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N-23B-218-001

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  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny
    seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre
    2009.
















70.1341.jb.dh

le 28 décembre 1970

Monsieur Diallo Oumar
Directeur des Mines et de
la Géologie
Ministère des Travaux Publics
Niamey


Cher Ami,

En dépit de deux tentatives, je n’ai pu vous rencontrer durant mon dernier séjour à Niamey. La première fois, à la suite sans doute d’un malentendu, vous n’étiez pas à votre bureau, et la seconde, vous étiez parti pour Paris. Votre séjour étant là trop court, je n’ai pu vous y joindre le 23 courant à mon retour.

Je voulais vous entretenir de l’affaire Bishop. J’ai rencontré ce Monsieur à New York et à Washinggton au début de décembre.Il a tenu sa promesse, en louant les services d’un lobbyist : nous avons eu un déjeuner à quatre, avec celui-ci, M. Bishop, M. Youssoufou Oumar de l’Ambassade du Niger, et moi-même. De plus, M. Bishop est intervenu, en notre présence, à plusieurs niveaux, pour l’hopital.

J’ai exposé cette situation au Président de la République qui a donné son accord pour que la concession minière demandée par M. Bishop lui soit accordée dans les meilleurs délais. je pense, personnellement,qu’il faut maintenant accélérer la sortie du décret, pour améliorer notre capacité de négociation pour l’hôpital.


Vous trouverez, ci-joints :

1°. La photocopie de ma note au Chef de l’Etat sur les "Problèmes miniers" ;
2°. le projet de contrat, en deux exemplaires, soumis par la Hunting à Bishop.

De plus, Jack Bishop a promis de m’envoyer un relevé des dépenses effectuées par lui, dans le cadre de deux concessions pétrolières. Il a largement dépassé ses obligations.


Enfin, M. Rudi Brunschweiler, que j’ai rencontré le 22 décembre, s’est étonné que rien n’ait été fait pour Bishop en dépit du fait qu’il ait soumis une demande en français.


Je vous demande de vouloir faire le nécessaire pour que le décret sorte au plus vite.


Bonne Année, à bientôt.


Amicalement,


J. Baulin


CENTRE D’INFORMATION DU NIGER
taitbout 59-58
50-40
13, rue Laffitte
PARIS-IXe


jb/89


le 7 décembre 1970


le Directeur

LES PROBLEMES MINIERS

1. La toile de fond


En voyant faire Jack Bishop et en loi tirant chaque fois un peu plus les vers du nez d’une part, et de l’autre aprés nos discussions à Montréal, le 27 novembre dernier, avec un certain John Adams qui nous a été présenté par Jacques Lalonde du groupe canadien de "La Nigérienne", et enfin l’insistance de Letendre pour nous présenter un groupe minier, je commence à comprendre, du moins je le crois, comment les choses s’agencent dans le domaine minier.


Tout d’abord, il convient de relever que M. John Adams nous a presque reproché de ne l’avoir pas informé plus tot que nous avions des concessions minières et pétrolières à céder. Ce qui m’amène à conclure qu’il reste encore beaucoup de choses à faire dans le domaine de la recherche de prospecteurs éventuels


Ensuite, il est certain que maintenant le Niger est "à la mode" dans certain milieux miniers nord-amércains qui ont été mis en confiance, non seulement par le début des prospections actuellement en cours, mais aussi par le fait qu’ils peuvent établir le contact avec nous par l’intermédiaire d’amis communs. Donc, ici aussi, on retrouve l’importance de l’approche humaine.


Tous ces "petits" du pétrole et des minerais sont mûs, il ne faut pas nous le cacher, par la spéculation, d’autant que ce n’est pas leur propre argent qu’ils risquent, mais celui de ... l’Etat.Voici en effet quel est leur schéma de financement :



1. En Amérique du nord, tout investissement dans le domaine minier et pétrolier est détaxé.


2. Le rôle d’un Bishop consiste à s’appuyer sur son prestige personnel et à ramasser l’argent des contribuables, avides d’échapper aux taxes - fort élevées - et de se lancer dans la spéculation minière. En cas de découverte de richesses minières, ils centuplent leurs mises, en cas d’échec, ils n’auront presque rien perdu, le grand perdant étant l’Etat.


3. Bishop m’a dit que déjà, il avait reçu 400.000 dollars de ses amis et qu’il s’attendait à en recevoir plusieurs millions en 1971.


4. Dans une phase ultérieure, "he will go public", c’est-à-dire qu’il va émettre des actions traitées en bourse. tout en conservant un paquet d’actions qui lui donnera le contrôle de la société - en se basant sur les travaux commencés et l’argent de ses premiers partenaires déjà investi - il disposera de fonds supérieurs.


Tout ceci n’est pas d’une honnêteté scrupuleuse, du moins pour nous autres qui n’appartenons pas pas aux milieux d’affaires, mais c’est légal, et surtout nous convient PARFAITEMENT. En effet :



1. Notre intérêt est que le sous-sol nigérien soit prospecté de façon aussi intensive que possible ;


2. Si Bishop ou Adams découvrent du pétrole ou des gisements miniers, eh bien ! tant mieux pour nous et pour eux ;


3. S’ils ne découvrent rien, ils seront de toutes façons obligés de poursuivre leurs efforts avec acharnement pour ne pas perdre la face devant leurs actionnaires.


Donc notre ligne de conduite me paraît claire : nous devons donner des concessions de recherches, mais en élevant la mise initiale sans pour autant trop exagérer de peur de tuer la poule aux oeufs d’or. Par exemple, comme je l’ai écrit à Diallo Oumar, la concession minière accordée à Bishop - et aux autres qui viendront - doit l’être à des conditions sensiblement plus sévères. Je crois en effet que plus ils investiront, plus ils auront intérêt à s’activer. Investir 400 ou 600 . 000 dollars en cinq ans, cela ne fait pas trop de différence pour un spéculateur.


Par ailleurs, durant nos discussions avec M. John Adams, est apparue une autre perspective : notre association, à travers "La Nigérienne" - à des conditions à déterminer - à la recherche minière. Il faudrait étudier de près ce problème pour voir si cela convient aux intérêts de l’Etat nigérien.



2. Bishop et le lobbyist


J’ai rencontré Bishop à New York et je lui ai dit franchement que Président tiendrait sa promesse de lui accorder, mais qu’il fallait que lui aussi tienne sa parole à propos de l’hôpital de 5 . 000 000 de dollars qu’il nous avez promis ; et qu’il commence par louer, comme promis, les services d’un bon lobbyist.


Le lendemain, à Washinton, accompagné de Oumarou Youssoufou - un garçon très dynamique et qui m’afait bonne impression - nous sonnes allés tous les trois rencontrer le député Sam Steiger. Et là, j’ai mis les pieds dans le plat, en disant à Sam qu’il m’avait promis de chercher un lobbyist sérieux immédiatement après les élections.


Sam a tout de suite téléphoné à un ami, et bientôt il est entré en contact avec un certain Melvin Benson, ex-représetant de Pepsi-Cola en Cola en Afrique (!) et actuellement secrétaire de la sous-comission pour l’Afrique de la Chambre des Représentants, présidée par M. Diggs. En somme, l’homme-clé.


M. Benson est venu nous rencontrer sur-le-champ chez Sam Steiger, et nous sommes allés déjeuner, Bishop, Benson, Youssoufou et moi-même. Nous avons exposé notre problème, sans parler d’honoraires, ayant cela à Bishop qui l’a d’ailleurs invité à venir passer les fêtes de Noël à Las Vegas.


M. Benson nous a demandé de lui donner 15 jours pour réfléchir à un moyen d’intéresser le gouvernement américain à notre projet d’hôpital. Toutefois, en réfléchissant tout haut, il nous dit que le meilleur moyen serait peut-être de créer à côté de l’hôpital une école régionale de médecine ! je me suis gardé de lui montrer mon enthousiasme pour son idée. Ce serait en effet formidable si nous pouvions obtenir les deux à la fois.


Comme convenu avec Jack Bishop, vous trouverez ci-joint, la lettre que je lui adresse et qui contient la liste de ce que nous demandons au lobbyist.


3. Bishop et sa concession pétrolière




a. J’ai demandé à Bishop de nous envoyer un rapport détaillé sur ce qu’il a dépensé jusqu’ici pour la prospection de sa concession pétrolière. Il m’a affirmé avoir dépensé quelques 300 à 400.000 dollars, soit une somme bien supérieur à ce qu’il était tenu de faire.


b. Il va signer un contrat avec une compagnie anglaise ; la Hunting Geology and Geophysics Limited, dont le correspondant en France est la
S.A. de Prospection Aéroportée
102, avenue Jean Jaurès
Saint-Maur des Josses (Seine)
tél. GRA 33.37 et GRA 19.56
Je dois prendre contact avec son directeur, M. Eugène Moatti pour voir où en


est toute l’affaire. J’ai pris contact avec M. Richard Brower, représentant de la Hunting à New York, le 30 Octobre. Il m’a remis un exemplaire en français de sa proposition de contrat.


c. M. Brower m’a dit qu’un de l’un de leurs experts, Hogo de Broode, était parti au Niger le 12 novembre pour voir les choses sur place.


d. Par ailleurs, Bishop va signer également un contrat avec une autre firme, spécialisée dans une autre branche, la Bergman. Un représentant de celle-ci est déjà entré en contact avec l’IGN et moi-même.


e. Bishop est scandalisé par le fait que la société Elf, qui a pris la suite d’Erap, lui demande 500.000 dollars, pour lui remettre les résultats- négatifs - de sa prospection. Bishop affirme qu’en Amérique, dés qu’une concession est abandonnée, son propriétaire est censé céder à l’Etat l’ensemble des documents.Quoi qu’il en soit, il est en train de négocier avec Elf.


f. Bishop va coordonner ses activités avec celles de la Continental.



4. Bishop et sa concession minière

Bishop se plaint des retards mis à lui accorder sa concession minière. Cette fois, après avoir obtenu notre lobbyist, je lui ai promis qu’il aurait sa concession. Je pense qu’il faudrait, maintenant, le faire dans les meilleurs délais et à des conditions un peu plus sévères que celles prévues.

5. Le problème de la Global


Selon Bishop, Fisk de la Global, qui ne semble pas avoir autant d’envergure que notre ami, essaie désespérement de rétrocéder sa concession. Et comme il n’a pas, dit-on, d’argent pour se livrer aux investissements prévus, je propose, au cas où il serait réellement en contravention avec le contrat qui le lie au Niger, d’adopter l’attitude que voici :




a. constater officiellement la contravention en lui demandant de fournir les documents prouvant qu’il a investi les 5 % prévus à son contrat ;


b. lui retirer la concession en de contravention, cela devant accessoirement servir de leçon aux prospecteurs éventuels contrevenants ;


c. remettre cette concession, non pas à Bishop qui voudrait en hériter, mais au groupe canadien de M. John Adams. Ce qui pourrait nous permettre de tenter la joint-venture canado-nigérienne.

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