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  • Des interviews exclusives de Dja-Apharou ISSA IBRAHIM, ami et confident de Jacques Baulin, responsable par donation de l’intégralité des documents constituant le fond, et président de l’association sont actuellement publiées dans la rubrique présentation.

  • Les trois ouvrages de J. Baulin : Conseiller du président Diori, La politique africaine d’Houphouët-Boigny et La politique intérieure d’Houphouët-Boigny
    seront disponibles sur le site en version iBook et en version Pdf dès septembre
    2009.















photo faite

CENTRE D’ INFORMATION DU NIGER


TAITOUT 59-58
50-40
LE DIRECTEUR
jb/dh


13, BOUL HAUSSMANN
PARIS - IX’


le 21 juin 1969


NOTE DE SYNTHESE


Le Président Diori Hamani avait décidé d’ envoyé son directeur de Cabinet, M. Maltouraré - qui n’ a malheureusement pas pu venir à cause de la réunion des représentants des pays riverains du Lac Tchad - et moi-même, en mission d’ exploitation, essentiellement pour faire le point de la coopération nigéro-canadienne à la vielle de sa visite officielle au Canada.


je dois préciser tout de suite que le Président - tout en étant décidé à préserver les amitiés traditionnelles du Niger - attache une importance capitale au contenu psychologique, économique et politique de cette coopération. Il y voit en effet les prémices d’ une ère nouvelle pour le Niger - sur le double plan économique et politique - susceptible d’ avoir des répercussions profondes dans l’ ensemble de l’ Afrique francophone à laquelle il s’ intéresse comme leader africain aux vues non étriquées, et comme Président de l’ OCAM. Il pense que, quelle que soit la modestie relative des moyens du Canada par rapport à ceux des grandes puissances, les conditions de cette coopération sans arrières pensées peuvent amener les grandes puissances à adopter envers l’ Afrique francophone une attitude moins égoïste politiquement et moins mercantile économiquement. Il est convaincu de plus que le Canada, par son attitude, peut faire la preuve de la puérilité et de la stérilité du jeu des grandes puissances qui cherchent à "se placer" dans les pays en voie de développement.


Voilà, en gros, je crois, le contour des espoirs que le Président attache à la coopération nigéro-canadienne. On conviendra, je pense, que le Président, pour sa part, a donné des preuves concrètes de sa volonté d’ oeuvrer dans cette voie, en dépit des obstacles nombreux et difficiles, voire dangereux.


De très nombreuses prises de position canadiennes, que ce soit en privé ou à la télévision, ont montré que le Canada était tout aussi favorable à une telle collaboration avec le Niger. Ces prises de position venant après celles du Premier Ministre Trudeau sur la primauté de l’ aide bilatérale, sur la nécessité d’ une aide sélective, faisant bien augurer de l’ avenir.


Or, cette volonté de coopération n’ a pas eu jusqu’à présent de suites concrètes, même sur le plan de la coopération technique élémentaire. Par exemple, il y a pus de six mois, le 13 décembre 1968, c’est-à-dire au paroxysme de la crise provoquée par la demande puis le rejet par Abidjan, pour des causes uniquement politiques , d’ une aide en blé du Canada, le président Diori adressait trois lettres personnelles demandant au Gouvernement Canadien :



1°. des experts canadiens, et un conseiller technique personnel canadien qui serait devenu un de ses collaborateurs,


2°. la création à Niamey d’ un Institut Bilingue,


3°. de devenir le chef de file pour la réalisation du barrage du W, susceptible de révolutionner l’ économie nigérienne sur le triple plan de l’ industrialisation, de l’ agriculture et des transports.


Le premier de ces voeux paraissait le plus facile à exaucer. Or, il y a quelques semaines, l’ Ambassadeur du Canada accrédité au Niger, venait de Lagos à Niamey, entre autres, pour étudier à nouveau la possibilité de la nomination de ce conseiller technique canadien au Cabinet du Président. En d’ autres termes, le principe de cette nomination, sur laquelle l’ inspecteur d’ Etat Mal’ Mal’gana avait particulièrement insisté lors de notre dernier séjour à Ottawa, ne paraît pas encore acquis.


En ce qui concerne la création par le Canada d’ un Institut Bilingue à Niamey, les autorités nigériennes croyaient parce biais servir à la fois l’ Afrique vouée au bilinguisme, et le Canada, dont le bilinguisme fondamental est attaqué par les séparatistes de tous bords. D’ où l’ étonnement du Président Diori Hamani, président en exercice de la plus grande organisation d’ Etats francophones, l’ OCAM, et champion de la francophonie, devant l’ hésitation, incompréhensible il faut l’ avouer, d’ Ottawa. Dans l’ esprit du Président, cet Institut où Ghanéens, Nigerians, Libériens et Sierra Leonais viendraient se perfectionner en français et les Nigériens, les Voltaïques, les Mauritaniens, les Sénégalais, etc., en anglais, paverait, avec la participation du Canada, la voie à l’ unité africaine.


pour ce qui est du barrage du W, il s’ agit certes d’ un grand projet nécessitant une étude approfondie des données établies par la firme suisse. L’ Honorable Gérard Pelletier a déclaré à la télévision canadienne que ce barrage était dans "les lignes de force" du Canada qui a effectivement une très grande expérience en la matière - y compris dans certains pays sous-développés du Commonwealth - et que son pays avait "accepté de s’ y intéresser", "de s’ en occuper".


par ailleurs, le Président a exprimé à plusieurs reprises son désir que les fonds provenant du don canadien en blé - que l’ on avait été obligé de commercialiser hors du Niger pour faire échec au sabotage des sociétés de transport - soient consacrés à la construction de la "Route de l’ Unité". Ce projet lui tient beaucoup à coeur dans la mesure même où elle renforcerait l’ unité matérielle du Niger, en créant un lien routier - inexistant à l’ heure actuelle - avec la partie sud-est du pays, tournée présentement vers le Nigeria. Il voudrait que l’ association du Canada à cette oeuvre nationale, dépasse le stade du financement. C’ est pourquoi il a exprimé le désir que des techniciens canadiens spécialistes des problèmes routiers viennent encadrer les 12.000 jeunes pionniers nigériens formés par les officiers de l’ aide technique israélienne, et bâtissent ensemble, aux moindres frais, cette "Route de l’ Unité". Il en avait entretenu le député André Ouellet en janvier dernier, et l’ Honorable Gérard Pelletier en mars.


Voilà, en gros, comment les choses sont vues de Niamey, bien qu’ on n’ y sous-estime pas l’ impact des lenteurs d’ une administration habituée à travailler selon les normes traditionnelles.


D’ autre côté, à Ottawa, semble-t-il, on ne se rend pas très bien compte des difficultés auxquelles doit faire face le Président Diori Hamani depuis qu’ il a pris la décision de s’ engager dans la voie de la coopération nigéro-canadienne, sans renier pour autant les autres amis du Niger. Le risque est de voir se matérialiser la prédiction du Chef de l’ Etat ivoirien qui, averti de la volonté du Gouvernement Fédéral canadien de s’ intéresser à la réalisation du barrage W, répondait le 14 janvier dernier :



"Les Anglo-Saxons n’ ont jamais rien fait, et, vous le verrez, ne feront jamais rien de solide pour développer les pays francophones."


Déjà certains milieux officiels de Paris s’ en disent convaincus. A preuve l’ article du journaliste français Gilbert Comte, bien introduit dans tous ces milieux, et spécialiste des problèmes africains, qui écrivait en mai dernier :



"... Sous prétexte de francophonie, les Canadiens n’ allaient-ils pas mener une politique plus active au sud du Sahara, et fournir les atouts supplémentaires à M. Diori Hamani ? En fait, ces craintes surestimaient les moyens de M. Trudeau. le Chef du Gouvernement Fédéral s’ intéresse personnellement à l’ Afrique. Mais les ministères d’ Ottawa peuplés de fonctionnaires britanniques entravent son action, car ils se soucient peu d’ envoyer des assistants et des crédits dans un territoire de langue française comme le Niger. Cette répugnance rassure les responsables gaullistes et simplifie leur propre jeu..."


J’ espère que cet exposé franc et allant droit au but - je suis journaliste de formation et non diplomate - sera accueilli de même. Le Gouvernement Fédéral doit être assuré que cette tentative du Président Diori Hamani de sortir de la voie habituelle de la coopération est suivie avec un intérêt soutenu par les élites nigériennes.


Le voeu du Niger est qu’ à l’ occasion de la prochaine visite officielle du Chef de l’ Etat nigérien au Canada, la coopération entre les deux pays soit établie sur des bases concrètes, solides, dynamiques et mutuellement profitables.

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