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France Eurafigie. Janvier 71


GRAND PRIX LITTERAIRE DE L’AFRIQUE NOIRE FRANCOPHONE


BOUBOU-HAMA, dans son roman "KOTIA NIMA" réconcilie les hommes de tous les pays avec leur enfance


par Yves-Marie CHOUPAUT


Le Grand Prix de l’Afrique Noire 1970 décerné à Boubou Hama par l’Association des Ecrivains de Langue Française (A. D. E. L. F.) rend un hommage opportun à un auteur qui occupe une place singulière dans la littérature africaine. Alors que la plupart des écrivains du mouvement de la négritude sont partis de la culture occidentale pour redécouvrir la culture noire, le président de l’Assemblée nationale nigérienne a accompli le chemin inverse. La civilisation traditionnelle djerma-sonraï a profondément marqué sa prime jeunesse et c’est à partir de celle-ci qu’il a été appelé à se situer face-à-face à la civilisation européenne.


Pendant longtemps, Boubou Hama a laissé le lecteur dans une semi-ignorance de ses problèmes. Quel dommage pour nous tous ! On le connaissait comme l’historien de la vie traditionnelle des peuples de la vallée du Niger et du Sahara. Puis, en 1969, sont parus les trois tomes de Kotia Nima Kotia Nima, édité par " Présence Africaine " , autobiographie romancée.


Cette publication prenait la dimension d’un petit événement littéraire. La manière de traiter le sujet donnait au livre un intérêt exemplaire.


IL NE SE RACONTE PAS


La raison ? Le Président de l’Assemblée nationale du Niger ne se raconte pas dans ce livre. On apprend incidemment qu’il fut un brillant élève de l’Ecole William-Ponty à Dakar, qu’il fit ensuite une belle carrière d’enseignant dans son Niger natal, qu’il compta parmi les fondateurs du R. D. A., qu’il fût conseiller de l’Union Française, conseiller territorial, sénateur de la Communauté avant de devenir le second personnage de la République du Niger que préside son ami Diori Hamani.


Boubou Hama n’est pas un moraliste. Kotia Nima est bel et bien un roman. C’est important. Comme l’observait récemment Dominique Dessanti, dans "l’Afrique artistique et littéraire" : à travers un roman toute une société fait ses comptes, tente d’établir un bilan. Telle est bien la démarche de Boubou Hama."


Il est particulièrement remarquable que l’écrivain nigérien ait tenu à donner au héro de son livre un nom qui n’est pas le sien. Modestie ? C’est un mot qui ne veut pas dire grand chose et n’a aucun sens en littérature. Le destin de l’écrivain est de livrer ses réflexions à l’opinion publique.


PRENDRE SES DISTANCES


Boubou Hama semble en revanche avoir été animé par le souci de prendre de la distance avec son personnage. De se considérer lui-même comme un objet d’étude, qu’on juge sans complaisance.


Dans cette perspective il a recherché sous quels aspects son aventure personnelle rejoignait celle de millions d’autres Africains, comme lui, soumis aux incitations contradictoires d’une culture originelle héritée de leurs pères et d’une culture apprise à l’école des Français, d’une culture adaptée aux aspirations d’une société rurale, d’une culture importée de cités industrielles, d’une culture nouvelle, explosive pour des peuples paysans mais que ne peuvent plus ignorer des pays en voie de développement.


Ce choc de deux mondes à l’intérieur d’une même conscience, cette tempête sous un crâne, ont été pour le président Boubou source de déchirement et de progrès à la fois. Il est important qu’un écrivain ait réussi à cerner ces phénomènes complexes.


Tous les Africains ne supportent pas avec autant d’aisance cette épreuve difficile : les uns retournent vers une tradition appelée à dépérir si elle n’est pas vivifiée par des connaissances nouvelles, les autres s’européanisent mal et n’arrivent pas mieux à s’accomplir que les premiers.


VERTUS COMPLÉMENTAIRES


Toute sa vie le président Boubou Hama s’est employé à rechercher dans les deux cultures des vertus complémentaires. Il ne cache pas que l’entreprise est difficile, que personne jusqu’à présent ne semble être parvenu à la mener à son terme, mais que rien ne semble impossible dans ce domaine.


L’un des passages les plus intéressants de "Kotia Nima" est sans conteste celui où l’auteur montre comment il a conscience, quand il est devenu l’un des brillants élèves de l’école William-Ponty, à Gorée, d’avoir acquis un premier enrichissement intellectuel à la faveur d’un enchaînement dialectique imputable à sa double formation.


Retiré de son village natal pour être confié à l’école française, il a d’abord accueilli le nouvel enseignement comme une rupture douloureuse avec son enfance. Comme une sorte de renoncement forcé aux valeurs africaines en faveur des valeurs européennes. Cet exil spirituel a pris fin ensuite, car sa formation occidentale lui a donné, paradoxalement, la possibilité de mieux saisir ce qui lui restait à savoir de l’Afrique.


L’AFRIQUE SE STYLISA


A Dakar, comme il l’écrit dans le tome I de " Kotia Nima ", " l’Afrique se stylisa plus nettement dans sa pensée ".


Il avait parcouru déjà une longue route ; une quinzaine d’années plus tôt sa conception du monde se limitait à l’enseignement donné par sa bonne grand mère :


" Prenez garde, mes enfants, nous ne sommes pas seuls sur le van de la terre. La tombée de la nuit est mauvaise. C’est l’heure que choisissent des êtres invisibles à vos yeux mais méchants, pour entrer au village ou en sortir. Restez donc à la maison alors. Evitez les rencontres dangereuses. "


Boubou Hama n’a certes pas perdu le souvenir de la part de vérité que contenait le propos de sa grand mère expliquant à ses petits-enfants qu’ils étaient porteurs d’un héritage menacé, qu’il importait à tout prix de préserver, même si la méthode qu’elle préconisait était un peu simplette, Il en a fait lui-même par la suite l’expérimentation :


" Kotia Nima ne pouvait pas prendre parti pour l’Europe, quand c’était par l’Afrique qu’il

appréhendait la nature, qu’il distinguait le Bien du Mal, qu’il vivait dans un monde accessible à ses sens, mais invisible à l’Européen, peut-être même à ce maître d’école noir qui s’ingéniait à l’ignorer "


LE REFLET INVISIBLE


Mais jamais chez lui le sens de la tradition ne fige la vie intellectuelle. Bien au contraire, il est le véritable moteur du progrès. La tradition est la base de départ indispensable à partir de laquelle l’écrivain s’ouvre au monde.


" Entre l’Afrique et l’Europe une conciliation doit être trouvée. Ces deux continents majeurs, étant l’un et l’autre des entités du devenir humain, sont bien faits pour chercher en commun le chemin véritable du devenir humain. "


" Il ne s’agit pas d’un voeu pieux comme on en formule dans les rencontres politiques internationales au nom de la politesse diplomatique, mais du fruit d’une expérience, d’une longue réflexion aboutissant à une conviction.


" Si la pensée de l’Européen s’applique à l’objet, l’Africain, son frère, en scrute le reflet invisible.


" Si la puissance de l’Europe est incontestable, pourquoi refuser à l’Afrique la meilleure appréhension de la vie subjective ?


" L’homme n’est-il pas à mi-chemin de ces deux pôles complémentaires de l’être humain ? "


Le message du président Boubou Hama atteint dès lors une portée qui dépasse le cadre strictement africain. Tout homme, qu’il soit Canadien français du Québec ou simplement Normand, élevé dans ses premières années dans la tradition patoisante, a été mutilé d’une part de sa culture originelle quand il est entré à l’école. Il n’en a eu souvent qu’une obscure conscience. Mais le phénomène a été pour lui source d’angoisses difficiles à analyser. " Si le grain ne meurt " de Gide, " le Grand Meaulnes " d’Alain Fournier, et bien d’autres oeuvres en témoignent. Le livre du président Boubou Hama, couronné par une Association francophone, est de nature à réconcilier beaucoup d’hommes avec leur enfance.


Beaucoup d’hommes de tous les continents qui peuvent trouver dans les valeurs de la civilisation africaine une réponse à leurs inquiétudes.


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