Conseiller du Président Diori
Pour l’unité physique du pays

La for­ma­tion de la nation cons­ti­tuait _ nous l’avons relevé à plus d’une reprise déjà_ la préoc­cu­pa­tion cons­tante, domi­nante, prio­ri­taire, du Président. Au tout début de la République, il avait résolu de façon élégante l’effer­ves­cence en milieu targui. Durant la guerre civile au Nigéria, la han­tise d’une éventuelle divi­sion entre haous­sa­pho­nes et les autres eth­nies du Niger devait mar­quer ses mul­ti­ples démar­ches.

Profondément cons­cient de la néces­sité de l’osmose eth­ni­que, il cher­chait aussi à par­faire l’uni­fi­ca­tion géo­gra­phi­que du Niger. En effet, tout l’est du pays se trou­vait phy­si­que­ment séparé du reste : la piste plus ou moins car­ros­sa­ble qui allait de Zinder vers l’est s’arrê­tait à Gouré, 120 kilo­mè­tres plus loin. À partir de ce point extrême, il n’exis­tait pra­ti­que­ment pas la moin­dre trace de piste. Certes, des voi­tu­res et même des camions s’y aven­tu­raient, mais à leurs ris­ques et périls. Il était rare qu’une voi­ture ten­tant de relier Gouré à N’Guigmi sur la lac Tchad arrive à bon port sans ennuis ; l’enli­se­ment, par exem­ple, y était mon­naie cou­rante. La région était tel­le­ment isolée du reste du Niger que l’admi­nis­tra­tion accep­tait le paie­ment des impôts en livres nigé­ria­nes ou en « CFA équatoriaux ». Le trans­port des mar­chan­di­ses, déjà oné­reux au Niger, l’était trois fois plus dans cette por­tion du ter­ri­toire nigé­rien.

Le Président Diori cher­chait donc depuis bien long­temps à mobi­li­ser les capi­taux néces­sai­res pour attein­dre son objec­tif, à savoir la créa­tion d’un lien rou­tier entre cette région et le reste du pays. La ren­ta­bi­lité de la route étant nulle, même à taux d’inté­rêt zéro, aucun bailleur de fonds n’avait voulu jusque là s’inté­res­ser à ce projet pour­tant d’une impor­tance vitale pour une nation en for­ma­tion.

L’appa­ri­tion du Canada sur la scène de l’Afrique fran­co­phone devait, selon le Président, chan­ger les don­nées du pro­blème. Ottawa, me dit-il, s’inté­resse à nous pour des rai­sons poli­ti­ques évidentes.

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