N-24-032-001

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  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny
    seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre
    2009.















perspectives nigériennes


Mensuel - Octobre - Novembre 1970


Sommaire


Les élections législatives


1


La composition sociale de la nouvelle Assemblé


2


Le nouveau gouvernement


2


Le problème de l’ Afrique du Sud


2


Visite au Nigeria


3


L’amitié franco-nigérienne


3


Conférence du Peace Corps


4


La situation de l’arachide


4

LES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES


Le 22 Novembre, 97,09 % des 1 906 783 électeurs inscrits ont élu la liste unique de 50 candidats-députés présentée par le Parti Progressiste Nigérien, section du Rassemblement Démocratique Africain ( PPN-RDA ). Ainsi, chacun des nouveaux députés, puisque élu par l’ensemble du corps électoral, devient le représentant de la Nation toute entière, et non d’un groupe ethnique quelconque.


Cela ne veut évidemment pas dire que le choix du Bureau Politique du PPN_RDA ait fait totalement abstraction du fait tribal. De même, si les abstentions ont été plus nombreuses que lors des élections présidentielles qui se sont déroulées aux Niger trois semaines plus tôt ( 2,91 % contre 0,54 % ), cela est dû en bonne partie au fait que certains électeurs étaient en désaccord avec le Bureau Politique sur le choix des candidats originaires de leur région.


Ceci dit la campagne électorale a été axée comme l’a mis en relief le Président de la République, sur " la première de nos options, l’unité nationale ". Le même thème a été développé par les nombreuses délégations, conduites souvent par des ministres ou des responsables du Parti, qui ont sillonné le pays pendant les dix jours précédant la date des élections.


Le Chef de l’ État et le président de l’ Assemblée Nationale ont, tous deux, participé de façon active à la campagne électorale, comme ils l’avaient fait avant les élections présidentielles. Mais cette fois-ci, le Président Diori s’est déplacé dans l’ouest du pays, et le Président Boubou Hama dans l’est, contrairement à ce qui s’était passé trois semaines auparavant . Ils ont écouté les doléances, les critique et les proposition des responsables : ceux qui se sont plaints de la sécheresse et de la mauvaise récolte de mil, conséquence de la pluviosité déficitaire, ceux qui veulent que les responsables politiques viennent plus souvent sur place pour se rendre compte de la situation, ceux qui qui demandent, un plus grand nombre de puits pour pouvoir résoudre le problème vital de l’eau. Et aussi ceux - souvent les mêmes - qui ont fait état des succès remportés, des écoles construites avec les moyens du bord, des récoltes de riz portées de 800 kg à 5 000 par hectare, des rentrées régulières de l’impôt.


Les deux présidents se sont adressés à leur tout aux cadres et populations. Le président Boubou en particulier, a expliqué qu’il avait fallu, jadis, être " contre " : contre les colons, contre l’administration coloniale, contre le système colonial, et que maintenant il fallait être " pour " :


" Pour l’arachide, pour le riz, pour l’aménagement des rives du fleuve, pour la construction de routes, pour le forage de puits, pour la promotion des paysans, pour le bien-être du peuple... La maison coloniale s’est écroulée, il faut en construire une autre. On a déjà bâti la maison de l’indépendance politique et il nous faut maintenant construire la maison de l’indépendance économique... ( Et pour cela ), il faut l’unité nationale à l’intérieur et le bloc national face à l’extérieur. "


M me Aïssa Diori, épouse du président de la République, elle aussi, à participer de façon active à la campagne électorale, s’adressant en particulier aux femmes nigériennes.


Elles les a exhortées en particulier, comme elle le fait d’ordinaire, à prendre leurs " responsabilités, si les hommes ne font pas leur travail ", et cela dans tous les domaines.

LA COMPOSITION SOCIALE DE LA NOUVELLE ASSEMBLÉE


Dans certains milieux dits progressistes, on attache une grande importance aux " origines sociales " des dirigeants. Si l’on tient compte que la première usine digne de ce nom est entrée dans la phase de production il y a un peu plus d’un an, et que les coopératives paysannes ont moins de quatre ans d’âge, la " composition sociale " de la nouvelle assemblée Nationale est probablement la moins " réactionnaire " au monde : on trouve e effet, parmi les 50 députés élus le 22 octobre dernier :



15 instituteurs ;


1 inspecteur du cycle primaire ;


6 infirmiers ;


2 assistants de santé ;


1 moniteur d’agriculture ;


3 assistants d’élevage ;


1 secrétaire de greffe ;


1 secrétaire d’intendance ;


5 chefs de bureau ;


3 agents administratifs ;


1 contrôleur des Postes ;


1 assistant de météorologie ;


1 aide conducteurs des Travaux Publics :


1 animateur de la Radio ;


1 commerçant :


1 employé d commerce ;


5 chefs traditionnels.


Comme le remarque les " capitalistes " et les " féodaux " sont plutôt rares ...

LE NOUVEAU GOUVERNEMENT


Après sa réélection, le 1 er octobre, et les élections législatives du 22, le Président de la République du Niger a constitué le nouveau gouvernement. Ceci a été fait en deux étapes.


Dans un premier temps, il a nommé, le 23 novembre, onze ministres, dont voici liste comparative :


Ministères


Ministres au 21.11.70


Ministres nommés le 22.11.70


Affaires Étrangères


M. Courmo Barcougne


M. Maidah Mamoudou


Intérieur


M. Diambala Yansambou Maïga


M. Diambala Yansambou Maïga


Finances et Affaires
Sahariennes et Nomades


M. Moudour Zakara


M. Moudour Zakara


Travaux Publics, Transports,
Mines et Urbanisme


M. Léopold Kaziendé


M. Dandobi Mahamane


Économie Rurale


M. Maidah Mamoudou


M. Noma Kaka


Éducation Nationale


M. Harou Kouka


M. Harou Kouka


Postes et télécommunications


M. Issa Ibrahim


M. Issa Ibrahim


Justice


M. Amadou Issaka


M. Barkir Alidou


Fonction Publique et Travail


M. Boukari Sabo


M. Boukari Sabo


Affaires Économiques, du
Commerce et de l’ Industrie


M. Barkiré Alidou


M. Kaziendé Léopold


Ministre délégué à la Présidence


M. Amadou Issaka


Quatre jours plus tard, le Président Diori Hamani complétait son gouvernement en nommant un certain nombre de secrétaire d’ État, à savoir :



- M. Maï Maïga, Secrétaire d’ État à la présidence en remplacement de M. Abdou Sidikou ;


- M. Amadou Mossi, Secrétaire d’ État à la Santé, en remplacement du ministre M. Mahamane Dandibi ;


- M. Harouna Benbello, Secrétaire d’ État à l’ Économie Rurale, sous la direction du ministre, M. Noma Kouka ;


- M. Garba Katambé, Secrétaire d’État à l’intérieur, sous l’autorité du ministre M. Diambala Yansambou Maïga.


Le poste de la Défense Nationale n’a pas été pourvu et relève donc, dans l’immédiat, du Chef de l’ État.

LE PROBLÈME DE L’ AFRIQUE DU SUD


La question de l’ Apartheid en Afrique du Sud et la proposition du chef de l’ État ivoirien d’établir un " dialogue ", a fait couler beaucoup d’encre et a donné lieu à de nombreuses interprétations plus ou moins fantaisistes. Répondant aux questions des journalistes à l’aéroport de Lagos à l’issue de sa visite au Nigeria, le Président Diori Hamani a tenu à mettre un terme aux exégèses en expliquant ce qu’était au juste la proposition de son collègue et ami le Président Houphouët-Boigny. Voici un extrait de cette mise au point :


" Tout en restant fidèle à la stratégie générale qui consiste à ce qu’il n’y ait pas de coopération avec l’ Afrique du Sud, le Président Houphouët-Boigny pense proposer à une réunion de l’ O.U.A. des solutions débouchant sur un dialogue. Il a expliqué qu’il doit d’abord faire une préparation psychologique, contacter tous les pays, et que ce n’est qu’à la réunion de l’ O.U.A., en assemblée générale, qu’il exposera cette thèse pour déterminer si une majorité peut l’appuyer pour aller dans le sens du dialogue, ou si, au contraire, l’assemblée étant souveraine ; s’il n’y a pas de majorité et si on lui démontre qu’il a tort, il ne poursuivra pas son action. Il faut donc attendre la réunion de l’ O.U.A. pour se prononcer sur ce problème. Voilà ce j’ai compris de ce qu’a dit le Président Houphouët-Boigny ", a conclu le chef de l’ État nigérien.

VISITE AU NIGERIA


Le 1 er octobre, le Président Diori Hamani assistait à Lagos aux festivités organisées à l’occasion du X e anniversaire de l’indépendance du Nigeria. Invité à nouveau par le gouvernement fédéral, il vient d’y faire, du 16 au 19 novembre, une visite " exceptionnellement fastueuse ". Accueilli partout - à Lagos comme au barrage hydroélectrique de Kaindji - avec des manifestations émouvantes de sympathie et qualifié " d’ouvrier infatigable de l’unité et de la dignité africaines, ami sûr et dévoué au Nigeria " Il a été fait, en même temps que le général Gowon, Docteur Honoris Causa de l’université d’ Ibadan. et cela, " en témoignage du rôle éminent de Diori hamani pendant la guerre civile au Nigeria, rôle qui demeure vivace dans nos mémoire ; dans un esprit de bon voisinage, de fraternité loyale et d’authentique unité africaine, à ajouté le recteur de l’université, Diori hamani a apporté un soutien inébranlable et sincère à la fédération du Nigeria "


Dans sa réponse, le Chef de l’ État Nigérien, gardant comme toujours ses pieds sur terre, et ayant en vue son objectif de diversification des partenaires du Niger, a avancé un certain nombre de propositions concrètes. Il a demandé, entre autres :



- la mise en valeur, par les deux pays, d’un certain nombre de projets hydroagricoles frontaliers, tels que ceux du goulbi de Maradi, de la Maggia, de la cuvette de Gaya, de la Komadougou ;


- la construction d’une ligne de haute tension destinée à ravitailler le Niger en énergie à partir du barrage de Kaindji ;


- l’intégration des cimenteries de Malbaza au Niger, et de Sokoto au Nigeria ;


- l’ouverture du marché nigérian aux phosphates de Tahoua, au sucre et aux produits céramiques nigériens :


- une surveillance plus sévère de la frontière longue de 2 000 km pour freiner la fraude qui porte un préjudice considérable aux finances des deux pays ;


- l’organisation de la vente du bétail entre les deux pays ;


- un réaménagement des droits de douanes :


- l’organisation des transports, en particulier, par voie fluviale.


Le Président Diori Hamani a terminé souhaitant la création d’une " commission nigéro-nigériane ayant les plus larges compétences et qui siégerait régulièrement à des dates rapprochées ".


Le chef du gouvernement militaire fédéral du Nigeria ayant abondé dans le même sens, une réunion préliminaire était organisée dès le lendemain. Le communiqué conjoint publié à l’issue de la visite devait reprendre les suggestions du Président Diori Hamani. Voici quelques extraits de ce document :


" Les deux chefs d’ État ont exprimé la détermination de leurs gouvernements et de leurs peuples d’en arriver à une coopération véritable dans tous les secteurs d’intérêt commun, particulièrement dans les affaires économiques, commerciales et culturelles, ainsi que dans les domaines des télécommunications et des transports. A cette fin, ils ont décidé de constituer immédiatement une commission mixte de coopération, qui se préoccupera d’étudier en premier lieu la libéralisation des échanges commerciaux entre les deux pays.


" Les deux chefs d’ États sont tombés d’accord sur l’urgence d’une navigation expérimentale, dans les meilleurs délais, entre Niamey et Warri, qui démontrera la navigabilité du fleuve Niger entre ces deux ports. Une fois le voyage expérimental et le balisage terminé, le fleuve Niger sera déclaré ouvert à la navigation.


" Les deux chefs d’ États ont noté que l’alimentation de Niamey en électricité à partir du barrage de Kaindji apparaissait au quatrième plan de développement du Nigeria. Ils se sont entendus sur l’urgence de réaliser cette liaison. Ils ont demandé à cet effet que l’on détermine aussit^t que possibles les études techniques et de factibilité, et que l’on identifie une source commune de financement.


" Les deux chefs d’ États ont réaffirmé leur détermination de promouvoir les idéaux et les objectifs de l’ Organisation de l’unité africaine. Ils ont condamné l’apartheid et toutes les autres formes de racisme et exprimé leur appui aux mouvements de libération en Afrique.


" S.E. le major-général Yakubu Gowon a exprimé la gratitude profonde et les remerciements du gouvernement et du peuples nigérians au président du Niger, à son gouvernement et à son peuple pour leur apport éminemment positif durant la guerre civile nigériane. "


Il convient de relever enfin que le " New York Times " a consacré, dans sa livraison datée du 1 er décembre, un long article à la coopération nigéro-nigériane et à la politique de diversification des partenaires lancée par le Président Diori Hamani.

L’AMITIÉ FRANCO-NIGÉRIENNE


M. Claude François Rostain, ambassadeur de France au Niger, accompagné de son épouse, quittait Niamey le 24 octobre pour une tournée de six jours dans l’Est du pays dans le double but de connaître mieux le Niger et de prendre contact avec ses quelques 650 compatriotes, dont près de 300 appartiennent à l’assistance technique française, et qui travaillent dans la région.


Le gouvernement avait tenu à ce que les autorités et les populations locales réservent un accueil particulièrement chaleureux au représentant de la France amie privilégiée du Niger. Et effectivement, partout où il est passé, que ce soit à Zinder, à Maradi à Birni N’Koni ou à Dogondoutchi, le diplomate français a été fêté comme un ami. Partout, les populations lui ont montré en même temps que leur attachement à l’amitié française, leur sens profond de l’hospitalité si caractéristique en pays sahélien.


Ému par cet accueil, l’ambassadeur de France a expliqué, à Maradi en particulier, que le but de sa tournée était " de connaître mieux le Niger, pour mieux le faire comprendre à Paris, et être mieux compris de lui ".


Signalons également que le 30 octobre et le 25 novembre, le Niger et la France signaient, dans le cadre du " Fonds National d’ Investissement ", trois conventions s’élevant à 685 000 000 de CFA au total. On sait que la France participe à raison d’un milliards de CFA par an à ce fonds auquel iront par ailleurs tous les droits perçus par le Niger dans le cadre de l’exploitation de son uranium.

CONFÉRENCE DU PEACE CORPS


Du 16 au 19 novembre, les responsables du Peace Corps dans 23 pays africains se sont réunis à Niamey pour étudier la réorientation des activités de cette organisation créée par le président John Kennedy. les dirigeants du Peace Corps se sont en effet aperçus que les jeunes Américains n’ayant pour tout bagage technique que leur bonne volonté et qui composaient jusqu’à tout récemment les 2/3 des effectifs de l’organisation, n’étaient pas d’un grand secours pour les pays dans lesquels ils travaillaient. D’où la tendance actuelle à diriger le recrutement vers les techniciens en électricité, plomberie, etc.


M. Houser, directeur adjoint du Pearce Corps, a relevé à ce propos, durant la conférence de Niamey, qu’un sondage au sein des volontaires avait montré que seul 25 % d’entre eux croyaient que leur présence avait constitué un apport pour les pays hôtes. Par contre 92 % d’entre eux pensaient avoir tiré une expérience personnelle valable, et 45 % estimaient avoir été utile à leur propre pays.


En ce qui concerne le Niger, environ 350 volontaires américains y ont travaillé durant les huit dernières années, et 70 s’y trouvent en ce moment répartis dans les secteurs de la santé, de l’éducation et de l’économie rurale.


Cette forme d’assistance technique mise à part, notons, avec le " New York Times ", que " le Niger a été éliminé en douceur du programme d’aide bilatérale des États-Unis ".

LA SITUATION DE L’ARACHIDE


Comme chaque année à pareil époque, le gouvernement vient de fixer le prix minimum d’achat aux paysans des arachides de la nouvelle récolte. Ce prix sera de 21 F CFA pour les arachides décortiquées et de 14 F CFA pour les arachides en coques, contre respectivement 20 et 13,5 F CFA en 1969-1970 et 18 à 12 F CFA en 1968-1969.


Cette augmentation des près de 17 % du prix d’achat des arachides en deux ans, se traduira sur la base du tonnage commercialisé au cours de la campagne 1969-1970, par une augmentation de quelque 500 millions de F CFA de la masse monétaire disponible dans les milieux ruraux.


Il est à noter que le gouvernement à préféré une fois de plus, relever le prix d’achat aux paysans plutôt que les droits de sortie qui sont maintenus à 2 250 F CFA la tonne, contre 2 750 F il y a trois ans....


Quant à la Société Nigérienne de Commercialisation de l’arachide ( SONARA ), organisme étatique chargé de l’ensemble du processus de commercialisation, il semble qu’elle ait définitivement passé, depuis deux ans, le cap des exercices déficitaires. Grâce à une gestion saine, caractérisée par une compression vigoureuse des frais annexes - emballages, fret, agios bancaires, etc. -, elle fait des bénéfices confortables versés en majeure partie à la Caisse de stabilisation. ces bénéfices, en augmentation de 50 % sur l’exercice précédent approchent le milliard de F CFA.


Édité par EURAFOR PRESS
Pour le Centre d’ Information du Niger
13 bis, rue Lafitte - PARIS - IX e


Directeur de la Publication : M. Maraval
Rédacteur en Chef : J. Baulin


Abonnement annuel : 30 francs


Imprimé par Abexpress, 72 rue du Château d’ Eau, Paris 10 e

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