Une obsession infondée

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Au moment où M. Konan Bédié entre en scène et entreprend sa marche vers le pouvoir suprême, il sait déjà qu’il est promis - de par sa naissance ? - à un destin national.


A la même époque, l’Afrique est à la recherche d’une stabilité qui paraît, hélas ! hors de sa portée.


L’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) est ballottée de crise en crise. Elle avait échoué dans son rôle d’arbitre au Congo-Léopoldville ; elle n’avait pas réussi à amadouer suffisamment M. Houphouët-Boigny et ses amis pour les amener à la réunion du sommet d’Accra : elle se trouvait déjà dépassée au Nigeria en proie, bientôt, à une guerre civile particulièrement sanglante.


Les nouveaux Etats d’Afrique Occidentale ressentent les effets de la balkanisation ou sont en proie à de puissantes forces centrifuges. Ainsi, on comptera non moins de huit putschs ou coups d’Etat entre novembre 1965 et janvier 1967, contre cinq durant les trente mois précédents : Mobutu renverse Kasavubu au Congo-Léopoldville ; Soglo renverse Apithy au Dahomey ; Bokassa renverse Dacko en Centrafrique ; Yaméogo cède le pouvoir en Haute-Volta à Lamizana ; Ironsi remplace Tafewa Balewa, assassiné, au Nigeria, avant d’être lui-même éliminé par Gowon six mois plus tard ;


Ankrah renverse N’krumah au Ghana ; Micombero met fin à la royauté au Burundi ; tandis qu’au Togo, Eyadema remplace Grunitzky à la tête de l’Etat.


Bien entendu, ces bouleversements préoccupent et occupent beaucoup le président Houphouët-Boigny. C’est l’époque, j’en témoigne, où il aime qu’on apporte de l’eau à son moulin, qu’on fasse chorus, qu’on lui dise que Soglo avait raison, et Lamizana tort, que la chute de l’Osagyefo était fatale, que le Nigeria était bien le géant aux pieds d’argile qui ne pouvait - "tout comme l’ancienne AOF"
(Afrique Occidentale Française) - échapper à la désintégration.


Il faut rendre cet hommage à M. Henri Konan Bédié d’avoir toujours évité de prendre position sur les problèmes de politique étrangère en générale et africaine en particulier. Durant cette période charnière, cruciale pour le devenir africain, lui ne cachait guère ses trois axes d’intérêt.


D’abord soigner sa propre publicité. On peut dire que pour lui, durant toute sa carrière, une bonne partie des problèmes à résoudre partaient et aboutissaient à la promotion de la personne. Cette hantise de la pub - rapatriée des Etats-Unis - l’amènera à prendre des initiatives qui affineront quelque peu ce qu’il peut y avoir chez lui de retenu, de réticence, de rigidité, surtout devant des visiteurs étrangers.
L’attention qu’il portait aux problèmes de relations publiques se manifestait en particulier quand il était en déplacement à l’étranger. Il était le seul ministre à nous envoyer, au C.I.D.I., de nombreux télex, aux fins de diffusion de ses faits et gestes. Ces communications étaient souvent suivies - ou précédées - de coups de fil particulièrement insistants.


Il savait aussi flatter certains journalistes et les pousser dans la voie d’articles élogieux. Par exemple, il n’hésitait pas à envoyer sa propre Mercedes au bas de la passerelle d’un avion à l’arrivée de certains journalistes. Ou encore il se montrait généreux en abonnements
et espaces publicitaires pour les publications dont les rédacteurs ne lésinaient pas sur les éloges.


Dans l’ensemble, cette quête permanente d’une image améliorée avait, je le répète, quelque chose de sympathique, même si elle hérissait les autres dirigeants en vue du gouvernement et du parti engoncés dans l’attitude hiératique, traditionnelle en Afrique. Lui, se refusait à en être l’otage.


Deuxième paramètre. Dans les mois qui suivent son accession à un poste exécutif, il s’attache à essayer de comprendre les rouages de son ministère, de se familiariser avec les problèmes financiers, la zone franc, les questions de change, etc. Très vite, il s’aperçoit qu’il lui faut des cadres expatriés. Il agit en conséquence. Sans aucun complexe. Il s’adresse donc à un ancien conseiller de son prédécesseur, M. Saller, et lui demande de recruter pour ses différents services une dizaine d’experts et économistes français rompus aux problèmes qu’il doit affronter, et dont la science lui paraît indispensable. Ils participeront à la gestion technique du ministère des Affaires économiques
et financières jusqu’à sa chute.


Troisième axe majeur d’intérêt, son collègue Mohammed Diawara, ministre délégué au Plan. Il a vis-à-vis de ce dernier une véritable réaction de rejet. Il s’obstinera à le contrer. Celui-ci réussira rarement à faire prévaloir ses vues même les plus correctes ou ses suggestions les plus anodines. Cette inimitié, si elle avait pour base l’intelligence
et le bagage universitaire plus prestigieux de M. Diawara, paraissait surdimensionnée. En effet, le ministre délégué au Plan, Malien d’origine, ne pouvait porter ombrage ou a fortiori concurrencer, dans la course à la présidence de la République, un Baoulé, soutenu, sinon porté, par le Chef de l’Etat en personne.


Pour être tout à fait impartial, il faudrait préciser encore que si Mohammed Diawara était la bête noire de Konan Bédié, ce dernier considérait - à juste titre - Philippe Yacé, secrétaire général du PDCI, comme son adversaire principal. Quant à M. Usher Assouan, ministre des Affaires étrangères, M. Bédié a toujours pensé que sa renommée était surfaite.


Dans le cas particulier de M. Diawara, cet antagonisme se manifestera au fil des ans sous des formes soit traditionnelles soit


techniques. Ainsi, selon le récit de M. Diawara, lors d’une réception,
K. Bédié - accompagné de M. M’Bahia Blé, ministre des Forces armées - s’était approché et lui avait parlé de l’efficacité du fiel de caïman et des moustaches de panthère comme poison. Sans perdre son sang-froid, Diawara lui avait répondu qu’il connaissait au Mali un marabout capable d’assécher un baobab uniquement en le fixant.


On racontait encore que Bédié se faisait peur et se promenait avec un revolver. Les mêmes sources abidjanaises ajoutaient que Diawara, pour ne pas être en reste, "fait attention à ce qu’il mange".

On citait encore la mésaventure du gardien de la villa de Diawara :
il aurait pris en flagrant délit Bédié en personne en train d’enterrer un fétiche dans le jardin de son collègue...


Il y avait aussi, bien entendu, pléthore d’anecdotes sur les relations de M. Bédié avec MM. Philippe Yacé et Usher Assouan. Ainsi, le président Houphouët-Boigny ayant déclaré qu’ils constituaient avec M. Mamadou Coulibaly, président du Conseil économique et social, "les trois personnalités les plus importantes de Côte-d’Ivoire", M. Konan Bédié, lui, qualifiait à l’époque M. Philippe Yacé de
" 2e personnage et 1er incapable de la République"
. De même, il se disait certain que la mise en exergue dans Fraternité Matin, par M. Coulibaly, de "la renommée, de l’intelligence et de l’habileté" d’Usher Assouan le visait, lui, Bédié, personnellement.


On pourrait multiplier ce genre d’exemples certes plus ou moins puérils mais qui mettent en lumière l’un des paramètres de la personnalité du ministre délégué à l’Economie.


Au plan pratique, les relations entre MM. Bédié et Diawara s’étaient aggravées au fil des mois et étaient très vite devenues un obstacle majeur - je ne crois pas exagérer - sur la voie du développement de la Côte-d’Ivoire. Le premier récusait les avis de son collègue et gelait ses propositions, tandis que Diawara s’amusait, mine de rien, à mettre Bédié dans des situations impossibles.


Dans les toutes premières semaines suivant leur nomination, je


pensais que le travail au jour le jour aidant, la nécessaire collaboration entre les deux hommes s’imposerait bien vite. Je multipliais les contacts avec l’un et l’autre, et essayais de les rapprocher en usant de ma situation doublement privilégiée puisque d’une part j’avais l’oreille du Président, et de l’autre je n’étais impliqué en rien, à l’époque, dans les problèmes économiques de la Côte-d’Ivoire.
Me considérant comme neutre, je m’évertuais à dégonfler les commérages de leurs amis respectifs.


En juillet, lors d’une entrevue avec le Président dans les jardins de sa villa de Marnes-la-Coquette, je lui fais part, en passant, de la tension régnant entre les deux jeunes ministres-délégués et de mes efforts pour les rapprocher. Je l’entends alors me répondre tranquillement, avec un sourire en coin : "Cessez de travailler contre moi" !
C’est ce concept qui l’amenait sans doute à accueillir avec sang-froid les différents incidents de ce genre que je lui rapportais, oralement, lors de certaines de mes réunions avec lui.


Au bout de quelques mois, je finis par me rendre compte que l’antagonisme entre MM. Bédié et Diawara avait pris une telle ampleur que tout effort de conciliation semblait voué à l’échec. Il fallait donc que j’en avise le Président de façon officielle, d’abord pour lui faire prendre conscience de l’ampleur et de la gravité du problème, et l’amener ensuite à agir. Or, je me trouvais dans une position ambiguë dans la mesure où je ne voulais pas passer pour un "cafteur" trahissant les confidences de deux amis.


En dépit de son optique "cessez de travailler contre moi"
de Marnes-la-Coquette, et simplement pour dégager ma responsabilité, je me décidais finalement à lui faire parvenir, en septembre 1966, un mémorandum de trois pages au sujet des relations entre MM. Bédié et Diawara.


Vers la fin septembre, ou au tout début d’octobre 1966, le président Houphouët-Boigny me convoque à sa villa de Genève, route de la Capite. Comme à l’accoutumée, je lui présente rapports écrits et oraux puis nous discutons de divers problèmes politiques. Je


ne mentionne pas mon mémorandum. Lui non plus, en dépit de la date récente du document.


A un moment donné, au cours de cette entrevue, il me dit qu’il me faudra mettre fin à la campagne en direction de l’opinion publique internationale en général et française en particulier car, précise-t-il,
"le but est désormais atteint". Il me fixe alors, toujours sans aucune référence à mon mémo du 14 septembre précédent, un nouvel objectif , à savoir "la promotion économique de la Côte-d’Ivoire".
Puis, toujours avec de grands détours, il me parle de la nécessité pour le pays de "diversifier ses partenaires économiques"
. En somme, il m’indique comme cibles les promoteurs industriels et les investisseurs étrangers non français.


Le Centre d’Information et de Documentation Ivoirien, outil pourtant très souple, est remanié en conséquence avec un renforcement adéquat du secteur économique.


Vers la mi-novembre, je suis de nouveau à Abidjan. Je crois en toute bonne foi que M. Konan Bédié a été dûment informé par le Président.
D’où, dès le lendemain de mon arrivée, ma visite au ministre délégué à l’Economie dont l’appui et la coopération me paraissent indispensables. Dès les premières minutes, je m’aperçois qu’il n’est absolument pas au courant de ma nouvelle mission. Son visage, souriant quelques instants auparavant, se fige. C’est évident, l’ensemble de l’affaire lui déplaît souverainement. Il paraît à la fois vexé et inquiet. Vexé d’avoir été tenu à l’écart par le Président dans un domaine relevant tout de même de sa compétence.
Inquiet, à l’idée que je deviendrai, avec le CIDI, une source indépendante d’informations et d’analyses pour le Président.


M. Konan Bédié me demande si j’ai un plan d’action. Je lui réponds que j’espère avant tout obtenir de lui et de Diawara des données
et des renseignements de base sur les zones déjà explorées, puis une liste exhaustive des projets de développement du pays. Une fois ces éléments étudiés par le personnel du CIDI, je me propose de prospecter aussi bien les investisseurs potentiels privés que les pays et organismes donateurs internationaux. Comment pénétrer


ces milieux ? D’abord en utilisant l’atmosphère réceptive, amicale envers la Côte-d’Ivoire, créée dans de nombreux pays étrangers par notre toute fraîche campagne de relations publiques. En recourant ensuite aux bons offices des journalistes, devenus des amis personnels, pour établir le contact aussi bien avec le monde des affaires qu’avec les organismes officiels. Enfin, en rééditant avec les hommes d’affaires notre tactique d’invitations, par petits groupes nationaux, qui avait donné de si brillants résultats avec les journalistes des 17 pays ayant visité la Côte-d’Ivoire...


Il me dit :"Tu ne réussiras pas". L’avenir quasi immédiat montrera qu’il n’avait pas tort. En attendant, je deviendrai son axe d’intérêt 3 bis.


Dans une première phase, je décidais de me cantonner au secteur privé. Après avoir mobilisé nos amis des différents pays-cibles, j’entrais en relations soit personnellement en me déplaçant, soit par télex, avec les Chambres de Commerce et d’Industrie d’Oslo, de Stockholm, de Copenhague, de Rome et aussi avec Afrika Verein de Hambourg. Jouant cartes sur table, j’exposais à leurs responsables le but recherché et les priais de nous aider à faire un choix d’hommes d’affaires susceptibles de s’intéresser à la promotion de projets spécifique tendant au développement de la Côte-d’Ivoire.


Une fois ce tri effectué, le Centre leur faisait parvenir de Paris des invitations à visiter la Côte-d’Ivoire. Durant leur séjour, ils étaient reçus à Abidjan ou à Yamoussoukro par un Houphouët-Boigny charmeur à souhait, avec affabilité par Djibo Sounkalo, le maire de Bouaké, par le préfet Koblan Huberson à Korhogo. Puis les hommes d’affaires étrangers avaient des discussions avec les deux ministres-délégués aussi bien qu’avec M. Sawadogo alors en charge de l’Agriculture.


Bien entendu, ces visites, dont nous amplifions les échos dans nos bulletins hebdomadaires en français, en anglais et en allemand, soulevaient beaucoup d’intérêt dans les différents organismes nationaux qui patronnaient ces visites créant ainsi de nouvelles vocations d’investisseurs.


Tous ces contacts, ces travaux d’approche, déboucheront sur le néant. La guérilla Bédié-Diawara, et à un degré moindre Bédié Sawadogo, sera incessante et d’une ampleur incroyable, dépassant de loin les échauffourées de la période mars-septembre. Parfois, j’en entretenais le Président en évitant toutefois de mettre trop en évidence le rôle négatif de Bédié. Je lançais, sans grand espoir de succès, une ultime tentative de rapprochement entre les deux hommes pour arriver au moins à un modus vivendi, à une cohabitation.


Je me trouvais de plus en plus gêné dans l’accomplissement de ma propre mission. Dès le début de l’été 1967, il devenait patent que
M. Bédié en particulier faisait preuve d’une mauvaise volonté évidente. Je devais me résoudre à admettre que l’élimination pure
et simple de M. Diawara du circuit et le cumul des deux postes de l’Economie et du Plan étaient devenus son objectif prioritaire. Je devais également me résoudre à admettre qu’en ce qui me concernait, il voulait faire la démonstration et de mon incapacité et de mon échec.


Je me décidais donc, une fois de plus, à dégager ma responsabilité
et à préciser celles de chacun des protagonistes. J’envoyais par conséquent au Président, à son adresse de Genève où il se trouvait pour régler des affaires personnelles, une lettre recommandée datée du 16 octobre 1967, accompagnée d’une note de neuf pages intitulée "La liste de mes échecs". Après avoir rappelé la mission qu’il m’avait confiée un an auparavant, je précisais d’emblée :

"Aujourd’hui, au moment de vous présenter le bilan de mes activités, je suis navré d’avoir à vous informer que j’ai échoué...Comme vous le constaterez par la lecture du rapport ci-joint... ces échecs sont dûs, essentiellement, au manque de coordination entre les différents services ministériels, au défaut d’unicité au stade de la décision."


Bien entendu, j’informais M. Bédié - comme les responsables des


deux autres ministères - du contenu de ma lettre au Président mais refusais de lui en remettre une photocopie.


Sa manie de ramener tout à lui, ses problèmes réels ou imaginaires d’amour-propre aidant, feront que nos relations ne s’amélioront guère.
Les escarmouches iront en se multipliant. Il contrera tout simplement les projets dont il n’est pas l’initiateur et le maître d’oeuvre. Deux heurts portant sur des projets de traitement industriel du cacao et du manioc seront particulièrement symptomatiques de l’atmosphère ambiante : il s’opposera à moi aussi bien qu’aux deux ministres de l’Agriculture et du Plan qui me soutenaient.


L’affaire du blé canadien Voir chapitre "Ottawa-Paris". viendra clôturer ce chapitre tumultueux de mes relations avec M. Bédié.


Ceci dit, mes rapports avec les deux autres ministres, et surtout avec M. Sawadogo, étaient loin d’être idylliques. Avec cette différence essentielle que pour ce dernier, l’objectif n’était nullement de contrer ou de neutraliser coûte que coûte l’action d’une tierce personne. Certes les problèmes normaux de préséance intervenaient dans son attitude au sujet de telle ou telle affaire. Il n’en restait pas moins qu’ils n’ont jamais primé les intérêts de l’Etat. C’est pourquoi je n’ai jamais mis en doute sa bonne foi. Tout simplement chacun de nous croyait détenir "le vrai morceau de la vraie croix".


Mohammed Diawara était le plus détendu des trois jeunes ministres "économiques". D’origine "étrangère", il connaissait ses limites tout comme A. Sawadogo qui, lui, était d’origine voltaïque. Les deux collaboraient de façon normale, en camarades, sans questions majeures de primauté ou de préséance. Imperturbable, le ministre du Plan semblait vouloir ignorer les chausse-trappes et autres pièges de son collègue de l’Economie. Mais il n’en sous-estimait nullement l’extrême nocivité. De plus, il paraissait le plus conscient des trois quant à la nécessité de créer un organisme de coordination entre les trois ministères, et avait entrepris une étude tendant à la mise sur pied d’un Organisme de Promotion et de Concrétisation de Projets Industriels (OPCPI). Il m’avait demandé - comme à certains de ses collaborateurs - une courte note sur


ma conception de cette cellule. Je la lui faisais parvenir le 3 avril 1968 et en remettais une copie le lendemain à M. Houphouët-Boigny. L’OPCPI ne verra jamais le jour.


Est-il nécessaire de préciser que ces escarmouches se déroulaient avec, comme arrière-plan, un malaise patent des milieux d’affaires parisiens et de leurs représentants sur place. Habitués à considérer la Côte-d’Ivoire comme une chasse gardée, ils s’offusquaient des allées et venues d’intrus entreprenants ou d’hommes d’affaires étrangers.
Le président Houpouët-Boigny n’y était pas insensible, surtout dans le contexte de la collaboration franco-ivoirienne dans la guerre civile au Nigeria ; la sécession biafraise soulevait à ce moment précis beaucoup d’espoirs à Abidjan et à Paris quant à la possibilité d’une victoire d’Ojukwu et la prochaine balkanisation du Nigeria.


A ce stade, je considérais, une fois de plus, qu’une mise au point était devenue indispensable. Je décidais donc de préciser les choses et les responsabilités de chacun par écrit. Le 21 mai 1968, j’adressais à
M. Bédié une lettre dans laquelle je clarifiais ma propre position, à savoir que "si mes efforts - même pour des raisons indépendantes de moi - ne s’avèrent pas fructueux, je suis décidé à me retirer de l’arène, à présenter ma démission au Président, en octobre prochain, c’est-à-dire au terme de deux ans d’activités stériles dans le domaine de la promotion économique. Car, ajoutais-je, il faudra se rendre à l’évidence alors qu’une action telle que la mienne est incompatible avec les structures administratives actuelles".


Moins de deux mois plus tard, dans une lettre recommandée datée du 5 juillet 1968, je proposais au Président, cette fois par écrit, "l’africanisation" du Centre d’Information et de Documentation Ivoirien.
Je précisais dans cette lettre que "cela est devenu une nécessité absolue dans le domaine de la Promotion économique car, pour des raisons totalement indépendantes de ma volonté, je me trouve dans une impasse sur le plan ministériel et administratif en Côte-d’Ivoire".



Je dois l’avouer ici, j’avais d’autant plus hâte, à ce moment, de quitter le service de la Côte-d’Ivoire que l’affaire du Biafra s’envenimait, et le Président prenait des risques énormes pour soutenir la province sécessionniste du Nigeria.

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