commissaire à l’énergie atomique, et Georges Besse, président du directoire d’ Eurodif et directeur général de la Compagnie générale des matières premières. (COGEMA).


Le président de la République s’est alors directement rendu dans les installations militaires secrètes de Pierrelatte, accompagné seulement de quelques personnalités. Il s’y est fait présenter les installations pilotes où a été mis au pont le nouveau procédé français d’enrichissement isotopique de l’uranium basé sur une méthode d’échanges chimiques.


Toujours accompagné d’un cortège restreint, M. Giscard d’ Estaing s’est ensuite rendu dans un autre local où lui ont été montrés les dispositifs secrets utilisés dans l’usine militaire actuelle d’enrichissement, et sur lesquels est également fondée la réalisation de la nouvelle usine Eurodif.


Pendant ce temps, les journalistes ont visité une unité de l’usine basse des installations militaires d’enrichissement, qui est encore à ce jour la seule usine de ce modèle dans le monde qui ne soit pas couverte par le secret le plus total.


Avec près d’un quart d’heure de retard sur l’horaire officiel, le cortège s’est dirigé vers l’une des quatre unités de l’usine d’ Eurodif, où il a été reçu par M. Jean François Petit, directeur général de la société. Détendu et marquant un vif intérêt, le chef de l’ État, vêtu d’une blouse blanche, les chaussures recouvertes de sur-bottes en plastique translucide, a alors suivi les explications de M. Petit, exposant grâce à des schémas, la structure financière d’ Eurodif, qui associe des capitaux français, iraniens, belges, espagnol et italiens, ainsi que le principe de fonctionnement des installations et leur agencement général.
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le cortège a ensuite parcouru lentement les installations réalisées. Le chef de l’ État s’est encore longtemps attardé, contemplant les impressionnantes batteries de compresseurs surmontés des éléments cylindriques où sont enfermées les barrières de diffusion gazeuse, éléments-clés du procédé.


Rejoignant ensuite un petit bâtiment administratif proche du lieu de stationnement des hélicoptères, le chef de l’ État a eu un bref entretien avec les responsables du C.E.A. avant de se soumettre aux questions des journalistes de la télévision, puis de la presse écrite et parlée.
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C’est finalement avec près de trois quarts d’heure de retard, après une brève remise de décorations, que le chef de l’État à rejoint l’’hélicoptère. Dans l’après-midi, un de ses collaborateurs avait reçu les organisations syndicales du personnel de Pierrelatte, venues exposer leurs préoccupations en matière d’emploi et de sécurité.

" Il n’y a pas d’autre alternative pour le développement de la France "


Répondant, au terme de sa visite, aux questions des journalistes, M. Valéry Giscard d’ Estaing a notamment affirmé que " les trois conditions fondamentales de développement de la politique nucléaire de la France sont l’indépendance, la sécurité et la responsabilité " soulignant que " l’énergie nucléaire est au carrefour de deux indépendances de la France, l’indépendance de sa défense et l’indépendance de son approvisionnement en énergie , le chef de l’État a rappelé que, actuellement, la France, s’approvisionnait à l’étranger pour les trois quarts de ses besoins en énergie.


M. Michel Roland, secrétaire de la C.F.D.T., a notamment déclaré vendredi soir, en réaction aux déclarations du chef de l’ État : Comment parler d’indépendance lorsque la politique énergétique de la France s’aligne sur celle des firmes multinationales ?


" Comment parlé de sécurité alors que des scientifiques de plus en plus nombreux dénoncent les dangers des centrales et usines nucléaires ? La privatisation de ce secteur, que la C.F.D.T. a dénoncé depuis plusieurs années, ne fait qu’accroître ces risques "


" Comment parler de responsabilité lorsque le gouvernement français poursuit le vente d’une usine de traitement de combustible irradié au Pakistan, usine dont le seul but est de produire du plutonium pour fabriquer l’arme nucléaire, lorsque l’industrie française signe un contrat à long terme de livraison d’uranium avec l’ Afrique du Sud, lorsqu’on se lance sans débat, sans information, sans décision du Parlement et au mépris des élus du peuple, dans la construction de Super-Phénix, c’est-à-dire dans l’industrie du plutonium ? "


" Nos ressources nationales, a t-il dit, ne couvrent que le quart de nos besoins. Cela atteindrait les quatre cinquièmes de nos besoins en 1985 si nous ne développions pas l’énergie électrique nucléaire. Il n’y a pas d’autre alternative que le nucléaire pour le développement de la France. Il n’y a en effet un grand vide que nous devons combler. "


Répondant à une question sur l’éventualité, évoquée par M. Mitterand, d’organiser un référendum sur les problèmes nucléaires M. Giscard d’ Estaing a d’abord souligné qu’il serait surtout intéressant de connaître " l’opinion personnelles " des grands responsables politiques, qui ne devraient pas " poser des points d’interrogation " à l’opinion publique. I a ensuite affirmé :

" Du point de vue constitutionnel un référendum sur l’énergie nucléaire est impossible à organiser dans le cadre de notre constitution. Les matières sur lesquelles un référendum est possible sont en effet limitées à juste titre par la Constitution. Il s’agit de l’organisation des pouvoirs publics ou de la ratification de certains traités internationaux. "


Selon le président de la République, " la politique du gouvernement est celle d’un équipement électro-nucléaire raisonnable, produit par notre propre industrie qui fabrique déjà la totalité de nos centrales électriques nucléaires dans des limites compatibles avec la sécurité et l’environnement " . M. Giscard d’ Estaing a ensuite rappelé que la France produisait déjà 4 000 MW d’électricité grâce aux centrales nucléaires, soit 10 % de la consommation française " Notre projet est d’arriver à produire 40 000 MW, ce qui effraie des esprits de bonne foi a-t-il affirmé. Les français doivent savoir que les États-Unis produisent déjà 45 000 Mw grâce à l’énergie nucléaire. Il y a deux cents centrales électriques nucléaires dans le monde "


Il ne faut pas traiter les problèmes de sécurité à la légère " a affirmé le chef de l’ État, soulignant que depuis 1969 date de l’entrée en service des premières centrales nucléaires françaises, il n’y a eu aucun décés dû au fonctionnement de ces installations, alors que, dans le même temps, mille deux cents personnes étaient mortes dans les mines. je vais demander au gouvernement de procéder, d’ici à la fin de l"’année, à un réexamen de l’ensemble des dispositifs de sécurité en fonctionnement ou prévus concernant l’ensemble de notre programme d’énergie électrique nucléaire " , a indiqué le chef de l’ État.


A propos des manifestations antinucléaires notamment celle de Creys-Malvlle, M. Giscard d’Estaing a rappelé que les Français " avaient une image militaire de l’énergie nucléaire qui, pour eux, signifie la bombe atomique. Quant à l’environnement, c’est un problème complexe ", a dit le chef de l’État, soulignant que, par exemple, l’utilisation de charbon posait des problèmes d’environnement tragiques ".


A propos de la prolifération le président de la République a fait valoir que " la France est l’un des pays qui participent le plus activement à la lutte contre la prolifération de l’arme nucléaire. C’est une dimension que j’ai introduite personnellement dans la politique extérieure de la France. J’ai reçu d’ailleurs, avant-hier, un message de M. Brejnev qui traitait notamment de ce sujet ". le chef de l’ État a enfin indiqué que l’annonce par la France de la mise au point d’un nouveau procédé d’enrichissement de l’uranium avait déjà provoqué " des réactions positives de la part d’un certain nombre de pays importants. "

Les commentaires de la presse parisienne


LE QUOTIDIEN DE PARIS :


le débat national doit être ouvert.


Le référendum n’est peut-être pas constitutionnel ; mais le débat national doit être ouvert, les sources d’énergies propres et sûres étudiées avec le plus grand soin avant que la part exacte du nucléaire dans l’approvisionnement du pays en énergie ne soit définie. Le gouvernement ne souhaite pas commettre l’erreur du tout nucléaire après celle du tout pétrole. N’y a-t-il pas dans ce débat de prudence de quoi amorcer une discussion à l’échelle de la nation ? "


( RICHARD LISCIA )


L’ AURORE


des enfants brouillons.


" A Pierrelatte, M. Giscard d’Estaing a constaté un fait : la France, en panne latente d’énergie, ne peut en aucun cas renoncer à son effort nucléaire. ce ne sont que des enfants brouillons qui feront un inutile tapage aujourd’hui et demain autour de Creys-Malville. "
" le président de la République a annoncé une révision serrée de tous les dispositifs de sécurité conçus pour rendre impossible l’inconcevable. On ne saurait lésiner là-dessus. "
" Enfin visitant las installations d’un nouveau procédé d’enrichissement de l’uranium, le chef de l’ État n’a pas passer sous silence le péril - qui peut devenir énorme dans moins de dix ans - de l’insémination de la planète par des centaines de bombes au plutonium, aux mains de primitifs ou de déments. "
" Si les jeunes pèlerins de Creys-Malville s’occupaient d’abord de cette menace que l’on hésite à qualifier, tant le langage échoue à la définir, leur mouvement ne susciterait aucun reproche. "


( JOSÉ VAN DEN ESCH. )


LE FIGARO :


les surrégénérateurs n’ont pas fait leurs preuves.


" Mais il y a plus grave : c’est le fait que les surrégénérateurs fonctionnent au plutonium. (....) Et, pour certains scientifiques, les surrégénérateurs présentent, par-dessus tout, le défaut de ne pas avoir fait leurs preuves : il n’en fonctionne en effet qu’une demi-douzain dans le monde, sous forme de prototypes de puissance réduite. Le premier de taille véritablement industrielle à naître ( en 1982 ) sera, précisément, " Super-Phénix ". La manifestation d’aujourd’hui montre - pour le moins - que les adversaires du nucléaire sont peu sensibles à l’argumentation développée par ses partisans : l’avance technologique de la France en ce domaine. "


( JEAN-PAUL CROIZÉ )


LE MATIN ;


un choix de société


" Fidèle à sa conception de l’autorité, le président de la République continue d’estimer que cette affaire, à cause de sa complexité est du domaine réservé des experts. n’est-il pas de l’intérêt du pouvoir d’entretenir autour de cette question le secret et la confusion ? Au moins jusqu’à ce que le choix nucléaire ne devienne irréversible..."
Faut-il redire ici une fois de plus que ce choix est un choix de société, que les citoyens doivent faire en se plaçant sur plusieurs plans : celui de l’avenir génétique celui du rythme de la croissance économique, celui de la conception de la défense nationale celui du pouvoir technologique, centralisateur. Fonder la politique énergétique de demain sur le nucléaire oblige à prendre en compte une multitude de réactions en chaîne qui vont déterminer notre futur univers social, politique et culturel. Le choix nucléaire, c’est un peu " la politique des dominos ".


ROUGE :


l’écho de la lutte antinucléaire dans le mouvement ouvrier.


" Malheureusement, les manifestants de ce week-end devront déplorer l’absence des organisations majoritaires de la classe ouvrière, qu’elles soient syndicales ou politiques. Se contentant d’une vague condamnation du programme nucléaire actuel, elles se montrent favorables à l’énergie nucléaire au nom de l’intérêt national. Et au mépris des intérêts des travailleurs. Pourtant, la présence de nombreux militants du P.C., du P.S., de la CG.T. ou de la C.F.D.T. parmi les manifestants de ce week-end témoignera de l’écho grandissant des luttes antinucléaires au sein du mouvement ouvrier. "
" Seule la jonction entre le mouvement antinucléaire et les organisations ouvrières permettra de bloquer la poursuite du programme électronucléaire français. "


L’ HUMANITÉ :


un courant à détourner.


C’est bien dans une atmosphère de provocation que va s’ouvrir ce matin cette marche sur Malville "
" Au-delà même de l’effervescence soigneusement mise en valeur de ce " week-end nucléaire ", on est en droit de se poser la question : pour qui marchent les manifestants de Malville ? "
Les grands moyens d’information tentent de conférer aux groupes dits " écologiques " le monopole de la contestation du mode de croissance actuel. C’est que l’aspiration au changement est telle dans le pays que la " majorité " est en passe de n’avoir plus la majorité. Si l’on pouvait détourner ce courant... "


( JEAN-PIERRE GAUDARD. )

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LIBÉRATION :


les paris stupides.


Super-Phénix : un symbole. Au nucléaire, il fallait un monstre toutes catégories, un colosse qui menace l’avenir. C’est lui. Pari économique pour l’an 2000 qui se révèlera vraisemblablement un pari peu rentable, pari scientifique et technologique qui, dans un domaine que l’on ne maîtrise pas encore totalement, apparaîtra demain comme un pari dangereux dont les effets se feront sentir sur mille ans. Pari politique enfin : plusieurs milliers de policiers et de gendarmes aujourd’hui et demain pour protéger un chantier qui doit faire de cette zone potentiellement l’une des plus dangereuses du globe, des policiers à demeure pendant des années. Des contrôles et encore des contrôles pour traquer l’irrationnel, le grain de sable, ce petit milliardième qui désigne l’occident dans les statistiques. Pari d’une société encore plus centralisée et prémice d’une " société totalitaire de consommation " . Pari stupides.
" Besançon pour Lip, le Larzac contre l’armée et Hendaye pour l’ Espagne. Trois rassemblements qui témoignaient pour une société différente. Comme aujourd’hui à Malville. "

Socialisme et pouvoir nucléaire


Par XAVIER SALLANTIN Ancien directeur de recherches à la Fondation pour les études de défense nationale.


L’ AMÉNAGEMENT socialiste de la niche écologique est-il compatible avec l’existence d’une force nucléaire de dissuasion ? Il est grand temps de savoir si la démocratie autogestionnaire doit ou non rejeter comme une tumeur maligne et envahissante l’excroissance d’un pouvoir nucléaire développant ses applications et implications tant civiles que militaires.


Curieuse et tardive prise de conscience de la gauche, alors qu’un super pouvoir nucléaire tisse déjà depuis plus d’une décennie le réseau toujours plus serré de son hégémonie de fait sur le monde. Que la France soit gouvernée a gauche ou à droite, elle est déjà enkystée. L’inexorable extension de l’impérialisme des deux super-puissances américaine et soviétique est une donnée de fait qui ne procède pas d’un projet dominateur délibéré incarné dans leurs chefs du moment mais de la logique même de l’équilibre de la terreur dont ces chefs, quels qu’ils soient, sont prisonniers.


Dés lors que deux géants ont la capacité de s’exterminer mutuellement s’ils se battent en duel, ils sont prisonniers de la nécessité de ne pas se livrer un tel duel à mort et ils se trouvent, l’un et l’autre, dans l’obligation commune de prévenir une rupture possible de cet équilibre au bénéfice de l’autre. L’élimination de toute source de déséquilibre est donc, pour eux, un impératif réciproque de survie. D’où une connivence explicite sur les points suivants : la poursuite de la course aux armements pour éviter tout basculement technologique défavorable ; le contrôle de tout perturbateur potentiel susceptible de déclencher une conflagration générale ; la pression croissante d’un dispositif politique, économique et militaire ; la confiance dans les vertus de potions tranquillisantes, du style de l’acte final d’ Helsinki, pour décourager toute tentative déstabilisatrice.


Ce bromure idéologique a réussi à endormir efficacement tous ceux qui ne veulent ni voir, ni savoir l’extraordinaire discontinuité qu’a introduite dans l’histoire le fait nucléaire qui donne, désormais et de manière irréversible, à l’humanité le pouvoir de sa propre extermination. Comment peut-on discuter du pour et du contre le pouvoir nucléaire en France sans commencer par prendre la mesure de cet indiscutable état de fait : l’existence de mégatonnes en quantité suffisante pour anéantir l’espèce humaine ? Comment penser la stratégie nucléaire, civile ou militaire en France à partir de considérations de politique intérieure sans s’inscrire dans cette nouvelle problématique mondiale dominée par la menace d’apocalypse ? Pour inventer et instaurer la nouvelle société socialiste il faut d’abord être vivant et libre.


En attendant de trouver la recette magique qui pourrait contraindre les puissances à détruire leurs armements et centrales nucléaires, tout Français averti devrait se demander comment éviter l’aliénation d’une paix soviéto-américaine fondée sur la crainte d’un holocauste que l’ U.R.S.S. et les États-Unis auraient seuls le pouvoir de déclencher.


Le refoulement instinctif d’une telle problématique se pare d’arguments moraux. On condamne la perspective de destruction de cites adverses sans mesurer qu’elle telle menace ne saurait être brandie par le chef d’État, de manière crédible, qu’en réponse à une menace d’un poids comparable pour la population française. La seule référence morale imprescriptible est l’affirmation du droit à l’existence de la personne, dans le respect de son identité individuelle, nationale, universelle. Que la France en vienne à juger que son existence en tant que nation ne vaudrait plus la peine d’^etre vécue dans les conditions d’oppression qui lui seraient réservées, alors elle serait en droit et en devoir de pousser l’éternel cri libérateur : plutôt la mort que la servitude ! Si la dernière chance de sauver une existence d’une atteinte intolérable est de la risquer au combat, aucune morale ne l’interdit, surtout si ceux qui prennent ce risque acceptent l’éventualité de se sacrifier pour d’autres.


Que les adversaires soient deux individus, deux peuples ou deux espèces vivantes, la moralité d’un duel ne se pèse pas à la quantité des vies en jeu, mais à la légitimité de la défense. Au risque d’y disparaître, l’humanité devrait accepter le risque d’un combat final, si c’était sa seule chance d’éviter la colonisation par des insectes ou par des singes.


Une censure de la mort


Mais on peu se demander si ce refoulement du risque ne provient pas surtout d’une censure de l’épreuve, de la lutte, de la crise et finalement de la mort. Pourtant, on voit mal comment la gauche pourrait être à l’abri de tensions et de conflits alors que ses membres sont d’ores et déjà divisés sur une question aussi fondamentale. On pourrait croire, à entendre certains écologistes, qu’ils n’ont rien d’autre à mettre dans leur niche qu’un oeuf sans germe. Ils le couvent comme on prolonge un vieillard avec des précautions et des antiseptiques en veillant à ce que la turbulence des jeunes ne vienne casser cette santé de verre. Dans cette éthique de couveuse stérile, c’est paradoxalement l’exubérance de la vitalité qui est menace et l’hibernation de la sénilité qui est sécurité. L’on en vient à cette perversion des lois de la nature dont prétendent se recommander les écologistes ; le vital est considéré comme létal et le létal comme vital.


Cette perversion naît de l’angoisse, car l’oeuf sans germe pourrit inexorablement. Pourtant nombreux sont ceux, qui cultivent un projet, présentant, désirant, désignant l’éclosion d’un germe qu’ils appellent : nouvel ordre mondial, socialisme ou comunisme international, communauté humaine, référentiel universel de la coexistence pacifique, etc. Une telle utopie, seule chance de survie, reste à inventer : cet homme nouveau jouissant d’une nouvelle intelligibilité reste à naître. Les expériences passées et présentes offrent plus d’exemples d’échecs tetentissants que d’ébauches de réussites, mais à travers lacritiques de ses erreurs la réflexion sociale s’immunise peu à peu. Elle progresse donc, encore que la plupart ne soient pas vaccinés, confondant des hypothèses de travail avec des panacées.


On se paye de mots si l’on croit que les orientations d’un programme sont des garanties de succès, alors qu’elles ne sont que pistes de recherche dont l’exploration demandera avant tout du courage, y compris celui de risquer éventuellement sa vie pour pouvoir explorer librement la voie choisie. Car les super-puissances ne sauraient tolérer que surgisse un nouveau pôle non-aligné dont le dynamisme seraiit comparable à celui de la Révolution de 69. Mais , dans leurs efforts pour étouffer une telle émergence, elles on un talon d’Achille : la crainte de l’extermination qui les rend esclaves de l’équilibre de la terreur. La seule arme contre cette règle du jeu est d’oser l’enfreindre, c’est-à-dire d’oser , si la nécessité l’impose, risquer sa vie et celle du monde pour sauver le monde. Ne commençons pas par jurer de garder au foureau notre seule arme, sous prétexte qu’elle est dangereuse.


Le salut de l’humanité


L’enfantement d’un nouvel ordre mondial est d’une ambition, d’une démesure, d’une difficulté si extrêmes que seul un stimulant extrême peut forcer l’homme à tenter l’entreprise, à se surpasser et pourquoi pas, à réussir l’accouchement. Mais ceux qu’anime un tel idéal se trompent en croyant nécessaire de commencer par supprimer l’aiguillon. Ils font erreur sur l’essence même de la liberté, car sans le ressort de la crainte la vie n’aurait pas évolué. Les primates dans leur éden n’auraient eu aucune raison de faire un effort pour en sortir et accéder à cette stature humaine que nous devons aux épreuves et tâtonnements de millions de générations cherchant l’issue.


Il se trouve que, par l’oeuvre de ceux qui nous ont précédés, la France est à nouveau bien placés pour être le théâtre d’une telle percée qui ne soit plus comme en 69 aube des nationalités mais de la mondialité ; il ne s’agit plus du salut d’un homme affirmant son droit, mais du salut d’une humanité découvrant son destin. La France ne manque pas d’idée mais elle se trouve avoir aussi les armes pour stimuler et protéger la germination des idées. Et, en définitive, dans toutes les espèces vivantes, la finalité de la défense n’est pas de préserver le grain qui pourrit, mais le germe qui point.


Pouvoir nucléaire et libertés démocratiques sont certainement conciliables, dés lors que tout pouvoir n’a d’autre but que de défendre un processus d’universalisation des libertés au terme duquel l’autorité du pouvoir cesse. Mais il ne faut pas se croire prématurément à terme. La meilleure façon de faire, à coup sûr, avorter le projet socialiste est de le désarmer.

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