Annexe VI

Récit par M. Jean-Baptiste Mockey de son entrevue du 8 janvier 1960 avec M. Houphouët-Boigny

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Relation de J.-B. Mockey d’une entrevue avec M. Félix Houphouët-Boigny

Cette entrevue a eu lieu enfin le 8 janvier 1960 à 10 h du matin. M. HOUPHOUET-BOIGNY me dit ceci : « Je t’avais dit de te faire oublier. Je suis peiné de constater que tu tiens des réunions subversives nocturnes à Abidjan. Et depuis hier, Africains et Métropolitains viennent me dire que je suis extrêmement bon ; mais bien que je ne veuille point croire, il suffit de constater le défilé à la Pharmacie de l’Autoroute depuis hier pour se convaincre que MOCKEY est au centre d’un complot. Il va y avoir des incidents plus graves que ceux des Dahoméens. Comme j’assure la sécurité des gens, je serai obligé de prendre des mesures sévères contre toi : résidence obligatoire, résidence surveillée, prison, je ne sais rien encore. D’ailleurs le Conseil de Gouvernement se réunit aujourd’hui. »

Je donne des explications pour démontrer que tout cela est faux et que je ne puis pas me trouver sur ma plantation, au Canal d’Assinie, et tenir en même temps des réunions à Abidjan. En ce qui concerne l’affluence à la Pharmacie, il s’agit certainement du Ministre Maxime OUDRAOGO que j’ai hébergé et qui a donné certains rendez-vous. A ma connaissance, il n’y en a que trois. D’ailleurs, celui-ci m’a dit qu’il te demanderait un rendez-vous ce matin.

A quoi M. HOUPHOUET-BOIGNY répond : « Oui, il m’a téléphoné ce matin vers 7h30. Il sait ce que je lui ai dit à ce sujet. D’ailleurs, tu as été ministre de l’Intérieur et tu sais comment on file quelqu’un. Je te fais surveiller. »A ce moment il sort un papier de sa poche et dit : « D’ailleurs tu étais à Abidjan où tu as couché les 30 et 31 décembre, le 1er, le 2, 3, 4 janvier. Voici les numéros des voitures qui ont été relevés jusqu’à ce jour. Si je t’avais vu le 4 janvier, je n’aurais pas su tout ceci. Tu connais la voiture TTX - Tu sais à qui cela appartient. »

Je trouve qu’aux dates citées, je ne me suis pas couché à Abidjan ou que je ne me suis pas trouvé dans cette ville. Je demande à voir le papier « C’est confidentiel » me répond HOUPHOUET-BOIGNY, « je n’ai pas le droit de te le communiquer » (il s’agit du relevé des numéros des voitures). « Le Conseil se réunit à 10h30 pour prendre d’importantes décisions. »

« Puisqu’il en est ainsi, fais ce que tu veux », lui dis-je dans un sursaut de colère contenue.

Le même jour, à midi, alors que le Conseil des Ministres n’avait pas encore terminé ses travaux, la Radio annonçait la dissolution du Conseil Municipal de Grand-Bassam.

Quelques jours après, YACE devait déclarer ceci à Usher ASSOUAN : « Tu sais, le président, HOUPHOUET-BOIGNY est mécontent de toi, parce que tu tiens des réunions avec MOCKEY. »

Indignation de ce dernier qui, malgré l’avis contraire de YACE, demande un rendez-vous (qu’il obtient) au premier ministre. Le rendez-vous, n’ayant pu avoir lieu et USHER devant aller en tournée, ce dernier met noir sur blanc tout ce qu’il sait de cette affaire et l’expédie au premier ministre. Le lendemain, coup de téléphone du premier ministre qui constate cette erreur regrettable, mais irréparable aussi ajouterait-on.

En effet, j’ai appris par la suite que USHER aurait fait connaître au premier ministre qu’il est absolument inadmissible et même inquiétant que la Sûreté Nationale de la Côte d’Ivoire ne sache pas où habite MOCKEY, ancien ministre de l’Intérieur, dans Treichville. D’ailleurs a-t-il ajouté, « il ne me fréquente pas et n’a jamais eu de réunions avec moi ». USHER reconnaît qu’il achète ses médicaments à la pharmacie de l’Autoroute, que BOUBOUTOU (pharmacien et associé de MOCKEY) est un ami de Faculté qu’il est libre de fréquenter.

J’ajoute que la voiture TTX dont a parlé M. HOUPHOUET-BOIGNY est bien celle de USHER. Dans tout Abidjan, la pharmacie de l’Autoroute est la seule à avoir son pharmacien à proximité. Un magasin de pièces autos est attenante à celle-ci. Comme on le voit, [...] a relevé les numéros des voitures qui stationnent longtemps devant la pharmacie de l’Autoroute. Or il y a là, en permanence, la 5422-5D dont la carte grise est à mon nom et qui est au service de la pharmacie, et la 4616-5D dont la carte grise est au nom de LADJI SIDIBE et dont se sert Mme BOUBOUTOU Désirée. C’est la voiture personnelle des BOUBOUTOU, et c’est LADJI SIDIBE qui a signé les traites et a fait les démarches pour eux.

Voilà les conditions dans lesquelles le Conseil Municipal a été dissous.

Ci-joint, le relevé des numéros des voitures que j’ai pu avoir avec des amis.

Comme on le remarquera, le rapport part de la date de la réunion du Conseil de l’Entente. Il y a un passage à vide du 1er au 4 janvier. Cela provient du fait que BOUBOUTOU était allé passer les fêtes du Nouvel An chez son beau-père à BOUAKE avec la voiture 5422-5D. Celle immatriculée 4616-5D a été enfermée dans le garage de la pharmacie.

La voiture 7406-5D appartient à KOFFI N’GUESSAN actuellement en stage à l’Institut des Hautes Études d’Outre-Mer à Paris. C’est sa femme qui l’utilise et c’est le député AMANI YAO qui a fait le nécessaire pour son achat ; voilà pourquoi la carte grise est à son nom. Elle est garée devant la pharmacie de l’Autoroute, Mme KOFFE N’GUESSAN étant l’amie de Mme BOUBOUTOU.

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