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    seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre
    2009.















21/1/69

L’Opinion de Monsieur Jacques Mimran
sur les dessous de l’affaire du blé canadien


Monsieur Jacques Mimran , propriétaire des Grands Moulins d’Abidjan , se trouve actuellement à Madagascar . Il a eu , à Tanarive , le 15 janvier , une discussion - sous le sceau du secret professionnel -personnalité de premier plan . Par ailleurs , Monsieur René Chelton , qui lui avait prête de l’argent il y a a treize ans et l’avait sorti alors d’un mouvais pas , lui a téléphoné de Paris le 20 janvier .


Je rapporte ci-dessous les phrases mêmes de Monsieur Jacques Mimran , telles qu’elles ont été dictées par le premier interlocuteur au magnétophone , et par Monsieur Chelton directement .


1° . L’entrevue de Mimran avec la personnalité à Tananarive le 15.1.69 . (transcription de bande magnétique )

J. Mimran : "Félix Houphouët-Boigny a refusé le bateau de blé canadien et c’est fort heureux . Il a simplement accepté le bateau du Niger ."


Question : "Mais n’est - ce pas au détriment des populations sous - développée deux Etats d’Afrique Occidentale ? "


J. Mimran : " Non , seuls les échanges orientés vers la France garantissent notre stabilité à nous , investisseurs français . "


Question : "Mais il ne s’agit pas d’échanges . "


J. Mirman : "C’est du blé gratuit , d’accord . Mais on lèse l’agriculteur français . Nous sommes , nous , Grands Moulins d’Abidjan , contraints de moudre ce grain , de le vendre en Côte d’Ivoire et de donner l’argent au Niger . C’est absolument abusif . Il s’agit au surplus de blé Manitoba 4 , exclusivement destiné à l’alimentation du bétail et impropre à la consommation humaine . à la consommation humaine . D’autre part , les tonnages octroyés au Niger , 19.000 tonnes , représentent en fait 10 ans de consommation intérieure du Niger . C’est une affaire sordide dans laquelle un Français a touché 110.000 dollars ."


Question : Ne risquait -on pas de mécontenter les autorités canadiennes ?"


J. Mimran : Absolument pas . Il s’agit d’un subterfuge . C’est un don gratuit , théoriquement , mais en fait un billet pour s’introduire et s’implanter définitivement sur le marché des farines en Côte d’Ivoire . "


Question : "Mais encore une fois , les intérêts des populations ivoirienne et nigérienne ? "


J. Mirman : " Il n’est pas question . Tous ces pays sont soutenus à bout de bras par la CEE et la France et le minimum que l’on puisse exiger d’eux , c’est tout de même d’acheter les produits français en surproduction . "


2°. La conversation téléphonique Paris -Tana de Chelton avec Mr Mirman le 20 janvier 1969 à 10 h 30 .


Déclaration de Mr J. Mimran :
"Il ne s’agit nullement d’une question de qualité de blé ou de son prix . II s’agit d’une question politique . Diori est un fou , il n’aurait jamais dû accepter ce blé . Diori est fou . Il sait pourtant que le blé est une question tabou en France . Il y a eu une protestant virulente au nom du Marché Commun auprès de Diori . Il est fou .

Quand Houphouët m’en à parlé , j’ai bien voulu lui donner un coup de main et emmagasiner ce blé comme tiers détenteur .

E tout cas , il n’est pas question que ça se répète . S’il y a un nouveau bateau de blé , nous on ne reçoit pas ."


Monsieur Chelton lui a dit alors :
"Jacques , ne les estampez pas , car j’ai été obligé de mettre les Nigériens au courant de la valeur réelle du Manitoba 4 que vous aviez qualifié de fourrager ".


Monsieur Jacques Mimran a répondu :
"Je vous le répète , il ne s’agit pas d’une question de qualité ou de prix , mais d’un problème politique ".


La conclusion que tire Chelton de sa conversation téléphonique avec Jacques Mimran est la suivante :


1° . "Diori est fou " signifie : "Le Président Diori ne se rend pas compte des conséquences de son acte"


2° . "Le problème est politique " signifie : " on discute sur la question du prix ou de la qualité , mais en réalité il s’agit de défendre les positions de la France sur ce plan ; nous devons donc décourages Diori , par tous les moyen

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