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N-23B-186-007

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  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny
    seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre
    2009.















LA CAMPAGNE ALARMISTE FAVORISE LES « DURS »


Une campagne alarmiste dont il est encore impossible de savoir si elle est concertée ou non s’est déclenchée depuis trois jours à travers la presse mondiale. Ceux-là même qui, par leur attitude, contribuèrent à prolonger et à aggraver le conflit nigéro-biafrais, tentent aujourd’hui de faire croire à l’opinion internationale que l’extermination systématique des séparatistes biafrais est préparée par les dirigeants de Lagos.
Cette altitude est grave, elle risque d’avoir des conséquences catastrophiques sur l’évolution de la situation au Nigeria. Aucun responsable politique nigérian conséquent, et il n’en manque pas au sein du gouvernement fédéral, ne peut cautionner de tels excès. Toutes les déclarations du général Gowon vont en sens contraire et les propos du chef de l’Etat nigérian, depuis l’écrasement de la rébellion, font moins référence à la punition des coupables qu’à une amnistie et à la mise en pratique d’une véritable politique de réconciliation nationale.
En sensibilisant l’opinion sur d’hypothétiques pogroms dont nul ne souhaite le renouvellement, les alarmistes font le jeu d’une minorité de fanatiques et d’activistes qui n’ont cessé, depuis le début du conflit, de mettre le général Gowon en difficulté au sein même de son gouvernement. En agissant ainsi, ils affaiblissent considérablement la position d’un homme lucide et courageux qui, jusqu’à présent, n’a encore jamais trahi sa parole.
De telles méthodes constituent le plus sûr moyen de provoquer une crise de régime à Lagos. Or celle-ci profiterait aux extrémistes, aux


PAR NOTRE SPÉCIALISTE
DES AFFAIRES AFRICAINES


éléments les plus inconséquents de la population, aux militaires assoiffés de revanche, irrités par l’héroïque résistance biafraise qui ne rêvent que « solution finale du problème du Biafra ». Elle ouvrirait à nouveau le cycle de la violence, dont on a vu jusqu’où il pouvait entrainer, et combien il était difficile d’y mettre un terme. Elle provoquerait une gigantesque « Saint-Barthélemy des Ibos » encore plus effroyable que les tueries de 1968 dont la sauvagerie avait pourtant bouleversé le monde.
Aucun témoin oculaire direct n’avait encore, mercredi soir, pu faire de récit véritablement valable de la situation telle qu’elle se présente désormais à l’intérieur de ce qui fut le réduit biafrais. Les témoignages recueillis à Libreville sont au moins en partie entachés de doutes, ne fût-ce qu’en raison du lieu où ils sont recueillis. Car nul ne peut nier, quelle que soit la vigueur des démentis officiels du gouvernement français que le Gabon fut la base arrière du Biafra qui, pendant plus de deux ans, s’y ravitaillait non seulement en médicaments et en vivres, mais aussi en armes.
D’autre part, il est clair que pour certaines puissances le Nigeria constitue, comme l’Etat d’Israël, un terrain de choix pour y entretenir une tension permanente sans aucun risque pour les vies humaines européennes ou américaines. Quelle tentation donc que de continuer à motiver le feu qui couve, voire de faire reprendre le combat à un peuple épuisé, ruiné, assoiffé de paix, de le pousser au terrorisme pour provoquer ainsi de nouvelles et sanglantes représailles, justifiant ensuite une « charitable » intervention.
Ce qui semble plus logique, c’est de garder mobilisée une opinion trop souvent indifférente aux souffrances des peuples du tiers monde pour éviter que les victimes de la guerre ne soient abandonnés à elles-mêmes. Mais tout ceci doit être mené en complet accord et en complète coordination avec Lagos, en n’entreprenant rien qui puisse irrémédiablement compromettre les chances de survie de ceux que s’apprêtent à assassiner les exaltés qui affirment vouloir les sauver.


Philippe Decraene


Feuille d’Avis de
Lausanne du
15.1.1970

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