STATU QUO ANTE

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M. Houphouët-Boigny, dit-on, est mortifié. Le scandale du "doctorat" de Bédié l’a touché plus qu’il n’y paraît. Avec son amour-propre à fleur de peau, il n’arrive pas à cacher sa fureur. Il regrette d’avoir envoyé une lettre de félicitations et de se retrouver à découvert Le 1er février 1970, une occasion inespérée se présentera au Président et lui permettra de se dédouaner. Il profitera en effet de l’accession de
M. Jean Lorougnon Guédé, son ministre de l’Education, au rang de Docteur es-Sciences biologiques, avec mention très honorable
et "félicitations écrites du jury", pour lui envoyer un message particulièrement chaleureux et élogieux. Lui, avait soutenu sa thèse à Abidjan, en présence des présidents de l’Assemblée nationale, du Conseil économique et social et de la Cour suprême.
.
Pendant des semaines, il lui interdira sa porte.


Le ministre lui-même disparaît de la circulation comme au lendemain de son intervention au IVe Congrès du PDCI cinq ans auparavant. On le dit abattu. Certains de ses amis parlent de dépression. Quoique conscient de l’affection toute particulière que lui porte le Président, il craint d’être éliminé de la course à la magistrature suprême. Il craint même d’être écarté du gouvernement lors du tout prochain remaniement ministériel.


De fait, à ce moment, et pour une période très courte, le Président commence à avoir "enfin" des doutes, m’assure-t-on, sur le sérieux
et la compétence de celui qui reste son favori. Le contretemps du doctorat paraît d’autant plus fâcheux que le président Houphouët-Boigny avait des plans bien précis en prévision du Ve Congrès du PDCI qui se prépare.


Le Président sait de plus que la diffusion du tract a été méthodique. Pour une fois, elle ne s’est pas limitée aux milieux

estudiantins et universitaires. Chacun des collègues de M. Bédié, chacun des diplomates accrédités à Abidjan ainsi que de très nombreux hauts fonctionnaires de l’Etat et du Parti l’ont reçu. L’émoi des cercles politiques est d’autant plus grand que le communiqué du Bureau Politique portant la signature de Philippe Yacé admet implicitement, je l’ai déjà relevé, l’existence d’un contrat en bonne
et due forme entre le candidat et son directeur de thèse.


Mais comme à l’accoutumée, le Président, avec son remarquable esprit de suite, s’obstine. Il ne veut pas dévier de son objectif, même si son candidat à sa propre succession l’a incontestablement déçu.


Dans les tout premiers jours de l’année 1970, M. Houphouët-Boigny procède au remaniement du gouvernement. M. Bédié garde son poste. Le président croit faire coup double. D’une part, il renouvelle sa confiance au pécheur, lui relève le moral, et de l’autre met en garde les rieurs devenus un peu trop cyniques.


Mieux, il obtient du président Pompidou que son ministre soit invité en France. Le 9 janvier 1970, une dépêche de l’Agence France Presse annonce qu’il "sera du 11 au 17 janvier l’hôte officiel du gouvernement français".


Il y sera effectivement reçu avec tous les honneurs, rencontrera des hommes d’affaires, visitera Grenoble après Marseille, déjeunera à la table de son collègue français, M. Valéry Giscard d’Estaing, et sera interrogé, avec la délicatesse et le tact habituels, par les journalistes français.


Certains noteront toutefois qu’il n’a rencontré que son homologue français à l’exclusion de tout autre représentant de l’Exécutif. C’est sans doute la raison pour laquelle personne n’ose qualifier le séjour parisien de M. Bédié de "franc succès". Mais cela importe peu dans la mesure où l’objectif principal, à savoir la "réhabilitation" du ministre, est pleinement atteint, même s’il persiste un malaise indéfinissable sur la question-clé : "Est-il ou non l’homme des Américains ?"



Ce sentiment mitigé se trouve confirmé, semble-t-il, par une nouvelle dépêche de l’AFP annonçant, quatre mois à peine après le départ de M. Bédié, l’arrivée à Paris de M. M’Bahia Blé Kouadio, ministre des Forces armées de Côte-d’Ivoire. Selon la dépêche, "il sera du 20 au 26 mai 1970, l’hôte de M. Michel Debré, ministre d’Etat chargé de la Défense", les honneurs militaires lui seront rendus, un dîner officiel lui sera offert, etc.


Cette invitation paraît étonnante à plus d’un titre. Et d’aucuns parlent, à ce moment, de "solution de rechange". Etonnante, car les ministres de la Défense reçus avec faste en France sont relativement rares.
De plus, ces ministres sont d’ordinaire des clients privilégiés, potentiels ou effectifs, de l’industrie française des armements. Or, bien évidemment, il y avait peu de chances que la Côte-d’Ivoire devienne importatrice conséquente de matériels militaires sophistiqués ou non. Ensuite, à ma connaissance, aucun autre ministre de la Défense d’Afrique francophone n’a été invité officiellement en France. Enfin,
et c’est peut-être la donnée la plus caractéristique, et politiquement la plus significative, c’est la seconde fois en six ans que Paris juge nécessaire et utile de recevoir en grande pompe le ministre ivoirien des Forces armées.


Or, on le savait - M. M’Bahia Blé n’en faisait guère mystère - l’intéressé rappelait volontiers que "Léon Mba avait accordé de son vivant, à son ministre de la Défense, le titre de vice-président de la République". Et M. M’Bahia Blé précisait que ce vice-président s’appelait Albert Bongo. Or, en cette veille de Ve Congrès, ce problème de la vice-présidence - ou, à défaut, de Premier ministre - était précisément le principal centre d’intérêt des milieux politiques abidjanais et aussi parisiens.


Quelle conclusion peut-on tirer de ces faits ?


Y avait-il à Paris, dans cette affaire, comme dans la plupart des autres - Biafra, uranium, aide, etc. - deux clans, dont l’un aurait été dans ce cas précis, favorable à une candidature Bédié, l’autre à celle de M’Bahia Blé ? Ou bien devait-on prendre en compte l’ordre chronologique des visites et considérer la réception de M. Bédié comme

un geste envers le président Houphouët-Boigny, et la visite de son collègue comme l’officialisation d’une option ? Et où placer, dans cette mosaïque de paramètres, la fameuse "alliance Bédié-M’Bahia Blé" dont parlaient tous les ministres non baoulés ?


Quelle est à cette époque, la position de "Paris", c’est-à-dire celle du ou des groupes de pression, qui prétendaient parler au nom de la France ?


Première donnée, en ce début des années 1970, et en dépit des cris d’alarme du FMI, la situation financière et économique de la Côte-d’Ivoire n’émeut guère ces milieux. Deuxième donnée, "Paris" paraît particulièrement préoccupé par une disparition subite du président Houphouët-Boigny. Seul un tel événement, dit-on, est susceptible de perturber l’équilibre ivoirien au triple plan économique, politique
et social. "Paris" semble d’autant plus nerveux sur ce problème de la succession que le Président ne se montre nullement pressé de le résoudre. Certes, des rumeurs circulent. A Abidjan, on dit que "sa soeur aînée et les Aka" le poussent à passer la main...
Lui-même s’amuse, au demeurant, à entretenir le suspens.


Et M. Foccart ? Où le situer sur l’échiquier ? Il se veut au-dessus de la mêlée. Amoindri depuis le départ du général de Gaulle, mis cavalièrement à la porte durant l’intérim de M. Poher, imposé à grand-peine au président Pompidou, il affirme n’avoir plus qu’un désir : il voudrait, rapporte-t-on, préparer, et mener à bonne fin, avant de se retirer de la vie publique, la succession d’Houphouët, afin "de préserver l’héritage du général de Gaulle". En conséquence, il aurait prié des amis communs "d’appeler amicalement l’attention (du Président) sur l’importance de ce problème". M. Foccart penserait qu’en cas d’échec de cette entreprise, la Côte-d’Ivoire entrerait dans une longue ère d’instabilité. Mais impossible de savoir quel est son candidat. Serait-ce Philippe Yacé ?


Effectivement, parmi les nombreuses personnalités susceptibles d’accéder au faîte de l’Etat, la plus prestigieuse paraît être M. Philippe Yacé. Certains milieux parisiens semblent opter pour lui "parce qu’il est normal que le deuxième personnage de Côte-d’Ivoire

succède à Houphouët-Boigny". En fait, il croient, à tort, que sa faiblesse au plan ethnique le dessert, le fragilise ; ils pensent aussi, à juste titre cette fois, que l’existence de très nombreux ennemis de haut rang le rend vulnérable. Effectivement, de nombreux cadres supérieurs du Parti et de l’Etat ne peuvent oublier, du jour au lendemain, qu’il reste le porte-glaive du Président et qu’il fut le grand prêtre des "complots" qui fleurissaient spontanément dès avant l’accession à l’indépendance. Ils savent aussi que son ascension fut jalonnée de drames.


En effet, en mars 1959, il n’est que secrétaire général adjoint. C’est Jean-Baptiste Mockey qui occupe la première place après l’élimination de M. Denise, proche parent du président d’honneur, M.Félix Houphouët-Boigny. Six mois plus tard, M. Yacé aidera, volens nolens, M. Houphouët-Boigny à éliminer J.-B. Mockey Cf. La politique intérieure d’Houphouët-Boigny, pp.118-126. de la scène politique, sous l’accusation de pratiques fétichistes destinées à nuire au leader ivoirien. Il hérite du secrétariat général dans les jours qui suivront la chute de M. Mockey. Il pourra ensuite proclamer froidement au IVe Congrès du PDCI, en 1965, que "chacun a pu se rendre compte que dans notre parti aucune perte n’est irréparable".


Trois ans plus tard, toujours bras droit de M. Houphouët-Boigny, il est le héraut de la création d’une Cour de Sécurité de l’Etat.
L’objectif est de décapiter la "Jeunesse du Rassemblement Démocratique Africain de Côte-d’Ivoire" (JRDACI), lieu de ralliement de la nouvelle intelligentsia formée dans les universités françaises. Le président Houphouët-Boigny craignait apparemment qu’elle ne s’érige en concurrente et de la classe des propriétaires terriens et du PDCI qui en est l’organe d’exécution.


Durant toutes ces années de folie répressive, Philippe Yacé se conduira en militant para-stalinien : il exécutera, sans broncher, les directives reçues. Il donnera même l’impression de faire du zèle. Il parlera de menées subversives, de complots communistes. "Le Parti",
proclamera-il, "exige que (les ennemis du régime) soient impitoyablement poursuivis, déférés devant la Haute Cour
et... condamnés de façon exemplaire et sans appel."
Toujours aussi imprudent,

toujours aussi soucieux de servir sa caste, son patron et ses ambitions, il jouera aux Vichinsky, dans le procès qui fauchera l’ensemble de la première génération d’universitaires ivoiriens.


Quelques mois plus tard, Ph. Yacé, devenu président de la Cour de Sûreté de l’Etat, condamnera, cette fois, à mort ou à des lourdes peines de travaux forcés, les représentants de la bourgeoisie ivoirienne en herbe, Jean-Baptiste Mockey en tête. Ils étaient accusés d’avoir cherché à assassiner M. Houphouët-Boigny. Le Président me fera comprendre, à ce moment, que M. Yacé le poussait à accomplir l’irréparable, à exécuter les six sentences de mort prononcées par la Cour de Sûreté, le 30 décembre 1964 ; qu’il avait de la peine à résister à la pression... Confidence vraie ou fausse, M. Houphouët-Boigny aura la sagesse d’éviter ce chemin à la fois fangeux et périlleux.


Comment expliquer l’ascension somme toute rapide de M. Philippe Yacé dans la hiérarchie du Parti et de l’Etat ?


Appartenance à la même caste sociale que M. Houphouët-Boigny ?
Certainement. Par manoeuvres et intrigues ? Probablement. Mais au-delà de tout, sa promotion, il la doit au fait qu’il avait accepté de devenir un instrument docile au service des desseins de
M. Houphouët-Boigny. Ne fut-il pas aussi, avec abnégation, aux avant-postes dans la virulente guerre des ondes qui faisait rage entre Conakry et Abidjan en 1965-66 ? N’est-ce pas lui qui fut chargé de lire dans des émissions à destination de la Guinée de Sékou Touré, les diatribes et les plaidoyers pro domo - et de bas étage - dictés par le Président, et en particulier ceux des 24 mars et 30 avril 1966 ?


Ce côté quelque peu négatif se trouve largement compensé par ses indiscutables qualités sinon du coeur du moins de l’intelligence.
Car l’homme est intelligent et savait manoeuvrer. La mise à mort du projet de "double nationalité" Cf. La politique africaine d’Houphouët-Boigny,p.159. reste son chef-d’oeuvre. Il était hostile au rêve utopique du Président, mais il savait aussi qu’il serait périlleux pour lui de s’y opposer. Il s’était arrangé en conséquence pour que les langues se délient, en public. Une fois les objections

des militants et cadres enregistrées, il en avait fait part au Président. Sans se compromettre le moins du monde. Il avait été servi, il est vrai, par l’hostilité à ce projet de la quasi-totalité des élites du pays.


Dernier élément d’analyse, en cette année de grâce 1970, Philippe Yacé n’a pas à se plaindre du régime qu’il sert. Il est alors - et l’est sans doute depuis - le plus grand propriétaire foncier de Côte-d’Ivoire après le président de la République qu’il dépasse pourtant dans les domaines des cocotiers, des palmiers à huile sélectionnés, des bananiers, des avocatiers, de l’ananas, etc. Cf. La politique intérieure d’Houphouët-Boigny, p. 152..


A la veille du Congrès, Philippe Yacé se trouve donc à l’apogée de sa puissance. Il contrôle un Parti richement doté et dont les cadres, dans leur majorité, lui sont loyaux. Sûr de lui, il se permet lors de son allocution d’ouverture de la session budgétaire de l’Assemblée nationale, d’oublier le dithyrambe traditionnel de M. Houphouët-Boigny.


M. Bédié, lui, se trouve apparemment sur la touche dans les mois
et semaines qui précèdent l’ouverture du Ve Congrès. Ainsi son nom ne se trouve nullement associé à l’inauguration de la société Uniwax. C’est même M. Diawara, l’homme qu’il déteste le plus, qui coupe, en tant que "représentant du Chef de l’Etat", le ruban symbolique en présence de MM. Yacé et Coulibaly, deuxième et troisième personnages de la République. Plus caractéristique encore, c’est toujours M. Diawara qui représente la Côte-d’Ivoire à la réunion du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale de Copenhague. Le nom de M. Bédié n’est pas mentionné non plus au séminaire plus tard, et pourtant il est membre du Bureau Politique du PDCI-RDA. De plus, ses partisans, de retour de l’intérieur, lui rapportent que même les militants illettrés des villes et des bourgs ont appris - ils en avaient été informés en détail - qu’il avait payé pour obtenir un diplôme. Ceux d’entre eux qui ont des enfants étudiant à l’étranger en concluent qu’il n’est pas étonnant que les leurs ne puissent décrocher leur diplôme, puisque, eux, ne peuvent pas payer...



K. Bédié est particulièrement vexé par certaines remarques peu charitables de Ph. Yacé sur sa maturité, son équilibre, etc. On lui rapporte également que le président de l’Assemblée nationale considérait, alors, que "Bédié se leurre" s’il croit pouvoir prendre la relève du président de la République. De toute évidence, et la suite des événements en apportera la preuve, M. Yacé sous-estimait l’esprit de suite du Chef de l’Etat.


M. Bédié se décide finalement à faire front. Il croit, à bon escient, pouvoir effectuer sa percée : dans l’immédiat, il essaie de se gagner les sympathies du groupe ethnique bété A la veille du Congrès, dans la nuit du 28 au 29 octobre 1970, une fraction des Bétés se soulèvera et Gagnoa se trouvera transformée en champ de bataille. Ce soulèvement dirigé par Kragbé Gnagbé aurait fait 4 000 morts. Je n’ai aucune idée sur le chiffre exact des morts et des blessés. Mais je sais, d’un témoin forestier français, que le sergent de gendarmerie "Bakayoko, un Dioula", avait distribué des armes aux expatriés de la localité et aux Ivoiriens non Bétés. Selon ce même forestier, le surlendemain les victimes avaient été ensevelies à coups de bulldozers dans une fosse commune située derrière le commissariat.
Quatre ans plus tard, le 24 juin 1974, au procès des mutins, on se rendra compte que l’affaire avait été particulièrement grave puisque le nombre des inculpés s’élevait à cent quatre-vingt-douze. Selon un récent article publié dans Jeune Afrique (23.9.87), ces événements seraient à l’origine de la non-attribution à M. Houphouët-Boigny du prix Nobel de la paix en 1987.
en faisant de l’un des leurs,
M. Edmond Bouazo Zégbéhi En 1988, député-maire d’Issia
et vice-président de l’Assemblée nationale.
, son plus proche collaborateur.


Dans cet enchevêtrement d’idées, de manoeuvres, de coups bas, d’exégèses, une rumeur tout à coup prend de l’ampleur et domine la scène. On prétend que le Président, conscient de l’obstacle que représente Philippe Yacé sur la route de la promotion de K. Bédié à la vice-présidence de la République, essaierait de nommer son poulain au poste de Premier ministre. M. Bédié saisit l’idée au vol et demande à la branche d’Abidjan de l’IFOP (Institut français d’opinion publique) d’entreprendre un sondage rapide à l’insu du Président. Les pourcentages, selon l’entourage même du ministre de l’Economie, ne lui paraissent pas encourageants.


Au séminaire de Yamoussoukro, les membres du Bureau Politique du comité directeur, les ministres et les secrétaires généraux du PDCI, divisés sur nombres de problèmes, sont unanimes sur un point : ils ne veulent pas entendre parler de changements institutionnels. Ni de Premier ministre, ni de vice-président, car ils le savent, le Chef de l’Etat cherche à introniser Bédié en dépit de ses mésaventures. Or ils n’en veulent à aucun prix. Même les Baoulés - y compris M’ Bahia Blé - paraissent à ce moment peu favorables à une telle évolution constitutionnelle.


Le plan sera officiellement rejeté par M. Matthieu Ekra, bien entendu en plein accord avec le Président. En effet, en réponse à une question du rédacteur en chef de Fraternité Matin, qui fait état de

rumeurs - "on dit par exemple que la Constitution pourrait être modifiée et qu’un vice-président ou un Premier ministre pourrait être élu" AFP du 20.10.70. - le ministre d’Etat répond :

"Tant que le Président Félix Houphouët-Boigny demeurera à la tête de notre pays, je pense personnellement que le problème de Premier ministre ne se pose pas au niveau du Bureau Politique du Parti... De toute façon, si la Constitution devait subir un jour une quelconque modification cela viendrait de l’Assemblée nationale.
La question ne se posera donc pas au prochain Congrès
AFP du 20.10.70.."




En réponse à une autre question du même journaliste qui considère que le Congrès aura pour but "d’organiser l’intégration des jeunes cadres", M. Ekra précise que le "Congrès sera celui de la mobilisation du Parti pour la bataille générale du développement économique et social"AFP du 20.10.70.. Donc, une fois de plus, le Parti ne reconnaît aucune spécificité à l’âge, à la jeunesse.


Au Congrès même, lors de son discours, le président Houphouët-Boigny ignorera la polémique qui s’était développée quant à la structure des organes supérieurs de l’Etat pour alterner critiques
et éloges de la direction du Parti. Ainsi, il constatera l’insuffisance de contacts entre "les organes directeurs" et les sous-sections d’une part,
et entre les responsables de celles-ci et la base de l’autre. Il regrettera cette absence de dialogue car "que de déboires, que de fausses manoeuvres aurions-nous pu éviter si le dialogue n’avait pas fait défaut à tous les échelons du Parti" Fraternité Matin du 2.11.1970.. En contrepartie de ce constat des imperfections, il tiendra à rendre un hommage public, mais quelque peu restrictif, "au camarade Philippe Yacé, éloquent et fidèle porte-parole du Bureau Politique" Ditto..


Et le problème de la succession ?


Le Président paraît avoir pris la mesure des oppositions que soulève son choix du candidat à sa succession. Certes, il pourrait essayer de l’imposer comme Premier ministre. Mais il est trop prudent pour s’engager dans cette voie. D’autant que Ph. Yacé constitue, à ce moment, un obstacle incontournable. Donc mieux vaut

attendre. La question ne se pose pas dans l’immédiat, dira-t-il aux congressistes. Toutefois, ajoute-t-il, il convient de résoudre le problème, car "je ne suis pas candidat à la présidence à vie de la République de Côte-d’Ivoire". Il précisera encore : "je compte... moi aussi me retirer un jour à... Yamoussoukro".


C’est ce qu’il proclamait en octobre 1970. Il y a dix-huit ans déjà !

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