N-24-017-001

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  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny
    seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre
    2009.















Perspective nigériennes


Mensuel - Novembre 1968


Sommaire


visite du président soudanais et conférence à quatre


1


Le budget 1969


2


L’aide généreuse du canada


2


renforcement de la Coopération Franco-Nigérienne


3


Un retard fâcheux pour les E.A.M.A.


3


La promotion commerciale des oléagineux
700.000 CFA par an pour former un élève de l’ É.N.A.


3


Un contrat Italo-Nigérien


4


Le parc automobile du Niger


4


Un annuaire de l’ O.C.A.M.


4

VISITE DU PRÉSIDENT SOUDANAIS
ET CONFÉRENCE À QUATRE


Le chef de l’État du Niger a accueilli le 28 octobre dernier à Niamey le Président du Conseil Suprême de la République du Soudan, Sayed El Azhari. Cette visite fait suite à celle que le Président Diori avait effectuée au Soudan du 22 au 28 juin derniers.


Bien qu’ils n’aient ni frontières ni ethnies communes, ni même un passé commun de colonisés la présence d’un demi-million de Nigériens vivant sur le sol soudanais crée entre les deux États des liens très solides. Les deux pays entretiennent des relations très amicales renforcés par le succès de la médiation du Président Diori l’année dernière dans le conflit soudano-tchadien.


Les deux Chefs d’État ont eu un programme chargé avec la visite des principales villes de l’intérieur du pays, Tahoua, Agadès, Zinder et Maradi. De plus, outre les problèmes de coopération propres aux deux pays, les présidents ont passé en revue les problèmes africains et plus particulièrement celui du Nigéria. Le Général Gowon, du Nigéria, les a rejoints à maradi, rencontre qui a donné lieu à un communiqué annonçant la décision des gouvernements du Soudan et du Niger d’envoyer des secours aux populations civiles victimes de la guerre au Nigéria. Enfin le Président el Azhari et le Président Diori se sont rendus à Ouagadougou où les attendait le Chef d’État voltaîque et où se trouvait en visite officielle le Président Modibo Keita du Mali. Les quatre Présidents ont réaffirmé leur adhésion totale à la résolution adoptée par la conférence d’ Alger sur l’intégrité territoriale du Nigéria.

LE BUDGET 1969


Le Niger doit faire face à de multiple difficultés dont les causes sont bien connues et malheureusement sans solution jusqu’à ce jour. Il affronte seul, sans le soutien de la France qu’il avait auparavant, la dure concurrence mondiale dans le domaine des oléagineux qui constituent sa principale recette d’exportation. De plus, la guerre au Nigéria perturbe gravement toute la vie économique du Niger, en faisant régresser les échanges entre les deux pays, en provoquant une baisse sensible des prix de certains produits traditionnels d’exportation vers le Nigéria, en particulier dans le domaine des bovins.


Le budget 1969 tient compte de l’ensemble de ces facteurs et reste très prudent. Ainsi le budget spécial d’équipement tombe de 858.875.000 francs en 1968 à 792.000.000 francs en 1969, les compressions frappant, comme le montre le tableau ci-dessous, deux des quatre chapitres du budget d’équipement ( en francs CFA ) :


Infrastructure
administrative


Infrastructure
humaine


Infrastructure
économique


Production>


1968


174 300 000


213 600 000


118 400 000


321 800 000


1969


255 438 000


159 665 000


120 417 000


252 774 000


Quant au budget général, s’il progresse inévitablement, il le fait de façon fort modeste puisqu’il passe de 9 570 000 000 francs CFA en 1968 à 9 954 000 000 e 1969, soit une progression de 4,8 %. L’évolution des budgets des différents ministères se présente comme suit ( en francs CFA ) :


Intérieur


1 103 690 000


1 134 416 000


Éducation Nationale


942 420 000


1 046 174 000


Défense Nationale


890 138 000


909 285 000


Santé


652 885 000


715 705 000


Économie rurale


493 625 000


552 032 000


Finances


403 090 000


461 889 000


Travaux publics


223 150 000


279 685 000


Affaires étrangères


213 770 000


239 081 000


Fonction Publique. Travail


104 555 000


105 325 000


Information, jeunesse


99 470 000


107 437 000


Justice


80 645 000


82 967 000


Affaires économiques


23 710 000


29 715 000


Affaires Sahariennes


4 170 000


6 555 000


Le gouvernement se montre également d’une extrême prudence dans le domaine de la fiscalité. Les recettes sont toujours pour 94 % d’origine fiscale mais l’augmentation prévue des dépenses ne sera due à aucune majoration d’impôts. le gouvernement compte accroître ses rentrées fiscales, grâce à un contrôle plus efficace des services des contributions directes et indirectes.


Peu de modifications sont apportés aux dispositions fiscales, sinon dans le domaine de la commercialisation de l’arachide sur les marchés officiels. Les arachides décortiquées, les huiles brute d’arachide et le coton-fibre de la campagne 1968-1969 seront assujettis à un droit unique de sortie dont le taux sera, par kilo net, de 2,25 francs CFA pour les arachides décortiquées, de 5 francs CFA pour les huiles brutes d’arachides et de 1 franc pour le coton-fibre. Ce droit est perçu dans les mêmes conditions que les droits à l’exportation. Les autres droits ou taxes sont supprimés pour ces trois produits.

L’aide généreuse du Canada


A la suite du séjour au Niger en mars dernier d’une mission canadienne conduite par M. Lionel Chevrier, le Conseil de Ministres canadiens a décidé, conformément au rapport établi par cette mission, d’accorder au gouvernement du Niger un certain nombre de subventions sur plusieurs années.


Le Canada participera financièrement à l’extension du collège " Mariama " de Niamey, institution secondaire fondée en 1962 par le gouvernement du Niger avec la collaboration d’une communauté religieuse canadienne. La participation canadienne s’élèvera à 250 000 dollars en 1968, 380 000 en 1969, 60 000 en 1970 et 60 000 en 1971.


Le Canada fournira également du papier aux écoles pour une valeur de 75 000 dollars en 1968 et de 75 000 dollars en 1969.


Dans le cadre du programme nigérien d’éducation et de formation de la jeunesse, le canada fournira encore au Niger une aide de 15 000 dollars en 1968 et de 75 000 dollars en 1969.


D’autre part, dans le cadre du programme de lutte contre les épidémies déjà mis sur pied par le gouvernement du Niger le Canada interviendra pour 100 000 dollars en 1968 et 90 000 en 1969.


Enfin les études géodésiques et les recherches sur la protection des végétaux seront dotées respectivement de 20 000 et 15 000 dollar en 1968, 220 000 et 127 000 en 1969, 460 000 et 178 000 en 1970, 300 000 et 224 000 en 1971.

Renforcement de Coopération Franco-Nigérienne


A l’occasion du séjour en France du Chef de l’ État du Niger, un protocole d’accord entre la République du Niger et la France a été signé le 16 octobre à Paris par le Président Diori et M. Michel Debré, Ministre français des affaires Étrangères.


L’accord prévoit notamment la création d’une commission de coopération permanente entre les deux pays qui examinera périodiquement les problèmes intéressant le développement du Niger.


Le président Diori a exprimé le voeu que cette coopération renforcée bénéficie non seulement aux deux signataires mais aussi aux autres États Africains.


Le même jour, à Niamey l’ambassadeur de France remettait au ministre nigérien de la Santé Publique, un lot de matériel médical et de médicaments d’une valeur globale de 29 millions de francs CFA, offert par le gouvernement Français.

Un retard fâcheux pour les E.A.M.A.


La Commis de Communautés Européennes vient de rappeler aux six gouvernements du Marché Commun qu’elle avait pris une décision le 25 juillet 1967 en faveur du soutien des prix des produits oléagineux produits par le États Africains et malgache Associés et que cette décision n’est toujours pas appliquée faute de ratification par quatre des six Parlements européens.


Les six se sont engagés à partir du 1 "er" juillet 1968 à payer une subvention aux producteurs des dix-huit États associés, à concurrence d’un plafond de 14 millions de dollars pour deux ans. Cette aide, qui s’applique au coprah, aux arachides, aux palmistes, aux huiles correspondantes, doit couvrir 80 % de l’écart entre les cours mondiaux inférieurs aux prix de revient et " un prix de référence " considéré par la C.E.E. comme plus rémunérateur.


Les six qui ont prévu un budget spécial pour cette subvention, devaient effectuer un premier versement le 1 er juillet 1968. Un deuxième règlement est prévu pour le 31 décembre prochain. Mais l’ Allemagne, la Belgique, l’ Italie et les Pays-bas n’ont toujours pas fait ratifier cet engagement par leurs parlements. En rappelant ce dossier à l’attention des gouvernements européens intéressés, le Commission des Communautés Européennes souligne le préjudice grave que ce retard fait subir au E.A.M.A.

La promotion commerciale des oléagineux


En 1967, la production mondiale des oléagineux et matières grasses a été de 39 700 000 tonnes. L’arachide intervient dans ce total pour seulement 3 265 000 tonnes. On pourrait croire que le placement des arachides s’en trouve facilité. Malheureusement la cote actuelle de l’arachide est la plus basse jamais atteinte par les cours mondiaux. Cela pose un grave problème aux pays producteurs, surtout à ceux de ces pays pour qui l’arachide représente 70 à 80 % des exportations.


Devant ces perspectives peu encourageantes sept pays africains, le Congo-Kinshasa, la Gambie, le Mali, le Niger, le Nigéria, le Sénégal et le Soudan ont créé en 1964 à Dakar le Conseil Africain de l’ Arachide. C’est un organe consultatif qui a pour but de renforcer la coopération entre les pays producteurs et d’harmoniser leurs politiques de vente. la neuvième session de ce Conseil vient de se tenir à Niamey. La priorité a été donnée bien entendu au problème angoissant des prix, Le Conseil ayant jugé souhaitable d’arrêter une attitude commune immédiate sur la politique de vente pour la dernière campagne arachidière.


Il a été décidé, d’autre part, d’ouvrir en Suisse le plus tôt possible un bureau de promotion des ventes des produits arachidiers.

700 000 CFA par an pour former un élève d l’ É.N.A.


A l’occasion de la rentrée solennelle à l’ École nationale d’ Administration, de nombreuses personnalités ont pris la parole au nombre desquelles M. Heutgen, directeur de l’ É.N.A. et M. Amadou Issaka, Ministre de la Fonction Publique et du travail. L’un et l’autre ont souligné l’importance de l’ École Nationale d’ Administration sans la formation des cadres nigériens. Le premier a insisté plus particulièrement sur les orientations qu’il convient de donner aux programmes afin de les replacer plus exactement dans le contexte nigérien et de les adapter aux besoins réels du pays.


Le Ministre lui, a mis surtout en relief les difficultés que rencontre le gouvernement dans sa bataille pour le développement et les sacrifices que la nation consent pour former les meilleurs de ses enfants. M. Amadou Issaka a fait remarquer ainsi que le coût moyen annuel de formation d’un élève s’élève à quelque 700 000 francs CFA. Puis le Ministre a demandé à ses jeunes auditeurs de retenir et de méditer ce chiffre, avant de leur suggérer de la comparer aux 18 000 francs dont dispose, pour une année, un cultivateur ou un éleveur nigérien.

Un contrat italo-nigérien


La société italienne " Italedil " filiale du groupe IRIFINSIDER, va construire à Niamey un important ensemble d’édifices destinés à l’administration publique nigérienne.


Le contrat a été signé à Rome par le Président Diori lors de son récent séjour en Italie. ce contrat porte sur deux milliards de lires.

Le parc automobile du Niger


le nombre de voitures toutes catégories immatriculées au Niger est passé de 5 225 en 1962 à 80450 à la fin de 1967. les véhicules français occupent toujours la première place dans la composition du parc nigérien. On compte en effet 5 938 véhicules français sur un total de 8 450. Citroën vient largement en tête devant Peugeot et Renault. Land-Rover vient en quatrième position.


Le tableau ci-dessous donne l’évolution du parc nigérien depuis 1962 :


CATÉGORIES DE VÉHICULES


1962


1963


1964


1965


1966


1967


Total véhicules français


3 915


4 460


5 025


1 942


5 416


5 938


Total véhicules étrangers


1 160


1 410


1 651


5 647


1 931


2 305


Divers français, étrangers


150


171


216


220


204


207


TOTAL


5 225


6 041


6 892


7 809


7 551


8 450


Parmi les transporteurs publics au Niger, il y a lieu de faire une place à part à la Société Nationale des Transports Nigériens ( S.N.T.N. ), placée sous la tutelle du Ministre des Transports. C’est une société d’ Économie Mixte au capital de 120 millions de francs CFA. Elle a été créée en 1963 à la suite du rachat par le gouvernement du Niger de la majorité des parts détenues par la Compagnie Transafricaine-Niger. Le gouvernement détient à l’heure actuelle 51 % des actions. Une augmentation de capital de 100 millions de francs CFA a été décidée pour l’exercice 1968 et le gouvernement a inscrit à son budget d’équipement la somme de 53 millions. D’autre part la S.N.T.N a signé avec le Compagnie transafricaine une convention de prestation de service. Celle-ci lui prête son concours contre rémunération, grâce à un personnel spécialisé dans les domaines techniques, commerciaux, comptables et d’organisation.


La S.N.T.N doit assurer des services réguliers de voyageurs. Mais pour le transport des marchandises, la S.N.T.N. agit comme une entreprise de transport ordinaire et débat librement ses contrats de transport. C’est ainsi qu’elle évacue les arachides sur le Nigéria et ravitaille les commerçants du Niger oriental, transporte le coton-graine et fibre et assure les transports sur l’ensemble du Niger pour le compte de la Société d’ Économie Mixte Copro-Niger.


Le parc de la S.N.T.N. groupe 173 véhicules dont 16 autocars et 40 camions-remorques.

UN ANNUAIRE DE L’ OCAM


A l’occasion de la Conférence au sommet de l’Organisation Commune Africaine et Malgache qui se tiendra en janvier prochain à Kinshasa, le Secrétariat de l’ Organisation a décidé d’éditer un annuaire économique destiné à mieux faire connaître les 14 pays qui la composent, leurs institutions, leur économie, les perspectives de développement qui s’offrent à eux. Plus qu’un simple annuaire, l’ O.C.A.M. met à la disposition de ceux qui seraient intéressés, un excellent instrument de travail et une source précieuse de renseignements.


Détail pratique, cet annuaire sera édité en trois langues, français, anglais et allemand.


Édité par le CENTRE D’INFORMATION DU NIGER
13, boulevard Haussmann - Paris IX e


Directeur de la Publication : M. Maraval
Rédacteur en chef : L. Trividic


Abonnement annuel : 10 francs


Imprimé par Abexpress, 72, rue du Château d’ Eau, Paris

Un Ambassadeur extraordinaire


le bi-mensuel Afrique-Express, paraissant à Bruxelles, a publié dans son numéro du 10 octobre et à l’occasion de la tournée effectuée par le Président Diori en tant que porte-parole des dix-huit États Africains et Malgache Associés, dans les six pays du Marché Commun, un article qui précise bien les données du problème de l’ Association. En voici le texte intégral :


depuis le 19 septembre, le Président Diori Hamani chef de l’ État du Niger, président en exercice de l’Organisation commune Africaine et Malgache ( O.C.A.M. ), groupant 14 pays francophones, et dûment mandaté par l’ensemble des 18 États africains et malgaches associés au Marché Commun, poursuit une grande tournée en Europe dans le cadre du renouvellement de la Convention de l’association C.E.E. - E.A.M.A. On sait que cet accord signé à Yaoundé en 1963, et qui précise les modalités de la coopération euro-africaine, arrive à échéance le 31 mai 1969.


Au cours de ses discussions avec les autorités gouvernementales des six pays membres de la Communauté Économique Européenne, et avec les membres de la Commission, le président Diori hamani s’est attaché à l’analyse des avantages et inconvénients que la pratique de l’ Association a mis en relief durant les cinq années écoulées ; à leur lumière, il a proposé certains amendements, aménagements et additions à la Convention de 1963, qui paraissent indispensables aux États associés.


L’enjeu


Certaines voix s’élèvent çà et là pour critiquer les États associés, voire le principe même de l’Association euro-africaine.


Ces critiques, dans leur ensemble, sont mal fondées. Certes, dans toute oeuvre humaine, qu’elle soit européenne, africaine ou eurafricaine, les failles sont inévitables. Il convient de ne pas perdre de vue ce fait d’évidence, et surtout ne pas se servir de ces défauts comme cheval de bataille contre l’ Association, car l’enjeu est vital aussi bien pour l’ Afrique que pour l’ Europe.


Certes des personnes mal informées peuvent sous-estimer - tout comme les patrons dits " de combat " du début du siècle face à leurs syndicats ouvriers - la force potentielle des États en voie de développement, et même à caresser l’espoir de les " assujettir " le cas échéant. Inutile de s’étendre, ici, sur le caractère éminemment utopique de telles conceptions dans le monde d’aujourd’hui. Tous les gens sensés savent que si, au sein d’un pays, la paix sociale et le développement harmonieux de toute la communauté passent par une répartition équitable, sans disparités scandaleuses, du revenu national, de même, sur le plan international, la paix tout court et la quiétude des nations nanties ne peuvent se concevoir avec des multitudes humaines stagnant dans la misère et poussées au désespoir.


Or sur ce plan précis, le dernier rapport de la Commission Économique pour l’ Afrique de l’ O.N.U. met en relief un fait terrible : selon ses auteurs, au rythme actuel du développement des États d’ Afrique Noire, ceux-ci ne pourront atteindre le niveau de revenu ACTUEL des européens qu’en 270 à 350 années : il est illusoire de penser que ces peuples sauront patienter aussi longtemps.


La paix passe per le bonheur relatif de ces peuples qui forment l’écrasante majorité de l’ humanité. Ce bonheur est lui-même fonction d’un développement accéléré leur permettant de combler les fossé qui les sépare du niveau actuel de Européens, non pas en 300 ans, mais dès les premières décennies du XXI e siècle.


" Trade is better than aid "


Certains milieux dans les pays industrialisés emploient souvent ce slogan pour expliquer qu’un commerce équitable entre pays industriels et pays sous-développés vaut mieux que l’aide apportée à ces derniers. Cette aide, comme on le sait, n’a pas encore atteint le fameux seuil de 1 % du produit intérieur brut préconisé par l’ O.N.U. Les États africains ont fait leur ce slogan et pour cause : pour la seule Côte d’ Ivoire, entre 1958 et 1965, le manque à gagner du seul fait de la conjonction de la baisse des prix des produits manufacturés, atteint quelques 240 millions de dollars, alors que le total des dons et prêts qu’elle a effectivement reçus - elle est pourtant l’un des pays les plus privilégiés du point de vue de l’aide bilatérale et multilatérale - s’élevait seulement durant cette même période à 60 millions de dollars.


Pour nous en tenir au seul problème de l’exportation des produits tropicaux, il faut reconnaître que le statut d’associés n’a pas été d’un grand secours aux E.A.M.A. En effet, leurs exportations vers les six pays du Marché Commun se son développées beaucoup moins rapidement que celles de l’ Amérique latine destinées aux mêmes six pays, pour ne citer que cet exemple.


Il ne s’agit pas de jongler avec les chiffres mais d’être objectif. Si l’on exclut des statistiques, la Mauritanie dont les exportations de minerais de fer ont été multipliées par vingt entre 1963 et 1965, et le Congo-Kinshasa où la fin des troubles a provoqué un boom, on s’aperçoit que la progression en valeur des ventes des E.A.M.A. aux six a été inférieure à 1 % entre 1964 et 1966. Alors que les exportations latino-américaines progressaient à un rythme de quelque 6 % durant la même période.


La situation ne s’est guère améliorée depuis, au contraire, puisque les ventes de 18 E.A.M.A. à la Communauté Économique Européenne ont encore diminué de 1 % en 1967 par rapport à 1966, tombant de 1.319.000.000 de dollars à 1.304.000.000.


Certes, les États associés ne sont pas et ne peuvent pas être hostiles à un accroissement des relations commerciales entre le Six et les autres pays sous développés. Ce qu’ils demandent, c’est de ne pas être délaissés au profit d’autres groupes qui dans leur sphère géographique naturelle, jouissent déjà d’un soutien certain de la part d’autres États industrialisés.


Pour illustrer ce point de vue, prenons les cas de la banane et du café. Entre 1964 - début de la Convention de Yaoundé - et 1966, les importations communautaires de bananes en provenance de l’ Amérique Latine augmentaient de 50 % passant de 629.491 tonnes à 923.497, tandis que celles du café passaient de 417.052 à 426.400 tonnes. Durant la même période, les " Associés " voyaient leurs exportations de café vers l’ Europe des Six, diminuer de quelque 14.000 tonnes !


Comme on le remarque, loin de jouir de certains privilèges sur le Marché des Six, les E.A.M.A., en dépit de leur statut d’ Associés, sont traités en parents pauvres. Il faut reconnaître qu’il est choquant de le constater.


La baisse continue des prix des produits tropicaux.


Les États associés au Marché Commun sont surtout exportateurs de produits agricoles. On sait également que tous les pays industrialisés subventionnent leur agriculture. Ainsi le F.E.O.G.A. consacre deux milliards de dollars pour soutenir les prix des produits agricoles des Six, tandis que les États-Unis, eux, ont un budget annuel de subventions à leur propre agriculture de quelques sept milliards de dollars.


Grâce à ce soutien, l’indice des produits agricoles des pays industrialisés passait de 100 à 111 entre 1958 et 1965, tandis que celui des produits de l’agriculture de l’ensemble des pays en voie de développement tombait de 100 à 88. ( Cf. document U.N.C.T.A.D. TD/B/82 Add. 2, page 64 ). Pour les E.A.M.A., à part le caoutchouc brut, la chute était encore accentuée, puisqu’on trouve en 1965 les indices suivants, sur la base 100 pour 1958 :



- 66, pour les bananes fraîches ;


- 75, pour le coton ;


- 75 pour le café ;


- 78, pour les arachides ;


- 59, pour le cacao.


Sur ce terrain, on oppose trop souvent aux E.A.M.A. la notion de " prix du marché mondial ". Cette logique veut que si le Marché Commun achète à ses associés les bananes 34 % moins cher qu’auparavant, le coton 25 %, le cacao 41 %, etc., cela est dû à la baisse des prix de ces produits sur le marché mondial. Or, l’ Europe, en ce qui la concerne - et c’est aussi le cas des États-Unis - ne tient pas compte de cette notion, puisque le prix du blé européen est supérieur de 50 % à celui du Marché Mondial, le prix du sucre de 400 %, etc. Sans mentionner la subvention de 0,40 dollar par LITRE accordée à l’huile d’olive européenne.


Au demeurant " le prix du marché mondial " est un mythe. Quel est, par exemple, le prix du marché mondial de l’ananas en conserve ? Est-ce celui de Hawaï, rendu en Europe où il est vendu 30 % moins cher qu’aux États-Unis même ? Ne faut-il pas tenir compte également, comme l’a relevé Monsieur Rochereau, que " le cultivateur américain reçoit pour un kilo d’arachides

trois fois plus que le sénégalais ", ce qui n’empêche pas les prix des arachides américaines d’être inférieurs - parce que subventionnés - à ceux des E.A.M.A. ?


Puisqu’aucun pays industrialisé ne tient compte de cette notion de cours mondial, pour aucun de ces produits agricoles, n’est-il pas injuste de demander aux pays associés de s’y adapter rigoureusement en l’espace de quelques années ?


Au demeurant, la C.E.E. elle-même en avait implicitement reconnu la difficulté, puisqu’elle affirme avoir escompté " la mise sur pied d’une organisation des marchés à l’échelle internationale " pour la pallier. En attendant, cette solution idéale, il serait bon que lors des prochaines négociations pour le renouvellement de la Convention les responsables des Six envisagent sérieusement une telle organisation des marchés à l’échelle de l’ Eurafrique existante.


Les taxes sur les produits tropicaux


La consommation des produits tropicaux est par ailleurs freinée par les taxes que perçoivent certains États membres de la C.E.E. sur certains des produits tropicaux. Par exemple, l’ Allemagne Fédérale perçoit une taxe de quelques 4 D.M. par kilo de café importé, alors que le producteur ivoirien, lui, ne touche que 1,20 D.M. par kilo de café produit. L’ Italie adopte la même attitude en ce qui concerne le cacao.


Ces taxes ont un effet certain de freinage sur la consommation. Ce phénomène avait été mis en relief par une étude de l’ O.N.U. qui démontrait précisément que la consommation était forte où la fiscalité était faible ou inexistante, et vice-versa.


L’idéal consisterait en la recherche d’une source de financement indépendante destinée à soutenir les marchés des produits tropicaux, et l’abolition des taxes aurait pour effet un accroissement de la consommation.
<:par>


La hausse continue des prix
des produits manufacturés.


Alors qu’entre 1966 et 1967, les exportations des F.A.M.A. vers l’ Europe des Six baissaient de 1 %, leurs importations en provenance des pays du marché Commun, elles augmentaient de quelques 10 %, passant de 847.000.000 à 926.000.000 dollars.


Cette augmentation est due en partie à la hausse continue du niveau de vie dans les pays industrialisés. Elle est inéluctable car, comme le relevait M. André Philip dans le " Monde " du 5 mai 1967, l’opinion européenne considère aujourd’hui comme un droit, une amélioration annuel du niveau de vie d’au moins 3 %. cette amélioration annuelle de 3 % - au minimum - du pouvoir d’achat des citoyens des pays industrialisés est répercutée bien entendu au niveau des produits manufacturés.


cette constatation d’un fait d’évidence devrait à elle seule amener les partenaires industrialisés des E.A.M.A. à chercher un remède efficace.


D’autre part, ainsi que le relève le rapport du 3 avril 1968 du Conseil de Coordination des États Africains et Malgache associés à la C.E.E., une partie des préférences tarifaires dont jouissent les pays membres de la C.E.E. dans le marché des E.A.M.A. ( et qui grèvent le budget déjà limité des États Africains ), permet souvent aux Six de vendre leurs produits à un prix plus élevé que celui du marché mondial. C’est ainsi que l’on constate que l’indice des prix des importations en provenance de la C.E.E. subit une hausse plus rapide et plus prononcée que celui des importations en provenance des pays tiers. Il n’est pas juste que les sacrifices budgétaires consentis par les E.A.M.A. servent à surélever les prix des produits manufacturés importés.


La dégradation des termes de l’échange


Comment est-il possible, après avoir constaté la dégradation de fait des produits tropicaux et l’inéluctabilité de la hausse des prix des produits manufacturés des pays industrialisés, comment est-il possible de nier la détérioration des termes de l’échange ?


Le Président Diori, dans son mémorandum à ma Communauté d’octobre 1966, a cité les faits et chiffres précis que voici :


" La contre valeur de l’exportation d’une tonne de cacao permettait en 1960 d’importer au Cameroun 2.700 mètres de tissus écrus, ou 1.200 kg de ciment. En 1965, la même quantité de cacao ne pouvait plus permettre l’importation que de 800 mètres de tissus et 450 Kg de ciment. Une tonne de café permettait l’achat à Abidjan, de 4.500 kg e fer à béton en 1958 : en 1962, la même quantité de café ne permettait plus l’achat que de 3.000 Kg de fer à béton. "


Est-il possible de concilier ces faits avec la volonté affichés par tous les pays industrialisés en général et ceux de la C.E.E. en particulier d’aider au progrès économique et social des pays sous-développés ?


le Fonds Européen de Développement ( FED )


Le Fonds Européen de Développement doit être, suivant la définition même que lui a donnée la C.E.E., " un effort financier complémentaire aux aides bilatérales et multilatérales destinées au développement des pays d’ Outre-Mer ".


Si l’on veut que le F.E.D. joue réellement le rôle que lui donnait le législateur, il doit être quantitativement différent de ce qu’il a été jusqu’ici.


Il est évident, au départ, que si l’on désire réellement voir les habitants des E.A.M.A. atteindre le niveau de vie actuel des Européens en moins de trois siècles, il faudra accroître massivement le montant mis à la disposition du F.E.D., qui représente actuellement environ 20 % des aides extérieures reçues par le États associés.


Une tendance se dégage, tant par les services de la Commission Européenne qu’au niveau des gouvernements des États membres pour que le montant du 3e F.E.D. soit plafonné au niveau de celui du 2e F.E.D. ( soit à 730 millions de dollars ) ou, au mieux, faiblement augmenté. rappelons en passant que le 1er F.E.D. s’élevait à 581 millions de dollars.


Les E.A.M.A., de leur côté, prenant en considération leurs besoins minima, la hausse accélérée des prix des produits manufacturés et l’élévation du P.N.B. des États membres, élaborent des propositions dans lesquelles pourrait entrer en ligne de compte, outre les considérations plus haut mentionnées, un système d’indexation. les divers calculs ainsi effectués aboutissent, pour celle à laquelle semblait vouloir s’en tenir leurs partenaires européens.


Quant aux améliorations qualitatives, les E.A.M.A. relèvent les insuffisances que voici :


1. La part des deux premiers F.E.D. consacrée à l’industrie n’a représenté que 4,07 % du total des investissements économiques. On pense améliorer ce pourcentage et, de même, consacrer plus de ressources à la production d’énergie.


2. L’aide à la diversification agricole n’a, sans doute, pas accordé un soutien suffisant aux productions qui entraînent des suppressions d’importations comme, par exemple, l’élevage.


3. Entre le 1er et le 2e F.E.D. on a constaté une faible augmentation de l’aide proprement dite et une hausse relative des prêts. Les prêts spéciaux, qui présentent des conditions plus avantageuses pour les E.A.M.A., sont quantitativement moins importants que les prêts moraux, aux conditions du marché mondial, et d’ailleurs incomplètement pratiqués.


4. Les E.A.M.A. s’étonnent également que l’on ait peu pratiqué, jusqu’ici, la déduction des bonifications d’intérêts assorties aux prêts, selon la procédure prévue par la Convention.


5. Alors que le 1er F.E.D. réservait 22,54 % de son budget social à la formation des cadres, le second ne prévoyait plus que 14,63 %. Or, l’on sait que la formation des cadres est primordiale, si l’on désire remplacer les cadres étrangers qui coûtent fort cher. Les E.A.M.A. souhaitent par ailleurs que l’assistance technique du F.E.D. soit renforcée, compte tenu de la baisse progressive de l’assistance technique bilatérale. Ils souhaitent également que cette assistance soit orientée essentiellement vers les secteurs de production.


6. Toujours dans le domaine social, plusieurs E.A.M.A. ont été amenés à abandonner par exemple des projets de centres sanitaires ou hospitaliers à cause des frais de fonctionnement inhérents à ces installations. Il serait souhaitable que sur ce plan, le F.ED. accepte de prendre à sa charge certains de ces frais récurrents.


7. Il y a un décalage très important entre le moment où le F.E.D. approuve un projet donné et celui de la passation du marché et de son exécution. Ce retard, en lui-même préjudiciable au développement des pays intéressés, a également pour conséquence de renchérir de 10 à 20 % le coût du projet.


Ce brf survol des problèmes soulevés par le renouvellement de la Convention d’ Association C.E.E. - E.A.M.A. n’est ni exhaustif ni limitatif.


Le sujet est immense et complexe. Contentons-nous d’en avoir, aujourd’hui, cerné les contours.

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