Annexe IV

Programme de M. Félix Houphouët - Élections du 21 octobre 1945 à la Constituante

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Élections du 21 octobre 1945
A LA CONSTITUANTE

Chers Électeurs,

C’est avec une confiance absolue que je brigue vos suffrages. Le programme, c’est l’homme. En effet seul le passé du candidat peut garantir l’exécution fidèle de son programme.
Vous me connaissez suffisamment. Je suis de tous les milieux, de toutes les corporations. Chef de canton, ancien fonctionnaire, planteur, transporteur, oncle de commerçants et d’employés de commerce, je connais vos immenses devoirs, mais aussi vos droits. Je servirai l’intérêt de tous, l’intérêt général, consciencieusement, courageusement.
Les manœuvres électorales dont je suis victime ne sauraient vous tromper. J’aime la France à laquelle je dois tout. J’aime la Côte d’Ivoire partie intégrante du grand Empire Français. C’est à seule fin de servir la plus grande France, la France de 130 millions d’habitants, une et indivisible que je brigue vos suffrages.
Mon oncle est mort bravement au service de la France. C’est le même sang utérin qui coule dans mes veines. Bon sang ne peut mentir. Petit neveu de sanguinaires roitelets nègres, j’appartiens à la race de ceux
qui, durant des siècles, avant l’arrivée des Français, ne connaissaient et n’admettaient d’autres lois que celles du plus fort.
Mes maîtres français m’ont appris, à l’école, le devoir de l’homme envers ses semblables ; les Docteurs en médecine, le dévouement et le désintéressement ; mes chefs, certains Gouverneurs et certains Administrateurs sous les ordres desquels j’ai eu le bonheur de servir, le sens profond de ce dernier mot. Ainsi, du fin fond de ma brousse, de ma sauvage brousse Akoué, la France m’a sorti pour me jeter sur un chemin dur à parcourir en m’assignant comme but à atteindre la borne : ÉVOLUTION.
Les étapes sont dures, longues, elles se nomment : ordre, vérité, justice, courage, travail, honnêteté, dévouement, désintéressement, sacrifices. Est-ce une faute que de suivre le chemin qu’elle m’a tracé ?
Il n’y a pas un seul homme de bonne foi, dans cette colonie, qui puisse dire que j’ai failli à mes devoirs de médecin, de chef de canton, de propriétaire terrien. Il n’y a pas un seul homme de bonne foi qui puisse démontrer que j’ai manqué de loyalisme envers la France.
J’ai contribué dans la mesure de mes modestes moyens directement ou indirectement à l’effort de guerre. Je puis hautement le prouver. Mon seul crime dans cette Colonie, c’est d’avoir défendu la liberté du travail et la juste rémunération du travail. Tout le reste n’est que légende hypocrisie, manœuvres électorales. Je ne suis à la solde de personne. Je suis assez intelligent pour comprendre, admettre que nous, Africains,
ne pouvons nous passer de la France. Notre avenir est intimement lié et doit rester intimement lié à celui de la France.
Mais il faut préparer le mariage ultime, l’union définitive des cœurs par la suppression de ce qui divise et peut diviser.
Si vous m’accordez, comme je l’espère, votre confiance, je m’efforcerai d’apporter ma modeste contribution à la grande œuvre de salut pour tous. Je suis pour l’union vraie, la confiance mutuelle, la justice, le progrès social, le travail intensif dans l’ordre, l’ordre légal, l’ordre républicain.

PROGRAMME

Réforme d’ordre politique.

  • Octroi de la citoyenneté à tous les indigènes. (La France de 1945 ne peut pas être moins magnanime que celle de 1848).
  • En attendant la citoyenneté pour tous, amélioration de la condition du tirailleur, réajustement des pensions des ex-militaires indigènes ; institution d’une Colonie autonome de l’Empire Mossi, si le pays Mossi le demande.
  • Constitution d’une Assemblée locale composée de Membres élus qui votera le budget et le plan des grands travaux.

Réforme d’ordre économique.

  • Suppression de la main-d’œuvre forcée, mais liberté pour les indigènes de quitter leur Cercle pour chercher du travail.
  • Le volontariat est possible ; c’est une question de salaires et de bons traitements.
  • Pour les travaux d’intérêt public, utilisation des jeunes classés 2e portion, durée un an sanctionnée par la délivrance de certificats d’exemption définitive aux intéressés.
  • Création de nombreux centres d’achat pour substituer le camionnage au portage.
  • Encouragement du petit commerce, surveillance des prix.
  • Maintien des Sociétés de Prévoyance Agricoles jusqu’à ce que soient constituées des Coopératives de vente et de production. Suppression du fonds commun des prévoyances, chaque Subdivision devant utiliser ses propres fonds, gestion des Sociétés de Prévoyances sous le contrôle des Administrateurs par des employés européens ou africains librement choisis.
  • Outillage agricole approprié à chaque région et perfectionnement des moyens de production.
  • Intensification de l’élevage.
  • Création et développement de nouvelles cultures.
  • Développement intensif des cultures vivrières.
  • Développement de l’Industrie.
  • Garantie de la petite propriété indigène par l’octroi de titre foncier.
  • Inspection des produits indépendante des Chambres de Commerce et d’Agriculture, sous la direction d’un Ingénieur Agronome.
  • Développement du réseau routier. Emploi de machines outils.
  • Construction de ponts définitifs à la place des bacs et des ponts de bois.
  • Travaux routiers doivent être confiés à des Agents techniques.
  • Amélioration des transports ferroviaires.
  • Accélération des travaux du port d’Abidjan et création d’autres ports.
  • Achèvement le plus rapidement possible du chemin de fer du Mossi.
  • Création de nouvelles lignes pour desservir l’Est et l’Ouest de la Colonie.

Sur le plan social.
Enseignement - Création d’Écoles Rurales dans tous les Cantons et gros Centres. Institution de cours du soir pour les adultes. Suppression des travaux pratiques.

  • Création d’Écoles Agricoles.
  • Création d’Écoles techniques à Bouaké, Bobo, Ouaga.
  • Enseignement plus large des filles.
  • Institution de l’Enseignement secondaire : création de Lycées à Abidjan, Bouaké, Ouaga.
  • Autorisation dès 1946 d’ouverture d’un Lycée pour les Autochtones.
  • En attendant le fonctionnement de ces Lycées, octroi de bourses pour la Métropole, à raison d’un boursier au moins par Cercle à partir de 1946.
    Services sanitaires et médicaux.
  • Lutter contre la grosse mortalité infantile et les grandes endémies.
  • Intensifier la protection de la mère et de l’enfant. Instruire la femme indigène (hygiène de la grossesse, hygiène du bébé). Maternités et dispensaires.
  • Création d’une véritable école d’infirmières puéricultrices.
  • Améliorer l’approvisionnement des dispensaires et hôpitaux.
  • Encouragement à l’installation de Médecins privés Européens et Africains.
    Société de prévoyance médicale.
    Sous le contrôle des Administrateurs gestion confiée à des Agents désignés par les Sociétaires, leur contribution doit se traduire par la construction de bâtiments sanitaires, l’achat et l’entretien de véhicules sanitaires.
    Amélioration des habitations rurales. - Crédits immobiliers avec larges facilités de remboursement.
  • Travaux d’urbanisme à Treichville, à Adjamé et tous les gros centres.
    Amélioration de la condition des fonctionnaires.
  • Agents d’autorité : salaires nettement relevés pour leur permettre de remplir plus dignement les lourdes charges qui leur incombent.
  • Agents d’exécution : relèvement des salaires. Construction logements plus confortables.
  • Amélioration de la condition des employés de commerce : relèvement des salaires, congés payés, retraites.
  • Encouragement et développement des groupements professionnels.

Félix HOUPHOUET

IMPRIMERIE DE LA COTE D’IVOIRE - ABIDJAN

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