Annexe4 : Mes démêlés avec le Président Houphouët-Boigny

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MES DEMELES AVEC
LE PRESIDENT HOUPHOUET-BOIGNY


Mes deux précédents ouvrages consacrés à la Côte-d’Ivoire continuent de provoquer, me dit-on, l’ire du président ivoirien : il se refuse toujours à accepter le rappel de faits, et la publication de documents inédits, confidentiels ou ignorés, susceptibles de mettre en doute l’ensemble de la thèse officielle, aseptisée, des événements. Il n’accepte surtout pas que ce soit un ancien collaborateur, donc un témoin, voire un acteurEn grande-Bretagne aussi, Mme Thatcher a essayé de s’opposer à la diffusion d’un livre de M.Peter Wright, retraité depuis plus de dix ans des services d’espionnage anglais, parce que, précisément, l’auteur était un homme du sérail, un ancien dirigeant du contre-espionnage anglais. Mais Mme Thatcher pouvait au moins prétendre qu’il s’agissait de secrets de la défense nationale., qui le fasse. D’où la multiplication de ses tentatives destinées soit à redonner du lustre à sa propre version des événements, soit à jeter le discrédit sur l’auteur et par là sur la fiabilité de sa description de la réalité ivoirienne. Les péripéties de ce combat du président Houphouët-Boigny pour le triomphe de sa version des événements face à l’auteur, valent la peine d’être résumées ici. D’autant que ce récit est susceptible de mettre en relief certains traits de caractère du Chef de l’Etat ivoirien.


Certes, le président Houphouët-Boigny se devait de riposter, de tenter de nier la réalité des faits exposés dans mes livres. Je le savais et le regrettais. Je ne pouvais toutefois imaginer que cela prendrait une telle ampleur.


La première ébauche d’une contre-attaque apparaît dans la livraison du 9 décembre 1982 de Fraternité Matin : en bandeau, en première page, un communiqué du ministre de l’Information annonce la décision du Président "de publier ses mémoires au cours de l’année 1983". Dès le départ, je n’y ai pas cruIl avait toujours été hostile aux candidats biographes susceptibles de faire preuve d’indépendance de jugement. Ainsi, il avait rejeté l’offre-datée du 5 novembre 1968-de M.Ernest Milcent, correspondant du Monde en Afrique de 1956 à 1963, directeur de plusieurs périodiques africains, etc., de lui consacrer un livre. M.Milcent lui demandait simplement la faveur de quelques entretiens.. Connaissant M.Houphouët-Boigny, sa recherche de l’absolu, son allergie à toute critique si bénigne soit-elle, je doutais qu’il s’engage dans l’aventure d’une autobiographie incluant l’ensemble de sa vie publique donc forcément ses nombreux errements et compromissions. Je m’attendais plutôt à une riposte partielle, parcellaire, au sens étymologique du terme. Pourtant, tout en ne me faisant pas beaucoup d’illusions, je souhaitais vivement la parution de ces Mémoires. Pour clarifier la situation.


En effet, en ce qui me concerne, je l’avais déjà relevé dans l’avant-propos de La politique africaine d’Houphouët-Boigny, je désirais que la publication et la diffusion de mon livre se fassent du vivant du Président, afin d"’échapper à l’accusation classique de faire parler ou de critiquer telle ou telle personnalité disparue et éviter ainsi le risque d’un éventuel démenti". J’étais donc curieux de connaître les documents que le Président pourrait opposer aux faits cités dans mes livres et battre en brèche mes arguments. Hélas rien ne vint sinon une relance de la Fondation Houphouët-Boigny.


Mais si les "Mémoires" du président Houphouët-Boigny ne pouvaient voir le jour, certains croyaient, semble-t-il, à l’efficacité d’un contre-feu. Ils ont imaginé donc de demander à M.Arsène Usher Assouan, ancien ministre des Affaires étrangères, donc beaucoup plus acteur et témoin que J.Baulin, de monter au créneau pour démanteler l’argumentation de l’auteur.


Ce qui devait être un débat aura lieu au début de 1984, dans le cadre de la première-et à ma connaissance dernière-manifestation du "Club International Houphouët-Boigny". Dans son exposé liminaire,
M. Assouan procède, selon le journaliste, "à des mises au point par rapport à des écrits récents qui pèchent soit par manque d’esprit de rigueur, soit par manque d’information, soit encore par malhonnêteté intellectuelle"Fraternité Matin du 25.6.84.. Précisant davantage la cible, le journaliste ajoute que la discussion devait porter "sur un livre, écrit récemment... par un certain Bolin"(sic). Mais, relève-t-il, aucun "des nombreux intellectuels ivoiriens qui se trouvaient dans la salle" n’a voulu prendre la parole. Pourquoi ? Pour ne pas "mettre en difficulté celui-là qui, des années durant, a conduit notre diplomatie"Ibid..


On ne pouvait mieux dire que les arguments de l’ancien ministre contredisant ceux de J.Baulin avaient été accueillis avec scepticisme par les intellectuels présents.



Cette tentative de neutralisation de type purement intellectuel ayant échoué, la Présidence essaiera de risposter par un recours à la contrainte administrative, agrémentée d’attaques ad personam, d’accusations calomnieuses. Le début de cette véritable campagne de dénigrement coïncidera avec la victoire de la droite aux élections législatives françaises du printemps 1986. De toute évidence, on croyait à Abidjan qu’avec l’arrivée au pouvoir de leurs amis, la France cesserait, du jour au lendemain, d’être un Etat de droit.


Ainsi, dans les heures qui suivent la formation du gouvernement de M.Jacques Chirac, Le Journal du DimancheDu 23.3.86.
publie un article sur le titre "Foccart de retour". Son auteur en appelle sans ambages au Premier ministre dont "le gouvernement devra très vite, par exemple, se prononcer pour ou contre Joseph BatmanianMon patronyme. qui passe pour être l’un des plus farouches adversaires d’Houphouët-Boigny".
Je relève dans ma réponse que "si soutenir une thèse d’histoire en Sorbonne et écrire un livre sur les problèmes intérieurs de la Côte-d’Ivoire font de leurs auteur l’un des plus farouches adversaires d’Houphouët-Boigny, cela signifie que le pouvoir en Côte-d’Ivoire est bien branlant"Journal du Dimanche du 30.3.86..


Le 8 avril 1986, cette première attaque est relayée par Le Quotidien de Paris et amplifiée davantage et à grands frais-quelque 50 millions FCFA-par Afrique Asie. Ce bimensuel "de gauche" avait, rappelons-le, joué un grand rôle dans la capitulation de M.Houphouët-Boigny face à M.DiouloAfrique Asie des 22/4/85, p.27 ; 20/5/85, p.7 ; 15/7/85, p.18 ; 29/7/85, p.7..


Donc, dans sa livraison datée du 5 mai 1986, Afrique Asie publie sur deux pleines pages un article intitulé "L’étrange affaire Baulin", en tirage spécial, avec, comme couverture, la photo-couleurs du Président remplaçant celle d’un porte-avion américain. Le bimensuel sera largement diffusé, en Côte-d’Ivoire en particulier. L’article, signé d’un certain Thierry Perret, met en doute la probité de Jacques Baulin, son statut de conseiller auprès d’Houphouët-Boigny et l’accuse d’avoir recruté au Nigeria des mercenaires pour Kadhafi !


J’intenterai un procès en diffamation au périodique, à son directeur et au journaliste. La XVIIe Chambre correctionnelle de Paris, dans son jugement du 21 octobre 1987, reconnaîtra "le caractère diffamatoire" de l’article, relèvera que les prévenus n’avaient pu justifier de leur "bonne foi", les déclarera coupables d’avoir porté "atteinte à l’honneur et à la considération" de l’auteur, et les condamnera à différentes peines de caractère pécuniaire.


Mais dès la fin du mois de mai 1986, l’échec de cette campagne de calomnies paraissait évident. En effet, elle n’avait provoqué absolument aucun écho dans la presse française ou étrangère.


A la même époque, une personnalité ivoirienne amie, de passage à Paris, me rapporte des informations étonnantes, et quelque peu ridicules quant à l’impact de ma modeste personne sur l’échiquier politique africain. Elle m’apprend coup sur coup que le président Houphouët-Boigny avait coupé les vivres à M.Diori Hamani, ancien président de la République du Niger, en résidence surveillée à Niamey. Pourquoi ? Parce qu’il refusait de soutenir, par une déclaration publique, les thèses d’Abidjan, et a fortiori de condamner J.Baulin. Mieux encore, dans la foulée, il avait coupé les subsides mensuels versés à M.Hubert Maga, ancien président du Dahomey, à Léopold Kaziendé, ancien ministre de M.Diori Hamani, et aux enfants de ce dernier, tous résidant à Abidjan : il leur reprochait de ne pas faire suffisamment d’efforts pour amener M.Diori Hamani à renier son ancien conseiller et ami.


Pour calmer le président Houphouët-Boigny, ajoutait mon interlocuteur ivoirien-et sans doute pour rétablir le versement normal des subsides-Léopold Kaziendé et Hubert Maga avaient décidé de se substituer à Diori Hamani, de rédiger un article virulent contre Jacques Baulin et de le faire signer par M.Abdoullay Diori, le fils aîné du Président !...


Une enquête rapide, effectuée par des amis à Abidjan, me confirme ces informations. Donc, c’est sérieux.
Le 29 mai 1986, j’envoie une lettre à Abdoullay Diori le mettant face à ses responsabilités.


Un incident fortuit vient encore aviver la colère de M.Houphouët-Boigny contre moi : il me croit l’auteur ou l’inspirateur de deux articles parus, le premier dans L’Unité (hebdomadaire du Parti Socialiste

français)N°651. et le second dans Le Matin
Du 26.6.86., quotidien proche du PS. Le gouvernement ivoirien s’estime diffamé par ces articles "tendancieux, scandaleux et injurieux" et se dit décidé à porter plainte contre les deux publications.


Le 10 juillet, le Bureau Politique annonce avoir changé d’avis
et abandonné toute idée de poursuites.
Entretemps, le président ivoirien avait dû prendre conscience qu’au cours d’un procès de ce genre, beaucoup de faits peu agréables pourraient remonter à la surface...


Sur ces entrefaites, une organisation clandestine, le MLCI
Probablement "Mouvement de Libération de Côte-d’Ivoire" (marxiste-léniniste) saisit la balle au bond et distribue un tract, daté du 27 juin 1986. Il s’agit, sous le titre "Qui a osé vexer Houphouët ?" d’un violent réquisitoire contre le Chef d’Etat ivoirien mais que je ne puis malheureusement publier, de peur d’être accusé "d’outrage à Chef d’Etat étranger" et de tomber ainsi sous le coup de la loi.


Finalement, suivant l’adage qui veut que l’on n’est jamais si bien servi que par soi-même, la grande offensive contre Jacques Baulin sera déclenchée par Fraternité Matin, le samedi 26 juillet 1986, avec un titre en première page : "Baulin, cet escroc".


Le lundi 28, quatre pages y compris la moitié de la Une, sont consacrées à Baulin. A part l’article portant la signature du journaliste de service, la lettre supposée écrite et signée par Abdoullay Diori,
et dont je connaissais l’existence depuis près de trois mois, occupe deux pages entières. Le mardi 29, le mercredi 30, le jeudi 31 et le vendredi 1er août, à raison de deux à trois pages de journal par jour, je me trouve certes abreuvé d’injures et d’insanités, mais j’occupe, aussi psychédélique que cela puisse paraître, le devant de l’actualité ivoirienne. Toute une semaine !


Le lundi 4 août, c’est l’apothéose de la campagne de Fraternité Matin : il n’y a plus qu’une seule page consacrée à Baulin, mais on y trouve la transcription-certes remaniée au goût du jour-de mes conversations téléphoniques du samedi 2 août avec Abidjan
et Niamey. Une telle efficacité-moins de 36 heures entre l’enregistrement de mes coups de téléphone et le bouclage du journal ivoirien et de plus pendant un week-end-laisse supposer l’existence d’appuis techniques, acoustiques et électroniques de très haut niveau à Paris même.


Tout au long des pages du quotidien ivoirien, leur "inspirateur" reprend et développe les trois thèmes déjà brodés par Afrique Asie en y ajoutant l’accusation de vouloir, à la tête d’un commando, dynamiter la cathédrale d’Abidjan !


Mais l’auteur véritable de ce dernier article-il ne s’agit ni du journaliste signataire, ni de son rédacteur en chef, ni de son ministre de tutelle-se croyant à l’abri de toute possibilité de poursuites en France et bien entendu ne craignant pas la justice serve de Côte-d’Ivoire, commet une grave erreur : il demande à son porte-plume de me poser la question :"Pourquoi(Baulin) ne porterait-il pas plainte contre Fraternité Matin ?... Mais il n’osera pas : il sait que nous savons et que nous savons beaucoup...".


Je me suis fait un plaisir de suivre ce conseil. J’ai intenté un procès en diffamation à Fraternité Matin, à son directeur, le ministre de l’Information M.Laurent Dona Fologo, au signataire des articles et à la société d’édition. Ils sont justiciables en effet des lois de la République française depuis le 13 novembre 1985, c’est-à-dire depuis la mise en vente du quotidien ivoirien dans 18 kiosques de Paris et de sa banlieue.


Mais avant de recourir aux tribunaux, j’envoyais à Laurent Dona Fologo, en recommandé avec avis de réception, une lettre accompagnée d’un "droit de réponse" long de sept pages, documenté et répondant point par point aux élucubrations du quotidien officieux du PDCI. Cette tentative de mise au point ayant été ignorée, j’assurais moi-même la diffusion de mon "droit de réponse", à 500 exemplaires, en Côte-d’Ivoire, aux ambassades africaines à l’étranger et aux Chefs d’Etat des pays d’Afrique francophone.


Après beaucoup d’atermoiements, l’affaire est venue devant la XVIIe Chambre correctionnelle de Paris.
L’avocat de Fraternité-Matin a demandé au Tribunal de se déclarer incompétent en arguant du fait que

le principal prévenu, M.Laurent Dona Fologo, occupait un poste de ministre. Dans son jugement, le Tribunal s’est déclaré compétent pour juger M.Dona Fologo en dépit de sa qualité de ministre ivoirien.


Ce jugement une fois acquis, l’affaire a été jugée au fond le 25 septembre 1988. Une fois de plus, le défenseur de M.Dona Fologo a ignoré totalement les faits pour affirmer que le ministre n’ayant pas introduit lui-même son quotidien en France, ne pouvait être condamné. D’autant plus que le délit de base de la diffamation se trouvait annulé par l’amnistie proclamée à la suite de l’élection de M.Mitterrand... Le Tribunal, dans son jugement du 24 octobre 1988, me déboutait.


Entretemps, l’obsession de son rôle et de sa place dans l’histoire avait poussé le président Houphouët-Boigny à récuser l’échec de sa campagne de presse. Il avait organisé un colloque long d’une semaine, et consacré au RDA(Rassemblement Démocratique Africain) dont il fut, en 1946, le principal initiateur.
Des brassées d’invitations-tous frais payés-sont envoyées par le département d’histoire de l’Université d’Abidjan aux quatre coins du monde. Plus de 500 personnes, y compris journalistes et hommes politiques anciens ou nouveaux, africains et étrangers, se retrouvent à Yamoussoukro du 18 au 25 octobre 1986.


Fraternité Matin indique clairement l’objectif de l’opération. "A Yamoussoukro, à partir de demain, et ce durant une semaine", écrit le commentateur, "les hommages des chercheurs, des historiens, des politologues, des journalistes venus d’Afrique,d’Asie, d’Amérique
et d’Europe, iront dans le même sens :
magnifier la carrière politique de Félix Houphouët-Boigny..."Fraternité Matin du 17.10.86..


Cette ultime tentative, financièrement onéreuse, devait déboucher, elle aussi, sur un échec patent, dans la mesure où ce colloque apparaît aux observateurs présents comme une tentative grossière de propagande. En effet, pour l’envoyé spécial de Jeune Afrique
Du 5.11.86., "la structure de cette assemblée... devait forcément conduire à ce que l’histoire contemporaine de l’Afrique occidentale ici réécrite soit infléchie en faveur du RDA et au sein de celui-ci du parti démocratique de Côte-d’Ivoire". Le président Houphouët-Boigny, ajoute-t-il, "manipule sa mémoire et ses mémoires". Effectivement, il développe, des heures durant, ses propres thèses, même les moins défendables au plan historique... La motion finale, datée du 25 octobre 1986, contient 13 paragraphes dont 12 rendent hommage au président du RDA...


On pourrait multiplier les exemples sur les efforts déployés par le Président pour embellir, à force de retouches, son image de "Sage de l’Afrique" ou d’"homme de la paix". Comme le Caudillo-dont Houphouët-Boigny fut un grand admirateur-qui souhaitait laisser à la postérité le souvenir d’un "saint".


Cette tendance maladive à la sublimation du "moi" avait été décrite il y a une douzaine d’années dans l’hebdomadaire anglais West AfricaDes 6 et 13 septembre 1976. et je l’avais déjà relevée dans l’avant-propos de La Politique africaine d’Houphouët-Boigny. La journaliste constatait à l’époque que M.Houphouët-Boigny tendait à devenir "graduellement prisonnier d’une idée fixe à propos de son rôle en Côte-d’Ivoire, en Afrique et dans le monde". Il se préoccupe, ajoutait-elle, "de sa place dans l’histoire et la postérité". Il en est arrivé, précisait-elle encore, à l’étape "de l’homme qui se croit maintenant exceptionnel".


Comment le président Houphouët-Boigny pourrait-il ne pas réagir, ne pas essayer de discréditer des ouvrages qui ne se cantonnent pas dans l’éloge lorsque chaque personnalité en visite en Côte-d’Ivoire se croit obligée de sacrifier au culte de la personnalité du Chef d’Etat ivoirien ? Qu’un Sassou Nguessou, président de la République Populaire du Congo, le qualifie de "puits de sagesse" passe encore, puisqu’on peut mettre une telle déclaration au crédit de la tradition africaine d’hommage aux aînés. Mais que dire du Français Michel Camdessus, par ailleurs président du Fonds Monétaire International
et de plus venu en Côte-d’Ivoire au lendemain de l’annonce de l’état de cessation de paiement du pays qui fut la vitrine africaine de l’économie libérale ? Il a tenu à déclarer qu’au cours de son séjour, il rendrait visite au leader ivoirien pour "s’imprégner de sa sagesse"Fraternité Matin du 29.6.87.. Pour ne pas être en reste, l’Américain Barber Conable, président, lui, de la Banque Mondiale, arrivé à Abidjan quelques semaines plus tard, tenait à rendre hommage à "la sagesse légendaire de votre Président" Fraternité Matin du 20.7.87..



Tous les records dans ce domaine seront battus par M.Federico Mayor, le nouveau directeur général de l’UNESCO, qui déclarait "être venu(à Abidjan) pour apprendre" et repartait "instruit des conseils du sage de l’Afrique"Fraternité Matin des 31.1 et 1.2.88.
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Tout concourt, au demeurant, au renforcement de cette atmosphère d’adulation que j’avais déjà relevée dans mes précédents ouvrages.


Ainsi, le Bureau Politique, instance suprême du PDCI, accepte la publication dans Fraternité Matin du 25 septembre 1987 d’un communiqué officiel effarant de flagornerie. En voici les extraits essentiels :
"Le Bureau Politique du PDCI-RDA, élargi aux membres du Gouvernement s’est réuni hier 24 septembre 1987, au Palais Présidentiel de 11 heures à 13 heures autour de Son Excellence Monsieur Félix Houphouët-Boigny, Président de la République, Président du Parti et Chef du Gouvernement... Monsieur le Président du Parti a informé les membres du Bureau Politique sur sa décision d’orienter cette année exceptionnellement tous les 6 000 bacheliers 1987 à l’Université et dans les grandes Ecoles de Côte-d’Ivoire... Il s’en est suivi un débat libre et démocratique parmi les Membres du Bureau Politique et du Gouvernement qui ont tous approuvé la sage décision de Monsieur le Président de la République... Le Bureau Politique s’est séparé en écoutant comme à l’accoutumée les sages conseils du Président du Parti..."


La presse occidentale, elle non plus, n’est pas innocente. Les correspondants de l’Agence France Presse par exemple font preuve de beaucoup de courage et de lucidité à Prague ou à Varsovie, courage qui fond comme neige au soleil dès qu’ils mettent les pieds à Abidjan ou ailleurs en Afrique francophone.
Il est vrai que les autorités ivoiriennes ont recours à des moyens draconiens pour pousser à la circonspection journaux et journalistes autochtones ou étrangers.


Hélas, souvent, cette autocensure ne suffit guère. Ainsi, lors du renversement et de l’assassinat du président Thomas Sankara du Burkina Faso en octobre 1987, le correspondant de Jeune Afrique avait pris mille précautions avant de laisser entendre que le leader ivoirien n’était pas tout à fait étranger à ce drame. Le président Houphouët-Boigny ripostait en décrétant l’interdiction de la vente, à partir du 10 novembre 1987, de toutes les publications du groupe Jeune Afrique sur le territoire ivoirien. Aucune voix ne s’est élevée en France pour protester contre ce déni de justice. La Ligue des droits de l’homme, pour sa part, s’est abstenue de lancer le moindre anathème.


Ce silence généralisé et permanent avait déjà amené Jean-François Kahn à se demander si ce mutisme, à propos de l’Afrique, n’était pas au fond la manifestation du "summum du racisme, du néocolonialisme et du mépris pur et simple"L’Événement du jeudi du 10.7.86.
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Pour en revenir à mon problème, je pense que le mieux est de citer Robert A.Caro, auteur d’une biographie monumentale de M.Lyndon Johnson, président des Etats-Unis d’Amérique de 1967 à 1969 The years of Lyndon Johnson-The path to power, Knopf, 1982, 882 pages.. Elle ne correspond pas, c’est le moins que l’on puisse dire, à l’image que s’en faisaient l’intéressé et de nombreux citoyens américains. Elle avait donc soulevé les protestations des partisans de l’ancien Président qui multipliaient les démentis. En réponse, Caro demandait à ses détracteurs de cesser de vaticiner
et d’essayer de réfuter les documents produits et les faits rapportés.


Je ne puis souhaiter mieux pour mes trois derniers livres, comme pour celui-ci.

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