Avant-propos

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Victrix causa diis placuit, sed victa Catoni.
Les dieux furent pour le vainqueur, mais Caton pour le vaincu.

Gilbert Comte [1], si proche des deux chefs d’Etat, me disait il y a bien longtemps : « Nous admirâmes Houphouët, nous aimons Diori. » Cette opinion se trouve partagée par de très nombreux observateurs qui ont suivi l’évolution de l’Afrique francophone depuis la Loi-Cadre de 1956.

À l’orée des années soixante, face à Félix Houphouët-Boigny, prestigieux fondateur du Rassemblement Démocratique Africain (RDA), ministre d’État français, leader du territoire le plus riche de l’A.O.F., le président Hamani Diori, dirigeant d’un pays déshérité et ayant de surplus accédé au pouvoir dans des conditions difficiles, ne pesait vraiment pas lourd. Sa conscience aiguë de ce déséquilibre omniprésent le conduira à se cantonner durant quelques années dans le rôle de lieutenant du Président ivoirien. Son aîné, il le sait, est écouté à Paris. Il espère aussi, à travers les chatoyantes promesses du Conseil de l’Entente, des retombées économiques pour son pays.

Mais bientôt le terne second occupera le devant de la scène. Élu président de l’Organisation Commune Africaine et Malgache (OCAM) à Tananarive en juin 1966, il fera preuve d’un génie politique étonnant en utilisant ce poste honorifique pour attirer les projecteurs sur son pays. Il multipliera les déplacements en Afrique, en Europe, en Amérique, et tout en menant, au nom du tiers-monde, un combat dynamique contre la détérioration des termes de l’échange, fera connaître partout le Niger. Les chancelleries étrangères s’intéresseront bien vite à ce petit pays perdu aux confins du désert. Bientôt leurs dirigeants chercheront à connaître le « résistant », selon le terme utilisé par un officiel canadien, celui qui sait dire non à ceux qui prétendent parler au nom de la France.

Il affrontera en effet le lobby biafrais, alors tout-puissant à Paris, et restera du début à la fin le seul chef d’État africain francophone à soutenir ouvertement la cause de l’unité du Nigéria. De même, il passera outre au syndrome québécois qui faisait des ravages parmi ses pairs d’Afrique francophone anxieux de ménager un certain milieu parisien, et établira des relations amicales, confiantes, avec Ottawa pour le plus grand profit de son pays.

Reste enfin son combat courageux _téméraire selon certains_ pour la revalorisation du prix de l’uranium nigérien. Il sera renversé au moment où, dans la foulée de la hausse vertigineuse des prix du pétrole, il était sur le point d’obtenir satisfaction de ses partenaires français.

J’eus le privilège de devenir le conseiller du président Hamani Diori en septembre 1966. En dépit de pressions multiformes, il devait me garder sa confiance et son amitié jusqu’à sa chute.

Notes

[1À l’époque journaliste français et ami de longue date du président Diori.

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